Cosy mystery·Policier

« Le corbeau d’Oxford » de Faith Martin

corbeau oxfordTrudy Loveday est une jeune policière pleine de projets et d’ambition. Mais en 1960 les femmes n’ont pas encore toute leur place dans les équipes de police, et ses supérieurs hiérarchiques n’ont pas l’intention de lui confier la moindre affaire sérieuse.

Pour se débarrasser de cette jeune femme dont il ne sait que faire, son chef l’envoie travailler avec Clement Ryder, un vieux coroner bourru dont la réputation d’excellence fait frémir tous les policiers qui ont affaire à lui.

Alors qu’un jeune père a été tué, son décès relance dans l’esprit de Clement Ryder une vieille affaire. Mais bien des années après, quel lien fait-il entre les deux histoires ? Et pourquoi veut-il rouvrir le dossier du suicide d’une jeune fille ?

Avec beaucoup d’énergie et un sens remarquable de la déduction, Trudy va collaborer avec Ryder sans se laisser impressionner par la réputation de celui-ci.

Si le roman est dans l’ensemble assez classique, l’écriture est efficace et l’enquête progresse en alternant fausses pistes et vraies avancées. Je ne sais pas encore si je lirai d’autres tomes de cette série, mais c’est un bon roman d’enquête.

S 2-3Harper & Collins Noir, 306 pages, 14,90€

Cosy mystery·Policier

« Meurtres et charlotte aux fraises » de Joanne Fluke

hannah2 charlotte fraisesJ’étais très curieuse de voir comment aller se dérouler ce deuxième tome des enquêtes d’Hannah Swensen. Hannah tient une boutique de cookies à Eden Lake, dans le Minnesota. Cette année, elle est jurée dans une émission de télévision dédiée à la pâtisserie. Le décor est planté, comme pour le premier roman, ce deuxième tome va vous donner envie de manger successivement de la charlotte aux fraises, du gâteau à l’ananas nappé de caramel, et bien sûr toutes sortes de cookies puisque c’est la spécialité de l’héroïne. Il y a moins de recettes (me semble-t-il) que dans le premier tome, ce qui n’est pas plus mal car de toute façon je ne comprends rien aux dosages qui sont donnés en « tasses », les tasses étant traduites en « millilitres »… mais cela me paraît toujours incongru de doser la farine en « millilitres ».

Bref.

Boyd, l’entraîneur de basket de la ville a été retrouvé mort – et c’est Hannah que la veuve a appelée en premier. Or Hannah connaissait le terrible secret du couple, Boyd était un mari violent qui battait sa femme. Bien que tout puisse accuser la femme battue, Hannah est persuadée de son innocence. En cachette de Mike – l’un de ses prétendants – et de Bill, le mari de sa sœur, policer, Hannah décide d’enquêter.

Rien n’a vraiment changé depuis le premier tome : la mère d’Hannah est toujours envahissante, sa nièce est trop mignonne, Lisa son assistante est une perle, Hannah est tiraillée entre Mike et Norman le dentiste… et j’avais envie de manger des cookies à chaque chapitre. Il faut dire que quand Hannah n’est pas dans sa boutique, elle a toujours sur elle un sac de cookies – elle est persuadée que le chocolat résout tous les maux, et que proposer des cookies à un témoin ou à un suspect l’aide à parler !

J’ai bien aimé ce deuxième tome, je suis rassurée sur le fait que les histoires pourront se renouveler tout en gardant les « codes » du premier tome – les cookies, la famille… et le chat Moshe. Je lirai le prochain ! (sortie prévue en septembre 2021)

S 3-3Le Cherche Midi, 400 pages, 15€

Roman

« La commode aux tiroirs de couleurs » de Olivia Ruiz

commodeOn connaît bien sûr Olivia Ruiz comme chanteuse, et ce premier roman est l’occasion (et la bonne surprise) de lui découvrir aussi des talents d’écrivain.

Une jeune femme – à laquelle on peut facilement identifier l’auteure) a hérité de sa grand-mère une commode. Objet mystérieux par excellence, il a longtemps suscité la curiosité des petits enfants qui n’avaient pas le droit de l’ouvrir. Les objets qu’elle y trouve retracent, un par un, un passé familial longtemps tu et ignoré.

Oscillant entre gravité et tendresse, le roman explore autant de sujets que l’impact de la « grande Histoire » sur les individus, la transmission familiale, l’engagement, l’acculturation. Olivia Ruiz dresse plusieurs portraits de femmes fortes, solidaires, déracinées de leur Espagne. En décrivant leur courage et leur légèreté, l’auteure nous livre un texte fort et tendre que je vous conseille vivement – jusqu’au dernier chapitre qui clôt le texte avec sensibilité et humour. L’écriture porte la même énergie que celle que l’on connaît à Olivia Ruiz dans ses chansons – et nulle autre mieux qu’elle n’aurait pu lire ce texte.

S 3-3Audiolib, lu par l’auteure, 4h10 d’écoute, 21,90€ en version CD

Essai / Document

« Chère mamie au pays du confinement » de Virginie Grimaldi

mamie confinementSi vous suivez Virginie Grimaldi sur les réseaux sociaux, vous connaissez déjà ces petits billets d’humour, sous forme de courtes lettres adressées à sa grand-mère, qui croquent notre quotidien. Elle en déjà fait un livre, « Chère Mamie » et récidive avec une série de lettres écrites jour après jour pendant le premier confinement.

Qui d’autre que Virginie Grimaldi aurait pu croquer cette période avec autant de perspicacité, ce mélange de gravité et d’humour qui fait la « patte » de l’écriture de cette auteure, et qui est ici à son summum ? Qui d’autre qu’elle pour nous parler de l’école à la maison, des courses au drive, de la couture des masques ? Qui d’autre qu’elle pour jongler avec la peur de la maladie (elle avoue régulièrement son hypocondrie) et les petits bonheurs du quotidien ? En quelques pages bien trouvées, vous allez retrouver ce quotidien qui nous a surpris, et quelque part nous a unis dans une même stupeur. Racontés avec beaucoup d’autodérision, les petits tracas et les angoisses prennent une autre dimension, et soudain on mesure à quel point nous avons partagés un moment d’humanité.

S 3-3Fayard / Le Livre de poche, 5,50€, tous les bénéfices sont reversés à la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France

Policier

«Les yeux fermés » de Chris Bohjalian

yeux fermésJ’avais lu la quatrième de couverture un peu rapidement, et donc je n’avais pas vu que le roman avait pour fond le somnambulisme. Et pourtant, c’est bien autour de ce mystérieux trouble nocturne que se construit l’histoire. Annalee a disparu. Mère de deux filles, une ado et une jeune adulte, elle était connue pour faire des crises aiguës de somnambulisme. Alors que s’est-il passé cette nuit-là ? Est-ce une nouvelle crise qui l’a poussée à sortir de chez elle en pleine nuit ? Et pourquoi, si elle s’est noyée dans la rivière à proximité de la maison, n’a-t-on toujours pas retrouvé son corps ?

Une fois le drame planté et les questions posées, le début de l’histoire stagne un peu. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’intrigue (environ jusqu’à la page 100 j’ai trouvé que l’histoire tournait en rond). Et finalement je me suis attachée à Lianna, la fille ainée d’Annalee, qui s’accroche au quotidien pour soutenir son père et sa sœur, et j’ai suivi cette jeune femme dans ses interrogations pour découvrir les secrets de sa mère. Au final je me suis prise au jeu de « vouloir savoir ». Si le suspense n’est pas insoutenable, le roman se lit bien. La fin n’est pas stupéfiante mais le dénouement fonctionne.

S 2-3Le Cherche midi, 368 pages, 22€

BD

« Le Château de mon père », de Labat, Véber, Lemardelé, Vitrebert

versaillesSi le clin d’œil du titre à Pagnol est évident, le château dont il est question dans cette BD n’a rien à voir avec un petit château de Provence. Sous titrée « Versailles ressuscité », cette BD raconte en effet la vie du conservateur qui a redonné vie et lettres de noblesse à l’un des plus célèbres châteaux de France.

Remettons les événements dans leur contexte : en 1887, quand Pierre de Nolhac arrive en poste comme conservateur de Versailles, le château est un bel endormi. Symbole de la royauté dans une France qui célèbre la République, il n’est voué qu’à sommeiller pour l’Histoire. Ce qu’on attend de Pierre de Nolhac ? Qu’il poursuive un travail d’historien, qu’il s’amuse un peu avec les archives, et surtout qu’il n’en fasse pas trop. Mais ce n’est pas ainsi que le nouveau conservateur envisage sa tâche…

BD très originale sur une histoire qui m’était inconnue, j’ai beaucoup aimé suivre ce conservateur, qui arrive avec femme et enfants dans un château que eux vont détester, mais que lui va faire revivre. Les épreuves de la vie n’épargneront pas leur famille, plusieurs fois endeuillée, mais Pierre de Nolhac continue inlassablement sa mission. Humble, dévoué, il avance à petits pas, mais à pas sûrs. Les dessins en noir et blanc sont très réussis (si la Galerie des glaces nous est familière, je ne l’avais jamais vue en noir et blanc). C’est d’ailleurs un choix très judicieux : en couleurs, l’œil du lecteur se serait attardé sur les dorures de Versailles, alors qu’en noir et blanc le lecteur se concentre davantage sur Pierre de Nolhac et son travail.

S 3-3La boîte à bulles, 168 pages, 24€

Roman

« Intuitio » de Laurent Gounelle

intuitioLe pitch de ce roman m’avait tapé dans l’œil : imaginez qu’un homme doive résoudre une enquête avec pour seul outil son intuition.

Je connaissais l’auteur de nom, mais je n’avais jamais encore lu ou écouté l’un de ses livres, et je me suis dit que c’était une bonne occasion.

L’histoire commence ainsi : Timothy est écrivain ; il a publié plusieurs romans mais n’est pas une star de l’édition – ou plutôt, il n’est pas encore une star, car l’émission d’Oprah Winfrey qu’il doit faire dans quelques jours, pour remplacer au pied levé Leonardo Di Caprio, pourrait bien changer sa vie. Il a une semaine pour s’y préparer, mais il ne sait pas encore que la semaine qui arrive ne va pas ressembler à ce qu’il avait imaginé.

En effet, le FBI a décidé de le recruter pour enquêter sur de mystérieuses attaques d’établissements financiers. Et pour cela, le FBI compte sur la seule intuition de Timothy.

C’est à ce moment-là de ma chronique que je dois faire une pause : parce que je veux bien me laisser emporter dans un récit qui ne soit pas 100 % crédible, je veux bien faire preuve d’imagination, mais là le point de départ est complètement tiré par les cheveux. Timothy le reconnaît lui-même, et plusieurs passages du roman l’illustrent : cet homme n’a aucune intuition. Dès qu’il se fie à son instinct, il se plante. Alors pourquoi le choisir, lui, pour cette mission ?

Heureusement je ne me suis pas arrêtée là, car pour le reste le roman est assez prenant, et l’enquête bien menée – j’avais envie de connaître la suite. J’avais sans doute trop d’attente et de curiosité autour de l’intuition, mais si cette partie-là du livre m’a déçue, je ne regrette pas cette écoute.

S 2-3Audiolib, 10h d’écoute, 22,90€, lu par Cyril Romoli

Policier

« Le léopard des Batignolles » de Claude Izner

léopard BatignollesJ’avais un peu oublié la complexité des romans de la série des « Victor Legris »… Ce cinquième tome de la série me l’a vite rappelé ! Et pourtant j’aime les personnages de cette série, ces deux libraires – Victor Legris, donc, et son accolyte Kenji Mori – heureux propriétaires d’une librairie dans le Paris de la toute fin du XIXème siècle. Depuis les premiers opus de la série, Victor Legris se transforme régulièrement en enquêteur, et mène ses recherches avec l’aide de Joseph, son commis, un jeune homme bougon mais bon enfant qui rêve de devenir écrivain.

J’aime cette ambiance historique, cette librairie qui fourmille de livres anciens, et son époque virevoltante où Paris évolue aussi vite que les mœurs, où la bicyclette est à la mode, et où les femmes s’émancipent peu à peu.

Mais il me fallait bien tout cet attachement au cadre de l’histoire pour m’aider à m’accrocher à un récit que j’ai trouvé très complexe et dans lequel j’ai eu du mal à entrer. Basé sur une arnaque de faux titres boursiers, le début de l’histoire enchaîne plusieurs chapitres qui semblent sans lien apparent ; et si le procédé est classique, il dure un peu trop longtemps à mon goût dans ce roman, ce qui m’a empêchée d’être saisie par l’histoire et d’avoir envie d’en connaître la suite.

S 1-310/18

Roman

« Un amour de Swann » de Marcel Proust

swannIl y a plusieurs années, j’avais essayé de « lire Proust », un peu comme un passage obligé dans ma vie de lectrice. J’avais consciencieusement commencé « A la recherche du temps perdu » par le premier tome… et je n’en ai jamais lu d’autre, perdue dans des phrases complexes et un récit qui m’avait plutôt ennuyée.

J’ai redécouvert Proust à travers l’excellente BD de Stéphane Heuet, qui m’a donné envie de retourner vers le texte original. J’ai choisi cette fois-ci « Un amour de Swann » qui est présenté comme une parenthèse dans l’ensemble de l’œuvre. Et comme je l’avais pressenti avec la BD, le roman, assez court, s’est avéré beaucoup plus abordable – et sans doute la BD m’a aidée à l’appréhender car je connaissais déjà l’histoire.

Alors bien sûr, il y a toujours quelques phrases qui me laissent songeuse quant à leur structure :

«  Toute « nouvelle recrue » à qui les Verdurin ne pouvaient pas persuader que les soirées des gens qui n’allaient pas chez eux étaient ennuyeuses comme la pluie, se voyait immédiatement exclue ». (p43)

ou encore :

«  – comme on voit des gens incertains si le spectacle de la mer et le bruit des vagues sont délicieux, s’en convaincre ainsi que de la rare qualité de leurs goûts désintéressés, en louant cent francs par jour la chambre d’hôtel qui leur permet de les goûter. » (p160)

Mais je n’ai pas envie de limiter ma lecture à ces quelques hésitations dans ma lecture. Car il se dégage de l’ensemble du roman beaucoup de thèmes intéressants. Je connaissais bien sûr la « madeleine » et j’ai découvert que l’auteur abordait ce thème du souvenir sous d’autres angles : une petite musique, ou même le choix de certains mots qui réveillent des sensations différentes.

Deux mots sur le sujet du roman : Swann s’est entiché d’Odette de Crécy, une demi-mondaine habituée à fréquenter le salon des Verdurin. D’abord introduit dans les soirées des Verdurin, Swann détonne par sa culture et son refus de s’abaisser à des plaisanteries idiotes ou des conversations trop faciles. Il est progressivement rejeté de chez Verdurin, et rongé de jalousie par les autres fréquentations d’Odette.

Pour finir, je tiens aussi à saluer la modernité de la couverture – je suis sensible aux couvertures, et un choix trop classique m’aurait davantage effrayée.

S 3-3Folio, 384 pages, 5€

Cosy mystery·Policier

« La curiosité est un péché mortel » de Ann Granger

lizzie t1 et 2Dans ce deuxième tome des Enquêtes de Lizzie Martin, Elizabeth (« Lizzie ») Martin est appelée comme demoiselle de compagnie auprès de la jeune Lucy. A dix-huit ans, celle-ci vient de perdre son enfant peu après l’accouchement. Elle est persuadée que son enfant n’est pas mort, et ses deux vieilles tantes qui l’hébergent ne savent plus comment la gérer. Son mari, un parvenu, a été envoyé gérer des affaires en Chine pour l’éloigner de la famille.

Très vite, Lizzie découvre qu’un complot familial semble se tramer pour faire passer Lucy pour folle. Mais l’est-elle vraiment ? Et jusqu’où sa famille est-elle prête à aller ?

Lizzie est un beau personnage féminin, à la fois ancré dans son époque (même si, à trente ans, son célibat est inhabituel), capable d’user de franc-parler tout en sachant se faire discrète quand les circonstances l’exigent. Ses liens avec l’inspecteur Ben Ross sont un moteur efficace pour faire avancer l’intrigue.

J’ai préféré ce deuxième tome au premier ; Lizzie s’est éloignée de sa région natale où survivent les mineurs de charbon, elle a pris une certaine indépendance. On comprend que ses aventures la mèneront dans différentes maisons, où son rôle de demoiselle de compagnie lui permet à la fois d’apporter un regard neuf sur une situation, tout en étant disponible pour recueillir des confidences – j’imagine que les autres romans de la série sont bâtis sur la même trame.

L’intrigue est bien menée, on sent qu’il y a beaucoup de non-dits dans cette famille, et on a hâte de découvrir la face cachée de cette famille de riches négociants de thé et de tissu. Le Dr Lefebre, invité comme Lizzie à venir surveiller la santé mentale de la jeune Lucy, est un personnage complexe, aussi intéressant qu’inquiétant, qui apporte une dimension supplémentaire à l’histoire, et ajoute de l’épaisseur au personnage de Lizzie – elle n’est plus seulement sensible au charme de Ben, le Dr Lefebre suscite en elle un mélange de peur, de colère et d’admiration. C’est bien trouvé.

S 3-310/18, 14,90€ pour le recueil des deux premières enquêtes