Roman

« Fantaisie allemande » de Philippe Claudel

fantaisie allemandeCela faisait bien longtemps que je n’avais pas découvert de texte de Philippe Claudel. J’avais presque oublié à quel point son écriture aux mots ciselés forme de la belle ouvrage, et la version audio permet de profiter encore mieux du texte.

Le début du roman est un peu déroutant, assez sombre. Un homme erre seul ; c’est un soldat. On ne sait pas trop au départ si la guerre est finie ou s’il est déserteur. Il a faim, froid, mais l’on hésite à le plaindre car on ne sait rien de lui – victime ou bourreau ? J’ai redouté au départ que l’ensemble du roman ne tourne qu’autour de l’histoire de la fuite de cet homme, et j’ai d’ailleurs fait une petite pause dans mon écoute après le premier chapitre. Mais finalement plusieurs histoires vont s’enchaîner ; j’ai pensé qu’il s’agissait de nouvelles distinctes, puis j’ai compris qu’elles formaient un tout. Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus sans gâcher la découverte de ce roman, mais il y a une construction vraiment intelligente dans ce texte. Les personnages sont intéressants, à défaut d’être sympathiques. A découvrir.

S 2-3Audiolib, lu par Noam Morgensztern, 2h50 d’écoute, 19,90€ pour la version CD

Roman

« Haute-Pierre» de Patrick Cauvin

Haute-PierreC’est en écoutant une interview où Michel Bussi citait Patrick Cauvin que j’ai eu envie de relire un roman de cet auteur dont j’ai dévoré bon nombre de romans pendant mon adolescence. Dans ma bibliothèque, j’ai retrouvé « Haute-Pierre », et comme je ne me souvenais pas de l’histoire, j’ai pris plaisir à le redécouvrir.

Marc est scénariste. Il a rencontré une femme formidable, Andréa, qui est déjà maman d’un petit garçon intelligent et malicieux qui s’amuse à changer de nom tous les jours. Pour se consacrer à l’écriture d’un scenario, Marc a décidé de quitter Paris et de s’installer pendant un an à la campagne. Il acquiert Haute-Pierre, un vieux manoir où il passe des jours heureux avec sa petite famille recomposée.

Mais après quelque temps des phénomènes étranges surviennent. En retraçant l’histoire de Haute-Pierre, Marc va de découvertes en découvertes ; il se rend compte que Haute-Pierre n’est peut-être pas le manoir idéal dont il rêvait.

J’avais oublié que Patrick Cauvin s’était essayé au récit ésotérique, et j’ai au départ été un peu surprise de relire ce texte assez différent de ses autres romans. Par contre, j’ai retrouvé tout ce que j’aime dans l’écriture de cet auteur, un style simple mais bien maîtrisé, et surtout un art incontestable pour faire grandir l’émotion au fil des pages et manier les rebondissements avec un sens très juste du rythme. Comme quoi, même des lectures adolescentes ne perdent pas toujours leur saveur avec le temps !

S 3-3Le Livre de poche

Roman

« Anna Karénine » de Léon Tolstoï

« Un classique est un livre que tout le monde veut avoir lu, mais que personne ne veut lire » disait Mark Twain. Sans doute est-ce pour cela que « Anna Karénine », que j’avais envie de lire, dont j’avais déjà vu une adaptation pour un film ou un téléfilm, a attendu aussi longtemps sur une étagère avant que je l’ouvre.

Je connaissais trois choses de ce roman :

1. son célèbre incipit «Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon »

2. le thème global du roman (l’amour adultère)

3. la fin tragique (attention je spoile : le suicide d’Anna sous un train)

Il est toujours délicat de chroniquer un classique, surtout quand on a un avis mitigé, mais après tout je ne suis pas en train d’écrire une thèse sur l’œuvre de Tolstoï mais juste de donner mon humble avis de lectrice de l’an 2021.

Tout d’abord, je dois dire que j’ai trouvé mon plaisir de lecture très inégal. Après un début plutôt enthousiasmant, je me suis ennuyée à plusieurs reprises. L’histoire qui m’a le plus intéressée, d’ailleurs, n’est pas tant celle d’Anna elle-même que du couple formé par Kitty et Lévine. Revenons un instant sur l’histoire et les personnages. Anna est mariée, mère d’un petit garçon, et tombe follement amoureuse de Vronski. Elle entame avec lui une relation adultère qui va faire d’elle une femme bannie des salons, infréquentable ; elle abandonne son honneur, et même la garde de son fils, pour vivre avec son amant. Mais la passion ne dure qu’un temps, et tandis qu’elle a tout sacrifié pour Vronski, elle le voit s’éloigner peu à peu.

En parallèle, on suit l’histoire de Kitty. Elle était éprise de Vronski, mais celui-ci lui a préféré Anna. Vivement blessée par ce revers sentimental, Kitty mettra du temps à se relever, et épousera finalement Lévine, homme riche mais attaché à sa terre et à ceux qui la travaillent.

Si le roman m’a semblé inégal dans le rythme, c’est parce qu’il alterne des scènes passionnantes, décrites avec une observation fine et un jugement nuancé (la mort du frère de Lévine, la dépression de Kitty, l’accouchement de Kitty, les réflexions de Lévine sur le travail paysan et son rôle en tant que propriétaire) et des passages longs voire larmoyants qui n’apportent pas grand-chose de plus qu’une illustration de l’ennui dans la bonne société. Les deux cents dernières pages (sur huit cents) m’ont paru particulièrement longues. Mais je reste contente de cette lecture, bien que je garderai sûrement plus le souvenir de Lévine et Kitty que d’Anna et Vronski.

S 2-3Folio classique

Roman

« Sur la terre comme au ciel » de Christian Signol

sur la terreOn ne compte plus les romans qui abordent le sujet de l’amour maternel, mais rares sont ceux qui parlent de l’amour qu’un père ressent pour son fils. La première impression que j’ai eue en écoutant ce roman a été : un père qui parle ainsi de l’amour qu’il ressent pour son fils, c’est rare et c’est beau. Dès les premières minutes d’écoute, j’ai su que j’avais à portée d’oreilles un roman qui allait me toucher.

Ambroise est un vieil homme rongé par le chagrin. Depuis trois longues années, il n’a plus de nouvelles de son fils Vincent. S’il était mort, il le saurait, n’est-ce pas ? Et Ambroise en est convaincu : Vincent est vivant. Alors, pourquoi n’écrit-il plus, pourquoi laisse-t-il son père dans la solitude et l’inquiétude ?

Je n’irai pas plus loin dans le résumé, car vous en dévoiler plus nuirait au plaisir d’écoute. Mais on apprend assez vite pourquoi Vincent ne donne plus de nouvelles.

Tout le roman est écrit avec une grande sensibilité, bien retranscrite d’ailleurs par la lecture de Daniel Nicodème. J’ai beaucoup aimé l’ambiance du livre, les grands espaces, et le rapport des personnages à la nature. Il y a très peu de personnages d’ailleurs dans ce roman, ce qui accentue l’impression d’isolement au sein d’une nature immense. Ambroise, homme simple et droit, est une figure paternelle pleine d’amour. Le sujet de la parentalité, de l’éducation des enfants pour en faire des êtres libres, est très bien abordé dans ce roman : pas de cliché ni de théorie psy, juste les réflexions d’un père (et de la mère aujourd’hui décédée) qui voudrait ne jamais voir son enfant partir mais sait qu’il ne peut pas lutter contre. Ambroise est passionné par les oiseaux migrateurs, et toute une partie de la poésie de ce roman vient aussi des analogies avec les oiseaux, leurs migrations, leur vie au rythme sans fin des saisons qui passent.

C’est un beau texte, d’une sensibilité touchante, et une belle surprise aussi car je n’avais jamais lu ni écouté de roman de Christian Signol (bien que je le connaisse de nom, évidemment). Pour une première, c’est réussi.

S 3-3Audiolib, 4h30 d’écoute, 22,50€

Roman

« Doucement renaît le jour » de Delphine Giraud

doucementConnie est une jeune fleuriste passionnée par son métier. Trentenaire, célibataire, elle consacre son énergie à créer des bouquets pour toutes les occasions de la vie. Un banal incident survenu alors qu’elle faisait son jogging dominical l’empêche de dormir et lui fait pressentir qu’une pièce manque au puzzle de son passé.

Le roman commence très vite, sans tergiversation inutile : le père de Connie lui avoue sans la moindre hésitation un secret de famille : Connie a un frère, Mat, lourdement handicapé depuis un accident survenu dans son enfance.

C’est un peu brusque de voir un secret de plusieurs décennies révélé en réponse à une question anodine – mais au moins cela a le mérite de faire avancer très vite le début de l’histoire.

Sans larmoiement mais avec toute la sensibilité d’une fleuriste dont la fleur préférée est le coquelicot – fleur qui allie fragilité et robustesse – Connie va devoir apprivoiser son frère, appréhender le handicap, et se confronter à son passé. Les personnages secondaires, employés de la boutique et amis, forment une galerie sympathique et attachante.

S 2-3Fleuve éditions, 368 pages, 18,90€

Roman

« Rien ne t’efface » de Michel Bussi

rien ne t'efface« Je me suis encore fait avoir ! » Voilà ce que je me suis dit, avec un soupir et une grande jubilation, en découvrant la chute (on dit maintenant « le twist final ») du nouveau roman de Michel Bussi. Oui, je me suis fait avoir parce que j’avais imaginé une autre fin, je n’ai pas vu venir celle-ci, et je suis bien contente !

Après avoir emmené ses lecteurs aux îles Marquises dans son précédent roman (« Au soleil redouté »), Michel Bussi revient en France. Le roman commence à Saint-Jean-de-Luz où Maddi, médecin généraliste et mère célibataire, vit l’horreur le jour où son fils Esteban, dix ans, disparaît en allant chercher le pain.

Dix ans plus tard, Maddi est persuadée d’avoir retrouvé son fils. Il s’appelle Tom et vit en Auvergne. Problème, Tom n’a que dix ans, comme si l’enfant n’avait jamais grandi. Prête à tout pour retrouver son fils, Maddi quitte le pays basque et part s’installer en Auvergne – ce qui donnera au lecteur le plaisir de découvrir cette merveilleuse terre de volcans, à travers ses paysages et de savoureux personnages comme Nectaire, Savine ou Aster.

Les lecteurs qui connaissent bien les romans de Michel Bussi savent qu’il ne faut pas chercher de fin fantastique, et que chaque énigme aura une réponse réaliste et logique – c’est d’ailleurs tout à son honneur, car l’intrigue est plus compliquée à construire ainsi.

Figurant depuis plusieurs années dans le top des auteurs les plus lus en France, Michel Bussi mérite plus que jamais sa place dans le haut du classement.

S 3-3Presses de la cité, 21,90€

Roman

« Et que ne durent que les moments doux » de Virginie Grimaldi

et que ne durent« Je pense que c’est la pire chose que nous faisons en tant que femmes, ne pas partager la vérité sur nos corps, comment ils fonctionnent ou comment ils ne fonctionnent pas ». En refermant le livre de Virginie Grimaldi, c’est à cette citation de Michelle Obama que j’ai pensé. Car s’il y a une auteure qui parle bien des femmes, de leurs tourments, de leurs combats, de leur sensibilité, c’est bien Virginie Grimaldi. Elle a le talent d’écrire sur la vie des femmes et provoque chez la lectrice que je suis des émotions très fortes. Rares sont les livres qui sont capables de me faire littéralement rire (parce qu’il y a beaucoup d’humour, de gentils sarcasmes) et pleurer (face aux épreuves endurées par ses personnages), et celui-ci en fait partie.

Deux destins de femmes se croisent. Une jeune mère vient de mettre au monde une petite fille prématurée, et ne sait pas encore si l’enfant vivra. Le bébé est hospitalisé en néonatalogie, se nourrit par sonde gastrique.

L’autre personnage est une femme de cinquante ans. Divorcée, elle vit seule à Bordeaux depuis que ses enfants ont quitté le nid, l’une pour Londres, l’autre pour étudier à Paris. Elle est à un tournant de sa vie, où elle doit apprendre à vivre pour elle après avoir passé des décennies à gérer les préoccupations familiales.

Le lien entre les deux ne sera révélé qu’à la fin, même si je l’avais deviné aux deux tiers du livre.

Ce sont deux femmes fortes et fragiles, parfois dépassées par les événements de la vie, mais toujours combatives, pleines d’amour, et avec une incroyable capacité à rebondir. Véritable déclaration d’amour aux femmes, ce livre est un bijou d’humanisme. En version audio, il est lu avec beaucoup de nuance par Marcha Van Boven, qui module sa voix pour retranscrire passages légers et moments d’émotion.

S 3-3Audiolib, 6h d’écoute, 21€90

Roman

« Les vœux secrets des sœurs McBride » de Sarah Morgan

voeux secretsHannah, Beth et Posy ont perdu leurs parents dans une avalanche. Elles ont été recueillies et élevées par Suzanne et Stewart, qui se sont efforcés de construire pour elles un cocon familial sécurisant et bienveillant.

Devenues adultes, Hannah est aujourd’hui une brillante femme d’affaires ; Beth a mis de côté sa carrière pour élever ses deux filles ; quant à Posy, elle est restée près de ses parents adoptifs dans les Highlands écossais, où elle est sauveteur en montagne.

Les fêtes de Noël sont un moment particulier dans leur histoire familiale, à la fois date anniversaire de la disparition de leurs parents, et retrouvailles familiales savamment orchestrées par Suzanne. Mais cette année, chacune des trois filles est en plein tournant existentiel : Hannah, qui n’a toujours vécu que pour son travail, découvre qu’elle est enceinte ; Beth est en plein burn-out familial et rêve de reprendre sa vie professionnelle avec son ancienne patronne tyrannique ; et Posy l’indépendante est en train de tomber amoureuse.

Sous une jolie couverture pailletée se cache en fait un roman aux personnages bien croqués, trois femmes de notre époque, chacune avec ses tracas et des questionnements. Impossible de ne pas se reconnaître dans une d’entre elle, voire un peu dans les trois. Vie professionnelle, charge mentale, pression familiale sur la maternité ou le mariage, volonté de ne pas décevoir ses parents.. beaucoup de sujets sont abordés dans ce roman qui alterne réflexions sur les femmes d’aujourd’hui et moments plus légers. La fin aurait méritée d’être un peu resserrée à mon avis, mais le roman se lit avec plaisir. Le petit plus : pour l’ambiance, je vous conseille le plaid et un chocolat chaud à portée de main, les descriptions des Highlands enneigés ne vous en paraîtront que plus agréables.

S 3-3Harper&Collins

Roman

« La daronne » de Hannelore Cayre

daronneImaginez un peu. Une traductrice judiciaire, à moitié fauchée, qui élève seule ses filles et se ruine pour payer la maison de retraite de sa mère, passe ses journées à traduire et retranscrire des conversations téléphoniques de dealers. Par un pur hasard, elle fait le lien enter une conversation traduite et une femme qui travaille à la maison de retraite et qui est la mère d’un gros dealer.

Alors même que son compagnon est policier, elle se lance dans une opération inattendue, récupère un grand stock de marchandise et se transforme elle-même en dealeuse.

J’avais vu il y a quelques années un film avec Bernadette Lafont (« Paulette ») où une vieille dame fauchée se lançait dans le trafic de drogue. Le livre – qui n’a pas de rapport direct avec ce film – est moins drôle que ce que j’avais imaginé : le début est un peu long et certains passages fastidieux. Mais certaines parties, surtout dans le dernier tiers du livre, sont assez amusantes et relèvent l’intérêt du livre qui sinon n’aurait fait qu’essorer une idée de départ pourtant bien trouvée.

s-1-3Métaillié

Roman

« Nickel Boys » de Colson Whitehead

Nickel BoysJ’avais depuis très longtemps envie de découvrir un roman de Colson Whitehead – je me souviens même avoir découpé un article sur lui dans une revue littéraire ! Cet auteur, dont les livres sont connus et appréciés dans le monde, est même encensé par Barack Obama – rien que ça.

Premier livre que je découvre de Colson Whitehead, « Nickel Boys » est une belle découverte. Mon premier agréable étonnement est la très grande fluidité de l’écriture, preuve si c’était encore nécessaire qu’un grand texte n’a pas besoin d’être pompeux, bien au contraire.

L’histoire est celle d’un jeune homme Noir dans l’Amérique des années 1960. Le disque qu’il écoute en boucle ? Un discours de Martin Luther King. Nourri de l’idée que « les ténèbres ne peuvent pas chasser les ténèbres », il ne fait pas partie de ceux qui prônent la violence – il espère que l’égalité s’obtiendra à force de temps et de passion, et non par l’insurrection.

Pourtant c’est dans une école particulièrement violente qu’il est envoyé : accusé et condamné à tort, il n’a pas eu d’autre choix que de rejoindre une école disciplinaire.

Roman initiatique d’une époque, ce livre a été récompensé cette année par le Prix Pulitzer – bien mérité ! J’ai suivi avec intérêt, émotion et effroi, le parcours de ce jeune homme sensible, éduqué et courageux, et celle de ses camarades, tous pièces d’un puzzle historique qui les dépasse.

Quant à la lecture de Stéphane Boucher, elle est parfaitement adaptée au texte, sans fioriture, juste au service d’un grand roman. 

S 3-3Audiolib, lu par Stéphane Boucher, traduction de l’anglais (US) par Charles Recoursé, 6h59 d’écoute, 22,90€