Roman

« Bélhazar » de Jérôme Chantreau

9782290361283J’ai choisi ce livre pour le titre, pour le labyrinthe de la couverture, et pour le commentaire élogieux de François Busnel qui le décrit comme « le » roman de 2021.

Dès le début de la lecture, j’ai été un peu gênée, comme je le suis toujours quand je ne dissocie pas le vrai du faux, la part de roman ou de témoignage. Le livre oscille entre les deux : le personnage principal, Bélhazar, est un adolescent très romanesque à lui tout seul, atypique, brillant, mais différent.

Or ce jeune homme est mort dans des circonstances bizarres, une altercation qui a nécessité l’intervention de la gendarmerie, et le jeune homme est mort sous les balles de sa propre arme.

L’un de ses professeurs, bien longtemps après sa mort, décide de rouvrir le dossier – je n’ai pas tout à fait compris pourquoi : il n’était pas proche de son élève, pas choqué plus qu’un autre au moment de son décès. S’agit-il de rendre justice et hommage à tous les jeunes gens disparus dans d’étranges circonstances ? Cela se justifierait, bien sûr, face l’incompréhension de la mort de jeunes gens.

J’ai poursuivi la lecture au milieu de mes questionnements, attendant une réponse que je n’ai pas trouvée.

S 1-3J’ai lu, 320 pages, 8,20€

Roman

« L’éternelle chute d’Alice » de Hugo Bernard

9782258202856ORIJ’aime beaucoup les romans originaux comme celui-ci, de ces romans qui baladent le lecteur, qui le laissent dans le doute, lui créent de fausses images, et finalement lui donnent toutes les réponses. J’ai lu avec beaucoup d’impatience les chapitres de ce roman, curieuse de découvrir pourquoi et comment la petite Alice, en promenade dans la forêt avec son père, était tombée dans un trou de plusieurs dizaines de mètres.

Entre parenthèses, si la référence à Alice au pays des merveilles ne vous avait pas échappé dans le titre, sachez que le parallèle avec l’œuvre de Lewis Carroll s’arrête à la chute dans un trou. Il n’y aura pas de lapin blanc ni de chat bizarre dans ce roman.

Si au départ tout le monde pense à un banal accident en forêt, très vite le lecteur comprend que le petite monde de Renard-les-Bains n’est pas si innocent qu’il y paraît. Quel secret cachent les parents d’Alice ? Qui sont les Ducrottard, parents d’un enfant indiscipliné et eux-mêmes beaufs et radins ? Et quelles histoires de famille sommeillent chez les notables de la région ?

L’écriture est très efficace ; chapitre après chapitres le puzzle se reconstitue pour le plus grand plaisir du lecteur, jusqu’aux dernières pages où tout trouve sa place. Un très bon roman original pour bien commencer son année de lecture.

S 3-3Presses de la cité, 288 pages, 22€

Policier·Roman

«Morts en débit » de Eric Vernassière

eric-vernassiereEric Vernassière est déjà l’auteur de deux romans, dont « Grèves de la fin… » que j’avais chroniqué sur le blog. Il continue son chemin d’auteur avec un roman plus proche du polar, au titre clin d’oeil à Louis-Ferdinand Céline dont il est un lecteur fervent tout en gardant la juste distance avec les convictions de l’écrivain.

« Morts en débit » n’est pas un roman d’enquête au sens propre, car dès le début du roman le lecteur a connaissance des crimes de Roger Miremont, incendiaire d’un bidonville d’immigrés italiens. On est en 1934, la guerre gronde mais beaucoup ne veulent pas y croire, et les nationalismes s’exacerbent. Roger est une « petite main », il agit par conviction mais il est aussi un pantin idéal pour ceux qui veulent agir sans se salir les mains.

L’inspecteur Fradin, homme droit et intègre, est chargé de l’enquête et ne cèdera ni devant les intimidations, ni devant la hiérarchie.

Les femmes ne sont pas en reste dans ce roman, et derrière les maîtresses sensuelles se cachent aussi des cerveaux politiques et stratèges.

J’ai retrouvé dans ce roman l’écriture minutieuse et précise d’Eric Vernassière, sa patte bien à lui pour écrire les dialogues, et surtout son immense culture qui donne beaucoup de corps et de relief à ses personnages. Ah ils ne sont pas tous sympathiques ses personnages, loin de là ! Et pour avoir la chance de connaître Eric et ses engagements, la plupart de ses personnages sont même très très éloignés de ses convictions et de ses valeurs. C’est justement là, à mon avis, qu’est toute l’essence de ce roman : montrer l’envers d’une conviction, les motivations de ceux qui prônent la haine et le rejet, expliquer le contexte, montrer ce qui fait germer les idées… pour mieux les démonter et les combattre.

Et comment ne pas lire entre les lignes tous les clins d’oeil aux régions chères à l’auteur : la Côte d’Azur et Saint-Raphaël, Lyon, l’Auvergne… ainsi que les références littéraires qui l’inspirent.

Annoncé comme le premier tome d’une trilogie, le roman peut se lire pour lui-même, sans attendre les prochains, même si le lecteur aura envie de découvrir ce que vont devenir les personnages !

S 3-3Disponible sur Amazon, 14€ en broché, 7€ sur Kindle.

Roman

« Embarquements immédiats pour Noël » de Carène Ponte

9782265155794ORIL’an dernier, j’avais adoré lire « Vous reprendrez bien un peu de magie pour Noël ?» de Carène Ponte, et j’ai à nouveau passé un excellent moment en lisant le roman de Noël de Carène Ponte de cette année : « Embarquements immédiats pour Noël ».

Margot et Maggie sont deux sœurs jumelles de 35 ans. L’une rêve de passer un Noël traditionnel sous la neige en Laponie ; l’autre préférerait fuir au soleil.

Cette année, pour leur anniversaire qui tombe en décembre, leurs parents ont prévu une surprise : chacune partira passer les fêtes dans l’endroit du monde dont elle rêve. Sauf qu’arrivées à l’aéroport, les jumelles se rendent compte que leurs identités ont été inversées : celle qui rêve de soleil part en Finlande, celle qui rêve de neige ira aux Seychelles.

Même si le point de départ est un peu gros, j’ai tellement ri ! J’adore les romans qui me font rire, je trouve cela tellement difficile, tellement rare, de trouver des texte amusants et qui font passer un vrai bon moment de détente.

Je vous laisse découvrir les péripéties des deux jumelles, dont les convictions sur ce que doit être un « bon Noël » vont être malmenées…

C’est drôle, c’est juste, ça se lit assez vite (260 pages écrites assez gros).

Je crois que les romans de Noël de Carène Ponte vont devenir l’un de mes rituels lecture de Noël !

S 3-3Fleuve Editions, 261 pages, 18,90€

Roman

« Tout ce que je veux pour Noël, c’est toi » de Phoënix B. Asher

Tout-ce-que-je-veux-pour-Noel-c-est-toiLa couverture est toute mignonne, et c’est d’abord ce qui attire l’oeil sur ce livre. Il y a ce titre ensuite, tout juste traduit de la chanson de Maria Carey « All I want for Christmas is you » (qui bizarrement n’est cité nulle part, pas même dans la playlist conseillée en début de roman), qui se fixe dans l’esprit avec une petite musique à clochettes… De prime abord, le livre fait envie !

Le début, pourtant, est vraiment trop cliché pour moi : d’un côté, Axel, héritier de l’empire familial, obligé de se mettre au vert pendant quelque temps depuis qu’une sextape compromettante circule sur internet ; de l’autre côté, Rome, qui élève seule son fils autiste depuis la mort de son mari à la guerre. Ces deux-là se sont aimés adolescents, se sont perdus de vue, se retrouvent treize ans après. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire pour toutes ces raisons-là. Et puis finalement je me suis attachée aux personnages, à leur nouvelle vie dans un village reculé du Wisconsin, loin de tout.

Il faut passer outre les nombreux clichés, le côté hyper parfait d’Axel (il devient menuisier et parmi ses créations il fabrique des lits de co-dodo : vous y croyez ?), et prendre ce roman comme un bon divertissement pour se plonger dans un huis-clos à quelques jours de Noël, plein de bons sentiments, de lait de poule et de cookies tout juste sortis du jour (et cuisinés par le même Axel, bien sûr) – mais aussi de « contre-traditions » histoire d’alléger un peu l’ambiance (repas de Noël à base d’huîtres, et robe-pull confortable en guise de tenue de soirée).

S 3-3Hugo poche, 410 pages, 7,60€

Cosy mystery·Policier·Roman

« Pluie, pubs et chouettes hulottes » de Ann Granger (tome 4)

9782264078322ORIAvant de me plonger dans des lectures hivernales (je résiste pour l’instant aux romans de Noël), j’ai opté pour une histoire qui se passe non pas sous la neige, mais sous la pluie. Ce sont en effet des pluies torrentielles qui s’abattent sur Weston-Saint-Ambrose, petite ville que nous commençons un peu à connaître puisqu’il s’agit du 4e tome de la série (même si je n’ai toujours pas lu le 1er).

Au fond du jardin des Stewart, un couple de citadins venus changer de vie à la campagne, coule une petite rivière qui hélas, draine un jour le corps sans vie d’une jeune femme. Les propriétaires sont très choqués, et le mari déclare connaître l’identité de la victime. Qui pouvait en vouloir à Courtney, la jeune serveuse du pub local ? Et quel est son lien avec le propriétaire du jardin où elle a été retrouvée, cet auteur qui anime des ateliers d’écriture depuis qu’il s’est installé à la campagne.

Jess et Ian sont chargés de l’enquête. Bizarrement, le rapprochement entre eux dans le précédent tome semble n’avoir jamais existé !

Comme dans les précédents tomes que j’ai lus, j’ai été plongée dans l’ambiance très vite. L’auteure sait très bien parler du temps et des lieux, si bien qu’on entendrait presque la pluie ruisseler en lisant ce roman !

Je me suis un peu perdue au début dans les personnages du club de lecture, qui sont assez nombreux, mais rien de bien gênant. Encore une fois, cela a été une bonne lecture, prenante.

Je ne suis pas sûre d’aimer les titres, qui à mon sens ne rendent pas service au livre, et qui par ailleurs n’ont rien à voir avec les titres originaux (« Death in the water » pour celui-ci). Mais je lirai les autres titres de la collection, c’est sûr !

S 3-310/18, 341 pages, 13,90€

Cosy mystery·Policier·Roman

« Son espionne royale et le baron irlandais (tome 10) » de Rhys Bowen

9782221255247ORISouvenez-vous… Dans le tome précédent, nous avions laissé Georgie et Darcy sur le point de se marier. Ce 10e tome (quoi ?! déjà 10 ?! ) commence aussitôt à la suite du précédent. Je m’attendais donc à voir Georgie convoler enfin en justes noces… mais patatras, tout est remis en cause depuis que le père de Darcy (le « baron irlandais » du titre) est accusé de meurtre. Pour ne pas ternir la réputation de Georgie, Darcy renonce au mariage.

Et là, grosse déception pour moi.

Parce que j’aime bien les fils rouges dans les séries, les clins d’oeil aux tomes précédents, les scènes récurrentes qui font qu’on a plaisir à retrouver les personnages. Mais à un moment donné, il faut que l’histoire entre les personnages a-van-ce !

Heureusement, tout le reste du livre propose des nouveautés au lecteur : Georgie part en Irlande ; un nouveau personnage apparaît en la personne d’une fantasque princesse de l’Est ; et Queenie, heureusement, est plutôt absente de ce tome-ci (c’est un personnage que je trouve assez pénible quand elle est trop présente, donc ses interventions à petites doses me conviennent).

Mais que toutes mes nuances ne vous induisent pas en erreur : je continue à beaucoup aimer cette série, mélange de cosy mystery et de royauté, qui offre toujours de l’humour . J’apprécie beaucoup aussi les changements de décor d’un tome à l’autre. Après la Côte d’Azur, la Transylvanie, ou encore les Etats-Unis, c’est cette fois-ci la campagne anglaise que le lecteur découvre, à la veille des festivités de Noël. Je continue donc avec plaisir la lecture de cette série, je guette chaque nouveau tome qui sort, même si parfois j’aime bien le laisser un petit peu dans ma PAL, juste pour le plaisir de passer devant et de me dire que je vais bientôt passer un bon moment de lecture ! Avec la série des « Agatha Raisin », c’était la première fois que je lisais autant de romans d’une même saga (je vais bientôt attaquer le 32e tome, quand même!) ; « Son Espionne royale » est bien partie pour détenir la médaille d’argent du nombre de tomes lus !

S 3-3Robert Laffont, 396 pages, 14,90€

Roman

« La collectionneuse de mots oubliés » de Pip Williams

9782265155626ORI« Les mots ont-ils un autre sens pour les hommes et pour les femmes ? Et le cas échéant, est-il possible que nous ayons perdu quelque chose au cours de leur processus de définition ? »

C’est en partant de ces interrogations que l’auteure a imaginé ce roman.

Début XXe siècle, Esme grandit auprès de son père qui travaille au Scriptorium, lieu réunissant des hommes chargés de créer un dictionnaire. Le travail est long, fastidieux. Un jour, Esme découvre que tous les mots ne sont pas traités à l’identique, et que certains sont rapidement écartés : mots « de femmes », mots jugés vulgaires. Alors, à sa manière, Esme va essayer d’y remédier…

Le roman mélange un rythme paisible (le rythme de la construction du dictionnaire, mot après mot, lettre après lettre, pendant des années – avec cet infini travail qui fait que, quand la dernière définition sera écrite, il sera temps de revenir à la lettre A pour actualiser le dictionnaire), et le temps de l’action – celui de Esme qui est une lutte contre l’oubli, celui aussi des suffragettes dont les combats explosent à la même période. Il y a dans la démarche de Esme un mélange d’idéalisme (redonner à certains mots la place qu’ils méritent) et un grand pragmatisme (ses oreilles recueillent des mots assez fleuris). J’ai aimé ce livre pour tout cela, et pour ce joli portrait de femme moderne dans sa démarche, et au charme un peu désuet vu de nos jours, avec ses petites fiches cartonnées qui donnent un charme suranné au roman.

Ce roman est fait pour ceux qui aiment les mots, qui aiment jouer avec, qui utilisent des mots peu courants voire disparus.

Et je ne peux pas conclure cette chronique sans parler de la très jolie couverture, extérieure et intérieure, qui donne aussitôt envie de se plonger dans cette lecture.

S 3-3Fleuve éditions, 432 pages, 22,90€

Roman

« Code 612 Qui a tué le Petit Prince ? » de Michel Bussi

9782266328210ORIJ’aime beaucoup les romans de Michel Bussi, mais j’ai attendu la sortie en poche de celui-ci. Il faut dire que je ne suis pas une inconditionnelle du Petit Prince ; l’ai-je lu trop tôt ou trop tard, je ne sais pas, mais c’est un conte que je trouve trop subtil pour de jeunes enfants, et trop obscur si c’est un livre pour adultes. Allez, ne m’en veuillez pas si vous êtes fans du Petit Prince ! D’ailleurs cela n’est qu’un prétexte de départ pour le roman de Michel Bussi ; que vous connaissiez par coeur des citations du livre de Saint-Exupéry, ou que vous n’en ayiez que de vagues souvenirs, vous pouvez lire ce livre (mais si vous faites partie des rares lecteurs à ne pas connaître du tout le Petit Prince, ça risque d’être gênant quand même).

Le point de départ est hyper original : et si la mort de Saint-Exupéry, restée plus ou moins mystérieuse, devait trouver sa clé dans la mort du Petit Prince lui-même ? Si les deux disparitions n’étaient que deux faces d’un même miroir ? C’est sur cette thématique que vont enquêter Andie et Neven, un duo réuni pour l’occasion. Et pour enquêter, ils vont parcourir le monde pour rencontrer les membres du « Club 612 », un club de passionnés du Petit Prince, chacun ayant sa théorie sur la disparition du petit personnage et de son créateur.

Le roman est bien plus court que les autres romans de Bussi (215 en format poche), ce qui est dommage car certains points auraient pu donner matière à plus de détails, plus de suspense. Il y a quelques trouvailles troublantes et passionnantes, et l’on retrouve tout le talent de Michel Bussi pour bousculer le lecteur, pour nous faire hésiter entre réalité et fiction…

J’ai plutôt été moins séduite par ce roman que par d’autres romans de l’auteur, parce que les pistes ne sont pas toutes exploitées jusqu’au bout, et que l’enquête auprès de chaque membre du « Club » est assez répétitive sur la forme. Mais je lis en filigrane l’admiration de l’auteur vers un autre auteur, créateur d’une œuvre mondialement connu, et par ailleurs insaisissable sur bien des aspects de sa vie. En préparant cette chronique, je me suis aussi souvenue que le premier titre de Bussi était « Code Lupin », un autre « Code », un autre hommage à un auteur admiré. La boucle est bouclée.

S 2-3Pocket, 215 pages, 7,10€

Roman

« Immortelle(s) » de Bertrand Touzet

9782258196605ORIAnna, ex business woman reconvertie en boulangère, découvre qu’elle est atteinte d’un cancer du sein.

Camille, qui vient d’ouvrir un salon de tatouage dans un village, tente de se reconstruire après un deuil.

Deux femmes, deux destins difficiles. Et deux volontés de se reconstruire, physiquement et moralement, d’aller de l’avant.

Si j’ai versé des larmes face à la tragédie de leurs histoires, j’ai aimé aussi le souffle de vie permanent qui émane de ce roman, et en fait un livre à la fois profond et optimiste.

L’écriture est très juste (et merci à cet auteur masculin d’écrire avec une si grande douceur sur les femmes et leurs drames!) ; il y a aussi beaucoup de pudeur dans l’expression des sentiments.

C’est un très beau roman, intense et percutant, mais aussi positif et semé de touches de douceur. A mettre entre toutes les mains !

Si le mot n’est jamais écrit, c’est évidemment un roman de la résilience. Le sujet est traité ici avec une grande élégance, et par ailleurs dans un récit bien construit, sans temps mort, qui happe le lecteur jusqu’à la dernière page.

S 3-3Presses de la cité, 256 pages, 20€