Biographie·Roman

« Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot » de Mika Biermann

Connaissez-vous Berthe Morisot ? Elle est l’une des rares femmes peintres impressionnistes (à leur première exposition en 1874 dans les Salons Nadar, elle était seule à côté de 29 hommes), belle-sœur d’Edouard Manet qui en aurait bien fait sa maîtresse – mais elle lui a préféré son frère, moins compliqué à vivre, plus stable.

Au moins connaissez-vous, peut-être sans le savoir, plusieurs tableaux d’elle peints par Manet, dont le sublime « Berthe Morisot au bouquet de violettes », dont un détail fait la couverture de ce livre, et que vous pouvez en général voir au Musée d’Orsay (mais en ce moment il est en prêt aux Etats-Unis). J’adore ce tableau, j’aime ce que cette femme dégage de féminité, d’élégance et de profondeur sur cette représentation.


Mais revenons au livre. Le texte est très court, constitué majoritairement de dialogues, et s’inscrit dans une trilogie (de livres indépendants), les deux autres tomes étant consacrés à Cézanne et Van Gogh. Comme son titre l’indique, il n’a pas vocation à raconter la vie complète de Berthe Morisot, mais de l’approcher à travers un très court laps de temps. On ne la découvre pas dans son quotidien de parisienne aisée, mais lors d’un séjour à la campagne, accompagnée de son mari. Et ces trois jours / trois nuits suffisent pourtant au lecteur à se forger une idée du personnage, de sa liberté profonde sous une apparente bienséance, de son âme d’artiste et de ses désirs de femme.

Anacharsis, 112 pages, 12€

Essai / Document

« Disputez-vous bien » de Nicole Prieur et Bernard Prieur

Ah, les disputes… on pourrait presque se disputer pour savoir s’il faut s’en méfier ou leur trouver des vertus. Il y a d’un côté les allergiques au conflit, et de l’autre côté ceux qui ont besoin d’extérioriser avec vigueur ce qui les tracasse. Faisant partie du premier groupe, je préférerai toujours l’assertivité à la dispute,… Lire la suite « Disputez-vous bien » de Nicole Prieur et Bernard Prieur

Roman

« Volare » de Serena Giuliano

Certains cadeaux sont des petits rayons de soleil – et ce livre l’a été un pour moi (un cadeau et un soleil) au-delà de l’histoire qui est pleine de bons sentiments.

Ambre exerce dans un collège un métier qu’elle adore ; pourtant Ambre est en dépression. Plus le courage de se lever, plus l’envie de parler à ses amies, à ses sœurs. Elle en a conscience : elle est en train de couler. Alors son amie Manue décide de prendre la situation en main, et l’expédie en Sicile pour qu’elle se change les idées.


Si le thème de la dépression pourrait faire peur quant à l’ambiance du roman, la couverture très colorée doit vous rassurer : ici le positif finit toujours par l’emporter (et je ne divulgue rien, on le comprend dès les premières pages). Il y a bien quelques grosses ficelles, quelques passages un peu trop beaux pour être vrais, mais peu importe : ça fait du bien parfois de lire une plume enjouée et une histoire optimiste.

Calmann Levy, 198 pages, 18,90€

Roman

« Les armoires vides » d’Annie Ernaux

D’Annie Ernaux, je ne me souvenais que d’avoir lu « L’événement ». J’avais à peine plus de vingt ans, et ce livre a été une claque d’une incroyable violence. Je reparlerai de ce livre plus en détail une autre fois – il m’avait tellement bouleversée que je n’ai jamais osé le relire, mais j’y arriverai peut-être grâce à cette édition.

J’aime beaucoup la collection Quarto des Éditions Gallimard, qui permet d’accéder à l’essentiel de l’œuvre d’un écrivain dans un format compact à petit prix. Pour la Prix Nobel de littérature 2022, ce recueil a été intitulé (par elle-même ) « Écrire la vie » ; « Écrire la vie. Non pas ma vie, ni sa vie, ni même une vie. La vie, avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve de façon individuelle : le corps, l’éducation, l’appartenance et la condition sexuelles, la trajectoire sociale, l’existence des autres, la maladie, le deuil. »

Le recueil s’ouvre par « Les armoires vides », court roman écrit en 1974. Roman d’inspiration autobiographique, il raconte l’enfance et l’adolescence de Denise Lesur, fille de commerçants, douée pour les études, mais engluée dans un milieu populaire d’où elle peine à s’extraire – jusqu’à en venir à détester profondément ses parents et tout ce qu’ils représentent. Elle raconte cette prise de conscience progressive, avec quelques années de recul – alors qu’elle vient de se faire poser une sonde pour avorter.

L’écriture est si forte, si rude, si juste. J’avais envie de mettre ma main sur l’épaule de cette jeune fille d’une autre époque, et de lui dire qu’on n’est pas une « salope » (c’est le terme qu’elle utilise elle-même) quand on a quinze ans et envie de croquer la vie et d’embrasser un garçon.

J’ai été profondément touchée par le texte, par la vivacité de l’écriture, et par cette jeune femme qui, sur la table d’une faiseuse d’anges, regrette qu’il n’y ait aucun livre écrit par une femme sur ce que son corps va vivre – juste d’odieux manuels écrits par des hommes pour culpabiliser les femmes.

C’est ça, de la belle littérature, des textes qui traversent les décennies et sont encore capables de bouleverser des lecteurs. J’ai hâte de lire les textes suivants.

Quant au titre, ultime clin d’œil, il est extrait d’un poème de Paul Eluard.

Gallimard, coll. Quarto, 1088 pages, 32€

Cosy mystery·Policier·Roman

« Le Club des amateurs de romans policiers (tome 7) – Le crime de l’Indian Pacific » de C.A. Larmer

Pour avoir fait partie pendant plusieurs années d’un groupe de lecteurs, je comprends tout à fait le plaisir que peuvent avoir les membres du « Club des amateurs de romans policiers » à partir ensemble en vacances, et à passer une bonne partie de leur temps libre à comparer leurs avis sur tel ou tel livre (et sur ceux d’Agatha Christie en particulier, car elle reste le fil rouge de cette série).

Ce Club a malheureusement la particularité d’être aussi un club d’enquêteurs amateurs – je dis « malheureusement » pour eux, parce que pour nous lecteurs, c’est au contraire un bonheur de les suivre dans leurs enquêtes. Oui, j’adore cette série de cosy mysteries, qui compte parmi mes préférées (et j’en ai lu beaucoup!). Il faut dire qu’elle coche toutes les cases : une enquête dans la pure veine du whodunit, des personnages variés et attachants (chacun pourra trouver son chouchou), des références littéraires (et à Agatha en particulier, je le redis car c’est un vrai plus, bien utilisé).


Dans ce tome, le groupe part en train à travers l’Australie, une occasion de se retrouver pour enterrer la vie de jeune fille d’Alicia, la fondatrice du Club. Mais un matin à l’aube, Alicia pense voir un corps tomber du train. Sauf que personne ne la croit. Un riche fermier, patriarche d’une famille qui le craint, manque certes à l’appel, mais le personnel jure l’avoir vu descendre du train de son plein gré. Alors que s’est-il passé ? Alicia a-t-elle simplement rêvé ? La bonne idée dans ce roman est de laisser le lecteur douter jusqu’à la fin. Les pistes se succèdent, le groupe de lecteurs joue les enquêteurs avec talent. Encore un très bon tome.

Le Cherche Midi, 384 pages, 15,90€ (service de presse)

BD

« Yasmina et les mangeurs de patates » de Wauter Mannaert

Petite anecdote sur ma rencontre avec cette BD. J’en ai entendu parler dans une exposition temporaire où l’auteur était mis en valeur pour son engagement écologiste, et je m’attendais à trouver cette BD en rayon adulte… alors que c’est une BD jeunesse. Peu importe, ce n’est pas cela qui aller m’arrêter dans ma lecture. Je… Lire la suite « Yasmina et les mangeurs de patates » de Wauter Mannaert

Essai / Document

« Antigone reine » de Lolita Pille


Cet essai est d’abord un texte écrit par une érudite, une droguée de littérature, une sensible qui pleure en lisant les meilleures pages des meilleurs romans. Mais cette érudite, cette intello pourrait-on dire (et ce mot dans ma bouche est tout sauf péjoratif) est aussi subversive. Sous couvert de nous parler de Proust et de sa relecture à 30 ans de « A la Recherche du temps perdu », sous couvert de nous parler de Virginia Woolf, des sœurs Brontë et des grands classiques grecs, finalement elle nous parle de sa vie, d’elle-même, et forcément un peu de nous aussi.

J’ai aimé son analyse réfléchie de plusieurs textes et auteurs, à tel point qu’une bibliographie en fin d’ouvrage aurait été la bienvenue.

En revanche je n’ai pas toujours bien compris le fil conducteur entre les chapitres, le point de départ de certaines démonstrations. Est-ce important ? Pas forcément, car cela ne nuit pas à la lecture globale, pourvu qu’on y cherche une discussion à bâtons rompus avec une femme de littérature plutôt qu’une démonstration formelle.

Le Cherche Midi, 400 pages, 23€

BD

« Le Jardin, Paris » de Gaëlle Geniller

C’est d’abord le style très « art nouveau » du dessin qui a attiré mon regard. L’histoire n’était pas détaillée sur la quatrième de couverture, je me suis donc laissée porter au fil des vignettes.

Dans les années 1920, dans un cabaret parisien, « Le Jardin ». Un groupe de femmes, de « fleurs » (elles se surnomment Hyacinthe, Marguerite, Tournesol…) dansent chaque soir. Au milieu d’elles, un jeune bourgeon, surnommé Rose, fils de l’une d’elles, s’apprête à faire son entrée sur scène. Le succès est immédiat, et l’émancipation commence pour lui.

Cette BD toute en douceur est une plongée pleine de tendresse dans un microcosme très féminin. Au milieu de ce gynécée, Rose est un personnage androgyne, sensuel, à la fois fort et délicat. J’ai plutôt aimé cette BD même si j’ai trouvé quelques longueurs vers les 2/3 de l’histoire, jusqu’à ce que la dernière partie redonne un peu d’élan. Je suis surtout restée un peu sceptique face à la bienveillance parfaite et totale dont jouit Rose, alors qu’on aurait pu imaginer son personnage, si ambivalent, être davantage sujet aux controverses.

En fin de livre, ne passez pas à côté des « Coulisses du Jardin », extraits de carnets de recherches et de storyboards, qui sont toujours intéressants à découvrir pour décrypter le travail d’un dessinateur de BD.

Delcourt, 224 pages, 25,95€

Roman

« Le syndrome de l’Orangerie » de Grégoire Bouiller

J’ai un souvenir très précis d’un tableau de « Nymphéas » de Monet exposé à la National Gallery de Londres. Dans une salle qui comptait plusieurs chefs-d’oeuvre (dont un grand format de « Nymphéas »), c’est ce petit tableau dans les tons verts qui a accroché mon regard et qui m’a hypnotisée au point que je ne pouvais pas en détacher mon regard.

Je comprends donc tout à fait que le narrateur de cette histoire ait pu être frappé par sa découverte des « Nymphéas » exposés à l’Orangerie, à Paris. Sauf que pour lui, cette vision a déclenché une forme d’anxiété (alors que pour moi c’était une irrésistible attraction).


Partant de cette anxiété, et curieux de savoir ce que ce tableau a pu révéler d’inconscient, le narrateur décide d’enquêter sur les « Nymphéas ». Qu’est-ce qui a pu pousser Monet à peindre 250 fois la même variété de plantes ? Que symbolisent d’ailleurs ces fleurs d’eau ? A quoi ressemblait la vie de Monet pendant les années où il a peint ces tableaux, désormais parmi les plus célèbres du monde ? Ce sont toutes ces questions que le narrateur nous propose d’élucider (ou : d’essayer d’élucider). Si le propos est parsemé de parenthèses personnelles et de commentaires parfois décalés, le texte ne manque pas de fond, bien au contraire. Il questionne l’art et ses réalisations. C’est parfois un peu brouillon et éparpillé (la découverte d’Auschwitz arrive très bizarrement dans le récit), mais l’auteur sait recentrer le propos quand c’est nécessaire.

J’ai lu, 544 pages, 9,50€

Roman

« Tous cambrioleurs » de Pelham Grenville Wodehouse

Ce livre est un roman mais il aurait pu être une pièce de théâtre, tant les situations prêtent au rocambolesque, aux quiproquos, aux petits complots. A Blanding Castle, Lord Emsworth est le « patron » mais c’est sa sœur Constance qui gère la vie sociale de la demeure. Elle a pour habitude de convier poètes et écrivains… Lire la suite « Tous cambrioleurs » de Pelham Grenville Wodehouse