Cosy mystery·Policier

« Les enquêtes de Lady Rose (tome 3) : Raison et châtiments » de M.C. Beaton

9791035406660-001-XDans ma première chronique sur « Les enquêtes de Lady Rose », je disais trouver cette série différente de celle des « Agatha Raisin », de la même auteure. Mais au fil des tomes, je trouve de plus en plus de points communs entre les deux héroïnes. Indépendantes, rebelles, avec un mauvais caractère mais un bon fond… finalement elles se ressemblent !

Dans ce troisième tome, Rose fait la connaissance de Dolly, une jeune femme qui cherche son amitié. Mais quand celle-ci est retrouvée morte, c’est Rose la première suspecte. Pourtant, un mystérieux personnage a pris Rose pour cible. Pour se cacher, elle part quelques jours à la campagne – ce qui donne lieu aux meilleurs passages de ce livre, où Rose doit confronter ses idéaux d’égalité à la vraie vie. Son personnage montre toutes ses contradictions, et oscille entre deux mondes dont aucun ne lui convient vraiment.

Quant à Cathcart, c’est toujours l’amour vache avec lui – tiens tiens, comme Agatha Raisin avec James Lacey. Il veut la sauver du départ en Inde promis aux jeunes filles qui tardent à se marier ; mais si les deux semblent épris l’un de l’autre, ils jouent au chat et à la souris pendant encore tout ce tome.

Claire Tefnin, qui a déjà prêté sa voix à la lecture des deux précédents tomes, réalise une nouvelle fois une belle lecture – mention spéciale à la voix de Daisy, la demoiselle de compagnie de Rose.

S 3-3Audiolib, lu par Claire Tefnin, 6h10 d’écoute, 19,95€ en version audio numérique.

C'est mercredi, on lit avec les petits !

« Le Petit Nicolas… en papiers découpés » d’après Sempé et Goscinny

le-petit-nicolas-une-histoire-en-papiers-decoupesCertaines lectures sont des bonheurs d’enfance inoubliables. Je me souviens de mon plaisir de lecture avec les aventures du Petit Nicolas, ses copains bagarreurs, celui qui était le chouchou de la maîtresse et celui qui mangeait tout le temps des pains au chocolat… Et bien sûr, le style inimitable de Goscinny pour raconter ces histoires avec la voix d’un enfant, et le dessin reconnaissable entre tous de Sempé.

Quelle joie pour moi de me replonger dans ces textes, cette-fois sous forme d’extraits accompagnés des dessins de Sempé remis en valeur dans une version en relief grâce à la technique de papier découpé.

J’ai retrouvé Nicolas, Geoffroy, Agnan, Alceste et les autres dans des extraits incontournables, et qui en disent long : « A la récré, on se bat », « On a eu l’inspecteur », « La pétanque », « La cantine », « Le tas de sable », « A la bonne franquette », « La gym », « La colonie de vacances ». Je ne sais pas pour vous, mais pour moi ces titres réveillent tout un monde enfoui, et me donnent déjà le sourire.

Les extraits sont assez courts et le format malin (page de gauche : l’histoire ; page de droite : le dessin en papiers découpés), ce qui rend ce livre très accessible pour des enfants. Pour l’adulte que je suis, j’aurais volontiers lu d’avantage d’aventures ! C’est un joli livre qui réveille toute la tendresse de l’œuvre originale, dans un format qui renouvelle le plaisir de lecture.

S 3-3Auzou, 20 pages, 24,95€. Ingénierie papier : Michel Hasson

Roman

« Le Sanctuaire » de Laurine Roux

product_9782072934025_195x320Lire une histoire de pandémie a pris une autre dimension depuis deux ans, et une résonance particulière.

Dans ce roman, ce sont des oiseaux qui ont apporté une maladie qui a décimé toute une partie de l’humanité. Une famille a fui dans les montagnes ; deux petites filles grandissent dans une bulle hors du temps. L’une d’elle a connu le « monde d’avant », tandis que la seconde ignore tout de ce qu’est une voiture ou même une peluche pour enfant. Les parents ont développé des trésors d’ingéniosité, de récup’ et d’imagination. Le père élève ses filles dans la peur des oiseaux ; la mère a développé une nostalgie proche de la folie.

Ce court roman contient tout un univers, celui d’une petite sauvageonne et de sa sœur, élevées pour la survie et dans une peur farouche de tous les volatiles – j’ai pensé au « Pigeon » de Patrick Süskind.

L’écriture prend aux tripes, émeut, fait frisonner. C’est un texte très fort, publié initialement dans l’excellente maison d’édition « Le Sonneur » et qui est maintenant disponible en poche (chez Folio).

C’est un texte marquant, plus abordable qu’ « Une immense sensation de calme », où l’on retrouve toute la force de l’écriture de Laurine Roux.

S 3-3Folio, 144 pages, 7€

Roman

« Le Complexe d’Eden Bellwether » de Benjamin Wood

lecomplexededenbellwether02ii-hd-572098-380x570J’ai lu récemment un excellent roman psychologique, « Mrs March », et je suis très contente d’en avoir découvert un autre, cette fois-ci chez Zulma.

Oscar est un jeune aide-soignant. Un jour, entendant le son d’un orgue s’échapper d’une église, il entre par curiosité. Il se lie d’amitié avec Eden, le jeune organiste, et sa sœur Iris, dont Oscar tombe amoureux. Mais très vite Oscar découvre que le génie musical d’Eden cache une face plus sombre.

Roman très bien écrit, qui explore à la fois la puissance guérisseuse de la musique, la folie humaine, la maladie et l’espoir, mais aussi des thèmes de société. D’un côté, Oscar, jeune homme simple et responsable, autonome, travaille pour gagner sa vie ; de l’autre, une jeunesse dorée représentée par Eden, Iris et leurs amis, étudiants favorisés, fêtards, intelligents et cultivés, semblent coupés du monde. La confrontation des deux univers est fascinante. Le lecteur peut se mettre à la place d’Oscar, et découvre avec lui un univers à part, et surtout des personnages très complexes. Eden, le musicien brillant, est-il un génie ou un fou ? Sa sœur, Iris, est-elle admirative de son frère, ou croit-elle à l’imposture ?

Ajoutez à ces personnages deux vieux hommes en fin de vie, qui vont être à la fois les passerelles entre ces deux mondes, et une bouée de secours pour Oscar.

Avec une juste dose de suspense, le roman pousse le lecteur dans ses retranchements, et nous oblige à nous interroger sur ce que nous serions prêts à croire ou à accepter face à la maladie ou une blessure. L’écriture est sensible et contribue à faire osciller le lecteur entre réalité et folie. Une réussite.

« Pour ceux qui ont la foi, aucune explication n’est nécessaire. Pour ceux qui ne l’ont pas, aucune explication n’est possible. »

S 3-3Zulma poche, 515 pages, 9,95€

Audio·Cosy mystery·Policier

« Les enquêtes de Lady Rose (tome 2) : Soupçons et préjugés » de M.C. Beaton

soupçonsUne partie de moi s’était dit que, cette année, je lirai un peu moins de cosy mysteries – j’en ai lu beaucoup l’an dernier, et j’y ai même consacré une rubrique sur mon blog. Mais une autre partie de moi a beaucoup de mal à résister à ces romans plaisants, faciles à lire ou à écouter, et qui permettent tout simplement de passer un moment agréable !

J’avais déjà écouté et chroniqué le premier tome des « Enquêtes de Lady Rose », curieuse au départ de découvrir une autre série de M.C. Beaton – que je ne vous présente plus, vu la quantité de tomes de « Agatha Raisin » que j’ai chroniqués !

Le deuxième tome de la série est tout aussi agréable à écouter que le premier. Je dis « écouter » car c’est une série particulièrement bien adaptée pour être découverte en livre audio. Claire Tefnin, qui lit tous les tomes dans leur version audio, a une lecture pleine d’énergie et de peps, qui convient tout à fait au tempérament de l’héroïne. Car Rose Summer n’est pas une Lady ordinaire. Pas question pour elle de faire tapisserie dans un salon ! Elle veut travailler et se confronter à la « vraie vie ». Avec sa bonne Daisy, elle a décidé de devenir sténo-dactylo, au grand désespoir de ses parents qui ne rêvent que de la marier.

Comme dans le premier tome, la mort mystérieuse d’un homme – cette fois-ci, un homme qui faisait probablement chanter plusieurs personnes – va lui permettre de se rapprocher du Capitaine Cathcart, qui a ouvert son agence de détectives. Ces deux-là forment un duo assez incongru, on ne sait dire s’ils s’adorent ou se détestent. Ils ont un côté anti-héros, qui découvrent des nouvelles pistes souvent par hasard ou après avoir fait des erreurs. Si le personnage de Lady Rose est très différent de celui d’Agatha Raisin, on retrouve quand même plusieurs marqueurs communs entre les deux séries.

Seul petit bémol, je me suis un peu perdue à un moment donné entre les nombreux personnages qui interviennent dans la deuxième partie du roman. Mais cela ne m’a pas empêchée de comprendre l’intrigue et son dénouement. Le tome 3 m’attend déjà !

S 3-3Audiolib, durée d’écoute : 6h37, 19,95€ en version numérique

Roman

« Nouvelle Babel » de Michel Bussi

9782258200326ORISi vous pensiez qu’internet avait aboli en partie les frontières, c’est bien peu de chose par rapport à ce que Michel Bussi imagine pour 2097. Les frontières ont vraiment disparu depuis que les humains sont capables de se téléporter. En une fraction de seconde, ils peuvent se déplacer au bout du monde.

Mais l’équilibre de ce monde pourrait être bouleversé depuis que dix personnes ont été assassinée sur leur île privée, et que leur meurtrier a laissé derrière lui plusieurs messages inquiétants. Trois enquêteurs (des personnages bien croqués comme dans tous les romans de l’auteur, avec chacun un tempérament qui le rend attachant à sa manière) sont envoyés sur place. Mais leur enquête va être rendue complexe par un étrange duo, celui formé par un journaliste en quête de scoop et une institutrice nostalgique du « monde d’avant ».

J’ai adoré ce roman à la fois fascinant, inquiétant, qui m’a fait voyager dans le temps mais aussi autour du monde, dans les endroits les plus spectaculaires ou les plus reculés – pas étonnant quand on connaît le passé de géographe de l’auteur. Il est amusant d’imaginer ce monde où avions, voitures, et mêmes vélos n’ont plus leur place ; où l’espagnol, langue des pays du soleil et de la fête, est devenue langue internationale.

Le roman fourmille aussi de clins d’œil au monde d’aujourd’hui (même aux confinements!) et fait aussi réfléchir le lecteur : car si le début du roman montre surtout les avantages de ce monde universel, où l’on peut prendre son petit-déjeuner n’importe où sur la planète, vivre au Japon et travailler en France, petit à petit le lecteur est amené à s’interroger sur les revers de ce monde idyllique.

La fin du roman est plus facilement prévisible que dans d’autres romans de l’auteur, mais cela n’a pas gâché mon plaisir de lecture. Autant vous dire que j’ai dévoré les plus de 400 pages.

Je suis toujours un peu hésitante en commençant la lecture d’un roman d’anticipation : soit c’est caricatural et je n’aime pas du tout ; soit c’est bien dosé et je suis capable de me projeter dans l’histoire. Avec Michel Bussi, une fois de plus, c’est une grande réussite.

S 3-3Presses de la Cité, 456 pages, 21,90€

Roman

« Mrs March » de Virginia Feito

mrs marchDans la catégorie des thrillers psychologiques, « Mrs March » est un très bon cru.

Dès les premières pages, on comprend que Mrs March n’est pas la femme au foyer aussi lisse qu’elle pourrait le laisser penser. Alertée par sa boulangère, qui pense que son mari s’est inspirée d’elle pour décrire l’héroïne prostituée de son nouveau roman, Mrs March est dans tous ses états. A partir de là, le lecteur devient le témoin du quotidien de Mrs March, et le confident de ses interrogations. Qui est vraiment George March, le célèbre écrivain ? Que cache-t-il à sa femme ?

Je me suis posé beaucoup de questions au fil des chapitres ; j’ai plaint Mrs March, je l’ai redoutée, j’ai essayé de la comprendre. La lecture est très addictive, une pelote psychologique que l’on s’amuse à dénouer.

Le personnage de Mrs March est aussi attachant qu’inquiétant ; George son mari écrivain est assez mystérieux, la gouvernante Martha, la boulangère, la voisine, les amis de George, sont autant de personnages qui donnent de la profondeur au texte, et qui contribuent à semer le doute dans l’esprit du lecteur.

La fin n’est pas complètement surprenante, elle est une conclusion assez logique à tout ce que l’auteure a créé au fil des chapitres.

Il en faut du talent, pour écrire un premier roman d’une telle qualité ! J’espère qu’il y en aura d’autres.

S 3-3Le Cherche Midi, 352 pages, 22€

Roman

« L’Hôtel du cygne » de Zhang Yueran

LHôtelDuCygne-375x570Chine, de nos jours.

Yu Ling est nourrice dans une famille très aisée. Elle s’occupe du petit Dada, un garçon gentil mais gâté et sans ami. Avec son fiancé, Yu Ling a organisé un improbable kidnapping de l’enfant, pour obtenir de l’argent en rançon – mais sans faire le moindre mal à Dada, qu’au fond elle aime bien.

Or leur plan est contrarié par l’arrestation du père et du grand-père de Dada – la mère, quant à elle, est partie à Hong Kong, une histoire de botox sans doute…

Seule avec l’enfant, le personnage de Yu Ling évolue progressivement vers plus de tendresse maternelle, et on s’attache à ce duo.

Je ne connais pas la littérature chinoise contemporaine, et comme souvent c’est en faisant une confiance quasi aveugle à Zulma que ce livre avait retenu mon attention – j’adore cette maison d’édition, qui m’a déjà amenée vers d’étonnantes découvertes… et je ne parle même pas de leurs couvertures toujours très belles. En tout cas j’ai bien fait d’aller vers ce court roman, une lecture à la fois plaisante, instructive (sur la Chine aisée) et parsemée de tendresse. Dada, malgré son côté « enfant gâté », est un personnage attachant. Dans son « hôtel du cygne », une tente au milieu du salon, il reçoit toutes sortes d’amis qu’il se crée – jouets et animaux. Quant à Yu Ling, la complexité de son personnage transparaît avec parcimonie, sans cliché ni facilité. En 160 pages, c’est un résultat réussi !

S 3-3Zulma, 160 pages, 17,50€, traduit du chinois par Lucie Modde

Cosy mystery·Policier

« Les sœurs Mitford enquêtent (tome 2) : Le gang de la Tamise » de Jessica Fellowes

mitford2Aussitôt fini le premier tome de cette série, j’ai commencé la lecture du second. On retrouve les personnages du premier (les sœurs Mitford bien sûr, mais aussi Louisa – le vrai personnage central de la série – et Guy le policier) ainsi que l’écriture très rythmée. L’histoire en revanche met plus de temps à démarrer. Les personnages sont plus nombreux et les détails de l’intrigue moins simples.

Au début de ce roman, Nancy (qui était très présente dans le premier tome) est quasiment une adulte. Autour d’elle gravite une bande d’amis plus ou moins fréquentables. Elle les a conviés à une chasse au trésor dans le domaine familial. Mais l’événement tourne au drame lorsque l’un des invités est retrouvé mort, assassiné.

Louisa, qui est depuis le premier tome un personnage ambivalent, ancienne voleuse, désormais au service d’une famille respectable, est plus que jamais tiraillée entre son passé et sa vie désormais rangée. Admirative de la bande des « Quarante Voleuses » et en particulier de leur charismatique chef Alice Diamond, elle est mêlée de près à cet assassinat, car c’est sans doute elle qui a introduit le meurtrier dans la maison – c’est du moins ce que ses patrons penseront.

Le duo formé par Louisa et Guy n’est pas encore complètement installé : dans toute la première partie du livre, Louisa enquête seule, tandis que Guy est sur une autre mission (avec une jolie collègue qui va faire de l’ombre à Louisa, d’ailleurs). Je me demande comment va évoluer leur duo.

Les références à Agatha Christie sont multiples – elle est d’ailleurs explicitement citée, et les domestiques de la maison lisent avec enthousiasme ses romans. La multiplicité des personnages, le huis-clos final, sont autant de clins d’oeil appuyés à la maîtresse du genre.

J’ai un peu moins aimé ce tome que le précédent, mais cela reste un roman agréable à lire. Le troisième tome de la série existe déjà en poche, il ne devrait pas tarder à rejoindre ma pile à lire…

S 2-3Le Livre de poche, 475 pages, 8,40€

Cosy mystery·Policier

« Les sœurs Mitford enquêtent (t1) – L’assassin du train » de Jessica Fellowes

9782253259909-001-TLe roman s’ouvre avec un préambule pour présenter au lecteur les sœurs Mitford, six sœurs qui ont vécu au 20e siècle et ont eu des destins incroyables – mais pas toujours glorieux. Ce premier tome de la série est centré sur l’aînée de la famille, Nancy. Est-ce que chaque tome de la série mettra en avant l’une des sœurs ? Quand on lit dans le préambule ce qu’elles sont devenues adultes, cela n’annonce pas toujours des héroïnes sympathiques !

En 1919, Nancy est une adolescente qui n’a pas encore fait son entrée dans le monde, mais qui ne rêve que de bal et d’aventures. La nouvelle bonne chargée de s’occuper des enfants est Louisa. Elle est entrée au service de la famille Mitford pour fuir son oncle qui voulait la prostituer. Sur le trajet, elle a fait la connaissance de Guy, un gentil policier ferroviaire, qui s’est mis en tête d’enquêter en solitaire sur le meurtre d’une infirmière de guerre dans un train.

Je n’ai pas vu passer les 500 pages de ce roman très bien mené. Il y a beaucoup de rythme dans l’écriture, du suspense, des fausses pistes… Les personnages sont bien constitués, ni anges ni démons, ils ont chacun des faiblesses. D’ailleurs la biographie des sœurs Mitford prouve que l’auteure n’a pas choisi des personnages très simples comme héroïnes de sa série de roman ! Pour un premier tome, il est réussi, je vais m’empresser de commencer le deuxième !

S 3-3Le Livre de poche, 544 pages, 8,70€