BD

« Du côté de chez Swann » de Marcel Proust, adaptation BD de Stéphane Heuet

Du côté de chez SwannLire Proust… Beaucoup s’y sont aventurés, nombreux sont ceux qui y ont renoncé. Je me souviens avoir lu un tome de la « Recherche » il y a bien longtemps – j’avoue ne plus me souvenir duquel il s’agissait. C’est une lecture que j’appréhendais, et à juste titre puisque je n’ai pas poursuivi au-delà de ce premier essai.

Alors quand j’ai découvert qu’un scénariste et illustrateur s’était attaqué au « monstre » de la littérature française en bande dessinée, je me suis dit que c’était peut-être l’occasion de me réconcilier avec cette œuvre et, enfin, de comprendre de quoi elle parle !

C’était quitte ou double. Et finalement cette lecture s’est avérée une très agréable surprise ! J’avais opté pour le premier tome de l’intégrale, regroupant trois textes (« Combray », « Un amour de Swann », « Nom de pays »). Le premier permet de se plonger dans l’univers de Proust enfant ; on y retrouve des personnages connus (même quand on connaît mal l’œuvre), comme la tante Léonie, et bien sûr l’épisode de la madeleine… Mais la partie que j’ai préférée est l’adaptation d’ « Un amour de Swann », que j’ai dévorée, et qui relate les mésaventures amoureuses de Monsieur Swann, entiché d’une « cocotte » pour qui il serait prêt à tout – y compris à faire bonne figure dans une petite société d’entre-soi bourgeois qui finira par le rejeter.

La grande réussite de cette adaptation en BD est d’avoir conservé une partie du texte original, ce qui permet de ne pas trop édulcorer l’œuvre et d’en faire découvrir l’essence même à des néophytes comme moi. Quant aux illustrations, elles sont tout simplement très réussies, à la fois colorées (je n’aime pas les BD trop sombres) et renvoyant une certaine douceur qui s’accorde très bien avec le thème des souvenirs. Elles rendent aussi certains passages plus digestes – je continue à penser que certaines phrases du texte original sont d’une grammaire douteuse, en tout cas à plusieurs reprises j’ai dû en relire certaines pour les comprendre…

J’ai découvert cette BD parce qu’un autre tome a reçu un prix France Télévisions cet été. Et quand je suis allée sur le site de l’éditeur (Delcourt) j’ai découvert que le premier tome de la série date de… 1998. Autant dire que cette adaptation ressemble (aussi) à l’œuvre d’une vie !

S 3-3Delcourt, 240 pages, 39,95€

Policier

« Son espionne royale et le collier de la reine » de Rhys Bowen

son espionne t5 collierAlors que le tome précédent avait fait voyager Lady Georgiana vers la froide Transylvanie, cette fois-ci la jeune femme, membre de la famille royale, quitte Londres pour le soleil de la Côte d’Azur. Dans le Train bleu qui la mène à Nice, elle fait la connaissance de Coco Chanel qui, séduite par cette jeune anglaise, décide d’en faire l’égérie de son prochain défilé de mode. Un comble pour Georgie qui n’a pas un penny pour s’acheter une nouvelle robe !

Mais derrière les paillettes, Georgie ne doit pas oublier la raison de sa présence à Nice : elle a promis à la Reine d’Angleterre de retrouver une tabatière qui a été volée à celle-ci. La Reine soupçonne Sir Toby Tripoter. Or justement, le « hasard » fait que Georgie est logée dans la maison voisine de celle de Sir Toby.

Décidément, j’aime de plus en plus cette série littéraire, où les traditions anglaises côtoient un souffle de modernité. Georgie évolue de tome en tome, elle « grandit », sort davantage, envisage enfin une vie amoureuse, est sur le chemin de la réconciliation avec sa mère, et prête à prendre sa vie en main. Et puis, un peu de soleil en ce moment, cela fait du bien pour le moral ! L’enquête est assez anecdotique, c’est surtout un prétexte pour mettre Georgie dans des situations variées et proposer quelques rebondissements. J’ai hâte de découvrir le prochain !

S 3-3Robert Laffont, 360 pages, 14,90€

Policier

« Son espionne royale et la fiancée de Transylvanie » de Rhys Bowen

son espionne t4 transylvanieQuittons pour une fois l’Angleterre où vit Laday Georgiana. En effet, la reine l’a chargée de représenter la famille royale au mariage de la princesse de Roumanie, avec laquelle Georgiana est allée à l’école.

Voilà donc la timide mais non moins débrouillarde Georgiana en route vers la Transylvanie, et plus particulièrement dans le château de Bran. Pour l’accompagner, elle a été obligée d’engager une bonne et, faute de moyens et d’arguments, a dû se résoudre à embaucher Queenie, une jeune femme maladroite, impolie, et qui ne connaît rien aux usages de la cour. Ce nouveau personnage est aussi amusant qu’affligeant, et l’on sent très vite qu’en faire un personnage récurrent de la série sera l’occasion de raconter bien des maladresses !

Sur place, rien ne se passe comme prévu, et l’organisation du mariage s’annonce moins glamour qu’on aurait pu l’imaginer. L’ambiance de ce tome est assez différente des précédents, car Georgiana se trouve à l’étranger, et surtout dans un château à l’atmosphère glaçante, où des vampires semblent avoir élu domicile. Les personnages sont plus sombres, heureusement il y a beaucoup d’humour et Georgiana est de plus en plus attachante. Quant à son histoire avec Darcy, elle avance doucement – mais sûrement.

S 3-3Robert Laffont, 360 pages, 14,90€

Policier

« Son espionne royale et la partie de chasse » de Rhys Bowen

espionne t3Je gardais un souvenir mitigé de la lecture des deux premiers tomes de la série « Son espionne royale… » mais j’ai persévéré ! Il se trouve que je regarde en ce moment la série « The Crown » sur la reine Elisabeth II et, ô hasard, elle apparaît justement dans ce troisième tome – elle n’est encore qu’une petite fille, son père n’est que le second fils du couple régnant, et rien ne la prédispose donc directement à devenir la future reine d’Angleterre. Bref, cela m’a amusée de retrouver des personnages (le Prince de Galles et sa maîtresse Wallis Simpson notamment) que je venais de voir dans la série.

Revenons à l’histoire. Georgie, alias Lady Georgiana de Rannoch, née de sang royale mais très loin dans l’ordre de succession au trône, est toujours en quête d’idées pour gagner de l’argent – la noblesse n’étant pas toujours synonyme de richesse. Inspirée par une anecdote racontée par son amie Belinda, elle décide de proposer ses services comme dame de compagnie pour des hommes séjournant seul à Londres. La chaste Georgie est loin d’imaginer que sa démarche va être mal interprétée !

L’histoire aurait pu mal tourner, et pour éviter que le scandale ne s’ébruite, Georgie accepte de rendre un service à la police et de partir au Château de Rannoch ; près de Balmoral, elle pourra ainsi surveiller la famille royale, qui semble être l’objet d’une menace. En effet, le frère de Georgie a été grièvement blessé sur un piège, et d’autres membres de la famille royale sont victimes d’étranges « accidents ».

Comme dans les précédents tomes, je me suis un peu perdue dans les multiples cousins à divers degrés, mais j’ai retrouvé avec plaisir Belinda l’effrontée ou encore Darcy – même si j’espère que l’auteure fera progresser un peu plus rapidement l’inévitable histoire d’amour entre Darcy et Georgie.

S 3-3Robert Laffont, 360 pages, 14,90€

Roman

« Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens

écrevissesUne fois n’est pas coutume, avant de vous parler de l’histoire, j’ai envie de vous parler de la comédienne qui prête sa voix à la lecture de ce roman, à savoir Marie du Bled. Pour les textes écrits en français, vous le savez, j’ai un plaisir particulier à écouter les auteurs lire eux-mêmes leurs écrits. Ici l’auteure étant américaine, c’est une comédienne française qui prête sa voix – et quelle voix ! J’ai écouté beaucoup de livres audio et rarement j’ai trouvé une voix aussi bien adaptée pour incarner le personnage principal et donner juste par son timbre toute une ambiance à cette écoute.

L’histoire, maintenant. Kya est une petite fille abandonnée par sa mère, puis par ses frères et sœurs. Livrée à elle-même, elle doit se débrouiller pour grandir plus vite que prévu. Son quotidien dans les marais m’a beaucoup fait penser à celui de Turtle dans le roman « My absolute darling ». Le début du roman se déroule dans une certaine langueur, au rythme du quotidien de cette fillette un peu sauvageonne qui va découvrir l’amitié et l’amour.

Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre dans quelle mesure un second récit, qui croise le premier mais à une autre époque, allait donner son sens au roman. La mort de Chase, bien des années plus tard, et l’enquête qui en découle, est d’abord une histoire totalement à part – mais laissons le temps au temps, il faut de la patience pour appréhender ce roman tout à la fois lent et vif, lourd comme l’eau stagnante du marais et léger comme la fraîcheur de cette petite sauvageonne qui devra mener bien des combats.

S 2-3Audiolib, lu par Marie du Bled, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville

Biographie

« Le roman des Guerlain » de Elisabeth de Feydeau

guerlainLes sagas familiales ont quelque chose de passionnant, et celle des Guerlain n’échappe pas à la règle. L’histoire commence avec Pierre-François-Pascal Guerlain, qui a créé sa propre parfumerie à une époque (1828) où le parfum était vu davantage comme un remède d’apothicaire (pour se frictionner) que comme un luxe ou un plaisir pour les sens. Le début du livre est particulièrement intéressant en ce qu’il décrit cette « révolution » que Guerlain, comme quelques autres, perçoivent dans l’évolution de la société, et dans l’orientation nouvelle qu’ils vont donner à la parfumerie, changeant ainsi la représentation et l’usage que l’on fait du parfum.

« Depuis la révolution de 1789, les signes distinctifs traditionnels – coiffures, costumes – s’étaient peu à peu estompés. Les apparences étaient devenues plus trompeuses que jamais. Aussi, d’autres signaux avaient dû prendre le relais, et les Guerlain s’étaient montrés redoutablement habiles à décrypter, puis à accompagner ce nouveau jeu des apparences. »

Installé à Paris, Guerlain est aussi un redoutable homme d’affaires, qui gère sa distribution (réservant la vente de ses produits dans Paris à sa propre boutique, ce qui est toujours le cas aujourd’hui).

J’aurais aimé lire le livre avec quelques échantillons à portée de main, pour mieux appréhender les descriptions des parfums les plus emblématiques de la maison. N’avez-vous pas la même envie de « sentir » en lisant ceci :

« Avec subtilité et douceur, L’heure bleue allie les notes poudrées de l’iris et gourmandes de la vanille, mariées au musc, à la chaleur de l’œillet et de l’anis, lui donnant un velouté sensuel très particulier. »

Plusieurs générations (d’hommes) se succéderont à la tête de la maison Guerlain. Je me suis un peu perdue dans l’arbre généalogique, et j’ai surtout regretté que le livre s’arrête dans les années 1960 – seules quelques informations succinctes sont données dans l’épilogue pour poursuivre l’histoire familiale jusqu’à aujourd’hui. Toute la famille s’est en tout cas attachée pendant des générations à suivre un principe :

« Faites de bons produits, ne cédez jamais sur la qualité. Pour le reste, ayez des idées simples et appliquez-les scrupuleusement ».

Sur ce conseil, « transmis de génération en génération », c’est tout un empire qui s’est créé.

S 2-3Flammarion, 354 pages, 23€

Roman

« Pour le sourire d’Isabelle » de Fanny André

sourire isabellLa mort a ceci de paradoxal qu’elle peut parfois rapprocher. C’est ce qui arrive à Isabelle et Camille. Depuis que Arnaud est mort, Isabelle son ex-femme et Camille sa mère ont repris contact. Mieux : puisqu’elles s’appréciaient avant le divorce d’Arnaud et Isabelle, elles vont réapprendre à veiller l’une sur l’autre.

Ainsi, elles décident de partir dans une sorte de roadtrip sur leurs terres de prédilection, la Normandie pour l’une, la Bretagne pour l’autre, et se font mutuellement découvrir des paysages et des spécialités culinaires.

Roman sensible, autour de deux femmes réunies par le deuil, il ne tombe jamais dans le larmoiement. D’ailleurs, la couverture – que je trouve jolie et complètement dans l’air du temps – reflète bien ce que propose ce roman : une parenthèse bienveillante et réconfortante.

S 2-3Les Presses de la cité, 288 pages, 19€

Roman

« Le grand art des petites escroqueries » de Sophie Endelys

grand art escroqueriesJe me souviens avec précision avoir lu l’an dernier, exactement à la même époque, un autre livre de la même auteure, « Les gardiennes du silence ». Me revoilà donc cette année avec un autre livre entre les mains, même saison, même auteure, même style de couverture – celle-ci est particulièrement jolie d’ailleurs.

L’histoire est différente pourtant, et j’ai beaucoup aimé celle-ci et surtout le style de l’auteure.

Julia prépare l’écriture d’un livre sur les plus grands escrocs. En panne d’inspiration, elle décide de s’isoler quelques jours avec sa fille à la Fondation Saint-Just. Mais un soir, elle est victime d’un accident de voiture. Sa fille la croit morte, et ne découvre que vingt ans plus tard que sa mère avait survécu à l’accident, et qu’elle a passé dix ans dans un couvent, où elle a réalisé des centaines de dessins.

Je vous l’accorde, le point de départ – le décès caché pendant vingt ans – est un peu tiré par les cheveux, mais le rythme est si bien construit et les personnages si bien imaginés que l’on n’en tiendra pas rigueur à l’auteure.

Les personnages sont d’ailleurs le grand point fort de ce roman. J’ai adoré Marius, le gastronome qui choisit ses menus en fonction des nouvelles qu’il doit annoncer à ses invités ; ou encore Clémence, la fille de Julia, en parfaite ermite musicienne. Tous ont beaucoup de profondeur, on sent que l’auteure a veillé à en faire des personnalités riches et uniques.

Quand à « l’enquête » que Clémence va mener pour comprendre ce qui s’est passé vingt ans plus tôt, elle réserve bien des rebondissements et, même si là encore certains ne sont pas tout à fait crédibles, il faut accepter de se laisser porter par l’histoire. J’ai passé un très bon moment de lecture et j’avais du mal à lâcher ce livre avant de l’avoir terminé.

S 3-3Les Presses de la cité, 384 pages, 20€

Policier

« Disparaître ici » de Kelsey Rae Dimberg

disparaitre iciFinn est la baby-sitter de Amabel, la petite-fille d’un célèbre sénateur américain, Jim Martin. Si le passé de Finn n’est pas très clair, elle n’a pourtant eu aucun mal à se faire embaucher et fait désormais presque partie de la famille. Elle est aussi la petite-amie de Bryant, le bras droit du sénateur Martin.

Un jour la petite Amabel remarque qu’une femme la suit. Finn, sans alerter la famille, décide d’être plus vigilante ; jusqu’au jour où la mystérieuse femme va se confier à Finn et faire basculer la vie des Martin.

Le roman n’est ni un thriller ni un « page turner », il fait même attendre assez longtemps avant de comprendre quelle direction va prendre l’histoire, ce qui laisse le temps au lecteur de devenir familier des Martin et de leur mode de vie. Finn est un personnage assez ambigu, qui joue à la fois sur la retenue attendue par une famille de personnalités publiques, sur l’ambition non assumée d’une jeune femme qui fréquente un milieu social différent du sien, et sur un passé qu’elle cache.

Passons sur le titre, que je trouve maladroit (je ne comprends pas ce que signifie « disparaître ici » et je ne vois pas clairement le lien avec l’intrigue) ; l’histoire est bien construite, l’écriture très fluide. On se sent complètement immergé dans cette Amérique politique, aisée, éduquée à sauver les apparences.

S 3-3Cherche-Midi, 480 pages, 23€

Roman

« Au vent cristallin » de Gérard Chevalier

au-vent-cristallinPierre était un jeune actif, sans doute brillant, un peu dur avec les autres, fâché avec son père… jusqu’au jour où un AVC le conduit à l’hôpital. Là, entouré du personnel médical, et surtout de la charmante infirmière Marie, il doit réapprendre à parler et reconstituer ses souvenirs.

Mais, alors qu’il devrait se concentrer sur sa rééducation, il est témoin de scènes et de discussions qui lui laissent penser qu’un trafic se déroule à l’hôpital. Il se transforme alors en enquêteur, et entraîne Marie dans ce qui risque bien de faire imploser l’univers médical où il séjourne…

J’ai particulièrement apprécié l’écriture de l’auteur, qui rend bien compte de l’évolution du personnage principal, depuis les premières pages où il peine à s’exprimer, jusqu’à son retour progressif vers une vie « normale ». La qualité du roman réside dans le juste dosage entre « l’enquête » et ce qui ressemble presque à un reportage sur les séquelles d’un AVC et le combat pour la rééducation. J’ai regretté que la fin du roman traîne un peu en longueur – une fois que le dénouement est connu, je n’aime pas que la fin s’étiole (dans les livres comme dans les films). A part ça c’est un bon roman, efficace.

S 2-3Editions du Palémon, 256 pages, 10€