Roman

« Margarettown » de Gabrielle Zevin

Décidément, pour ce début d’année 2026, j’ai beaucoup de chance dans mes lectures, originales, profondes, justes.

J’avais adoré « Demain, et demain, et demain » de Gabrielle Zevin et j’avais très envie de découvrir ce premier roman de la même auteure. Je me méfie pourtant de premiers romans d’auteurs à succès qui ressortent des placards longtemps après – j’ai souvent été déçue. Ici, au contraire, c’est une nouvelle pépite que je découvre !

Si vous cherchez un livre qui parle de l’amour véritable d’un homme pour une femme ; si vous cherchez un roman – ou plutôt un conte – qui parle de toutes les vies et de toutes les personnalités à l’intérieur d’une femme : c’est ce livre-là qu’il vous faut.

Voyant la mort approcher, N. fait le récit à sa fille de sa rencontre avec sa mère, Margaret, sur un campus universitaire. Il lui parle de leur histoire, et de Margaret en tant que femme complexe, multiple.

Pardonnez-moi de ne pas vous en dire plus, mais détailler serait gâcher. Acceptez de vous laisser porter par ce récit atypique, romantique, angoissant parfois. Je l’ai dévoré en à peine plus d’une journée, car comme « Demain, et demain, et demain » c’est un livre sensible, percutant, et impossible à lâcher.

Fleuve éditions, 256 pages, 20,95€ (service de presse)

Roman

« L’inconnue du portrait » de Camille de Peretti

Les livres, ce sont des rencontres.

Prenez le meilleur livre du monde, s’il n’arrive pas dans votre vie au bon moment, vous pouvez passer complètement à côté de l’histoire, ne pas reconnaître la qualité de l’écriture, vous ennuyer là où d’autres se passionnent.

« L’inconnue du portrait », c’est un livre primé de nombreuses fois, que j’ai souvent croisé en librairie et sur les réseaux, sans jamais m’arrêter vraiment dessus.

Pourtant lorsque j’ai été invitée au vide-bibliothèque de Babelio, je l’ai tout de suite repéré, et parmi des centaines et des centaines d’autres livres disponibles, c’est celui-ci que j’ai choisi.

Il y est question d’art, bien sûr, le tableau de Gustav Klimt « Portrait d’une dame » étant un fil rouge du roman dont on voit un détail sur le bandeau du livre. Mais ce roman est surtout l’incroyable histoire d’Isidore, gamin des rues de Manhattan, qui par un coup de poker à l’aube du Jeudi noir qui plomba Wall Street en octobre 1929, se retrouve propulsé dans un monde dont il n’a pas les codes mais qu’il va savoir séduire avec talent. C’est aussi l’histoire de plusieurs femmes, malmenées par les hommes et la vie, personnages ambivalents qui ressemblent étrangement au portrait fait par Klimt – il faudra tout le roman pour en saisir toutes les ramifications.

De l’art, des histoires de famille, des réussites improbables et des cicatrices profondes qui se transmettent de génération en génération : je n’aurais pas pu demander mieux. Après mon premier coup de cœur de l’année pour « La maison vide », je me sens très chanceuse dans mes premières lectures de 2026.

Calmann-Levy, 350 pages, 21,50€

Roman

« La maison vide » de Laurent Mauvignier

Coup de cœur pour ce roman, prix Goncourt 2025 !

L’auteur, désolé de ne pas mieux connaître l’histoire de sa famille, a décidé de l’inventer. En s’appuyant sur quelques dates (naissances, mariages), de quelques rumeurs familiales dont il a été le dépositaire tardivement, il retrace la vie romancée de sa famille sur plusieurs générations.

Firmin le patriarche est un homme d’un autre temps, régnant en propriétaire terrien sur tout son village. Marie-Ernestine, sa fille, est son rayon de soleil, au milieu de deux frères que le père a reniés. Artiste dans l’âme, elle découvre avec passion le piano, et s’entiche sans l’exprimer de son professeur. Mais Firmin, en bon gestionnaire qu’il a toujours été, a prévu un autre mariage pour sa fille.

De cette génération gâchée, bridée dans ses projets de vie, va découler une sorte de destin familial, des racines profondes qui transmettent drames et non-dits aux enfants et petits-enfants.

C’est formidablement juste dans l’écriture ; les sentiments sont décrits avec un sens du détail qui démontre une incroyable empathie et une connaissance fine de l’âme humaine.

Si vous aimez les romans de Pierre Lemaitre, vous trouverez sans doute des points communs dans la capacité à décrire des personnages, à en faire des compagnons de vos heures de lecture. J’ai aimé les retrouver, ces personnages réels mais romancés, j’ai suivi leurs rêves et leurs désillusions ; et qu’importe si la fiction a dépassé la réalité, le résultat est une réussite.

Les éditions de Minuit, 752 pages, 25€

Roman

Bilan 2025

« Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé » écrivait Montesquieu.

Je n’avais jamais lu autant de livres en une année… 2 par semaine. Cela n’était pas un défi en soi de lire « pour le nombre », même si je reconnais qu’en voyant approcher le seuil des 100, cela a fini par devenir un challenge amusant.

Avec autant de titres lus, difficile de faire une sélection de ceux qui m’ont le plus marquée. Je retiens « Frida par Frida », pour la capacité de résilience ; le « Gaslighting » si bien analysé par Hélène Frappat ; un bouquin sérieux de l’AFNOR, pour la blague ; « Toujours le Nord », pour la sensibilité ; Pierre Lemaitre, forcément, incontournable ; « Retrouver la douceur » et toute la poésie de Cécile Coulon ; mes livres en anglais, ma fierté ; « Le Chardonneret », pour toutes les raisons possibles ; « Qui a tué Harry Kennedy », pour le ludique ; « Le Jugement de Salomon », pour le jeu encore ; Hannah Swensen, les 3 Dahlia, la tante Dimity et l’Espionne royale… mes compagnons sur les chemins caillouteux du quotidien ; et mon décembre de lectures avec « Noël » ou « Christmas » dans le titre, parce que je lis aussi pour m’amuser.

Merci aux maisons d’édition qui me font confiance tout en respectant l’indépendance de mes avis, et qui m’ouvrent des portes que je n’aurais pas osé pousser.

Je retiens aussi de cette année le Salon du livre de Paris, Quais du Polar à Lyon, les tea time et les vide-bibliothèques. J’ai une pensée pour tous ceux qui aiment lire et avec qui il ne faut que quelques minutes pour briser la glace, pourvu qu’on ait un livre dans la main ; et une autre pensée pour ceux qui lisent, likent, commentent, partagent, jouent… vous êtes les guerriers du livre.

Merci à celles et ceux qui ont lu mes chroniques pour la première fois cette année ; bienvenue dans mon monde.

The show must go on.

Essai / Document

« Les enquêtes de l’Avent », d’Arnaud Cebollada

Je suis souvent assez indulgente dans mes chroniques ; même quand je n’ai pas aimé un livre, je donne mon avis en respectant le travail éditorial ; c’est tellement subjectif, d’aimer un livre ou pas.

Mais là, vraiment, je vais avoir du mal à être positive !

Je me suis laissé tenter (*) cette année par un roman de l’Avent, construit sur le modèle de ceux qui existent pour les enfants : chaque jour une page à lire, et dans le cas ce celui-ci, chaque jour une énigme à résoudre.

Sauf que le premier défi de ce livre est de réussir à passer outre les innombrables fautes d’orthographe ! Dès l’introduction c’est insupportable et les yeux piquent. L’accord du participe passé semble être devenu optionnel. Les verbes sont mal utilisés (« avez » au lieu de « avait », c’est violent, quand même). Sans compter tous les substantifs mal orthographiés.

C’est à se demander si 1 seule personne a relu ce livre avant de l’envoyer à l’imprimeur. Même le correcteur de base du traitement de texte n’a pas dû être sollicité.

Quant aux énigmes, il faut parfois avoir une loupe pour trouver les indices, et certains jours les solutions font référence à des informations qui ne sont même pas dans le texte.

Alors j’ai fini par prendre ça à la rigolade, mais quand même, publier un livre avec un tel manque de soin, c’est se moquer des lecteurs.

(*) : pour les puristes et ceux qui auraient un doute, dans « je me suis laissé tenter », « laissé » ne s’accorde pas, même au féminin.

404 éditions, 224 pages, 14,95€

En anglais·Roman

« The Christmas tree farm » de Laurie Gilmore

Ce roman m’attendait depuis longtemps, acheté à Londres pour continuer à lire en anglais, et toujours sans prétention en choisissant des livres accessibles. Après la série pour ado « American Royals », j’avais opté pour une romance – comme c’est un genre que je lis très peu, j’avais choisi une romance de Noël, qui entre parfaitement dans mes critères de lire cette année en décembre uniquement des titres avec « Noël » ou « Christmas ».

Je n’avais pas vu qu’il s’agissait du tome 3 d’une série (celle qui commence par le « Pumpkin spice café », livre que j’ai souvent vu mais que je n’ai jamais eu envie de lire). Heureusement ce tome est complètement indépendant, il se situe juste dans la même ville – et la propriétaire du Pumpkin spice café est la sœur de l’un des deux protagonistes, Bennett.

La deuxième protagoniste, c’est Kira. Après le départ de sa sœur jumelle, elle a décidé de s’émanciper en achetant une plantation d’arbres de Noël à l’autre bout du pays. Mais le premier Noël est compliqué, et bien loin des images de rêve véhiculées par les réseaux sociaux. Jusqu’à ce que Bennett entre dans sa vie.

Pas du surprise dans ce roman, on est dans une classique romance où le preux chevalier moderne vole au secours de la jeune femme qui grelotte dans sa vieille maison. Attention quand même à ne pas mettre ce livre entre toutes les mains car il y a plusieurs passages très explicites.

Un petit mot pour finir sur la couverture, que je trouvais déjà très jolie dans la version anglaise (avec les dorures brillantes) et qui, pour une fois, est encore plus belle dans la version française (même couverture, mais avec en plus un jaspage de Noël très réussi).

One more chapter, 342 pages, 9,99£

Cosy mystery·Policier

« Les quatre petits meurtres de Noël » d’Alexandra Benedict

Edie est une vieille dame insupportable. Verbicruciste (comme Judith Potts dans « Les dames de Marlow » !), passionnée de puzzle, elle n’a pas la langue dans sa poche.

Un jour elle reçoit un courrier anonyme, contenant des pièces de puzzle et lui annonçant que plusieurs meurtres auront lieu d’ici Noël si elle ne résout pas une énigme dans les temps. Son fils adoptif, Sean, lui-même policier, semble être ciblé par le corbeau.

J’ai aimé le personnage de la vieille dame ronchon mais à l’esprit affûté ; elle est pleine de défauts, elle est égoïste, misanthrope… tout ce qu’on aime détester dans les romans. L’enquête progresse comme un roman : Edie reçoit régulièrement de nouvelles pièces, et de nouveaux indices à assembler. Quel est donc le lien entre les différents personnages menacés de mort ?

Si le roman progresse à un rythme correct, la fin semble quelque peu sortie de nulle part, avec des révélations que le lecteur n’aurait pas pu deviner. J’ai donc eu l’impression qu’on ne m’avait pas donné les bonnes pièces pour reconstituer l’image sur la boîte du puzzle.

Pocket, 432 pages, 9,90€

Policier·Roman

« Meurtres sur le Christmas Express » d’Alexandra Benedict

Une couverture de livre enneigée. Un titre qui fait référence à un train. Et on suppose qu’un drame va se produire dans ce train. Vous avez la référence ?

Pourtant il ne s’agit pas du « Crime de l’Orient-Express » d’Agatha Christie, même si tous les amateurs de romans policiers auront la version originale en tête. En bonne fan de cette auteure, cela plaçait la barre assez haut à mes yeux pour cette lecture. Il y a beaucoup de références et de clins d’oeil à l’original, mais le roman m’a globalement déçue. Trop de personnages, trop de longueurs avant que l’histoire ne démarre vraiment.

L’enquêtrice, qui se trouve dans le train pour raisons personnelles, est inspectrice de police. Le huis-clos est imposé par le voyage en train lui-même, et tous les personnages semblent avoir quelque chose à cacher (des étudiants, une influenceuse, son manager, une famille,…). La base était solide mais je me suis ennuyée pendant les deux premiers tiers du roman. J’ai quand même terminé la lecture (je voulais avoir la résolution de l’enquête), et au moins la fin n’est pas décevante.

Je referme ce livre avec une impression plus que mitigée. J’avais beaucoup aimé « Petits meurtres à Endgame » de la même auteure, et un autre de ses livres m’attend déjà (« Les quatre petits meurtres de Noël ») ; espérons donc que cette lecture n’était qu’une erreur de parcours !

Pocket, 416 pages, 9,30€

Cosy mystery·Policier·Roman

« Iris et le meurtre de Noël » de M.B. Shaw

Coup de cœur !

Cette année j’ai choisi de consacrer décembre à des romans comportant les mots « Noël » ou « Christmas » dans le titre, et ce livre a donc tout naturellement trouvé sa place parmi mes lectures du mois. Avez-vous remarqué que cette année, à côté des traditionnelles romances de Noël, ce sont les enquêtes de Noël qui sont de plus en plus mises en avant ?

« Iris et le meurtre de Noël » est un parfait cosy mystery, et dans cette catégorie dont je suis friande, il tire largement son épingle du jeu. Il y a tout ce que j’aime dans ce roman ! Une enquête, une détective amateur (Iris, donc), de l’art (elle est peintre portraitiste), une grande demeure familiale, et cette ambiance hivernale des fêtes de fin d’année.

Iris est invitée à passer plusieurs semaines au Moulin, la demeure du célèbre auteur Dom Wetherby. Elle doit y réaliser son portrait, et elle s’installe avec plaisir dans un petit cottage à proximité. Bien que de tempérament discret, elle se lie peu à peu avec la famille de l’auteur : avec sa femme, Ariadne, maîtresse de maison irréprochable, et aussi avec les enfants du couple, Marcus l’avocat fils chéri de la famille, Billy le rebelle, Lorcan le fragile.

Lorsqu’un drame survient au Moulin, Iris se retrouve un peu malgré elle à enquêter.

J’ai aimé l’histoire, bien construite, autour d’une enquête où rien n’est caché au lecteur (je déteste quand les révélations sortent du chapeau – ici j’avais les mêmes informations qu’Iris et pouvais progresser dans l’enquête en même temps qu’elle). Le lieu, l’ambiance artistique, la période de l’année, ont aussi rendu la lecture très « cosy » et complètement de saison. Le texte est bien écrit (et/ou bien traduit), et sous la jolie couverture brillante se cache donc un roman très réussi. Et la bonne nouvelle est qu’il existe un deuxième tome des aventures d’Iris, que j’ai hâte de voir traduit en français (sinon il faudra que je me résigne à le lire en anglais, effort que je serai prête à faire pour cette série !).

Vous l’avez compris, si vous ne devez lire qu’un seul livre en décembre, c’est celui-ci.

Le Cherche Midi, 528 pages, 22,50€ (service de presse)

Roman

« Un Noël à Caméline » d’Aurélie Haderlé

Si vous aimez les traditions provençales de Noël, ce roman est fait pour vous !

A quelques semaines de Noël, Naïs est débordée : entre sa propriété à entretenir, sa petite entreprise, les malheurs de ses amis, et l’organisation du marché de Noël, elle n’a guère le temps de penser à elle. S’occuper ainsi l’esprit, c’est aussi un moyen de ne pas penser à Gabriel, son amour de jeunesse, dont elle n’a pas de nouvelles depuis cinq ans…jusqu’au jour où il revient au village…

Porté par le personnage de Naïs, une femme qui s’est reconstruite après plusieurs drames, ce roman immerge le lecteur dans une petite communauté d’amis et de voisins. Chacun a ses problèmes (divorce, maladie, parcours professionnel…) mais ensemble ils avancent. Malgré les coups durs, ce roman plein de bons sentiments met du baume au coeur et montre que les voies de la reconstruction sont multiples.

Ce roman fait suite à « Un été à Caméline », mais nul besoin d’avoir lu le précédent tome pour se plonger dans celui-ci.

Allumez vos bougies, sortez le plaid, mettez l’eau du thé à chauffer : vous êtes prêts pour ce roman.

Presses de la cité, 320 pages, 19€ (service de presse)