Roman

« Les mystères de la rue Ginnami » de Magi Inoue

Je déteste être déçue par un livre. Quand je commence une lecture, que je l’aie choisie ou qu’elle m’ait été conseillée, j’y place toujours beaucoup d’espoir, la croyance que je vais passer un moment inoubliable, que je vais découvrir un grand auteur, un texte puissant ou divertissant, peu importe. Mais dans tous les cas, j’y crois.

Alors quand les chapitres se succèdent et que je constate que mon enthousiasme diminue, c’est toujours avec regret que je reconnais que je n’ai pas fait le bon choix… ça arrive !

Pour « Les mystères de la rue Ginnami », le pitch était pourtant alléchant, avec la promesse de lire deux versions différentes d’une même histoire : d’un côté le récit des sœurs Uchiyama, de l’autre la version des frères Kogure. Et pour cela, il fallait retourner le livre et lire la deuxième partie avec un autre sens de lecture, comme un manga.

Première découverte (je n’avais pas compris), il n’y a pas 1 mais 3 histoires distinctes (3 enquêtes autour d’un accident de la route, d’un vol, et d’un kidnapping), et donc 3 allers-retours dans le sens de lecture. Jusque là, c’est plutôt amusant.

Dans les autres points positifs, j’ai beaucoup aimé l’ambiance du récit, qui m’a rappelé les manga animés de mon enfance. J’ai trouvé les sœurs Uchiyama plutôt sympathiques, les frères Kogure courageux (ils sont orphelins et se débrouillent seuls). Mais je n’ai pas compris les liens entre les deux versions. Je pensais que la version des garçons apporterait un éclairage différent à la situation décrite dans la version des filles – en fait il s’agit d’histoires complètement différentes, mais il m’a fallu lire plus de la moitié du livre pour en saisir la logique. Finalement, je suppose que l’auteure a voulu montrer qu’à partir d’un même fait, on pouvait construire deux histoires. Pourquoi pas, sauf que j’aurais préféré que le livre soit présenté comme tel dès le départ, et ne pas me perdre en questionnements pendant aussi longtemps.

J’ai lu, 512 pages, 24€

Cosy mystery·Roman

« Un meurtre absolument splendide » de Julia Seales


A Swampshire, au Royaume-Uni, les femmes vivent sous la contrainte de règles de bienséance très strictes. Les thèmes de discussion, les loisirs, les interactions avec les hommes, tout est fortement contraint. Mais dans ce petit monde très strict, Beatrice Steele s’ennuie dans les bals et rêve davantage d’enquêter sur des meurtres comme dans les articles qu’elle lit en volant le journal de son père.

Beatrice m’a fait penser à Jo March, par son côté irrévérencieux et indépendant. Les situations cocasses sont nombreuses, et l’auteure use d’un humour grinçant pour dénoncer une société fortement patriarcale – et toutes les absurdités qu’elle engendre.

L’enquête est un prétexte, le meurtre (qui n’a rien de « splendide », je trouve le titre étrange), n’arrive qu’au milieu du roman. La seconde partie du roman est consacrée aux interrogatoires des suspects, les pistes étant éliminées les unes après les autres avec beaucoup de méthode. Le roman est ponctué de très courts chapitres (parfois une seule page) avec des extraits de pièce de théâtre, de journal, de citations,… On se sent d’ailleurs comme dans une pièce de théâtre, j’imagine qu’une adaptation pourrait être faite du texte. Au final, c’est un roman agréable, léger et piquant à la fois.

Editions du Masque, 388 pages, 21,90€

Policier·Roman

« La fleuriste » d’Alicja Sinicka


J’avais lu tellement de bonnes critiques sur ce roman, que forcément j’en attendais beaucoup… et j’ai été un peu déçue. Pourtant tous les ingrédients d’un bon thriller psychologique étaient réunis, et j’aurais pu me laisser complètement porter par l’histoire jusqu’au dénouement des dernières pages. Malheureusement je me suis un peu ennuyée, dans une structure que j’ai trouvée classique et pas assez surprenante.

Helena est fleuriste. Depuis que Sonia lui a sauvé la vie après un accident de voiture, elle l’a embauchée dans son magasin et les deux femmes s’entendent bien. Mais un jour, Helena disparaît mystérieusement. Quelques indices dans sa boutique laissent penser que sa disparition n’a rien de volontaire. Une bagarre ? Un enlèvement ? Un meurtre ? On ne sait pas ce qui s’est passé, mais le sang et les dégâts matériels sur place ne laissent rien présager de bon.

Ni Sonia ni le mari de la disparue (qui portent en alternance la narration de ce roman) ne comprennent ce qui a pu se passer et ils se lancent ensemble dans leur propre enquête.

Je ne dois pas être trop sévère avec ce roman, qui comporte quand même quelques rebondissements bien trouvés (jusqu’à la fin) et qui est rythmé par des chapitres courts.

Un dernier agacement, quand même : dans le grand format, les coquilles et mauvais accords de participes passés ne passent pas inaperçus…

Mera Editions, 350 pages, 19,99€

Roman

« On l’appelait Bennie Diamond » de Michaël Dichter

Coup de coeur pour ce premier roman, qui m’a été conseillé lors de la « reading party » du 8 mai dernier, place de la Concorde à Paris.

Anvers, dans les années 1980. Bennie pourrait suivre les pas de son père et dédier sa vie à la religion juive. Mais il a dans le sang une passion héritée de son grand-père, l’intraitable Yéhuda qui règne sur la Bourse aux diamants. Par défi envers lui-même, et peut-être pour épater une fille qui n’est pas de son milieu, Bennie veut réussir par ses propres moyens, et exister dans le cercle fermé des diamantaires.


Bennie est un personnage comme on les adore : il est vif, déterminé, et même si la réussite n’est pas garantie, il tente sa chance pour vivre son rêve. J’ai adoré le voir gravir les échelons dans un milieu fermé, grâce à son ingéniosité et son bagou. J’ai espéré avec lui. J’ai déchanté avec lui. J’ai redouté avec lui les réactions de ses proches. En un mot, je me suis totalement immergée dans
le parcours initiatique de ce jeune garçon ambitieux et attachant. Pour un premier roman, c’est une belle réussite !

Editions Les Léonides, 400 pages, 21,90€

Roman

« L’amour et la fureur » de Martin Suter

Est-on plus heureux quand on vit dans le luxe, mais sans l’être aimé ? C’est en tout cas ce que croit Camilla. Elle est comptable (et exècre ce métier) et entretient Noah, son conjoint, un artiste peintre qui ne vend pas de toile. Pourquoi se sacrifierait-elle dans un métier qu’elle déteste, au profit d’un homme qui n’arrive pas à vivre de sa passion ? Alors même si elle l’aime encore, elle décide de le quitter.

Sauf que Noah, un soir de déprime, rencontre dans un bar une femme qui pourrait bien changer sa vie : veuve, elle promet à celui qui tuera l’ancien associé de son mari la moitié de l’héritage qu’elle a touché. Noah, pourtant bien loin d’être un tueur à gages, entrevoit une solution qui lui permettrait de reconquérir Camilla…

Je n’arrive pas à savoir si ce livre est très sérieux ou très décalé… sans doute un peu les deux ! Il est sérieux en cela qu’il décortique avec beaucoup de justesse des mécaniques parfois complexes qui régissent les couples – quand l’amour ne suffit pas, quand le manque d’argent épuise, quand l’autre devient plus agaçant qu’attendrissant. Mais il est aussi léger et décalé, car Camilla est parfois ridicule dans ses rêves de princesse entretenue, et Noah bien maladroit pour la reconquérir… Au final ils sont aussi attachants que pathétiques, on sourit, on soupire, finalement ils ont les défauts de tant de couples.

La bonne idée du roman est d’avoir une progression, dans leur histoire de couple et dans les liens avec les autres personnages. C’est rafraîchissant, amusant, et non dénué de réflexions sur les couples et leurs imperfections.

Phébus, 22,90€

Roman

« La fille de l’Ourcq » d’Emmanuelle Veil

Souvenez-vous de la montagne de livres que j’ai rapportés du Festival du livre de Paris cette année… Comme d’habitude, j’ai laissé de côté les stands qui ne présentaient que les best-sellers du momentque l’ on trouve dans toutes les librairies et, à une exception près dont je vous parlerai une autre fois, je me suis… Lire la suite « La fille de l’Ourcq » d’Emmanuelle Veil

Roman

« Expo 58 » de Jonathan Coe

Si vous cherchez conseil sur un roman dont l’histoire se déroule à Bruxelles, le titre qui revient le plus souvent (polars mis à part) est « Expo 58 », ce roman de l’Anglais Jonathan Coe. Thomas Foley est un fonctionnaire de l’administration anglaise, choisi pour superviser le pavillon britannique à l’Exposition universelle de 1958 à Bruxelles. Si… Lire la suite « Expo 58 » de Jonathan Coe

Biographie·Roman

« Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot » de Mika Biermann

Connaissez-vous Berthe Morisot ? Elle est l’une des rares femmes peintres impressionnistes (à leur première exposition en 1874 dans les Salons Nadar, elle était seule à côté de 29 hommes), belle-sœur d’Edouard Manet qui en aurait bien fait sa maîtresse – mais elle lui a préféré son frère, moins compliqué à vivre, plus stable.

Au moins connaissez-vous, peut-être sans le savoir, plusieurs tableaux d’elle peints par Manet, dont le sublime « Berthe Morisot au bouquet de violettes », dont un détail fait la couverture de ce livre, et que vous pouvez en général voir au Musée d’Orsay (mais en ce moment il est en prêt aux Etats-Unis). J’adore ce tableau, j’aime ce que cette femme dégage de féminité, d’élégance et de profondeur sur cette représentation.


Mais revenons au livre. Le texte est très court, constitué majoritairement de dialogues, et s’inscrit dans une trilogie (de livres indépendants), les deux autres tomes étant consacrés à Cézanne et Van Gogh. Comme son titre l’indique, il n’a pas vocation à raconter la vie complète de Berthe Morisot, mais de l’approcher à travers un très court laps de temps. On ne la découvre pas dans son quotidien de parisienne aisée, mais lors d’un séjour à la campagne, accompagnée de son mari. Et ces trois jours / trois nuits suffisent pourtant au lecteur à se forger une idée du personnage, de sa liberté profonde sous une apparente bienséance, de son âme d’artiste et de ses désirs de femme.

Anacharsis, 112 pages, 12€

Roman

« Volare » de Serena Giuliano

Certains cadeaux sont des petits rayons de soleil – et ce livre l’a été un pour moi (un cadeau et un soleil) au-delà de l’histoire qui est pleine de bons sentiments.

Ambre exerce dans un collège un métier qu’elle adore ; pourtant Ambre est en dépression. Plus le courage de se lever, plus l’envie de parler à ses amies, à ses sœurs. Elle en a conscience : elle est en train de couler. Alors son amie Manue décide de prendre la situation en main, et l’expédie en Sicile pour qu’elle se change les idées.


Si le thème de la dépression pourrait faire peur quant à l’ambiance du roman, la couverture très colorée doit vous rassurer : ici le positif finit toujours par l’emporter (et je ne divulgue rien, on le comprend dès les premières pages). Il y a bien quelques grosses ficelles, quelques passages un peu trop beaux pour être vrais, mais peu importe : ça fait du bien parfois de lire une plume enjouée et une histoire optimiste.

Calmann Levy, 198 pages, 18,90€

Roman

« Les armoires vides » d’Annie Ernaux

D’Annie Ernaux, je ne me souvenais que d’avoir lu « L’événement ». J’avais à peine plus de vingt ans, et ce livre a été une claque d’une incroyable violence. Je reparlerai de ce livre plus en détail une autre fois – il m’avait tellement bouleversée que je n’ai jamais osé le relire, mais j’y arriverai peut-être grâce à cette édition.

J’aime beaucoup la collection Quarto des Éditions Gallimard, qui permet d’accéder à l’essentiel de l’œuvre d’un écrivain dans un format compact à petit prix. Pour la Prix Nobel de littérature 2022, ce recueil a été intitulé (par elle-même ) « Écrire la vie » ; « Écrire la vie. Non pas ma vie, ni sa vie, ni même une vie. La vie, avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve de façon individuelle : le corps, l’éducation, l’appartenance et la condition sexuelles, la trajectoire sociale, l’existence des autres, la maladie, le deuil. »

Le recueil s’ouvre par « Les armoires vides », court roman écrit en 1974. Roman d’inspiration autobiographique, il raconte l’enfance et l’adolescence de Denise Lesur, fille de commerçants, douée pour les études, mais engluée dans un milieu populaire d’où elle peine à s’extraire – jusqu’à en venir à détester profondément ses parents et tout ce qu’ils représentent. Elle raconte cette prise de conscience progressive, avec quelques années de recul – alors qu’elle vient de se faire poser une sonde pour avorter.

L’écriture est si forte, si rude, si juste. J’avais envie de mettre ma main sur l’épaule de cette jeune fille d’une autre époque, et de lui dire qu’on n’est pas une « salope » (c’est le terme qu’elle utilise elle-même) quand on a quinze ans et envie de croquer la vie et d’embrasser un garçon.

J’ai été profondément touchée par le texte, par la vivacité de l’écriture, et par cette jeune femme qui, sur la table d’une faiseuse d’anges, regrette qu’il n’y ait aucun livre écrit par une femme sur ce que son corps va vivre – juste d’odieux manuels écrits par des hommes pour culpabiliser les femmes.

C’est ça, de la belle littérature, des textes qui traversent les décennies et sont encore capables de bouleverser des lecteurs. J’ai hâte de lire les textes suivants.

Quant au titre, ultime clin d’œil, il est extrait d’un poème de Paul Eluard.

Gallimard, coll. Quarto, 1088 pages, 32€