BD

« Le Château des animaux (tome 4) : Le sang du roi » de Félix Delep et Xavier Dorison

Qu’il est long le chemin vers la liberté ! Dans ce quatrième et dernier tome, rien n’est encore acquis pour les animaux qui se rebellent face au dictateur Silvio : nul n’est à l’abri du doute. Silvio a accepté l’organisation d’une élection pour que les animaux choisissent leur futur chef. Mais pour s’assurer de la victoire, il promet monts et merveilles aux autres animaux, qui semblent avoir la mémoire courte…

Pendant ce temps, miss B., la chatte qui a pris la tête de la rébellion, est déchirée entre ses devoirs de mère et son rôle de guide pour les autres animaux.

On notera, comme dans les précédents tomes, quelques jolies citations, et de belles leçons de courage et de dignité. Si la fin est plutôt prévisible, rien dans le récit n’est édulcoré, et il faut des morts, des trahisons, et de l’engagement, pour que l’histoire se réalise.

Les quatre tomes forment un tout cohérent, je ne peux que vous encourager à les lire les uns à la suite des autres pour rester pleinement dans la continuité du récit. Je conclus cette lecture de la série avec la sensation d’avoir lu une belle œuvre de BD, complète, avec une histoire forte, des personnages attachants ou détestables, et de belles leçons de courage. C’est une très jolie découverte pour moi, et une preuve supplémentaire que partager et suivre des conseils de lecture nous élève toujours davantage. J’ai bien fait de me laisser convaincre !

Casterman, 96 pages, 19,95€

BD

« Le Château des animaux (tome 3) : La nuit des justes » de Félix Delep et Xavier Dorison

La révolte non violente se poursuit au Château des animaux. D’abord désorganisés, ils apprennent peu à peu à structurer leurs revendications et réclament une élection pour choisir démocratiquement un nouveau chef.

Auront-ils la force de rester fidèles à leurs convictions, même quand ils n’auront plus rien à manger ni pour eux ni pour leurs petits ? Resteront-ils soudés malgré les tentatives de manipulation du terrible Silvio et de sa horde de chiens ?

Dans ce troisième tome, on est plus que jamais aux côtés de ces animaux qui s’organisent avec maladresse et qui sont à chaque instant susceptibles de vaciller dans leurs convictions et de reprendre la violence.

Il n’y a pas de révélation ou de grand rebondissement dans ce tome qui s’inscrit dans la continuité des deux précédents, et s’achève sur une rebondissement qui donne envie de se précipiter sur le dernier tome pour savoir comment toute cette histoire va s’achever – et dans quelles conditions.

Casterman, 64 pages, 16,95€

BD

« Le Château des animaux (tome 2) : Les marguerites de l’hiver » de Félix Delep et Xavier Dorison


Un vent d’espoir souffle sur le château des animaux, où le taureau Silvio règne pourtant toujours en dictateur. L’arrivée d’un rat voyageur a changé les ambitions des animaux opprimés : eux qui se pensaient trop faibles pour combattre par la force, découvrent qu’une autre forme de guerre est possible, sans armes, sans sang. Miss B, la chatte docile, devient peu à peu la meneuse du groupe. Elle organise une rébellion douce, toujours aidée par César le lapin (très drôle) obligé de délaisser un temps ses conquêtes.

Le chemin est long vers la liberté, et comme dans le premier tome, il y a plusieurs passages très sombres. On ose imaginer que les opprimés triompheront dans le dernier tome (il y en a 4), que la justice et la démocratie permettront aux animaux du château de vivre ensemble en bonne intelligence. Mais d’ici là, des animaux meurent, sacrifiés pour l’exemple, épuisés. Cela donne lieu à quelques dessins assez sanglants, mais sans doute faut-il en passer par là pour montrer le cheminement de la révolte.

L’histoire est dense, profonde, propice à la réflexion. J’ai habituellement quelques réserves sur les histoires dont les héros sont des animaux, car les ficelles sont souvent grosses pour illustrer les travers humains par leur intermédiaire. Mais ici le propos est intelligent et formulé avec exigence, le scénariste ne cède jamais à la facilité : vous ne trouverez pas de vocabulaire caricatural sur le taureau et ses sbires par exemple, tout est porté naturellement par l’histoire (et les dessins).

A suivre…

Casterman, 56 pages, 16,95€

BD

« Le Château des animaux (tome 1) : Miss Bengalore » de Félix Delep et Xavier Dorison

Imaginez un château hors du temps, délaissé par les humains. Silvio, un puissant taureau, y règne en maître et terrorise les autres animaux (oies, ânes, chats,…) qu’il exploite contre une maigre pitance journalière.

J’ai lu trop jeune « La ferme des animaux » de George Orwell pour en garder un souvenir précis, et sans doute étais-je alors complètement passée à côté du message. Les auteurs de cette BD revendiquent une filiation avec cette oeuvre, car vous aurez compris qu’ils dénoncent eux aussi, à travers ce groupe d’animaux, les sociétés totalitaires et leurs effets.

La BD est assez sombre, et même sanglante par moments, bien loin de ce que je lis d’habitude. Mais je suis contente qu’on me l’ait prêtée : je pense qu’elle fera partie des livres qui ne s’oublient pas. En cours de lecture, je me suis demandé si je poursuivrais ma découverte des autres tomes ; je n’en étais pas sûre, jusqu’aux dernières pages qui appellent une suite.

Heureusement il y a quelques scènes un peu plus légères. Au côté de Miss B, la chatte soumise qui ne pense qu’à protéger ses chatons, le lapin César, qui s’occupe avec ardeur de faire le bonheur des lapines du château, est un personnage tendre et drôle.

Casterman, 72 pages, 16,95€

Cosy mystery

« Le duc de Penford Hall » de Nancy Atherton

Dans la série des « Tante Dimity », vous n’avez pas pu passer à côté du couple de voisins et amis de Lori, les sympathiques Emma et Derek. Dans ce tome 0 de la série, on découvre comment ces deux-là se sont rencontrés au manoir de Penford Hall. Invité par Grayson, duc et propriétaire du domaine, Derek doit y faire des travaux dans une chapelle légendaire ; tandis que Emma a été recrutée par les étranges sœurs Pym pour refaire intégralement le jardin.

Mais d’où vient tout l’argent que dépense Grayson pour restaurer son domaine familial ? Sa fortune est-elle liée à la disparition, quelques années plus tôt, d’une star du rock dont le bateau a fait naufrage à proximité de Penford Hall ?

Si vous aimez les cosy mysteries, ce tome, comme l’ensemble de la série des « Tante Dimity », est un petit bonbon de douceur et de tranquillité – à tel point que je l’ai grignoté par petits bouts, quand j’avais besoin d’une parenthèse hors du temps.

Il n’y pas pas vraiment d’enquête, on suit plutôt les personnages dans leur quotidien à Penford Hall ; bien sûr l’histoire naissante entre Emma et Derek est centrale dans ce tome. Quant personnages secondaires, ils cochent tous les critères que l’on a envie de retrouver dans un tel roman : la nurse acariâtre mais au bon coeur ; la cousine mannequin prétentieuse ; les enfants espiègles mais intelligents… Et Tante Dimity dans tout ça ? Sans être très présente dans l’histoire (à part au tout début), elle est l’ombre bienveillante qui veille mystérieusement sur tout ce petit monde.

A noter, si ce livre peut être lu comme une introduction à la série, l’histoire est assez indépendante des autres tomes pour être lue avant, pendant, ou après n’importe quel tome des « Tante Dimity ».

Seuil, label Verso, 420 pages, 14,90€

BD

« Une vie à écrire » de Ingrid Liman et Jérôme Félix

Billy est fils de fermier, mais son talent, c’est l’écriture. Les jolies filles le traitent de bouseux, alors pour sortir de sa condition, il rêve que l’écriture de scenarii le rende riche. Hollywood est en plein âge d’or, il est un bon écrivain, il devrait donc y arriver.

Mais il découvre vite que l’envers du décor n’est pas rose. Les femmes en quête de rôle sont manipulées et souvent contraintes de monnayer leur corps ; les scénaristes sont trop nombreux ; et même les stars voient leur vie écrite par des scénaristes – parfois jusqu’à la mise en scène de leur mort.

Autant dire que cette BD n’est pas tendre avec le milieu du cinéma (ce milieu-là, à cette époque-là, mais hélas bien des déviances peuvent sans doute être encore transposées).

Billy croise sur sa route Scarlett, une fille paumée, dont le physique attrayant pourrait la destiner à devenir une star – mais son problème, c’est qu’elle est vraiment mauvaise actrice.

L’un et l’autre vont vivre deux expériences différentes mais toutes aussi décevantes. Et nous, lecteurs, suivons leur parcours avec le même enthousiasme initial, bientôt réduit à néant lorsque l’on comprend les limites du rêve américain.

J’ai parfois trouvé les personnages de la maison de production difficiles à identifier ; en revanche les dessins sont tous très bien réalisés (mention spéciale pour les visages, qui sont parfois en deçà des décors dans certaines BD, et qui sont ici très réussis et expressifs). Comme dans plusieurs BD que j’ai lues récemment, tournez bien les pages jusqu’au bout pour découvrir quelques jolis dessins de femmes en bonus.

Grand Angle, 104 pages, 19,90€

Essai / Document

« Dérouler Guernica » d’Isabelle Limousin

27 m²

C’est la superficie de « Guernica », tableau aussi monumental que célèbre. Sa taille atypique aurait pu en faire une œuvre statique, conservée dans un musée sans jamais être déplacée. Mais dès le départ, Picasso a pensé son tableau comme un ambassadeur, et a souhaité en faire un messager à travers les pays. Peint à Paris, exposé en Angleterre ou en Norvège, il a finalement trouvé une résidence durable au MoMa de New-York. Depuis 1992, il est exposé de manière permanente à Madrid, où il continue à porter le message de paix imaginé par Picasso pour dénoncer la Guerre d’Espagne.


L’histoire des nombreux voyages du tableau est racontée dans un tout petit livre que j’ai eu la curiosité de
découvrir
lors du Festival du Livre de Paris. J’ai aimé le concept de cette collection de courts textes accessibles qui racontent, avec beaucoup de pédagogie et sans prétention, l’histoire d’une œuvre – et à travers elle, un morceau d’Histoire. C’est une jolie collection d’ouvrages à lire, à laisser traîner sur une table, et à feuilleter à loisir.

Ed Archivio, 56 pages, 12€

Essai / Document

« Les Égyptiens » d’Isaac Asimov

Ce livre est incroyable.

En 300 pages, l’auteur s’est donné pour ambition de raconter « toute » l’histoire des Égyptiens, de 5000 avant J.-C. jusqu’aux années 1960 où ce livre a été écrit.

L’auteur, vous le connaissez peut-être, mais dans un tout autre registre : il est l’un des auteurs majeurs de science fiction du 20e siècle, et c’est donc bien étonnant de le retrouver ici en brillant historien (d’autant plus que sa formation initiale avait fait de lui un docteur en biochimie !). Quand je dis qu’il est « brillant », c’est parce que ce livre est tout d’abord d’une grande érudition, parcourant l’histoire de l’Égypte avec comme point de départ la géographie de son fleuve nourricier, puis à travers les différentes dynasties qui ont régné sur le pays.

La première moitié du livre est passionnante, et l’auteur y est autant conteur qu’historien. Il sait raconter les événements avec simplicité, rendant accessible aux non spécialistes une histoire d’une grande richesse.

Le milieu du livre baisse en rythme, les exploits des souverains se succèdent en une sorte de litanie qui paraît incontournable pour répondre à l’ambition d’exhaustivité, mais qui perd en romanesque.

Le dernier tiers du livre, où l’on retrouve des figures bien connues du grand public (Cléopâtre, Jules César, Marc-Antoine…) redonne de l’élan à la lecture.

La conclusion m’a paru quelque peu accélérée, mais elle respecte le rythme des autres chapitres : il n’aurait sans doute pas été logique de consacrer au dernier siècle (celui que l’on connaît le mieux) une place trop importante au regard des 7000 ans précédents. Où comment se sentir tout petit à l’échelle de la grande Histoire…

Les Belles Lettres, 308 pages, 21€

BD

« Ulysse et Cyrano » d’Antoine Cristau, Xavier Dorison et Servain

Ulysse est l’héritier d’un empire industriel ; après le bac, son avenir dans une grande école est tout tracé, en attendant de reprendre les rênes de l’entreprise familiale. Envoyé en Bourgogne tandis qu’un scandale bouscule l’entreprise à Paris, il est censé réviser pour son examen. Mais il rencontre Cyrano, un cuistot talentueux et bourru qui lui… Lire la suite « Ulysse et Cyrano » d’Antoine Cristau, Xavier Dorison et Servain

Policier

« Une histoire qui finit mal » d’Evelyn Clarke

Vous avez aimé « Ils étaient dix » ? Vous allez aimer « Une histoire qui finit mal », car on y retrouve plein de clins d’oeil au roman de la grande Agatha Christie.

Six auteurs sont conviés à séjourner trois jours sur une île écossaise. Le propriétaire de l’île est un auteur célèbre, qui vient de mourir en laissant son ultime manuscrit inachevé. Son éditrice a donc eu l’idée de lancer un concours ouvert à six auteurs. Celui qui inventera la meilleure fin au roman inachevé sera récompensé d’un contrat d’édition en or.

J’ai adoré l’ambiance du roman, cette île mystérieuse qui accueille pendant quelques jours des écrivains concurrents. Chacun d’eux a sa spécialité (le thriller, le roman d’horreur, le young adult,…). Le texte est bien construit et donc on ne confond jamais les personnages, chacun ayant sa personnalité bien définie. Les premiers chapitres défilent et la tension monte. Evidemment je m’attendais à ce qu’un événement vienne bousculer ces journées trop prévisibles. Il y a plusieurs rebondissements, et je n’avais pas deviné la fin de l’histoire, qui est crédible.

Le tout forme un roman très efficace et plaisant à lire, jusqu’aux derniers chapitres qui clôturent proprement l’intrigue.

Quant au livre en tant qu’objet, je suis bien obligée de reconnaître que je l’ai d’abord acheté (au Festival du livre de Paris) pour le superbe jaspage qui a été choisi pour le premier tirage.

Verso, 512 pages, 21,90€