Biographie·C'est mercredi, on lit avec les petits !·Essai / Document

« Les grandes vies – Frida Kahlo » d’Isabel Thomas et Marianna Madriz

Il n’y a pas d’âge pour s’intéresser à l’art et aux artistes. Vous connaissez mon admiration et ma passion pour Frida Kahlo, mais force est de constater que son œuvre n’est pas facile d’accès, pour les adultes et a fortiori pour les enfants.

Ce petit livre jeunesse très bien fait permet aux 8-13 ans d’entrer dans la vie de l’artiste à travers un récit simple (mais jamais simpliste), de comprendre son enfance, le poids du Mexique dans sa vie, le rôle de la peinture comme moyen d’expression.

Rien n’est caché de ses souffrances (la polio qu’elle a contractée enfant ; son accident de bus qui l’a laissée handicapée ; ses fausses couches ; la tromperie de Diego avec sa propre sœur). J’ai apprécié que les faits ne soient pas édulcorés (même si évidemment les mots sont choisis et le niveau de détail adapté à l’âge des lecteurs). J’aurais trouvé dommage de ne pas montrer toute la souffrance endurée par cette femme, icône de résilience.

L’autre excellente idée est d’avoir parsemé le texte de citations de Frida elle-même. Quant aux illustrations, elles reprennent les idées principales de ses tableaux – mon seul regret est qu’il ne figure qu’une seule petite photo de l’artiste, dans un médaillon sur la frise chronologique en fin de livre. Nul doute cependant que les jeunes lecteurs auront été suffisamment appâtés par ce livre très bien fait pour avoir envie de découvrir les tableaux originaux de Frida Kahlo.

Gallimard jeunesse, 64 pages, 11,90€

Cosy mystery·Policier·Roman

« Les enquêtes d’Hannah Swensen (tome 15) – Meurtres et cupcakes à la vanille » de Joanne Fluke

Dans les longues séries de cosy mysteries, il y a inévitablement des bons et des moins bons tomes, et celui-ci est plutôt bien réussi dans la série des « Enquêtes d’Hannah Swensen ». Ce qui apporte un peu de nouveauté, c’est d’abord qu’on explore un lieu inédit : un ancien hôtel de Lake Eden reconverti en résidence de luxe, avec à son sommet un penthouse luxueux qui fait briller les yeux de tous ceux qui le visitent.

Hannah, qui a l’habitude de fournir les desserts pour les différents événements de la ville, est embauchée pour la soirée d’inauguration de la résidence. Mais la soirée tourne au drame, une femme est retrouvée morte, tombée du penthouse. Meurtre, suicide, accident ? Hannah se fait rapidement sa petite idée, mais il lui faudra trouver le coupable et des preuves accablantes.


J’ai lu ce tome en moins de 48 heures ; c’est plutôt une bonne idée de concentrer cette lecture sur un temps court, car il y a comme toujours dans cette série beaucoup de digressions en marge de l’enquête (et c’est ce qui fait qu’on s’attache autant aux personnages!). Entre l’enquête, les recettes d’Hannah, un petit reste d’une ancienne enquête (assez étonnant d’ailleurs de revenir en arrière), les relations d’Hannah avec ses deux amoureux, sa famille… cela fait beaucoup de sujets abordés, alors autant ne pas perdre le fil dans ce joyeux mélange. Joyeux, oui. Car même s’il y a des meurtres et des enquêtes, dans cette série on se console en croquant des cookies au chocolat et on discute autour de pancakes aux saucisses. Cela apporte beaucoup de légèreté, non pas dans l’assiette, mais dans la lecture.

le Cherche Midi, 416 pages, 15,90€ (service de presse)

Essai / Document

« Schrödinger à la plage » de Charles Antoine

« La vulgarisation n’est pas vulgaire » m’a-t-on dit un jour, et je rêve toujours d’ouvrages scientifiques qui rendraient accessibles les concepts scientifiques les plus pointus. Je n’ai jamais rien compris à la physique quantique, et comme je déteste ne pas comprendre, j’étais curieuse de voir si ce livre allait m’éclairer (au moins un peu) sur le sujet.

Que le titre sympathique et l’introduction rassurante ne vous induisent pas en erreur, ce livre est loin d’être un ouvrage grand public, et il vous faudra de solides notions de physique et de mathématiques pour aborder cet ouvrage – et quand bien même vous auriez un vernis dans ces matières, il faudra vous accrocher.

De Schrödinger je ne connaissais que son expérience avec le chat, mais qui bizarrement n’est citée et expliquée que dans le dernier quart du livre. J’ai regretté aussi qu’il n’y ait pas plus d’éléments autobiographiques sur le scientifique (un peu plus d’1 page seulement, et assez anecdotique). Ce n’était certes pas l’objectif du livre, mais un peu de contexte ne fait jamais de mal.

On apprend quand même des petites choses, comme par exemple que la représentation (toujours largement enseignée) d’un atome comme une sorte de petit système solaire avec un noyau bien sphérique et et des électrons en orbite autour, est une représentation fausse ! Ou encore, que « l’effet tunnel » dont on entend largement parler en psychologie, n’a pas du tout le même sens en physique quantique…

Bilan de ma lecture : c’était éprouvant ! Et vraiment pas adapté à un public non initié. Je ne regrette néanmoins pas ma lecture, qui, paradoxalement, m’a rassurée : si jusqu’ici je n’avais rien compris à la physique quantique, c’est peut-être simplement parce que le sujet est incroyablement pointu et complexe.

Dunod, 240 pages, 15,90€

Roman·Young adult

« Meurtre mode d’emploi (tome 3) : Affaire classée », de Holly Jackson

Pip, passionnée d’émissions de true crimes et elle-même créatrice d’un podcast d’enquêtes, s’apprête à entrer à l’université lorsque sa précédente enquête la rattrape : elle reçoit des messages anonymes et se sent traquée, harcelée.

Ne vous lancez pas dans la lecture de ce tome sans avoir lu les précédents. Autant le tome 2 ne nécessitait pas vraiment de se souvenir du tome 1, autant le tome 3 s’inscrit complètement dans la continuité du précédent. Cela m’a d’ailleurs beaucoup dérangée dans la lecture du premier tiers du roman. Il faut dire que depuis ma lecture du tome 2, il s’est passé 9 mois et que j’ai lu 79 autres livres, alors me souvenir des noms des personnages et de leurs interactions (multiples) était une gageure.

Mais un gros rebondissement donne une toute autre tournure à la seconde partie du livre. La mécanique « page turner » s’enclenche et le livre devient prenant. Pip va mettre à profit toutes ses connaissances d’enquêtrice pour mettre au point un scénario diabolique. C’est ingénieux et efficace, on tremble avec elle jusqu’aux toutes dernières pages.

Quant à l’ambiance du roman, je l’ai trouvée très pesante au début (le personnage de Pip étant évidemment traumatisé par tous les meurtres dans lesquels elle a été impliquée). Heureusement, quand Pip se ressaisit, le climat du roman change et s’oriente vers de l’action et du suspense. C’est donc un bon tome au final, qui clôt (temporairement ?) une série pour ado très efficace.

Casterman, 672 pages, 19,95€

Roman

« Margarettown » de Gabrielle Zevin

Décidément, pour ce début d’année 2026, j’ai beaucoup de chance dans mes lectures, originales, profondes, justes.

J’avais adoré « Demain, et demain, et demain » de Gabrielle Zevin et j’avais très envie de découvrir ce premier roman de la même auteure. Je me méfie pourtant de premiers romans d’auteurs à succès qui ressortent des placards longtemps après – j’ai souvent été déçue. Ici, au contraire, c’est une nouvelle pépite que je découvre !

Si vous cherchez un livre qui parle de l’amour véritable d’un homme pour une femme ; si vous cherchez un roman – ou plutôt un conte – qui parle de toutes les vies et de toutes les personnalités à l’intérieur d’une femme : c’est ce livre-là qu’il vous faut.

Voyant la mort approcher, N. fait le récit à sa fille de sa rencontre avec sa mère, Margaret, sur un campus universitaire. Il lui parle de leur histoire, et de Margaret en tant que femme complexe, multiple.

Pardonnez-moi de ne pas vous en dire plus, mais détailler serait gâcher. Acceptez de vous laisser porter par ce récit atypique, romantique, angoissant parfois. Je l’ai dévoré en à peine plus d’une journée, car comme « Demain, et demain, et demain » c’est un livre sensible, percutant, et impossible à lâcher.

Fleuve éditions, 256 pages, 20,95€ (service de presse)

Roman

« L’inconnue du portrait » de Camille de Peretti

Les livres, ce sont des rencontres.

Prenez le meilleur livre du monde, s’il n’arrive pas dans votre vie au bon moment, vous pouvez passer complètement à côté de l’histoire, ne pas reconnaître la qualité de l’écriture, vous ennuyer là où d’autres se passionnent.

« L’inconnue du portrait », c’est un livre primé de nombreuses fois, que j’ai souvent croisé en librairie et sur les réseaux, sans jamais m’arrêter vraiment dessus.

Pourtant lorsque j’ai été invitée au vide-bibliothèque de Babelio, je l’ai tout de suite repéré, et parmi des centaines et des centaines d’autres livres disponibles, c’est celui-ci que j’ai choisi.

Il y est question d’art, bien sûr, le tableau de Gustav Klimt « Portrait d’une dame » étant un fil rouge du roman dont on voit un détail sur le bandeau du livre. Mais ce roman est surtout l’incroyable histoire d’Isidore, gamin des rues de Manhattan, qui par un coup de poker à l’aube du Jeudi noir qui plomba Wall Street en octobre 1929, se retrouve propulsé dans un monde dont il n’a pas les codes mais qu’il va savoir séduire avec talent. C’est aussi l’histoire de plusieurs femmes, malmenées par les hommes et la vie, personnages ambivalents qui ressemblent étrangement au portrait fait par Klimt – il faudra tout le roman pour en saisir toutes les ramifications.

De l’art, des histoires de famille, des réussites improbables et des cicatrices profondes qui se transmettent de génération en génération : je n’aurais pas pu demander mieux. Après mon premier coup de cœur de l’année pour « La maison vide », je me sens très chanceuse dans mes premières lectures de 2026.

Calmann-Levy, 350 pages, 21,50€

Roman

« La maison vide » de Laurent Mauvignier

Coup de cœur pour ce roman, prix Goncourt 2025 !

L’auteur, désolé de ne pas mieux connaître l’histoire de sa famille, a décidé de l’inventer. En s’appuyant sur quelques dates (naissances, mariages), de quelques rumeurs familiales dont il a été le dépositaire tardivement, il retrace la vie romancée de sa famille sur plusieurs générations.

Firmin le patriarche est un homme d’un autre temps, régnant en propriétaire terrien sur tout son village. Marie-Ernestine, sa fille, est son rayon de soleil, au milieu de deux frères que le père a reniés. Artiste dans l’âme, elle découvre avec passion le piano, et s’entiche sans l’exprimer de son professeur. Mais Firmin, en bon gestionnaire qu’il a toujours été, a prévu un autre mariage pour sa fille.

De cette génération gâchée, bridée dans ses projets de vie, va découler une sorte de destin familial, des racines profondes qui transmettent drames et non-dits aux enfants et petits-enfants.

C’est formidablement juste dans l’écriture ; les sentiments sont décrits avec un sens du détail qui démontre une incroyable empathie et une connaissance fine de l’âme humaine.

Si vous aimez les romans de Pierre Lemaitre, vous trouverez sans doute des points communs dans la capacité à décrire des personnages, à en faire des compagnons de vos heures de lecture. J’ai aimé les retrouver, ces personnages réels mais romancés, j’ai suivi leurs rêves et leurs désillusions ; et qu’importe si la fiction a dépassé la réalité, le résultat est une réussite.

Les éditions de Minuit, 752 pages, 25€

Roman

Bilan 2025

« Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé » écrivait Montesquieu.

Je n’avais jamais lu autant de livres en une année… 2 par semaine. Cela n’était pas un défi en soi de lire « pour le nombre », même si je reconnais qu’en voyant approcher le seuil des 100, cela a fini par devenir un challenge amusant.

Avec autant de titres lus, difficile de faire une sélection de ceux qui m’ont le plus marquée. Je retiens « Frida par Frida », pour la capacité de résilience ; le « Gaslighting » si bien analysé par Hélène Frappat ; un bouquin sérieux de l’AFNOR, pour la blague ; « Toujours le Nord », pour la sensibilité ; Pierre Lemaitre, forcément, incontournable ; « Retrouver la douceur » et toute la poésie de Cécile Coulon ; mes livres en anglais, ma fierté ; « Le Chardonneret », pour toutes les raisons possibles ; « Qui a tué Harry Kennedy », pour le ludique ; « Le Jugement de Salomon », pour le jeu encore ; Hannah Swensen, les 3 Dahlia, la tante Dimity et l’Espionne royale… mes compagnons sur les chemins caillouteux du quotidien ; et mon décembre de lectures avec « Noël » ou « Christmas » dans le titre, parce que je lis aussi pour m’amuser.

Merci aux maisons d’édition qui me font confiance tout en respectant l’indépendance de mes avis, et qui m’ouvrent des portes que je n’aurais pas osé pousser.

Je retiens aussi de cette année le Salon du livre de Paris, Quais du Polar à Lyon, les tea time et les vide-bibliothèques. J’ai une pensée pour tous ceux qui aiment lire et avec qui il ne faut que quelques minutes pour briser la glace, pourvu qu’on ait un livre dans la main ; et une autre pensée pour ceux qui lisent, likent, commentent, partagent, jouent… vous êtes les guerriers du livre.

Merci à celles et ceux qui ont lu mes chroniques pour la première fois cette année ; bienvenue dans mon monde.

The show must go on.

Essai / Document

« Les enquêtes de l’Avent », d’Arnaud Cebollada

Je suis souvent assez indulgente dans mes chroniques ; même quand je n’ai pas aimé un livre, je donne mon avis en respectant le travail éditorial ; c’est tellement subjectif, d’aimer un livre ou pas.

Mais là, vraiment, je vais avoir du mal à être positive !

Je me suis laissé tenter (*) cette année par un roman de l’Avent, construit sur le modèle de ceux qui existent pour les enfants : chaque jour une page à lire, et dans le cas ce celui-ci, chaque jour une énigme à résoudre.

Sauf que le premier défi de ce livre est de réussir à passer outre les innombrables fautes d’orthographe ! Dès l’introduction c’est insupportable et les yeux piquent. L’accord du participe passé semble être devenu optionnel. Les verbes sont mal utilisés (« avez » au lieu de « avait », c’est violent, quand même). Sans compter tous les substantifs mal orthographiés.

C’est à se demander si 1 seule personne a relu ce livre avant de l’envoyer à l’imprimeur. Même le correcteur de base du traitement de texte n’a pas dû être sollicité.

Quant aux énigmes, il faut parfois avoir une loupe pour trouver les indices, et certains jours les solutions font référence à des informations qui ne sont même pas dans le texte.

Alors j’ai fini par prendre ça à la rigolade, mais quand même, publier un livre avec un tel manque de soin, c’est se moquer des lecteurs.

(*) : pour les puristes et ceux qui auraient un doute, dans « je me suis laissé tenter », « laissé » ne s’accorde pas, même au féminin.

404 éditions, 224 pages, 14,95€

En anglais·Roman

« The Christmas tree farm » de Laurie Gilmore

Ce roman m’attendait depuis longtemps, acheté à Londres pour continuer à lire en anglais, et toujours sans prétention en choisissant des livres accessibles. Après la série pour ado « American Royals », j’avais opté pour une romance – comme c’est un genre que je lis très peu, j’avais choisi une romance de Noël, qui entre parfaitement dans mes critères de lire cette année en décembre uniquement des titres avec « Noël » ou « Christmas ».

Je n’avais pas vu qu’il s’agissait du tome 3 d’une série (celle qui commence par le « Pumpkin spice café », livre que j’ai souvent vu mais que je n’ai jamais eu envie de lire). Heureusement ce tome est complètement indépendant, il se situe juste dans la même ville – et la propriétaire du Pumpkin spice café est la sœur de l’un des deux protagonistes, Bennett.

La deuxième protagoniste, c’est Kira. Après le départ de sa sœur jumelle, elle a décidé de s’émanciper en achetant une plantation d’arbres de Noël à l’autre bout du pays. Mais le premier Noël est compliqué, et bien loin des images de rêve véhiculées par les réseaux sociaux. Jusqu’à ce que Bennett entre dans sa vie.

Pas du surprise dans ce roman, on est dans une classique romance où le preux chevalier moderne vole au secours de la jeune femme qui grelotte dans sa vieille maison. Attention quand même à ne pas mettre ce livre entre toutes les mains car il y a plusieurs passages très explicites.

Un petit mot pour finir sur la couverture, que je trouvais déjà très jolie dans la version anglaise (avec les dorures brillantes) et qui, pour une fois, est encore plus belle dans la version française (même couverture, mais avec en plus un jaspage de Noël très réussi).

One more chapter, 342 pages, 9,99£