C’est d’abord le style très « art nouveau » du dessin qui a attiré mon regard. L’histoire n’était pas détaillée sur la quatrième de couverture, je me suis donc laissée porter au fil des vignettes.
Dans les années 1920, dans un cabaret parisien, « Le Jardin ». Un groupe de femmes, de « fleurs » (elles se surnomment Hyacinthe, Marguerite, Tournesol…) dansent chaque soir. Au milieu d’elles, un jeune bourgeon, surnommé Rose, fils de l’une d’elles, s’apprête à faire son entrée sur scène. Le succès est immédiat, et l’émancipation commence pour lui.
Cette BD toute en douceur est une plongée pleine de tendresse dans un microcosme très féminin. Au milieu de ce gynécée, Rose est un personnage androgyne, sensuel, à la fois fort et délicat. J’ai plutôt aimé cette BD même si j’ai trouvé quelques longueurs vers les 2/3 de l’histoire, jusqu’à ce que la dernière partie redonne un peu d’élan. Je suis surtout restée un peu sceptique face à la bienveillance parfaite et totale dont jouit Rose, alors qu’on aurait pu imaginer son personnage, si ambivalent, être davantage sujet aux controverses.
En fin de livre, ne passez pas à côté des « Coulisses du Jardin », extraits de carnets de recherches et de storyboards, qui sont toujours intéressants à découvrir pour décrypter le travail d’un dessinateur de BD.
J’ai un souvenir très précis d’un tableau de « Nymphéas » de Monet exposé à la National Gallery de Londres. Dans une salle qui comptait plusieurs chefs-d’oeuvre (dont un grand format de « Nymphéas »), c’est ce petit tableau dans les tons verts qui a accroché mon regard et qui m’a hypnotisée au point que je ne pouvais pas en détacher mon regard.
Je comprends donc tout à fait que le narrateur de cette histoire ait pu être frappé par sa découverte des « Nymphéas » exposés à l’Orangerie, à Paris. Sauf que pour lui, cette vision a déclenché une forme d’anxiété (alors que pour moi c’était une irrésistible attraction).
Partant de cette anxiété, et curieux de savoir ce que ce tableau a pu révéler d’inconscient, le narrateur décide d’enquêter sur les « Nymphéas ». Qu’est-ce qui a pu pousser Monet à peindre 250 fois la même variété de plantes ? Que symbolisent d’ailleurs ces fleurs d’eau ? A quoi ressemblait la vie de Monet pendant les années où il a peint ces tableaux, désormais parmi les plus célèbres du monde ? Ce sont toutes ces questions que le narrateur nous propose d’élucider (ou : d’essayer d’élucider). Si le propos est parsemé de parenthèses personnelles et de commentaires parfois décalés, le texte ne manque pas de fond, bien au contraire. Il questionne l’art et ses réalisations. C’est parfois un peu brouillon et éparpillé (la découverte d’Auschwitz arrive très bizarrement dans le récit), mais l’auteur sait recentrer le propos quand c’est nécessaire.
Ce livre est un roman mais il aurait pu être une pièce de théâtre, tant les situations prêtent au rocambolesque, aux quiproquos, aux petits complots. A Blanding Castle, Lord Emsworth est le « patron » mais c’est sa sœur Constance qui gère la vie sociale de la demeure. Elle a pour habitude de convier poètes et écrivains… Lire la suite « Tous cambrioleurs » de Pelham Grenville Wodehouse
Qui n’a pas lu (ou au moins : entendu parler de) « La Femme de ménage » ou ses nombreuses suites ? Freida McFadden est « la » romancière de thriller psychologique du moment – titre mérité car elle manipule les lecteurs avec talent, jouant avec leurs déductions jusqu’à des retournements en fin de livre (vous savez, ces moments où vous comprenez que vous vous êtes faits berner…).
Le marketing autour des romans de Freida McFadden est si présent que j’ai fini par m’en détourner ; et je ne suis pas allée au-delà du deuxième tome de « La Femme de ménage ». Pourtant j’adore ce genre de romans ! Alors pour avoir moins la sensation de tomber dans la facilité, j’ai trouvé un entre-deux : lire un roman de Freida McFadden en anglais.
Cela reste toujours un défi pour moi de lire en anglais. J’ai toujours l’appréhension de ne pas comprendre le vocabulaire et donc de ne pas comprendre l’histoire (surtout dans un roman où il ne faut pas manquer la chute !).
Première impression sur ce roman : la lecture en anglais s’est faite sans aucune difficulté. Les mots sont courants, il y a pas mal de dialogues, les chapitres sont courts. J’ai trouvé le texte accessible, à tel point que j’ai parfois oublié que je ne lisais pas en français (quelle victoire pour moi !).
L’histoire maintenant. Sydney est une célibataire de son temps : pour trouver le grand amour, elle enchaîne les rendez-vous avec des hommes rencontrés sur des applications. Elle va d’échecs en échecs, se faisant même un soir agresser par son dernier prétendant en date. Alors qu’elle finit par se décourager de trouver l’homme idéal, une rencontre vient lui redonner espoir… mais nous, lecteurs, savons que le prince n’est pas aussi charmant qu’il n’y paraît.
En alternant des chapitres dans le présent et dans le passé, l’auteure semble donner toutes les clés de compréhension au lecteur – mais personne n’est dupe, on devine rapidement qu’il ne faudra pas se contenter des évidences.
J’avais échafaudé une deuxième théorie, mais qui s’est révélée toute aussi fausse ! Une fois de plus l’auteure a réussi à me piéger jusqu’au bout, pour mon plus grand plaisir de lectrice.
Quant à lire Freida McFadden en anglais, c’est une expérience à renouveler, avec d’autant plus de possibilités que nombre de ses romans ne sont pas encore traduits en français.
Sourcebooks, Inc, 368 pages, 17,05€ pour la version en anglais.
Ne pas être d’accord et oser le dire… vaste programme, surtout en milieu professionnel ! Dans ce petit ouvrage de moins de 200 pages, l’auteur (responsable pédagogique d’un organisme de formation) propose de synthétiser un certain nombre de travaux, recherches et théories sur le sujet.
La perception que vous aurez de ce livre dépendra fortement de votre niveau de maturité sur les méthodes évoquées. Si c’est le premier livre que vous lisez sur le sujet, il vous ouvrira la voie vers de nombreuses pistes à explorer et à tester ; ce sera alors une lecture qui en appellera d’autres. Si au contraire vous avez déjà un certain vernis sur ces sujets (ce qui est mon cas), il ne sera alors qu’un rappel. « Système 1, Système », le « DISC » (expliqué d’ailleurs avec un regard assez critique, c’est le cas de le dire), les biais cognitifs, ça vous parle déjà ?
L’auteur visait d’être un « vulgarisateur » (il le dit lui-même) et en cela le livre remplit son cahier des charges, en étant accessible, et en abordant les thèmes essentiels de manière succincte. Quant à vouloir creuser et approfondir les méthodes, quelques lectures ou formations complémentaires s’imposeront rapidement.
J’attends toujours avec impatience les nouveaux romans de Pierre Lemaitre, et cette impatience est démultipliée lorsque je sais qu’il en existera une version audio lue par l’auteur lui-même. Au-delà du talent incroyable d’écrivain qui est le sien, l’auteur a également un talent de lecteur – quel bonheur de l’entendre lire ses propres mots à sa manière, à son rythme, avec ses hésitations.
Jean, dit Bouboule, est plus que jamais au centre de l’intrigue. Ses magasins de prêt-à-porter bon marché sont un succès ; il devient investisseur dans le projet de périphérique parisien (ce qui donne l’occasion à l’auteur d’aborder les grands travaux de l’époque, et d’envoyer quelques coups de griffes au capitalisme, incarné ici par un industriel du BTP), et surtout il devient un héros en sauvant un bébé d’un immeuble en flammes. Quant à sa femme, Geneviève, elle est toujours un bijou de vacherie, le genre de personnages qu’on n’oublie pas.
Il n’y a pas une seule intrigue dans ce roman ; il y en a peut-être une dizaine, et toutes ces histoires se croisent et forment une toile narrative passionnante.
En filigrane, on découvre Manuel, un personnage complètement en dehors du clan Pelletier – mais on comprend très vite que son chemin finira par croiser celui des autres personnages en conclusion du roman. La fin n’est peut-être pas la meilleure inventée par l’auteur (je l’ai trouvée un peu trop rocambolesque par rapport au reste du livre), mais elle n’enlève rien à la qualité globale du roman.
Et comment ne pas mentionner cette justesse des mots dans chacune des phrases, ces descriptions si humaines des personnages ? Il faut un sens aigu de l’observation pour restituer autant de justesse dans un roman.
Dans l’interview qu’il donne à la fin du livre audio, l’auteur indique qu’il a pensé la structure du roman pour que celui-ci puisse aussi être lu indépendamment des trois premiers tomes. Je ne sais pas si le plaisir de lecture (ou d’écoute) serait vraiment le même sans avoir la genèse des personnages. De toute façon je ne peux que vous inviter à lire (ou écouter) les précédents, dans l’ordre, pour profiter pleinement des détails de l’évolution des personnages.
Autre bonne nouvelle annoncée par l’auteur dans cette interview : il travaille déjà à son prochain roman, une nouvelle fresque romanesque où les principaux protagonistes seront la jeune génération Pelletier. Sans mauvais jeu de mots, voilà pour moi une belle promesse de nouvelles heures d’écoute passionnantes.
Audiolib, 12h28 d’écoute, 24,95 en format numérique, 27,90€ en CD
L’Histoire est ingrate envers les femmes. Elle en a souvent fait des personnalités secondaires là où leur rôle était capital ; elle n’a retenu que peu de noms, là où bien d’autres auraient mérité de passer à la postérité. Cléopâtre pourrait faire figure d’exception, tant son nom est connu et sa figure réveille tout un imaginaire. Mais que sait-on vraiment d’elle ?
J’ai eu la chance de visiter il y a quelques mois l’exposition « Le mystère Cléopâtre » à l’Institut du monde arabe – exposition très bien faite qui mêlait éléments historiques et héritage dans notre monde d’aujourd’hui. Comme toujours quand je visite un musée ou découvre une exposition, cela m’a donné des envies de lecture, et j’avais plus précisément envie d’une biographie romancée. Le livre de Natasha Solomons m’a aussitôt tapé dans l’oeil, avec sa couverture aux détails dorés et son jaspage de toute beauté – merci aux éditeurs qui font de si jolis livres, je pourrais choisir une lecture juste pour le plaisir d’avoir un aussi bel objet entre les mains.
Le roman est écrit comme un témoignage de la reine d’Egypte, et c’est un bonheur de voir l’Histoire racontée par une femme qui l’a faite. Cléopâtre se révèle à la fois pharaon, héritière d’une dynastie, porteuse de lourdes responsabilités pour son pays ; mais elle est aussi mère, et femme, avec toutes les nuances imposées par son statut. L’auteure ne fait pas d’elle une femme de passion, qui aurait été naïvement dévouée à César. Au contraire elle explore la complexité d’un personnage qui sait le poids des sacrifices pour son pays, et qui nage avec intelligence dans tous les cercles : politique, militaire, domestique.
L’écriture est soignée, avec le juste dosage de solennité qui convient à une reine, sans jamais tomber dans la grandiloquence. L’auteure voulait mettre en lumière une femme historique d’exception : le pari est gagné.
Les relations mère-fille sont sans doute parmi les plus belles et les plus compliquées – autant dire qu’elles sont un terreau parfait pour un roman sur les femmes, sur la famille, sur les différences générationnelles, sur le choc des classes aussi quand l’enfant s’émancipe et sort de son milieu d’origine.
C’est encore plus vrai quand la mère est une Marseillaise fantasque, grande gueule et attachante, entourée de copines toutes aussi expansives ; et que la fille rêve de Paris, de Sciences po, et s’entiche d’un jeune homme d’une famille bourgeoise et traditionaliste.
Dans ce récit où alternent le point de vue de la mère et celui de la fille, on se sent tour à tour enfant fragile puis mère protectrice, on voudrait dire à chacune tout l’amour que lui porte l’autre, nous transformer en émissaire qui passerait les messages d’un chapitre à l’autre.
Le roman est plein de tendresse, de cette tendresse maladroite de ceux qui ne savent pas dire « je t’aime » simplement. L’auteure écrit avec justesse les différences de points de vue entre générations. Cette même histoire racontée sous deux angles différents, cela développe l’empathie – on aimerait pouvoir faire pareil dans la vraie vie.
J’avais repéré ce livre à sa sortie, j’étais souvent passée devant en librairie, sans franchir le cap de le lire (la liste de mes envies de lecture est bien trop longue pour que je cède à toutes les tentations!). Il y a quelques jours, j’ai lu « Bombasse », le nouveau roman de la même auteure –… Lire la suite « Cucul » de Camille Emmanuelle
Un vieil homme meurt… sa nouvelle femme, plus jeune, plus belle, est évidemment la coupable toute désignée. Sophia, la petite-fille du défunt, missionne son fiancé pour enquêter au sein de la « maison biscornue » qui abrite toute la famille.
J’adore cette série de BD : une fois de plus, c’est une adaptation très qualitative du roman d’Agatha Christie. L’ambiance qui en fait le charme est bien restituée, les dessins des intérieurs et des extérieurs sont magnifiques et méritent que l’œil s’y attarde (j’aime moins les dessins des visages).
L’enquête en elle-même est prenante, avec plein de fausses piste et un dénouement inattendu mais bien expliqué. La BD m’a tenue captive jusqu’à la dernière page – et plus encore, cette adaptation m’a donné envie de relire le roman originel. Je vais juste attendre d’oublier la chute de l’histoire, pour avoir le plaisir de la redécouvrir plus tard.