
Jusqu’en 1967, la « One Drop Rule », ou « Règle de la goutte unique », signifiait que toute personne ayant une « trace visuellement perceptible d’ascendance africaine » était « considérée comme noire », explique David Albert Hollinger, spécialiste de l’histoire ethno-raciale des Etats-Unis.
C’est dans ce contexte que Belle Greene convainc sa mère et ses frères et sœurs de renier leurs origines et de se déclarer blancs. Ils ont la peau claire, le mensonge peut passer – et ouvrir à Belle les portes d’une société jusque là inaccessible, ainsi que la réussite professionnelle et la reconnaissance.
Le personnage de Belle apparaît au début joyeux et léger ; mais plus l’histoire avance, plus on mesure les sacrifices qu’elle doit faire pour mener sa vie comme elle l’entend. D’abord simple réceptionniste dans une bibliothèque, sa vivacité d’esprit est vite repérée, et des postes plus intéressants lui sont proposés – jusqu’au graal, devenir la bibliothécaire du richissime JP Morgan. La relation entre l’homme d’âge mûr et la jeune femme ambitieuse restera platonique (semble-t-il), mais Belle vivra d’autres histoires passionnées.
J’ai aimé le dessin, les couleurs, et l’ensemble de cette BD qui retrace le parcours d’émancipation d’une femme intelligente et débrouillarde, et qui nous fait sentir un peu moins bête et un peu plus sensible au monde.

Le Lombard, 152 pages, 22,95€