Roman

« La collectionneuse de mots oubliés » de Pip Williams

9782265155626ORI« Les mots ont-ils un autre sens pour les hommes et pour les femmes ? Et le cas échéant, est-il possible que nous ayons perdu quelque chose au cours de leur processus de définition ? »

C’est en partant de ces interrogations que l’auteure a imaginé ce roman.

Début XXe siècle, Esme grandit auprès de son père qui travaille au Scriptorium, lieu réunissant des hommes chargés de créer un dictionnaire. Le travail est long, fastidieux. Un jour, Esme découvre que tous les mots ne sont pas traités à l’identique, et que certains sont rapidement écartés : mots « de femmes », mots jugés vulgaires. Alors, à sa manière, Esme va essayer d’y remédier…

Le roman mélange un rythme paisible (le rythme de la construction du dictionnaire, mot après mot, lettre après lettre, pendant des années – avec cet infini travail qui fait que, quand la dernière définition sera écrite, il sera temps de revenir à la lettre A pour actualiser le dictionnaire), et le temps de l’action – celui de Esme qui est une lutte contre l’oubli, celui aussi des suffragettes dont les combats explosent à la même période. Il y a dans la démarche de Esme un mélange d’idéalisme (redonner à certains mots la place qu’ils méritent) et un grand pragmatisme (ses oreilles recueillent des mots assez fleuris). J’ai aimé ce livre pour tout cela, et pour ce joli portrait de femme moderne dans sa démarche, et au charme un peu désuet vu de nos jours, avec ses petites fiches cartonnées qui donnent un charme suranné au roman.

Ce roman est fait pour ceux qui aiment les mots, qui aiment jouer avec, qui utilisent des mots peu courants voire disparus.

Et je ne peux pas conclure cette chronique sans parler de la très jolie couverture, extérieure et intérieure, qui donne aussitôt envie de se plonger dans cette lecture.

S 3-3Fleuve éditions, 432 pages, 22,90€

Essai / Document

« Meurtres haute-couture » d’Astrid Faguer et Maud Gabrielson

MeurtresHauteCouture_RVB-e1662111573247Dans ce livre documentaire très bien fait sont racontées 9 affaires plus ou moins récentes, et plus ou moins célèbres, qui ont entaché le monde de la mode et du luxe. C’est une plongée dans la partie obscure de cet univers de paillettes, entre kidnappings, décès suspects et autres affaires sordides.

Je connaissais (au moins dans les grandes lignes) plusieurs de ces histoires ; d’autres m’étaient totalement inconnues. On y trouve des victimes et des personnages sulfureux, tous mi-anges mi-démons qui ont une vie aussi extra-ordinaire que le milieu dans lequel ils évoluent.

C’est intéressant, le livre se lit comme une succession de courtes enquêtes journalistiques, qui redonnent le contexte, la personnalité des protagonistes, et bien sûr les faits. On sent le gros travail de documentation et de collecte d’informations qui a été nécessaire pour constituer ces récits.

S 3-3Editions Séguier, 224 pages, 20,50€

BD

« Peau d’homme » de Hubert et Zanzim

9782344010648-001-TRenaissance. Bianca va bientôt se marier, mais elle déplore de ne rien connaître de son futur époux. Sa marraine lui confie alors un secret : depuis des générations, les femmes de la famille se transmettent une peau d’homme. En enfilant cette peau, une femme peut se faire passer pour un homme. Bianca décide de s’en servir pour infiltrer le quotidien de son futur mari, et ainsi mieux le connaître.

Les dessins sont bien faits, les pages pleines de rythme (avec même parfois plusieurs actions dessinées sur une même vignette en pleine page).

L’histoire s’empare des qualificatifs que l’on attribue / attribuait traditionnellement aux femmes ou aux hommes, et les démonte un par un, en apportant des arguments par les situations vécues. Le propos est donc complètement dans l’air du temps, l’histoire aurait presque pu être transposée telle quelle de nos jours.

Sans être trop moralisatrice, la BD aborde plein de sujets, tout en montrant que si l’on accepte de sortir un peu du cadre et de ne pas chercher à reproduire à tout prix les modèles de la société, il est possible de trouver des voies où chacun peut être heureux sans nuire au bonheur de l’autre sexe.

S 3-3Glénat, 27€

Roman

« Code 612 Qui a tué le Petit Prince ? » de Michel Bussi

9782266328210ORIJ’aime beaucoup les romans de Michel Bussi, mais j’ai attendu la sortie en poche de celui-ci. Il faut dire que je ne suis pas une inconditionnelle du Petit Prince ; l’ai-je lu trop tôt ou trop tard, je ne sais pas, mais c’est un conte que je trouve trop subtil pour de jeunes enfants, et trop obscur si c’est un livre pour adultes. Allez, ne m’en veuillez pas si vous êtes fans du Petit Prince ! D’ailleurs cela n’est qu’un prétexte de départ pour le roman de Michel Bussi ; que vous connaissiez par coeur des citations du livre de Saint-Exupéry, ou que vous n’en ayiez que de vagues souvenirs, vous pouvez lire ce livre (mais si vous faites partie des rares lecteurs à ne pas connaître du tout le Petit Prince, ça risque d’être gênant quand même).

Le point de départ est hyper original : et si la mort de Saint-Exupéry, restée plus ou moins mystérieuse, devait trouver sa clé dans la mort du Petit Prince lui-même ? Si les deux disparitions n’étaient que deux faces d’un même miroir ? C’est sur cette thématique que vont enquêter Andie et Neven, un duo réuni pour l’occasion. Et pour enquêter, ils vont parcourir le monde pour rencontrer les membres du « Club 612 », un club de passionnés du Petit Prince, chacun ayant sa théorie sur la disparition du petit personnage et de son créateur.

Le roman est bien plus court que les autres romans de Bussi (215 en format poche), ce qui est dommage car certains points auraient pu donner matière à plus de détails, plus de suspense. Il y a quelques trouvailles troublantes et passionnantes, et l’on retrouve tout le talent de Michel Bussi pour bousculer le lecteur, pour nous faire hésiter entre réalité et fiction…

J’ai plutôt été moins séduite par ce roman que par d’autres romans de l’auteur, parce que les pistes ne sont pas toutes exploitées jusqu’au bout, et que l’enquête auprès de chaque membre du « Club » est assez répétitive sur la forme. Mais je lis en filigrane l’admiration de l’auteur vers un autre auteur, créateur d’une œuvre mondialement connu, et par ailleurs insaisissable sur bien des aspects de sa vie. En préparant cette chronique, je me suis aussi souvenue que le premier titre de Bussi était « Code Lupin », un autre « Code », un autre hommage à un auteur admiré. La boucle est bouclée.

S 2-3Pocket, 215 pages, 7,10€

Cosy mystery·Policier

« La toile d’araignée » d’après Agatha Christie

toileAJ’ai lu tant de livres d’Agatha Christie ! Et pourtant quand j’ai vu la sortie en poche de « La toile d’araignée », j’ai été interpelée : je ne le connaissais pas, celui-ci ! Et pour cause : il s’agit d’une pièce de théâtre d’Agatha Christie qui a été adaptée en roman par Charles Osborne (je me souviens avoir lu « Black coffee » adaptée en roman par le même Charles Osborne). J’étais un peu hésitante : allais-je retrouver l’ambiance Christie dans une adaptation ?

La réponse a été OUI, dix fois OUI !

D’abord pour l’histoire : Clarissa, qui s’ennuie dans sa nouvelle maison, passe son temps à mentir pour inventer des situations incroyables et taquiner ses interlocuteurs. Sauf qu’aujourd’hui, Clarissa ne joue plus : elle a trouvé un cadavre dans son salon. Et ce cadavre n’est pas celui de n’importe qui : c’est l’homme qui a épousé l’ex-femme de son mari. Mais qui croira Clarissa quand elle dira être innocente, elle qui a déjà tant menti ? Et comment protéger celle qui se dénonce pour ce crime ?

Tout cela se joue en huis-clos, avec un nombre réduit de personnages, ce qui donne l’impression au lecteur d’assister à une pièce de théâtre, même si le récit est écrit comme un roman pour plus de confort de lecture. Le rythme aussi est celui d’une pièce de théâtre, avec ses rebondissements en fin de chaque chapitre qui rappellent les fins de scènes ou les changements d’acte.

J’ai dévoré ce livre, plein de suspense, de rebondissements, et qui m’a tenue en haleine jusqu’aux dernières pages. Je suis très contente de cette lecture !

S 3-3Ed du Masque, 6,40€

Manga

« Spy x Family 1 » de Tatsuya Endo

Spy-x-FamilyJ’avais vu des affiches sur la série adaptée de ces mangas ; c’est ce qui m’a donné envie de découvrir la version livre.

Twilight est un espion, dont la prochaine mission nécessite d’infiltrer une très select école, où est scolarisé l’enfant de celui qu’il doit espionner. Pour y parvenir, il décide d’adopter une petite fille, qu’il inscrira dans cette école. Et pour faire bonne impression, il se choisit aussi une jolie jeune femme, élégante et discrète.

Ce que Twilight ignore, c’est que la petite fille lit dans les pensées, et que sa nouvelle épouse est en réalité une tueuse à gages !

Le point de départ est original, et le traitement de l’histoire est réussi, avec des scènes drôles et cocasses. La petite fille, Anya, est toute mignonne, et elle a le « beau  rôle » dans ce trio, puisque sa télépathie va l’aider à sauver certaines situations – mais aussi provoquer des quiproquos. Le personnage de Yor Briar, la femme de Twilight, est aussi très bien fait, mélange d’élégance et de détermination. La série commence bien !

S 3-3Kurokawa, 6,90€

Roman

« Immortelle(s) » de Bertrand Touzet

9782258196605ORIAnna, ex business woman reconvertie en boulangère, découvre qu’elle est atteinte d’un cancer du sein.

Camille, qui vient d’ouvrir un salon de tatouage dans un village, tente de se reconstruire après un deuil.

Deux femmes, deux destins difficiles. Et deux volontés de se reconstruire, physiquement et moralement, d’aller de l’avant.

Si j’ai versé des larmes face à la tragédie de leurs histoires, j’ai aimé aussi le souffle de vie permanent qui émane de ce roman, et en fait un livre à la fois profond et optimiste.

L’écriture est très juste (et merci à cet auteur masculin d’écrire avec une si grande douceur sur les femmes et leurs drames!) ; il y a aussi beaucoup de pudeur dans l’expression des sentiments.

C’est un très beau roman, intense et percutant, mais aussi positif et semé de touches de douceur. A mettre entre toutes les mains !

Si le mot n’est jamais écrit, c’est évidemment un roman de la résilience. Le sujet est traité ici avec une grande élégance, et par ailleurs dans un récit bien construit, sans temps mort, qui happe le lecteur jusqu’à la dernière page.

S 3-3Presses de la cité, 256 pages, 20€

Roman

« Broadway Limited 2 : Un shim sham avec Fred Astair », de Malika Ferdjoukh

9782211234849J’avais adoré le premier tome de « Broadway Limited », l’ambiance insouciante et pleine d’énergie qui s’en dégageait. Dans ce deuxième tome, on retrouve le groupe de filles de la pension Giboulée, toujours en proie aux affres de leur âge, partagées entre des rêves auxquels elles s’accrochent, et un quotidien plus terre-à-terre.

Jocelyn, « le » garçon du groupe, petit frenchie arrivé là par hasard, est moins présent que dans le premier tome. Mais ce sont les mêmes personnages que l’on voit évoluer (ce tome-ci se déroule dans la continuité du précédent, il s’écoule cinq à six mois entre le début de la série et la fin de ce tome). L’histoire est un peu moins légère ; et encore une fois, l’auteure donne un contenu historique à son roman, le plaçant dans la catégorie des romans jeunesse de très (très) bonne qualité. La ségrégation raciale ou la « chasse aux sorcières » anti-communistes ne sont pas masqués par la légèreté des fêtes ou la découverte des progrès technologiques (la télé, le polaroid…).

J’ai un petit peu moins aimé ce tome que le précédent (il y a vraiment trop de personnages), mais cela reste une saga que je vais conseiller pendant longtemps, je le pressens !

S 3-3Ecole des loisirs, 11€ dans la collection Medium + poche

Roman

«Broadway Limited 1 : Un dîner avec Cary Grant », de Malika Ferdjoukh

9782211234993Quel bonheur d’avoir découvert ce roman jeunesse !

Comme souvent, c’est le hasard d’une flânerie dans une librairie qui a mis sur ma route de lectrice cette série.

Dans l’immédiat après-guerre, le jeune Jocelyn quitte la France pour les Etats-Unis. Mais pour les Américains, la confusion est facile, et Jocelyn – prononcez Jocelyne en anglais – se retrouve dans une pension pour jeunes filles ! Et les jeunes filles en question sont d’enthousiastes demoiselles entre 17 et 20 ans, qui se rêvent danseuse ou actrice – et qui en attendant enregistrent des publicités pour des soupes ou des shampooings…

J’ai adoré ce roman plein de fraîcheur, rempli de cette énergie positive de la jeunesse. J’ai passé un excellent moment de lecture, loin de ce que je lis d’habitude, mais contente de suivre ce groupe de jeunes gens pleins de rêves et d’envie.

Le roman est conseillé par l’éditeur pour les 13 ans et +, à mon avis il s’adresse à des lecteurs plus aguerris – parce que le roman est assez volumineux, avec beaucoup de personnages et surtout beaucoup de références à des acteurs ou personnalités que les plus jeunes risquent de ne pas connaître. A noter aussi, les titres des chapitres sont tous en anglais, sans proposition de traduction.

Après cette première lecture, j’inscris déjà le deuxième tome dans mes prochaines lectures !

S 3-3Ecole des  loisirs, collection Médium poche, 11€,

Manga

«Le maître des livres 2 » de Umiharu Shinoara

maitre2Ce deuxième tome est la parfaite continuité du premier.

D’ailleurs il commence au chapitre 10 !

On retrouve tout d’abord Myamoto, qu’une jolie mère de famille esseulée tente de séduire à tout prix… ce qui déplaît forcément à Mizuho, la timide bibliothécaire. Car bien sûr, toutes les histoires des personnages convergent à un moment ou à un autre vers cette bibliothèque pour enfants, où règne en maître ès littérature enfantine le taciturne Mikoshiba. Ce deuxième tome s’appuie moins sur des références de livres, et fait la part belle aux histoires personnelles des personnages. La bibliothèque reste le lieu central de l’histoire, et j’aime beaucoup cette idée qu’un lieu aussi feutré – et parfois impressionnant – puisse à ce point être un lieu de vie, où se croisent des personnes très différentes, qui viennent parfois pour chercher un livre, mais parfois aussi pour une raison qui n’a rien à voir avec la lecture ! Moi qui cherchais un manga accessible et à la thématique positive, me voilà servie car cette série est faite pour les amateurs de livres ! En plus les dessins sont très bien faits, expressifs, clairs.

Ma seule hésitation à poursuivre avec le prochain tome est qu’il y a 15 tomes dans cette série, et je ne suis pas sûre de vouloir lire tout ça… La série n’est pas toute récente (le dernier tome est sorti il y a six ans au Japon), mais elle est intemporelle car elle se passe dans une bibliothèque et n’a quasiment aucune référence à notre société contemporaine.

C’est une très belle série, je vous la recommande vivement !

S 3-3Komikku Editions, 8,50€