Roman

« Les pantoufles » de Luc-Michel Fouassier

pantouflesImaginez un matin d’un jour où vous êtes pressé, où vous devez passer à la Poste avant d’aller assister à une importante réunion professionnelle. Ce matin-là, il faudrait que tout se passe bien, or c’est justement ce jour-là que vous sortez en ayant oublié vos clés à l’intérieur de votre appartement, et manque de chance… vous êtes en pantoufles.

Vous pourriez courir dans le premier magasin venu, ou tout simplement sonner chez le voisin pour qu’il vous prête une paire de baskets. Mais le narrateur de cette histoire prend une autre décision : il va assumer ses pantoufles. Oui oui, même au bureau.

Le point de départ de l’histoire est cocasse – sans être irréaliste – tout en posant des questions sur le paraître et l’image de soi, ce qu’on assume ou pas dans notre apparence. C’est assez amusant, il y a quelques jeux de mots, et c’est un tout petit livre qui se glisse dans la poche pour passer un moment de lecture léger. Il n’aurait pas fallu plus de pages de toute façon, on fait quand même vite le tour du sujet et les transitions entre les situations sont un peu abruptes.

A lire donc pour ce que c’est, un roman sympa, court et gentiment décalé.

Qu’on peut lire en pantoufles.

S 2-3Folio, 128 pages, 6,50€

Roman

« Le piège » de Jean Hanff Korelitz

9782749171685ORIJ’étais très alléchée par le résumé du roman : un auteur en mal de reconnaissance vole l’idée géniale de l’un de ses étudiants et se retrouve acclamé comme auteur de best-seller. Quand on aime lire, il y a des mots qui font mouche dans un résumé : suivre l’histoire d’un auteur, son enseignement sur un campus, ses mésaventures littéraires.

Le début du livre donne le cadre, malheureusement cela dure trop longtemps. Je me suis plutôt ennuyée pendant les 200 premières pages. Pourtant l’écriture est agréable, l’histoire n’est pas inintéressante, mais quand le résumé me promet un thriller psychologique avec plein de suspense, forcément cela me rend exigeante !

On suit donc Jake, auteur qui s’est fait remarquer pour son premier roman, mais qui n’arrive pas à transformer l’essai. Ses autres romans sont passés inaperçus, il en est réduit à donner des cours à des étudiants qui rêvent de devenir écrivains. Les cours l’ennuient ; seul l’échange avec un étudiant brillant mais prétentieux va provoquer une tempête à retardement : quand Jake découvre quelques années plus tard que l’étudiant est mort sans avoir publié le roman génial qu’il avait en tête, Jake se l’approprie.

En tant que lecteur, on n’arrive pas complètement à le blâmer, car Jake semble de bonne foi. Par contre c’est très frustrant de lire toutes ces pages autour d’une « idée géniale » dont le lecteur ne sait rien. Et quand on comprend plus tard dans le roman en quoi consiste cette « idée géniale »… pour ma part je ne l’ai pas trouvée si géniale que ça, pas si originale…

De la page 200 à la page 300, il y a beaucoup de rebondissements, Jake a écrit son livre, il est démasqué par un mystérieux inconnu, et cela donne du rythme à l’histoire. Je me suis dit « enfin, ça décolle, il se passe quelque chose ! ».

Sauf que vers la page 300 j’avais compris la chute, et les cent dernières pages n’en ont été que la confirmation.

Je reste donc avec un sentiment mitigé, d’un livre à la fois agréable dans son écriture, avec un coeur d’intrigue qui m’intéressait, mais dont le suspense n’a pas été suffisamment exploité pour en faire le roman choc auquel je m’attendais.

S 2-3Le Cherche Midi, 416 pages, 22€

Audio·Cosy mystery·Policier

« Les dames de Marlow enquêtent (tome 1) : Mort compte triple » de Robert Thorogood

marlowPour une fois, avant même de vous parler du texte, j’ai envie de vous parler de… la voix. La voix, c’est celle de Rachel Arditi, qui lit ce livre audio. Et quelle voix ! Ou plutôt devrais-je écrire : quelles voix ! J’ai a-do-ré ce livre audio, en grande partie parce que Rachel Arditi en fait une lecture géniale, avec de belles voix, bien distinctes, pour chaque personnage. Elle incarne réellement les trois « dames de Marlow » et leur donne à chacune une personnalité. C’est un gros coup de cœur d’écoute.

Quelques mots, quand même, sur l’histoire : Judith est une septuagénaire un peu fantasque, qui n’a pas la langue dans sa poche, et qui occupe ses journées en inventant des grilles de mots croisés. Elle habite une vieille demeure au bord de la Tamise, qu’elle a héritée de sa tante. Lorsque son voisin est retrouvé mort, elle est convaincue qu’il a été tué et, faisant fi des recommandations de la police, décide de s’en mêler.

Si Judith est un personnage haut en couleurs (que Rachel Arditi incarne avec une belle voix rauque), que dire de Suzie ? Promeneuse de chiens, elle est à la fois gouailleuse et gaffeuse (j’adore sa voix, et j’ai tellement ri de ses interventions – sa rencontre avec la police est si amusante), mais elle va aussi s’avérer une précieuse alliée pour Judith. Avec Becks, la femme du vicaire, elles forment un trio atypique et sympathique. Je les ai adorées, j’ai adoré leurs voix, et cela a été un plaisir de les écouter pendant les quelques heures de ce livre audio – que j’étais même un peu triste de devoir laisser. J’espère qu’il y aura d’autres titres à écouter dans cette série.

Quand à l’histoire, elle est plutôt efficace : car après la mort du voisin de Judith, d’autres meurtres vont compliquer l’affaire. Il y aura des fausses pistes, plusieurs suspects, et un dénouement qui fonctionne bien. Et auprès des trois « dames de Marlow », une inspectrice à qui elles donnent bien du fil à retordre !

S 3-3Audiolib, 9h01 d’écoute, 19,90€ en version CD, traduit par Sophie Brissaud, lu par Rachel Arditi.

Cosy mystery·Policier

« Les enquêtes d’Hannah Swensen (tome 5) : Meurtres et cupcakes au caramel » de Joanne Fluke

9782749172538ORIJ’attends la sortie des tomes de cette série avec une gourmandise assumée. Je me demande même si mon plaisir de lecture porte sur l’enquête… ou sur tout le reste. Après la lecture du premier tome, j’étais sceptique sur la capacité de l’auteure à faire toute une série autour d’Hannah et de ses recettes de cookies… Mais après le cinquième tome, je ne m’en lasse pas !

Alors qu’Hannah enquête (officieusement) sur le meurtre du shérif Grant, qui était fâché avec la moitié de la ville, elle doit aussi gérer des cours de cuisine, la parution d’un livre de recettes, la préparation d’Halloween avec sa nièce, la rébellion gastronomique de son chat, la grossesse de sa sœur, et bien sûr son hésitation entre Mike et Norman, ses deux prétendants.

J’ai suivi ses petites mésaventures avec un réel plaisir, même si j’ai deviné l’identité du meurtrier à la moitié du livre.

Et comme d’habitude, j’ai noté une ou deux recettes à tester (même si j’ai toujours un problème avec les dosages en tasse, dont la conversion en mL à la fin du livre me laisse songeuse – des mL de farine ce n’est pas naturel).

J’espère qu’il y aura encore beaucoup d’autres tomes de cette série légère, plaisante, qui combine enquête / pâtisserie / humour.

S 3-3Le Cherche Midi, 400 pages, 15€

Roman

« Grèves de la fin… » de Eric Vernassière

greves-de-la-fin-image-debredinagesJ’ai la chance de connaître parmi mes amis et connaissances quelques auteurs. Je lis toujours leurs écrits ou romans avec beaucoup d’intérêt et de curiosité, d’abord parce que j’ai toujours plaisir à découvrir un nouveau texte, mais aussi parce que j’aime voir ce que l’auteur que je connais a choisi de mettre de lui dans son roman.

Découvrir le roman d’Eric a été un vrai plaisir. Je connais son amour des littératures – je mets un pluriel car il aime des textes de styles et d’époques variés – j’aime son enthousiasme permanent et sa verve joyeuse, et je voulais voir ce qu’il en mettrait dans son roman.

Dans son roman, j’ai surtout trouvé la plume d’un vrai auteur, qui a des choses intéressantes à dire, qui sait raconter une histoire et tenir le lecteur de page en page, et tout cela avec un style très agréable, érudit et accessible, comme Eric sait d’ailleurs l’être dans la « vraie vie ».

L’histoire est celle croisée de deux jeunes hommes, François en Allier et Yvan en Irlande, qui se battent sans armes mais avec leur conviction et leurs mots pour établir un ordre plus juste entre métayers et propriétaires terriens. Chacun, dans sa quête, sera secondé d’une belle femme – à deux on est plus forts…

Le texte est un voyage historique (j’ai beaucoup appris sur le métayage) et géographique puisque la moitié du roman se déroule en Irlande, cette « terre de colère ». Le roman mêle érudition historique et nombreuses références littéraires

L’écriture est vive, le style très plaisant, et j’ai retrouvé quelques marqueurs qui tiennent à cœur à Eric, comme le débredinoir de Saint-Menoux (allez voir au passage le blog Débredinages de l’auteur!), ou ce joli détail d’écriture qui consiste à parler d’Amitié avec le même grand « A » que celui du grand Amour.

Si ce roman est aujourd’hui auto-édité, il aurait toute sa place dans une librairie traditionnelle.

S 3-3Auto-édition, disponible sur Amazon (broché et Kindle)

Biographie

« Romy et les lumières de Paris » de Michelle Marly

9782265155466ORIDe l’histoire d’amour entre Romy Schneider et Alain Delon, je ne connaissais que quelques images maintes fois diffusées à la télévision, celles où l’on voit Delon accueillir Romy à sa descente de l’avion, juste avant le tournage de « La Piscine ». Ce sont d’ailleurs ces images qui m’avaient donné envie de voir le film. A ce moment-là, ils étaient déjà séparés.

Mais quelques années auparavant, ils avaient vécu une belle et longue histoire d’amour. C’est un parti pris original d’avoir centre cette biographie sur les quelques années de leur amour, à Paris. Romy, étouffée par sa mère et par son rôle de Sissi, sort à peine de l’adolescence lorsqu’elle rencontre Delon. Il sera son premier vrai amour. Lui est au début de sa carrière, alors qu’elle est une star. Il dit volontiers que s’il n’avait pas été acteur, il serait devenu gangster : il est loin de l’image du gendre que les parents de Romy espèrent !

Au-delà de son histoire avec Delon, cette biographie raconte aussi la rencontre entre Romy et la France, mais aussi ses tiraillements entre sa famille et son légitime besoin d’émancipation.

J’ai appris beaucoup de choses dans ce livre ; ajouter quelques photos du couple auraient été une bonne idée.

S 3-3Fleuve éditions, 416 pages, 20,90€

Cosy mystery·Policier

« Les enquêtes de Lady Rose (tome 3) : Raison et châtiments » de M.C. Beaton

9791035406660-001-XDans ma première chronique sur « Les enquêtes de Lady Rose », je disais trouver cette série différente de celle des « Agatha Raisin », de la même auteure. Mais au fil des tomes, je trouve de plus en plus de points communs entre les deux héroïnes. Indépendantes, rebelles, avec un mauvais caractère mais un bon fond… finalement elles se ressemblent !

Dans ce troisième tome, Rose fait la connaissance de Dolly, une jeune femme qui cherche son amitié. Mais quand celle-ci est retrouvée morte, c’est Rose la première suspecte. Pourtant, un mystérieux personnage a pris Rose pour cible. Pour se cacher, elle part quelques jours à la campagne – ce qui donne lieu aux meilleurs passages de ce livre, où Rose doit confronter ses idéaux d’égalité à la vraie vie. Son personnage montre toutes ses contradictions, et oscille entre deux mondes dont aucun ne lui convient vraiment.

Quant à Cathcart, c’est toujours l’amour vache avec lui – tiens tiens, comme Agatha Raisin avec James Lacey. Il veut la sauver du départ en Inde promis aux jeunes filles qui tardent à se marier ; mais si les deux semblent épris l’un de l’autre, ils jouent au chat et à la souris pendant encore tout ce tome.

Claire Tefnin, qui a déjà prêté sa voix à la lecture des deux précédents tomes, réalise une nouvelle fois une belle lecture – mention spéciale à la voix de Daisy, la demoiselle de compagnie de Rose.

S 3-3Audiolib, lu par Claire Tefnin, 6h10 d’écoute, 19,95€ en version audio numérique.

C'est mercredi, on lit avec les petits !

« Le Petit Nicolas… en papiers découpés » d’après Sempé et Goscinny

le-petit-nicolas-une-histoire-en-papiers-decoupesCertaines lectures sont des bonheurs d’enfance inoubliables. Je me souviens de mon plaisir de lecture avec les aventures du Petit Nicolas, ses copains bagarreurs, celui qui était le chouchou de la maîtresse et celui qui mangeait tout le temps des pains au chocolat… Et bien sûr, le style inimitable de Goscinny pour raconter ces histoires avec la voix d’un enfant, et le dessin reconnaissable entre tous de Sempé.

Quelle joie pour moi de me replonger dans ces textes, cette-fois sous forme d’extraits accompagnés des dessins de Sempé remis en valeur dans une version en relief grâce à la technique de papier découpé.

J’ai retrouvé Nicolas, Geoffroy, Agnan, Alceste et les autres dans des extraits incontournables, et qui en disent long : « A la récré, on se bat », « On a eu l’inspecteur », « La pétanque », « La cantine », « Le tas de sable », « A la bonne franquette », « La gym », « La colonie de vacances ». Je ne sais pas pour vous, mais pour moi ces titres réveillent tout un monde enfoui, et me donnent déjà le sourire.

Les extraits sont assez courts et le format malin (page de gauche : l’histoire ; page de droite : le dessin en papiers découpés), ce qui rend ce livre très accessible pour des enfants. Pour l’adulte que je suis, j’aurais volontiers lu d’avantage d’aventures ! C’est un joli livre qui réveille toute la tendresse de l’œuvre originale, dans un format qui renouvelle le plaisir de lecture.

S 3-3Auzou, 20 pages, 24,95€. Ingénierie papier : Michel Hasson

Roman

« Le Sanctuaire » de Laurine Roux

product_9782072934025_195x320Lire une histoire de pandémie a pris une autre dimension depuis deux ans, et une résonance particulière.

Dans ce roman, ce sont des oiseaux qui ont apporté une maladie qui a décimé toute une partie de l’humanité. Une famille a fui dans les montagnes ; deux petites filles grandissent dans une bulle hors du temps. L’une d’elle a connu le « monde d’avant », tandis que la seconde ignore tout de ce qu’est une voiture ou même une peluche pour enfant. Les parents ont développé des trésors d’ingéniosité, de récup’ et d’imagination. Le père élève ses filles dans la peur des oiseaux ; la mère a développé une nostalgie proche de la folie.

Ce court roman contient tout un univers, celui d’une petite sauvageonne et de sa sœur, élevées pour la survie et dans une peur farouche de tous les volatiles – j’ai pensé au « Pigeon » de Patrick Süskind.

L’écriture prend aux tripes, émeut, fait frisonner. C’est un texte très fort, publié initialement dans l’excellente maison d’édition « Le Sonneur » et qui est maintenant disponible en poche (chez Folio).

C’est un texte marquant, plus abordable qu’ « Une immense sensation de calme », où l’on retrouve toute la force de l’écriture de Laurine Roux.

S 3-3Folio, 144 pages, 7€

Roman

« Le Complexe d’Eden Bellwether » de Benjamin Wood

lecomplexededenbellwether02ii-hd-572098-380x570J’ai lu récemment un excellent roman psychologique, « Mrs March », et je suis très contente d’en avoir découvert un autre, cette fois-ci chez Zulma.

Oscar est un jeune aide-soignant. Un jour, entendant le son d’un orgue s’échapper d’une église, il entre par curiosité. Il se lie d’amitié avec Eden, le jeune organiste, et sa sœur Iris, dont Oscar tombe amoureux. Mais très vite Oscar découvre que le génie musical d’Eden cache une face plus sombre.

Roman très bien écrit, qui explore à la fois la puissance guérisseuse de la musique, la folie humaine, la maladie et l’espoir, mais aussi des thèmes de société. D’un côté, Oscar, jeune homme simple et responsable, autonome, travaille pour gagner sa vie ; de l’autre, une jeunesse dorée représentée par Eden, Iris et leurs amis, étudiants favorisés, fêtards, intelligents et cultivés, semblent coupés du monde. La confrontation des deux univers est fascinante. Le lecteur peut se mettre à la place d’Oscar, et découvre avec lui un univers à part, et surtout des personnages très complexes. Eden, le musicien brillant, est-il un génie ou un fou ? Sa sœur, Iris, est-elle admirative de son frère, ou croit-elle à l’imposture ?

Ajoutez à ces personnages deux vieux hommes en fin de vie, qui vont être à la fois les passerelles entre ces deux mondes, et une bouée de secours pour Oscar.

Avec une juste dose de suspense, le roman pousse le lecteur dans ses retranchements, et nous oblige à nous interroger sur ce que nous serions prêts à croire ou à accepter face à la maladie ou une blessure. L’écriture est sensible et contribue à faire osciller le lecteur entre réalité et folie. Une réussite.

« Pour ceux qui ont la foi, aucune explication n’est nécessaire. Pour ceux qui ne l’ont pas, aucune explication n’est possible. »

S 3-3Zulma poche, 515 pages, 9,95€