Essai / Document·Poésie

« La mauvaise herbe » de Lu Xun

J’aime aller à la découverte de petits livres qui sont a priori loin de mes lectures habituelles, petits plaisirs de lectrice curieuse d’explorer de nouveaux horizons.

« La mauvaise herbe » est un recueil de 23 textes que l’on pourrait qualifier de poèmes en prose. L’auteur y retrace en 3 ou 4 pages un rêve (étrange), une anecdote, un conte, une pensée sur l’espoir ou la mort. Difficile d’y trouver un fil rouge (sur le fond ou la forme) mais c’est agréable de piocher des textes qui, dans un même livre, peuvent vous transporter dans autant de situations différentes.

L’introduction du livre, qui a pour objectif de situer l’auteur à travers des enjeux historiques et politiques de la Chine du début XXème siècle, est en revanche plus difficile à appréhender pour qui n’est pas familier de ces sujets.

Petite coquetterie que j’ai appréciée dans l’introduction, c’est l’utilisation d’une taille de polices de caractères différentes pour les pensées principales (en grande police) et les idées secondaires (en plus petite police). C’est un formalisme inspiré des éditions chinoises, et qu’il m’a semblé très judicieux de reprendre dans cette introduction pointue, pour en souligner les messages clés.

Les Belles lettres, 144 pages, 13,90€ (service de presse)

Essai / Document

« Ecrire » de Marguerite Duras

C’est une interview de Marguerite Duras qui m’a donné envie de découvrir ce texte. Dans une émission d’« Apostrophes » en 1984, elle était invitée pour parler de son roman « L’Amant » et racontait sa vision de l’écriture. « Quand on est écrivain, on n’est pas là […]. La vie est ailleurs ». Vous imaginez bien que cela m’a donné… Lire la suite « Ecrire » de Marguerite Duras

Essai / Document

« Disputez-vous bien » de Nicole Prieur et Bernard Prieur

Ah, les disputes… on pourrait presque se disputer pour savoir s’il faut s’en méfier ou leur trouver des vertus. Il y a d’un côté les allergiques au conflit, et de l’autre côté ceux qui ont besoin d’extérioriser avec vigueur ce qui les tracasse. Faisant partie du premier groupe, je préférerai toujours l’assertivité à la dispute,… Lire la suite « Disputez-vous bien » de Nicole Prieur et Bernard Prieur

Essai / Document

« Antigone reine » de Lolita Pille


Cet essai est d’abord un texte écrit par une érudite, une droguée de littérature, une sensible qui pleure en lisant les meilleures pages des meilleurs romans. Mais cette érudite, cette intello pourrait-on dire (et ce mot dans ma bouche est tout sauf péjoratif) est aussi subversive. Sous couvert de nous parler de Proust et de sa relecture à 30 ans de « A la Recherche du temps perdu », sous couvert de nous parler de Virginia Woolf, des sœurs Brontë et des grands classiques grecs, finalement elle nous parle de sa vie, d’elle-même, et forcément un peu de nous aussi.

J’ai aimé son analyse réfléchie de plusieurs textes et auteurs, à tel point qu’une bibliographie en fin d’ouvrage aurait été la bienvenue.

En revanche je n’ai pas toujours bien compris le fil conducteur entre les chapitres, le point de départ de certaines démonstrations. Est-ce important ? Pas forcément, car cela ne nuit pas à la lecture globale, pourvu qu’on y cherche une discussion à bâtons rompus avec une femme de littérature plutôt qu’une démonstration formelle.

Le Cherche Midi, 400 pages, 23€

Essai / Document

« L’art de ne pas être d’accord » d’Alexis Dresco


Ne pas être d’accord et oser le dire… vaste programme, surtout en milieu professionnel ! Dans ce petit ouvrage de moins de 200 pages, l’auteur (responsable pédagogique d’un organisme de formation) propose de synthétiser un certain nombre de travaux, recherches et théories sur le sujet.

La perception que vous aurez de ce livre dépendra fortement de votre niveau de maturité sur les méthodes évoquées. Si c’est le premier livre que vous lisez sur le sujet, il vous ouvrira la voie vers de nombreuses pistes à explorer et à tester ; ce sera alors une lecture qui en appellera d’autres. Si au contraire vous avez déjà un certain vernis sur ces sujets (ce qui est mon cas), il ne sera alors qu’un rappel. « Système 1, Système », le « DISC » (expliqué d’ailleurs avec un regard assez critique, c’est le cas de le dire), les biais cognitifs, ça vous parle déjà ?

L’auteur visait d’être un « vulgarisateur » (il le dit lui-même) et en cela le livre remplit son cahier des charges, en étant accessible, et en abordant les thèmes essentiels de manière succincte. Quant à vouloir creuser et approfondir les méthodes, quelques lectures ou formations complémentaires s’imposeront rapidement.

Gereso Edition, 169 pages, 20€

Biographie·C'est mercredi, on lit avec les petits !·Essai / Document

« Les grandes vies – Frida Kahlo » d’Isabel Thomas et Marianna Madriz

Il n’y a pas d’âge pour s’intéresser à l’art et aux artistes. Vous connaissez mon admiration et ma passion pour Frida Kahlo, mais force est de constater que son œuvre n’est pas facile d’accès, pour les adultes et a fortiori pour les enfants.

Ce petit livre jeunesse très bien fait permet aux 8-13 ans d’entrer dans la vie de l’artiste à travers un récit simple (mais jamais simpliste), de comprendre son enfance, le poids du Mexique dans sa vie, le rôle de la peinture comme moyen d’expression.

Rien n’est caché de ses souffrances (la polio qu’elle a contractée enfant ; son accident de bus qui l’a laissée handicapée ; ses fausses couches ; la tromperie de Diego avec sa propre sœur). J’ai apprécié que les faits ne soient pas édulcorés (même si évidemment les mots sont choisis et le niveau de détail adapté à l’âge des lecteurs). J’aurais trouvé dommage de ne pas montrer toute la souffrance endurée par cette femme, icône de résilience.

L’autre excellente idée est d’avoir parsemé le texte de citations de Frida elle-même. Quant aux illustrations, elles reprennent les idées principales de ses tableaux – mon seul regret est qu’il ne figure qu’une seule petite photo de l’artiste, dans un médaillon sur la frise chronologique en fin de livre. Nul doute cependant que les jeunes lecteurs auront été suffisamment appâtés par ce livre très bien fait pour avoir envie de découvrir les tableaux originaux de Frida Kahlo.

Gallimard jeunesse, 64 pages, 11,90€

Essai / Document

« Schrödinger à la plage » de Charles Antoine

« La vulgarisation n’est pas vulgaire » m’a-t-on dit un jour, et je rêve toujours d’ouvrages scientifiques qui rendraient accessibles les concepts scientifiques les plus pointus. Je n’ai jamais rien compris à la physique quantique, et comme je déteste ne pas comprendre, j’étais curieuse de voir si ce livre allait m’éclairer (au moins un peu) sur le sujet.

Que le titre sympathique et l’introduction rassurante ne vous induisent pas en erreur, ce livre est loin d’être un ouvrage grand public, et il vous faudra de solides notions de physique et de mathématiques pour aborder cet ouvrage – et quand bien même vous auriez un vernis dans ces matières, il faudra vous accrocher.

De Schrödinger je ne connaissais que son expérience avec le chat, mais qui bizarrement n’est citée et expliquée que dans le dernier quart du livre. J’ai regretté aussi qu’il n’y ait pas plus d’éléments autobiographiques sur le scientifique (un peu plus d’1 page seulement, et assez anecdotique). Ce n’était certes pas l’objectif du livre, mais un peu de contexte ne fait jamais de mal.

On apprend quand même des petites choses, comme par exemple que la représentation (toujours largement enseignée) d’un atome comme une sorte de petit système solaire avec un noyau bien sphérique et et des électrons en orbite autour, est une représentation fausse ! Ou encore, que « l’effet tunnel » dont on entend largement parler en psychologie, n’a pas du tout le même sens en physique quantique…

Bilan de ma lecture : c’était éprouvant ! Et vraiment pas adapté à un public non initié. Je ne regrette néanmoins pas ma lecture, qui, paradoxalement, m’a rassurée : si jusqu’ici je n’avais rien compris à la physique quantique, c’est peut-être simplement parce que le sujet est incroyablement pointu et complexe.

Dunod, 240 pages, 15,90€

Essai / Document

« Les enquêtes de l’Avent », d’Arnaud Cebollada

Je suis souvent assez indulgente dans mes chroniques ; même quand je n’ai pas aimé un livre, je donne mon avis en respectant le travail éditorial ; c’est tellement subjectif, d’aimer un livre ou pas.

Mais là, vraiment, je vais avoir du mal à être positive !

Je me suis laissé tenter (*) cette année par un roman de l’Avent, construit sur le modèle de ceux qui existent pour les enfants : chaque jour une page à lire, et dans le cas ce celui-ci, chaque jour une énigme à résoudre.

Sauf que le premier défi de ce livre est de réussir à passer outre les innombrables fautes d’orthographe ! Dès l’introduction c’est insupportable et les yeux piquent. L’accord du participe passé semble être devenu optionnel. Les verbes sont mal utilisés (« avez » au lieu de « avait », c’est violent, quand même). Sans compter tous les substantifs mal orthographiés.

C’est à se demander si 1 seule personne a relu ce livre avant de l’envoyer à l’imprimeur. Même le correcteur de base du traitement de texte n’a pas dû être sollicité.

Quant aux énigmes, il faut parfois avoir une loupe pour trouver les indices, et certains jours les solutions font référence à des informations qui ne sont même pas dans le texte.

Alors j’ai fini par prendre ça à la rigolade, mais quand même, publier un livre avec un tel manque de soin, c’est se moquer des lecteurs.

(*) : pour les puristes et ceux qui auraient un doute, dans « je me suis laissé tenter », « laissé » ne s’accorde pas, même au féminin.

404 éditions, 224 pages, 14,95€

Essai / Document

« Les quatre points cardinaux » de Jerry Brotton

Avez-vous déjà observé une carte qui n’était pas orientée au Nord ? Ou une carte centrée sur l’Australie ? C’est déstabilisant, n’est-ce pas ? Dans cette « histoire insolite de l’orientation », l’auteur nous invite à nous interroger sur la représentation cartographique du monde. L’introduction, centrée sur la thématique de « l’orientation » est passionnante et se lit comme un récit ! Le… Lire la suite « Les quatre points cardinaux » de Jerry Brotton

Essai / Document

« Kolkhoze » d’Emmanuel Carrère


Il en faut du courage pour écrire un livre comme celui-ci. Pour raconter la vieillesse de ses parents, la fin de vie de sa mère. Pour écrire les événements avec sincérité, tout en sachant que les mots vont blesser. L’auteur n’en est pas à son coup d’essai, et rappelle d’ailleurs à quel point son « Roman russe » avait nui à sa relation avec sa mère – même si lui ressentait un besoin impérieux d’écrire sur les parts d’ombre de sa famille.


J’aime bien le style d’Emmanuel Carrère, sa façon de mêler l’intime et l’actualité mondiale, de partager avec le lecteur comment les événements du monde résonnent dans sa propre vie, sur ses propres choix. J’aime sa lucidité sur ses névroses, la fraîcheur avec laquelle il dit les choses. C’est bien écrit mais c’est simple, sans fioriture.

Ce livre est impossible à résumer, entre anecdotes et récits familiaux, géopolitique, généalogie… Et pourtant, l’ensemble fonctionne bien. Tout ne m’a pas intéressée dans le récit, et j’ai eu les plus grandes difficultés à situer les uns par rapport aux autres tous les membres de sa famille, maternelle, paternelle… Mais j’ai été émue par la tendresse d’un fils envers ses parents, malgré leurs différends, malgré les incompréhensions. C’est cette partie-là du récit qui m’a le plus touchée.

Le livre figure dans la première sélection pour le Goncourt 2025… rendez-vous le 4 novembre pour savoir ce qu’en a pensé la célèbre Académie !

P.O.L, 560 pages, 24€