J’ai eu le plaisir de partager cette lecture lors d’une « reading party » place de la Concorde à Paris il y a quelques jours, et j’espère que mon pitch aura donné envie à quelques autres lecteurs de découvrir ce roman !
Une femme entre dans une enseigne de pompes funèbres pour préparer l’organisation de son enterrement. Le soir même, elle est retrouvée morte, assassinée. Etrange coïncidence, n’est-ce pas ?
Hawthorne, un ancien policier devenir consultant, est chargé de mener une enquête parallèle à l’enquête officielle. Mais cette fois-ci, il ne la mènera pas seul : il a convaincu un auteur de le suivre pour en faire un roman.
Le lecteur est donc aux premières loges pour suivre l’avancée de l’enquête, qui est très efficace. La quatrième de couverture m’avait laissé penser que le roman serait peut-être atypique, en rupture avec la forme des romans policiers habituels ; en réalité, la structure est assez classique pour le genre, mais fonctionne quand même très bien. Il y a pas mal de fausses pistes, et je n’avais pas vu arriver trop tôt le dénouement – c’est l’essentiel !
J’ai toujours besoin d’avoir dans ma boîte de livres une lecture complètement « doudou », une lecture qui me serve de pause entre deux, qui me berce doucement quand j’en ai besoin, et la série des « Tante Dimity » coche toutes les cases. Présentée par l’éditeur comme étant « plus cosy que mystery », c’est vraiment une lecture d’ambiance.
Depuis que Lori s’est installée dans un petit village des Cotswolds avec son mari, les choses ont bien changé : il faut dire que la naissance de leurs jumeaux a quelque peu ébranlé le quotidien de Lori, qui est épuisée.
L’arrivée miraculeuse de Francesca, une nounou, redonne de l’oxygène au quotidien de Lori… qui peut donc se consacrer à une nouvelle « enquête ». Si je mets des guillemets, c’est que l’enquête en question n’a pas pour point de départ un meurtre sauvage dans la campagne anglaise, mais la disparition d’un document qui pourrait compromettre les conclusions de fouilles archéologiques en cours dans le village. Donc, non, on n’est pas sur le mystère du siècle, et ce n’est pas le suspense qui vous donnera envie de dévorer le chapitre suivant, mais tout simplement le plaisir de suivre les personnages dans leur quotidien (gentiment) bousculé.
Et Dimity dans tout ça ? Dimity, c’est le sympathique fantôme qui prodigue à Lori quelques conseils ; elle est assez peu présente au final, bien que donnant son nom à la série – donc ne vous arrêtez pas à ça pour renoncer à cette lecture, j’avais moi même quelques hésitations à lire un roman de fantômes, mais que j’ai vite balayées.
Quant aux illustrations des couvertures de cette série, elles suffiraient presque à elles-seules à me convaincre de continuer à intégrer les prochains tomes dans ma bibliothèque.
J’aime aller à la découverte de petits livres qui sont a priori loin de mes lectures habituelles, petits plaisirs de lectrice curieuse d’explorer de nouveaux horizons.
« La mauvaise herbe » est un recueil de 23 textes que l’on pourrait qualifier de poèmes en prose. L’auteur y retrace en 3 ou 4 pages un rêve (étrange), une anecdote, un conte, une pensée sur l’espoir ou la mort. Difficile d’y trouver un fil rouge (sur le fond ou la forme) mais c’est agréable de piocher des textes qui, dans un même livre, peuvent vous transporter dans autant de situations différentes.
L’introduction du livre, qui a pour objectif de situer l’auteur à travers des enjeux historiques et politiques de la Chine du début XXème siècle, est en revanche plus difficile à appréhender pour qui n’est pas familier de ces sujets.
Petite coquetterie que j’ai appréciée dans l’introduction, c’est l’utilisation d’une taille de polices de caractères différentes pour les pensées principales (en grande police) et les idées secondaires (en plus petite police). C’est un formalisme inspiré des éditions chinoises, et qu’il m’a semblé très judicieux de reprendre dans cette introduction pointue, pour en souligner les messages clés.
Les Belles lettres, 144 pages, 13,90€ (service de presse)
Quand on est fan de Tintin, que l’on a lu, relu, re-re-lu, enfant, ado, adulte, ses aventures, trouver une nouvelle BD autour de l’univers de Tintin met toujours des étincelles dans les yeux.
Cette BD, premier tome des « Aventures d’Hergé », est une réédition d’une BD sortie en 2017, que j’ai découverte dans une librairie BD / Pop. J’ai depuis (trop) longtemps dans ma « pile à lire » la biographie d’Hergé écrite par Pierre Assouline, sans m’être jamais décidée à lire ce gros pavé de plus de 800 pages – avouez qu’une BD paraît beaucoup plus abordable ! Les passionnés de Tintin y retrouveront plein de références (soit des explications biographiques qui donnent du sens à certains choix, certains personnages ; soit des clins d’œil que seuls « les vrais fans » reconnaîtront).
Il y a quelques éléments de la vie d’Hergé que j’avais en tête, mais j’ai aussi beaucoup appris (notamment sur les femmes de sa vie). Quelques passages sont un peu trop rapides et ne permettent pas de bien saisir les subtilités d’une vie. Petite astuce que j’aurais aimé connaître au moment de ma lecture : il y a un guide des personnages en fin de livre ! N’hésitez pas à vous y référer, il est utile pour expliciter ce qui ne l’est pas toujours dans les relations d’Hergé avec ses collègues ou ses compagnes.
Le dessin est évidemment de l’école de la « ligne claire » et avec une colorisation qui rappelle les albums de Tintin – autant dire que cette BD ne détonnera pas à côté de vos « Tintin ».
Connaissez-vous Berthe Morisot ? Elle est l’une des rares femmes peintres impressionnistes (à leur première exposition en 1874 dans les Salons Nadar, elle était seule à côté de 29 hommes), belle-sœur d’Edouard Manet qui en aurait bien fait sa maîtresse – mais elle lui a préféré son frère, moins compliqué à vivre, plus stable.
Au moins connaissez-vous, peut-être sans le savoir, plusieurs tableaux d’elle peints par Manet, dont le sublime « Berthe Morisot au bouquet de violettes », dont un détail fait la couverture de ce livre, et que vous pouvez en général voir au Musée d’Orsay (mais en ce moment il est en prêt aux Etats-Unis). J’adore ce tableau, j’aime ce que cette femme dégage de féminité, d’élégance et de profondeur sur cette représentation.
Mais revenons au livre. Le texte est très court, constitué majoritairement de dialogues, et s’inscrit dans une trilogie (de livres indépendants), les deux autres tomes étant consacrés à Cézanne et Van Gogh. Comme son titre l’indique, il n’a pas vocation à raconter la vie complète de Berthe Morisot, mais de l’approcher à travers un très court laps de temps. On ne la découvre pas dans son quotidien de parisienne aisée, mais lors d’un séjour à la campagne, accompagnée de son mari. Et ces trois jours / trois nuits suffisent pourtant au lecteur à se forger une idée du personnage, de sa liberté profonde sous une apparente bienséance, de son âme d’artiste et de ses désirs de femme.
Certains cadeaux sont des petits rayons de soleil – et ce livre l’a été un pour moi (un cadeau et un soleil) au-delà de l’histoire qui est pleine de bons sentiments.
Ambre exerce dans un collège un métier qu’elle adore ; pourtant Ambre est en dépression. Plus le courage de se lever, plus l’envie de parler à ses amies, à ses sœurs. Elle en a conscience : elle est en train de couler. Alors son amie Manue décide de prendre la situation en main, et l’expédie en Sicile pour qu’elle se change les idées.
Si le thème de la dépression pourrait faire peur quant à l’ambiance du roman, la couverture très colorée doit vous rassurer : ici le positif finit toujours par l’emporter (et je ne divulgue rien, on le comprend dès les premières pages). Il y a bien quelques grosses ficelles, quelques passages un peu trop beaux pour être vrais, mais peu importe : ça fait du bien parfois de lire une plume enjouée et une histoire optimiste.
D’Annie Ernaux, je ne me souvenais que d’avoir lu « L’événement ». J’avais à peine plus de vingt ans, et ce livre a été une claque d’une incroyable violence. Je reparlerai de ce livre plus en détail une autre fois – il m’avait tellement bouleversée que je n’ai jamais osé le relire, mais j’y arriverai peut-être grâce à cette édition.
J’aime beaucoup la collection Quarto des Éditions Gallimard, qui permet d’accéder à l’essentiel de l’œuvre d’un écrivain dans un format compact à petit prix. Pour la Prix Nobel de littérature 2022, ce recueil a été intitulé (par elle-même ) « Écrire la vie » ; « Écrire la vie. Non pas ma vie, ni sa vie, ni même une vie. La vie, avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve de façon individuelle : le corps, l’éducation, l’appartenance et la condition sexuelles, la trajectoire sociale, l’existence des autres, la maladie, le deuil. »
Le recueil s’ouvre par « Les armoires vides », court roman écrit en 1974. Roman d’inspiration autobiographique, il raconte l’enfance et l’adolescence de Denise Lesur, fille de commerçants, douée pour les études, mais engluée dans un milieu populaire d’où elle peine à s’extraire – jusqu’à en venir à détester profondément ses parents et tout ce qu’ils représentent. Elle raconte cette prise de conscience progressive, avec quelques années de recul – alors qu’elle vient de se faire poser une sonde pour avorter.
L’écriture est si forte, si rude, si juste. J’avais envie de mettre ma main sur l’épaule de cette jeune fille d’une autre époque, et de lui dire qu’on n’est pas une « salope » (c’est le terme qu’elle utilise elle-même) quand on a quinze ans et envie de croquer la vie et d’embrasser un garçon.
J’ai été profondément touchée par le texte, par la vivacité de l’écriture, et par cette jeune femme qui, sur la table d’une faiseuse d’anges, regrette qu’il n’y ait aucun livre écrit par une femme sur ce que son corps va vivre – juste d’odieux manuels écrits par des hommes pour culpabiliser les femmes.
C’est ça, de la belle littérature, des textes qui traversent les décennies et sont encore capables de bouleverser des lecteurs. J’ai hâte de lire les textes suivants.
Quant au titre, ultime clin d’œil, il est extrait d’un poème de Paul Eluard.
Pour avoir fait partie pendant plusieurs années d’un groupe de lecteurs, je comprends tout à fait le plaisir que peuvent avoir les membres du « Club des amateurs de romans policiers » à partir ensemble en vacances, et à passer une bonne partie de leur temps libre à comparer leurs avis sur tel ou tel livre (et sur ceux d’Agatha Christie en particulier, car elle reste le fil rouge de cette série).
Ce Club a malheureusement la particularité d’être aussi un club d’enquêteurs amateurs – je dis « malheureusement » pour eux, parce que pour nous lecteurs, c’est au contraire un bonheur de les suivre dans leurs enquêtes. Oui, j’adore cette série de cosy mysteries, qui compte parmi mes préférées (et j’en ai lu beaucoup!). Il faut dire qu’elle coche toutes les cases : une enquête dans la pure veine du whodunit, des personnages variés et attachants (chacun pourra trouver son chouchou), des références littéraires (et à Agatha en particulier, je le redis car c’est un vrai plus, bien utilisé).
Dans ce tome, le groupe part en train à travers l’Australie, une occasion de se retrouver pour enterrer la vie de jeune fille d’Alicia, la fondatrice du Club. Mais un matin à l’aube, Alicia pense voir un corps tomber du train. Sauf que personne ne la croit. Un riche fermier, patriarche d’une famille qui le craint, manque certes à l’appel, mais le personnel jure l’avoir vu descendre du train de son plein gré. Alors que s’est-il passé ? Alicia a-t-elle simplement rêvé ? La bonne idée dans ce roman est de laisser le lecteur douter jusqu’à la fin. Les pistes se succèdent, le groupe de lecteurs joue les enquêteurs avec talent. Encore un très bon tome.
Le Cherche Midi, 384 pages, 15,90€ (service de presse)
Cet essai est d’abord un texte écrit par une érudite, une droguée de littérature, une sensible qui pleure en lisant les meilleures pages des meilleurs romans. Mais cette érudite, cette intello pourrait-on dire (et ce mot dans ma bouche est tout sauf péjoratif) est aussi subversive. Sous couvert de nous parler de Proust et de sa relecture à 30 ans de « A la Recherche du temps perdu », sous couvert de nous parler de Virginia Woolf, des sœurs Brontë et des grands classiques grecs, finalement elle nous parle de sa vie, d’elle-même, et forcément un peu de nous aussi.
J’ai aimé son analyse réfléchie de plusieurs textes et auteurs, à tel point qu’une bibliographie en fin d’ouvrage aurait été la bienvenue.
En revanche je n’ai pas toujours bien compris le fil conducteur entre les chapitres, le point de départ de certaines démonstrations. Est-ce important ? Pas forcément, car cela ne nuit pas à la lecture globale, pourvu qu’on y cherche une discussion à bâtons rompus avec une femme de littérature plutôt qu’une démonstration formelle.
C’est d’abord le style très « art nouveau » du dessin qui a attiré mon regard. L’histoire n’était pas détaillée sur la quatrième de couverture, je me suis donc laissée porter au fil des vignettes.
Dans les années 1920, dans un cabaret parisien, « Le Jardin ». Un groupe de femmes, de « fleurs » (elles se surnomment Hyacinthe, Marguerite, Tournesol…) dansent chaque soir. Au milieu d’elles, un jeune bourgeon, surnommé Rose, fils de l’une d’elles, s’apprête à faire son entrée sur scène. Le succès est immédiat, et l’émancipation commence pour lui.
Cette BD toute en douceur est une plongée pleine de tendresse dans un microcosme très féminin. Au milieu de ce gynécée, Rose est un personnage androgyne, sensuel, à la fois fort et délicat. J’ai plutôt aimé cette BD même si j’ai trouvé quelques longueurs vers les 2/3 de l’histoire, jusqu’à ce que la dernière partie redonne un peu d’élan. Je suis surtout restée un peu sceptique face à la bienveillance parfaite et totale dont jouit Rose, alors qu’on aurait pu imaginer son personnage, si ambivalent, être davantage sujet aux controverses.
En fin de livre, ne passez pas à côté des « Coulisses du Jardin », extraits de carnets de recherches et de storyboards, qui sont toujours intéressants à découvrir pour décrypter le travail d’un dessinateur de BD.