Roman

« Les victorieuses » de Laetitia Colombani

victorieusesJe garde un souvenir encore très précis de « La Tresse », un premier roman particulièrement marquant. Aussi, le deuxième roman de la même auteure me faisait de l’œil depuis longtemps ; c’est chose faite, j’ai lu « Les victorieuses ». Bien sûr, quand un premier roman m’a marquée, j’ai beaucoup (trop) d’attente sur le deuxième.

Au départ je n’ai pas retrouvé le plaisir de lecture que j’avais eu avec « La Tresse » (que, pour être précise, j’avais écouté et non lu). Je trouvais cette histoire plus ordinaire, avec plus de clichés : Solène, avocate, décide de tout plaquer le jour où l’un de ses clients se suicide au Palais de justice. Pour s’occuper, elle devient écrivain public dans une association qui vient en aide à des femmes blessées par la vie, au sein d’une institution qui les héberge et les aide à se reconstruire, le Palais de la femme.

En parallèle de ce récit, on découvre l’histoire de Blanche, une active membre de l’Armée du salut, qui a été des décennies plus tôt à l’origine de la création de ce Palais.

Les deux récits se croisent et se complètent, dans une construction moins originale que dans « La Tresse », mais qui reste agréable à suivre et historiquement intéressante.

Les personnages, très majoritairement féminins, sont bien croqués (malgré quelques clichés) et donnent à voir une certaine diversité des blessures que la rue, la pauvreté, les aléas de la vie conjugale, peuvent créer. C’est une fois de plus un hommage vibrant aux femmes et à leurs multiples combats.

S 3-3Le Livre de poche, 240 pages, 7,40€

Roman

« Contagion » de Lawrence Wright

contagion« Autant que possible, nous devons inciter les gens à se confiner quelque part. Il vaudrait mieux faire une annonce ce matin pour qu’on ait le temps de tout mettre en place : appeler la garde nationale, renforcer la police, fermer les frontières, fermer les lieux culturels et sportifs, demander la sortie des cas non urgents dans les hôpitaux, fermer les écoles, repousser les rassemblements publics et mettre en pause les activités gouvernementales. »

Vous avez l’impression de lire les nouvelles dans le journal ? Et pourtant il s’agit bien d’un extrait d’un roman écrit avant la pandémie de covid-19. En effet, ce « roman » est le récit d’une grippe jusqu’ici inconnue, découverte par Henry Parsons, un brillant épidémiologiste. Or un homme, probablement contagieux sans le savoir, est en partance pour La Mecque. A partir de là, le compte à rebours commence pour retrouver cet homme et éviter une propagation mondiale de la maladie.

J’étais à la fois subjuguée et effrayée de voir que tout ce que nous vivons en ce moment (la pandémie, le confinement, la recherche de vaccin, la ruée dans les magasins, …) était déjà écrit ! Cela fait de ce livre un texte à la fois passionnant et effrayant. J’avais du mal à reprendre ma lecture (parce que je savais que je n’allais pas vraiment me changer les idées par rapport aux informations anxiogènes que nous entendons au quotidien) mais d’un autre côté j’éprouvais aussi une certaine impatience à découvrir la suite du texte, pour voir comment cette pandémie si proche de la nôtre par certains aspects allait se terminer.

« Pourquoi avons-nous cru que notre époque moderne était immunisée contre les assauts du microbe, fléau le plus fourbe et implacable de toute l’humanité ? »

Alors évidemment si vous êtes déjà angoissé par le contexte actuel, ce n’est pas un roman à vous conseiller pour améliorer votre moral. Néanmoins je le trouve fascinant et très documenté (y compris sur l’histoire des pandémies), écrit comme un récit réaliste mais avec les codes du roman à suspense et de nombreux rebondissements.

S 3-3Le Cherche Midi, 480 pages, 22€

Roman

« Je te ferai aimer Noël » de Caro M. Leene

je te ferai aimer NoëlDécembre a commencé, et avec lui fleurissent dans certaines librairies les roman(ce)s de Noël. J’aime regarder de temps en temps des téléfilms de Noël, gentiment kitch et pleins de bons sentiments – et dans cette période si trouble, se noyer dans les bons sentiments a quelque chose de réconfortant. L’an dernier déjà, j’avais testé deux lectures de Noël, et je récidive cette année.

J’ai choisi deux titres en évitant les titres genre « Mon ex et moi à Noël » ou « Je veux un mec sous le sapin » – titres inventés, pour ne blesser personne, mais qui ressemblent à des titres qui existent vraiment dans les rayons.

Premier essai de l’année : « Je te ferai aimer Noël ! », avec la promesse de se plonger dans l’ambiance de Noël, biscuits à la cannelle et guirlandes électriques, puisque l’héroïne est justement engagée par une famille pour insuffler à ses membres l’esprit de Noël.

Mark Sullivan est un homme d’affaires. Il a eu trois enfants, que sa femme et lui ont souvent délaissés pour Noël. Maintenant qu’il est grand-père, il voudrait se rattraper et faire découvrir à sa petite fille à quoi ressemble un « vrai » Noël en famille. Pour cela, il a engagé Andie, une jeune femme qui a monté son entreprise de recherche de cadeaux.

Voilà donc Andie qui s’installe dans la demeure familiale de ses clients. Et bien sûr, dans la famille le plus difficile à convaincre est le fils de Mark, un bel homme célibataire…

J’aurais préféré que le roman se concentre sur l’esprit de Noël, l’ambiance festive et les traditions, mais l’histoire d’amour dont rêve Andie occupe finalement une grande partie de l’histoire. Les ficelles sont ultra grosses, on se doute évidemment de la fin, mais la façon d’arriver à l’amour est tellement mal ficelée que, même pour un roman léger, c’est trop gros. Le prétendant d’Andie change d’attitude de manière incompréhensible, les rebondissements n’ont aucune crédibilité.

Quant au métier d’Andie, il est à peine plus crédible et on se demande comment elle gagne sa vie avec seulement 10 clients pour Noël 🙂 Et encore, je vous épargne, au début du roman, un passage très lourd sur les calendriers de l’Avent, qui ressemble tellement à du placement de produits pour des marques de produits de beauté que j’en étais même mal à l’aise pour l’auteure.

Passons.

J’ai un second roman de Noël dans ma PAL, j’espère que cette seconde pioche sera meilleure que la première ! Rendez-vous dans quelques jours pour en savoir plus…

S 1-3240 pages, 6,90€

Roman

« Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens

écrevissesUne fois n’est pas coutume, avant de vous parler de l’histoire, j’ai envie de vous parler de la comédienne qui prête sa voix à la lecture de ce roman, à savoir Marie du Bled. Pour les textes écrits en français, vous le savez, j’ai un plaisir particulier à écouter les auteurs lire eux-mêmes leurs écrits. Ici l’auteure étant américaine, c’est une comédienne française qui prête sa voix – et quelle voix ! J’ai écouté beaucoup de livres audio et rarement j’ai trouvé une voix aussi bien adaptée pour incarner le personnage principal et donner juste par son timbre toute une ambiance à cette écoute.

L’histoire, maintenant. Kya est une petite fille abandonnée par sa mère, puis par ses frères et sœurs. Livrée à elle-même, elle doit se débrouiller pour grandir plus vite que prévu. Son quotidien dans les marais m’a beaucoup fait penser à celui de Turtle dans le roman « My absolute darling ». Le début du roman se déroule dans une certaine langueur, au rythme du quotidien de cette fillette un peu sauvageonne qui va découvrir l’amitié et l’amour.

Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre dans quelle mesure un second récit, qui croise le premier mais à une autre époque, allait donner son sens au roman. La mort de Chase, bien des années plus tard, et l’enquête qui en découle, est d’abord une histoire totalement à part – mais laissons le temps au temps, il faut de la patience pour appréhender ce roman tout à la fois lent et vif, lourd comme l’eau stagnante du marais et léger comme la fraîcheur de cette petite sauvageonne qui devra mener bien des combats.

S 2-3Audiolib, lu par Marie du Bled, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville

Roman

« Pour le sourire d’Isabelle » de Fanny André

sourire isabellLa mort a ceci de paradoxal qu’elle peut parfois rapprocher. C’est ce qui arrive à Isabelle et Camille. Depuis que Arnaud est mort, Isabelle son ex-femme et Camille sa mère ont repris contact. Mieux : puisqu’elles s’appréciaient avant le divorce d’Arnaud et Isabelle, elles vont réapprendre à veiller l’une sur l’autre.

Ainsi, elles décident de partir dans une sorte de roadtrip sur leurs terres de prédilection, la Normandie pour l’une, la Bretagne pour l’autre, et se font mutuellement découvrir des paysages et des spécialités culinaires.

Roman sensible, autour de deux femmes réunies par le deuil, il ne tombe jamais dans le larmoiement. D’ailleurs, la couverture – que je trouve jolie et complètement dans l’air du temps – reflète bien ce que propose ce roman : une parenthèse bienveillante et réconfortante.

S 2-3Les Presses de la cité, 288 pages, 19€

Roman

« Le grand art des petites escroqueries » de Sophie Endelys

grand art escroqueriesJe me souviens avec précision avoir lu l’an dernier, exactement à la même époque, un autre livre de la même auteure, « Les gardiennes du silence ». Me revoilà donc cette année avec un autre livre entre les mains, même saison, même auteure, même style de couverture – celle-ci est particulièrement jolie d’ailleurs.

L’histoire est différente pourtant, et j’ai beaucoup aimé celle-ci et surtout le style de l’auteure.

Julia prépare l’écriture d’un livre sur les plus grands escrocs. En panne d’inspiration, elle décide de s’isoler quelques jours avec sa fille à la Fondation Saint-Just. Mais un soir, elle est victime d’un accident de voiture. Sa fille la croit morte, et ne découvre que vingt ans plus tard que sa mère avait survécu à l’accident, et qu’elle a passé dix ans dans un couvent, où elle a réalisé des centaines de dessins.

Je vous l’accorde, le point de départ – le décès caché pendant vingt ans – est un peu tiré par les cheveux, mais le rythme est si bien construit et les personnages si bien imaginés que l’on n’en tiendra pas rigueur à l’auteure.

Les personnages sont d’ailleurs le grand point fort de ce roman. J’ai adoré Marius, le gastronome qui choisit ses menus en fonction des nouvelles qu’il doit annoncer à ses invités ; ou encore Clémence, la fille de Julia, en parfaite ermite musicienne. Tous ont beaucoup de profondeur, on sent que l’auteure a veillé à en faire des personnalités riches et uniques.

Quand à « l’enquête » que Clémence va mener pour comprendre ce qui s’est passé vingt ans plus tôt, elle réserve bien des rebondissements et, même si là encore certains ne sont pas tout à fait crédibles, il faut accepter de se laisser porter par l’histoire. J’ai passé un très bon moment de lecture et j’avais du mal à lâcher ce livre avant de l’avoir terminé.

S 3-3Les Presses de la cité, 384 pages, 20€

Roman

« Au vent cristallin » de Gérard Chevalier

au-vent-cristallinPierre était un jeune actif, sans doute brillant, un peu dur avec les autres, fâché avec son père… jusqu’au jour où un AVC le conduit à l’hôpital. Là, entouré du personnel médical, et surtout de la charmante infirmière Marie, il doit réapprendre à parler et reconstituer ses souvenirs.

Mais, alors qu’il devrait se concentrer sur sa rééducation, il est témoin de scènes et de discussions qui lui laissent penser qu’un trafic se déroule à l’hôpital. Il se transforme alors en enquêteur, et entraîne Marie dans ce qui risque bien de faire imploser l’univers médical où il séjourne…

J’ai particulièrement apprécié l’écriture de l’auteur, qui rend bien compte de l’évolution du personnage principal, depuis les premières pages où il peine à s’exprimer, jusqu’à son retour progressif vers une vie « normale ». La qualité du roman réside dans le juste dosage entre « l’enquête » et ce qui ressemble presque à un reportage sur les séquelles d’un AVC et le combat pour la rééducation. J’ai regretté que la fin du roman traîne un peu en longueur – une fois que le dénouement est connu, je n’aime pas que la fin s’étiole (dans les livres comme dans les films). A part ça c’est un bon roman, efficace.

S 2-3Editions du Palémon, 256 pages, 10€

Roman

« La femme révélée », de Gaëlle Nohant

femme révélée1950. Qu’est-ce qui a poussé Violet, de son vrai prénom Eliza, à quitter sa ville de Chicago, son mari, et surtout son fils Tim ? On pense d’abord à une quête de liberté, on juge un peu cette femme qui ne dit pas grand-chose de ses choix et parle de son passé à mots couverts. A Paris, elle fait quelques belles rencontres, des écorchés de la vie, qui démontrent jour après jour la capacité formidable des humains à se remettre en selle même après des drames.

L’histoire avance et l’on juge de moins en moins cette femme, au fur et à mesure qu’elle accepte de dévoiler son passé. La troisième et dernière partie du livre est finalement la plus forte, où l’engagement se révèle et où les choix prennent du sens.

J’ai été longtemps intriguée par ce livre, que j’ai découvert en version audio. La lecture faite par Claudia Poulsen est complètement en accord avec le texte et avec la narratrice. Car l’héroïne de ce roman n’est que feu sous la glace : elle offre à tous un visage calme et cache beaucoup d’elle-même ; mais l’essentiel est ailleurs, dans des choix et des engagements qui transcendent ce que son apparence laisse supposer. Il en est de même avec la lecture de ce roman, faite avec une tempérance qui sied bien à la narratrice.

Le début du roman m’a laissée perplexe, parce que je ne comprenais pas Violet. Mais il en est des livres comme de la vraie vie, et il faut se garder de juger sans connaître. Le personnage de Violet, gagne à être connu (et compris), et la dernière partie donne tout son sens à cette femme « révélée » qui donne son titre au roman.

S 2-3Audiolib, lu par Claudia Poulsen, 9h45 d’écoute, 23,45€

Roman

« Quand nos souvenirs viendront danser », de Virginie Grimaldi

Quand nos souvenirsJ’aime les romans de Virginie Grimaldi pour la tendresse qui y transparaît, et pour ce mélange toujours bien dosé d’émotion, de blessures, et malgré tout d’optimisme.

Cette fois-ci, l’auteure a choisi comme héros des « octogéniaux », un groupe de seniors dont le lotissement va être démoli sur décision du maire, et remplacé par une école. Or cette rue, c’est leur rue, celle qui a vu s’épanouir leurs mariages, grandir leurs enfants, et s’écouler une vie faite de drames et de bonheur.

On connaît l’affection de Virginie Grimaldi pour ses grands parents – elle poste régulièrement des messages d’une grande drôlerie adressés à sa grand-mère, et a d’ailleurs publié un recueil de ces textes, « Chère Mamie ». Dans les remerciements, elle explique avoir beaucoup pensé à eux pour écrire les personnages de Marceline et Anatole. Marceline, la narratrice, ne nous raconte pas seulement le combat qu’elle mène avec ses voisins pour défendre leur rue ; mais plus largement, elle témoigne de sa vie de femme, de mère, et du temps qui passe inexorablement.

« Un jour tu comprendras que la beauté ne se mesure pas. Elle n’a pas les sourcils épilés ou la bouche rouge sang, elle ne porte pas de talons ou de cheveux crantés, elle ne suit pas les modes, elle ne se maquille pas, elle ne se voit pas dans un miroir. »

Les personnages sont truculents, ces « octogéniaux » farceurs ne manquent pas d’imagination pour défendre leur rue, et l’on sourit devant ces petis vieux qui adorent se détester. Même si j’ai trouvé un peu moins de rebondissements que dans d’autres titres de l’auteure, le roman s’écoute comme d’habitude avec plaisir et la lecture faite par Colette Sodoyez est parfaite pour incarner Marceline à différents âges.

S 3-3Audiolib, lu par Colette Sodoyez, 6h41 d’écoute, 20,90€

Roman

« Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » de Stuart Turton

hardcastleEn commençant ce livre, j’en avais lu le résumé fait par l’éditeur, et je savais donc (à peu près!) à quoi m’attendre, à savoir une construction atypique et forcément complexe.

La jeune Evelyn Hardcastle va mourir ce soir. Aiden Bishop, invité à la grande fête organisée par les parents d’Evelyn, doit trouver son assassin. Mais s’il ne le démasque pas avant ce soir, il pourra recommencer le lendemain, puis le surlendemain… car il aura une semaine entière pour revivre cette journée.

Ce schéma n’est pas inédit, il a même été utilisé dans un célèbre film (« Un jour sans fin »). Pourtant ici le procédé narratif est un peu différent, car non seulement le narrateur va revivre plusieurs fois la même journée, mais (attention je spoile un tout petit peu) il va la revivre dans la peau de différents personnages. C’est alors que les difficultés commencent pour le lecteur, car non seulement il faut se souvenir de ce que le personnage a pu glaner comme indice dans chaque journée, mais aussi ne pas se perdre entre les différents personnages et leurs points de vue respectifs. Dans ce genre de roman très complexe, j’ai toujours peur que la fin soit incompréhensible, parce qu’il y a forcément plein de détails qui m’échappent, ou dont je ne mesure pas immédiatement la portée. Heureusement j’ai compris la fin, même si à certains moments je me suis sentie perdue au milieu de certains personnages.

J’ai pensé évidemment à ma lecture du « Jardin des sept crépuscules » (tiens, encore un sept), même si « Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » est moins complexe. Au final, c’est un roman qui interpelle et intéresse par sa structure ; je reste juste un peu sur ma faim car je suis passée à côté de certains passages.

S 2-3Sonatine, en numérique 4,99€