Roman

« Une activité respectable » de Julia Kerninon

9782812612039Si vous aimez démesurément lire, si vous aimez écrire pendant des heures, ou mieux encore si vous aimez les deux : ce livre est fait pour vous.

Dans ce joli témoignage écrit comme un cri d’amour aux livres, Julia Kerninon raconte ses premières années de lectrice, élevée par des parents qui ne pensaient qu’à lire partout et tout le temps, puis sa vie de jeune adulte entièrement tournée vers les livres (en lire, en écrire).

Tous les amoureux des livres seront rassurés de lire ce témoignage qui montre que des vies entières, des quotidiens sur plusieurs années, peuvent être dédiés à la lecture.

Au passage, l’auteure déclare en filigrane son amour à ses parents, qui n’étaient riches que de livres et l’ont élevée ainsi.

« J’écris à cause de Jo March mangeant ses pommes et lisant perchée dans un arbre loin de ses sœurs. »

La toute dernière page du livre montre aussi toute la lucidité de l’auteure sur sa situation. Plusieurs de ses livres ont été édités, mais elle mesure qu’il fallait au moins ça pour justifier toutes les années où elle a vécu en dehors du monde, consacrant ses nuits à l’écriture sans perspective concrète de pouvoir en vivre.

S 3-3Ed. du Rouergue, 64 pages, 10,80€

Roman

« Karoo » de Steve Tesich

142890_couverture_Hres_0Ne vous fiez pas aux néons représentés sur la couverture : la vie de Saul Karoo ne fait pas que briller. Il est pourtant un scénariste ultra recherché par les producteurs de cinéma. Sa spécialité ? Récrire les scenarii médiocres pour les transformer en chefs d’oeuvre. Alors forcément Karoo a la grosse tête, c’est un personnage assez détestable qui vit entre luxe et alcool (j’ai souvent pensé au héros de « American Psycho », même si c’est une lecture trop lointaine pour que je m’en souvienne avec précision). Il représente l’Amérique aisée des années 1980 / 1990.

C’est embêtant de ne pas pouvoir vous dire ec qui va changer dans sa vie, mais sinon je vais vous dévoiler un rebondissement qui n’arrive que vers la page 200 ! Sachez qu’une femme va faire son entrée dans la vie de Karoo de manière inattendue, et changer malgré elle les projets de cet homme.

Le personnage de Karoo est agaçant, et le début du livre ne fait pas de lui un personnage sympathique ! L’histoire est plutôt maline et de bonne construction, mais il y a beaucoup trop de longueurs, notamment autour de l’alcool, des femmes, de son divorce raté… Même si tout concourt à comprendre le personnage et à mettre en place le décor de l’intrigue, c’était un peu trop long à mon goût.

S 2-3Points, 600 pages, 8,90€

Roman

« Prendre la vie comme elle vient » de Carène Ponte

9782265156388ORIJusqu’ici, je n’avais lu de Carène Ponte que ses « romans de Noël », des condensés d’humour et de bons sentiments que j’avais beaucoup aimés. Avec « Prendre la vie comme elle vient », sorti il y a plusieurs mois et qui attendait son tour dans ma PAL, je découvre une autre facette de ses romans. Le thème de départ de celui-ci n’est guère joyeux : Alice, qui entame doucement sa crise de la quarantaine, voit sa vie basculer lorsque Aymeric, son mari et grand amour, est victime d’un terrible accident de voiture.

La vie, ensuite, aura le choix entre plusieurs voies.

Et Alice, face à ses doutes, en plein questionnement sur sa vie, sur son rêve inabouti de devenir championne de patinage, qui a renoncé à devenir mère après plusieurs fausses couches traumatisantes, devra s’adapter, en toutes circonstances.

Le roman surfe sur des thèmes immuables, le couple, les choix de vie, la vie qui bascule. Rien d’original mais rien de déplaisant non plus, d’autant plus que Carène Ponte a un style rythmé et vivant qui se lit très bien.

Le livre est très court et se lit en deux heures environ. Le temps quand même de suivre ce couple dans son passé, son présent, et ses avenirs possibles. Un format plus long n’aurait pas été utile, et aurait risqué de délayer les sentiments. Le piège a été évité.

S 2-3Fleuve éditions, 272 pages, 18,90€

Roman

« Complètement cramé ! » de Gilles Legardinier

9782266337281ORIQuand un riche industriel anglais, qui aurait l’âge de prendre sa retraite, décide de prendre plutôt du recul et de partir en France, c’est le début d’un roman qui va forcément parler des choix de vie et des chemins que l’on prend (ou pas).

Quand cet Anglais décide en plus de se faire passer pour un majordome afin d’être embauché dans un manoir, c’est le début de l’aventure.

Et quand il découvre dans ce manoir une propriétaire nostalgique, une cuisinière bougonne, une jeune femme de ménage un peu paumée et un jardinier timide, on sait que les situations amusantes ne manqueront pas.

C’est le premier livre de Gilles Legardinier que je lis, grâce à un jeu concours qui m’a permis de gagner cette édition collector. Le format, avec sa couverture rigide, est d’ailleurs très agréable et rend ce « poche » un peu différent.

Quand à l’histoire, elle est fort sympathique, pas toujours crédible mais qu’importe. Avec un peu d’humour et de situations décalées, c’est une lecture plaisante. J’ai plutôt passé un bon moment avec ces personnages tous attachants, même si j’ai trouvé quelques longueurs. Le personnage principal et ses acolytes ont chacun quelque chose de touchant, et les bons sentiments, ça fait du bien aussi !

S 2-3Pocket, 9,90€ dans cette édition

Audio·Roman

« Des bleus à l’âme » de Françoise Sagan

Capture d'écran 2023-11-23 204513J’aime beaucoup les romans de Françoise Sagan. Je me souviens avoir emprunté il y a quelques années tous ses romans disponibles à la bibliothèque, avant d’acheter finalement la (quasi ?) intégrale de ses œuvres dans l’excellente collection Quarto de Gallimard.

J’étais curieuse de découvrir une version audio de l’un de ses textes, et par ailleurs je ne connaissais pas celui-ci… c’est donc une double découverte !

Et j’ai adoré !

Le texte en lui-même est très original, car c’est à la fois un roman (qui reprend les personnages de « Château en Suède », la pièce de théâtre de Sagan) mais avec tous les commentaires de l’auteur en plein milieu du roman – et pourquoi elle fait ce choix, et ce qu’elle pense de ses personnages, etc. Donc on situe très bien le moment où elle écrit ce texte (1972), où elle était (en Normandie), et plus globalement son état d’esprit en l’écrivant, ses contrariétés, les raisons de ses choix,… C’est comme si elle commentait par dessus mon épaule le roman que j’étais en train de lire !

La deuxième raison pour laquelle j’ai adoré cette version audio, c’est l’interprétation de Lola Naymark. Je pèse mes mots: ce n’est pas juste une lecture, c’est une interprétation. Car elle lit la partie roman d’une voix neutre, et la partie commentée avec une autre voix, dans une imitation juste et sans caricature de l’auteure (c’est bluffant!). Donc non seulement Sagan me commentait son roman, mais en plus j’entendais sa voix ! C’est une belle prouesse et c’est vraiment très très réussi.

Il y a des textes qui sont faits pour être écoutés plus encore que pour être lus, et celui-ci en fait clairement partie !

L’histoire d’Eléonore et Sébastien est finalement anecdotique (même si elle m’a donné envie de relire « Château en Suède »).

Un très bon livre, qui méritait d’être édité en version audio !

S 3-3Audiolib, 4h05 d’écoute, 21,90€ en version CD

Audio·Roman

« Une nuit particulière » de Grégoire Delacourt

Capture d'écran 2023-11-17 175407Il y a toujours dans les romans de Grégoire Delacourt un mélange de douceur et de gravité, et « Une nuit particulière » est construit avec ces mêmes ingrédients. Les deux personnages, Aurore et Simeone, se rencontrent une nuit de désarroi. Aurore vient d’être quittée par son mari, le grand amour de sa vie, et cherche du réconfort ; elle trouve Simeone sur son chemin, et ensemble ils vont vivre quelques heures inattendues, construites sur des douleurs et une quête de survie parmi les épreuves de la vie.

La bonne idée de cette version audio est de faire une lecture à deux voix (celle d’Aurore, celle de Simeone), parfois en duo, parfois dans des chapitres à une seule voix. La voix de Simeone contraste beaucoup avec celle d’Aurore, ce qui surprend un peu au début de leurs échanges, mais prend tout son sens dans la deuxième partie, dont il est le personnage principal.

C’est une lecture toute en douceur, avec un mélange de mélancolie, de profondeur et d’amour, qui s’écoute volontiers le soir dans la quasi-pénombre pour être complètement dans l’ambiance de cette nuit hors du temps.

S 3-3Audiolib, 3h46 d’écoute, 20,90€ pour la version CD

Roman

« Missouri 1627 » de Jenni Hendricks et Ted Caplan

Capture d'écran 2023-11-11 170826Voilà à quoi sert un club de lecture : à s’ouvrir à des livres qu’on n’aurait pas lus spontanément, à lire des livres pour ado quand on a passé l’âge.

Les auteurs de « Missouri 1627 » revendiquent d’avoir eu le projet d’écrire un « livre drôle sur l’avortement ».

Bon, il faut quand même nuancer : disons que c’est un livre qui parle d’avortement mais sans pathos, avec des digressions dans l’histoire qui apportent un peu de légèreté et de folie adolescente.

L’histoire est celle de Veronika, major de sa promo, lycéenne modèle promise à un parcours brillant. Lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte, son monde s’écroule. Elle ne peut pas garder cet enfant sans compromettre ses projets universitaires ; elle ne peut pas non plus avorter car ses parents s’y opposeraient et, dans l’État des Etats-Unis où elle vit, leur autorisation est indispensable.

Alors contre toute attente, c’est auprès de Bailey, la fille la plus étrange du lycée, qu’elle va trouver de l’aide. Et voilà les deux ado lancées dans un road trip sans temps mort pour parcourir les 1627 kilomètres qui les séparent de la première clinique qui acceptera de procéder à un avortement sans autorisation parentale.

L’écriture est vive, le propos intelligent, nuancé. Même si la volonté des auteurs était de proposer un traitement différent du sujet, ils ont su apporter les bon équilibre dans le ton et ne pas sous-estimer les doutes et les questions de Veronika. Si le propos est clairement favorable au droit des femmes à disposer de leur corps, il ne banalise pas la démarche, décrit les rendez-vous médicaux préalables de manière très directe, ainsi que les effets post-opératoires.

Comme je le disais plus haut, ces passages sérieux sont entrecoupés de scènes cocasses, notamment celle avec le petit-ami qui n’en ressort pas grandi, ou les différentes courses poursuites, changements de véhicules, etc, qui font progresser le récit à une cadence infernale avec cette question en fil rouge : Veronika arrivera-t-elle à l’heure à son rendez-vous ?

S 3-3Bayard, 368 pages, 15,90€

Roman

« Les voleurs d’innocence » de Saraï Walker

walker-sarai-les-voleurs-d-innocenceCoup de coeur !

Ce livre est incroyable. L’ambiance est si particulière, un mélange de langueur et de tension qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout.

Elles sont six sœurs, héritières de l’empire d’armes à feu Chapel. Leur mère, Belinda, est hantée par les fantômes de tous ceux qui ont péri à cause d’une arme à feu qui a fait la fortune de leur famille. Je précise que si vous n’êtes pas familiers des romans gothiques ou des histoires de fantômes, il ne faut surtout pas que cela vous empêche de découvrir ce livre !

Le drame de cette famille, c’est la mort des femmes, à l’accouchement ou après le mariage. Et la mort d’Aster, l’aînée des six filles, ouvre la voie tragique de la malédiction qui se perpétue sur la nouvelle génération.

Ce livre se lit tellement bien, c’est un récit captivant qui mêle le quotidien de sœurs unies façon « Quatre filles du Docteur March » et une ambiance doucement fantomatique comme dans « Blackwater ». Un vrai bijou, qui raconte le destin infernal de six sœurs qui se savent condamnées, et qui pose en arrière-plan la question de la parole des femmes et de leurs destins imposés.

« Que se passerait-il si une seule femme disait la vérité sur sa vie ?

Le monde s’ouvrirait en deux. »

S 3-3Gallmeister, 624 pages, 26,40€

Roman

« Les aiguilles d’or » de Michael McDowell

C’est l’incontournable (et géniale) saga « Blackwater » qui m’a fait découvrir Michael McDowell, et en même temps les éditions Monsieur Toussaint Louverture. 2 belles découvertes, qui appelaient forcément d’autres lectures. J’avais repéré depuis des mois « Les aiguilles d’or », et l’ai acheté dès sa sortie. L’auteur est celui de « Blackwater », mais les points communs s’arrêtent là. L’ambiance… Lire la suite « Les aiguilles d’or » de Michael McDowell

Roman

« Angélique » de Guillaume Musso

9782702183687-001-TGuillaume Musso sait raconter des histoires, surprendre son lecteur, le berner. Je le savais déjà, et j’ai quand même été agréablement surprise à nouveau. La couverture de ce roman m’avait tapé dans l’oeil depuis longtemps ; j’attendais la sortie en poche, et finalement je l’ai trouvé avant. Je ne savais pas grand-chose de l’histoire car la quatrième de couverture en dit peu sur l’histoire, et je n’avais pas lu d’avis non plus.

Mathias, hospitalisé, reçoit la visite d’une bénévole qui intervient auprès des patients de l’hôpital. Elle est jeune, joue du violoncelle, et a une idée en tête : convaincre Mathias, l’ancien flic, d’enquêter sur la mort de sa mère. Louise, la jeune bénévole, est en effet convaincue que sa mère, ancienne danseuse étoile, n’est pas morte accidentellement.

Commence alors un roman fait de rebondissements, de chemins croisés et entrecroisés, de personnages complexes, avec chacun leur part d’ombre. Les masques tombent, mais pas toujours ceux que l’on attendait. Je me suis fait piéger à plusieurs reprises, vers la fin j’ai même trouvé que cela allait un peu loin et que les ficelles étaient un peu trop tortueuses. Mais cela fonctionne bien, dans un rythme qui ne laisse aucune place à l’ennui. C’est vif, efficace, plein d’ingéniosité.

S 3-3Calmann-Levy, 320 pages, 21,90€