Policier

«Agatha Raisin enquête (tome 13) : Chantage au presbytère» de M.C.Beaton

agatha t13 presbytèreÇa bouge dans la vie d’Agatha Raisin ! Son mari, James, qui s’était retiré dans un monastère, ne donne définitivement plus de nouvelles ; Charles Fraith, son ami intime, est aux abonnés absents ; reste John Armitage, son nouveau voisin, écrivain de son état, avec qui Agatha se demande s’il serait envisageable de se mettre en couple…

Le moral d’Agatha se regonfle lorsque Tristan Delon, le nouveau vicaire du village, lui fait les yeux doux. Agatha peut encore séduire ! A peine se méfie-t-elle lorsqu’au cours d’un dîner il lui propose de s’occuper pour elle de la gestion de ses économies.

Lorsque Tristan est retrouvé mort, les suspects ne manquent pas : est-ce le pasteur, jaloux de son aura ? Est-ce l’une des femmes à qui il a fait la cour ? Est-ce Agatha elle-même ?

Le nouveau duo Agatha / John mène l’enquête. Comme dans les bons opus de la saga, l’histoire avance bien, il y a des fausses pistes, et plein de diversions sur la vie d’Agatha, les amours de Bill Wong, l’organisation d’une « course aux canards » pour les bonnes œuvres de la paroisse… C’est charmant comme un week-end dans la campagne anglaise.

Si certains personnages piliers (Mrs Bloxbuy l’épouse du pasteur, Bill Wong l’ami policier…) font le lien avec les épisodes précédents, avoir mis d’autres personnages entre parenthèses (James, Charles, Roy…) donne un nouvel élan à la série. Nul doute que certains réapparaîtront dans de prochains tomes ; mais cela agrémente la lecture de voir Agatha dans un univers un peu différent, et plus sensible que jamais.

C’est un bon cru dans la série.

S 3-3Albin Michel, 306 pages, 14€

Roman

«Les heures solaires» de Caroline Caugant

heures solairesA la mort de sa mère, Billie retourne dans son village natal dans le sud de la France. Les conditions de la mort de sa mère sont étranges, mais ce qui va affecter le plus Billie, c’est de revenir dans des lieux qui ont blessé sa jeunesse, et qu’elle avait laissés derrière elle depuis bien longtemps.

« Les heures solaires » est un roman de femmes : Billie, ses « yeux de chat », couleur de miel, qui revient malgré elle sur les terres familiales ; Louise, sa mère, belle et lunatique, qui à la fin de sa vie avait perdu la mémoire ; et Adèle, la grand-mère pieuse dont la présence est encore dans les mémoires. Les hommes, dans ce roman, ne sont que les acteurs malgré eux de tragédies, tantôt déclencheurs de drames, tantôt témoins impuissants.

Pour qu’il y ait de l’ombre, il faut du soleil, et ces « heures solaires » mettent en relief les moments sombres des vies de ces trois femmes, vies marquées par la mort, l’absence, les erreurs. Si Louise, la mère, est décrite comme solaire, elle est aussi le pivot des souffrances, le lien entre les générations.

Ce roman est d’une intensité émotionnelle très forte. J’ai eu du mal à retenir mes larmes à la lecture de certains passages.

On sait depuis le début que la rivière qui coule dans le village sera un personnage à part entière du roman, qu’elle est un élément déterminant des drames qui se jouent. L’eau, décidément, est un élément récurrent dans les romans de la talentueuse Caroline Caugant, qui en avait déjà fait un décor dans son premier roman, « Une baigneuse presque ordinaire ». Même si le lecteur connaît depuis le début l’existence d’un drame, il n’en découvre les détails qu’à la fin du livre, où tout s’accélère.

Traitant de la mémoire, de la transmission, mais aussi du rôle des femmes dans les familles, le roman insiste aussi sur l’impact puissant des lieux sur nos vies : la rivière, le village, la demeure familiale, et même cet appartement parisien où vit Billie, avec vue sur le cimetière du Père-Lachaise, comme un rappel permanent des morts qui l’entourent.

L’écriture est précise, l’émotion transperce dans chaque phrase. L’histoire est plutôt triste, remplie de drames, mais ce deuxième roman est très abouti : une belle réussite littéraire.

S 3-3Stock, 288 pages, 18€

Nouvelles

«Bonne année ! »

G02286_Bonne_annee.inddChouette idée de regrouper dans un court ouvrage de moins de cent pages des extraits de littérature se déroulant au passage du Nouvel an.

En trois parties sont ainsi regroupés des textes très hétéroclites.

Le livre s’ouvre sur un extrait d’ « Aurélien » de Louis Aragon, où l’on retrouve en quelques pages tout le rythme et la quasi poésie du roman, et bien sûr Aurélien cherche sa Bérénice pour un baiser aux douze coups de minuit.

Quelques pages plus tard, voilà le lecteur transporté dans un appartement russe, où une soirée de réveillon entre une mère et son fils ne va pas se passer comme prévu, avec l’arrivée d’invitées inattendues.

Il a été plus difficile pour moi de m’immerger dans d’autres extraits, comme celui de Simenon ou d’Anne Wiasemsky, parce que les personnages ou les ambiances me parlaient moins, je n’ai pas suffisamment bien appréhendé les personnages dans ces extraits, il m’aurait fallu plus de pages pour entrer dans l’histoire – ou moins, pour n’en garder que la quintessence autour du thème de la Nouvelle année.

J’ai bien aimé en revanche la fin de l’ouvrage avec des extraits de lettres, où l’on retrouve Zola dans son style sans fioriture mais si juste et si sincère ; une Simone de Beauvoir inattendue, joueuse presque comme une adolescente au soir du réveillon ; ou encore Louis-Ferdinand Céline dans une improbable lettre à son éditeur…

Bonne année !

S 2-3Folio, 2€

Roman

« Sur ma liste» de Rosie Blake

listeCette année, j’ai décidé de tester pour la première fois des lectures de « romances de Noël ». Je sais que le genre est assez prisé, qu’il y a des auteurs connus des amateurs du genre, mais pour ma part j’ai choisi mes lectures sur ce que m’inspiraient les couvertures (j’ai quand même lu le résumé aussi). Après une première lecture qui m’a laissé un souvenir assez mitigé (voir par ici) , ma deuxième lecture, « Sur ma liste » a été une très agréable découverte.

Tout d’abord, ma première bonne surprise a été l’écriture. Contrairement à ma précédente lecture, j’ai trouvé celle-ci plutôt bien écrite, avec des mots bien choisis, et sans dialogue inutile.

Clara, d’origine danoise, s’installe temporairement dans un petit village anglais. Alors qu’elle lit tranquillement dans un pub, sa vie va basculer. Apprenant que l’une des dernières commerçantes quitte le village, elle propose de reprendre le magasin de jouets et de lui redonner vie. Ce qui ne va pas plaire du tout au fils de la propriétaire, un business man londonien…

Voilà un roman parfait pour la fin d’année, si vous aimez les ambiances bienveillantes, les lectures réconfortantes, et les bons sentiments. L’histoire est assez prévisible mais reste agréable à lire : à part l’installation de Clara comme repreneuse du magasin d’une illustre inconnue, le reste de l’histoire est plutôt crédible. J’ai passé un très bon moment de lecture, aussi positif que la couverture est jolie.

S 3-3LJ J’ai lu pour elle, 320 pages, 12,90€

Policier

«Agatha Raisin enquête : Le Noël d’Agatha » de M.C.Beaton

Agatha NoëlLes lecteurs de cette saga le savent : Agatha est pleine de paradoxes, tantôt aigrie, tantôt le cœur sur la main. Dans cette courte nouvelle d’une soixantaine de pages, qui se lit indépendamment du reste des tomes, Agatha est submergée par l’esprit de Noël. Elle, d’habitude si individualiste, a décidé d’organiser un repas de Noël pour les personnes seules du village des Cotswolds où elle habite.

Six convives se retrouvent donc autour d’elle et de son fidèle ami Roy venu spécialement de Londres. Piètre cuisinière, elle a confié la gestion du repas à un traiteur, mais a tenu à faire elle-même le pudding à servir en dessert.

La confection du traditionnel dessert s’avère savoureusement drôle, Agatha étant connue pour sa vision très « personnelle » de la cuisine…

Mais la bonne humeur s’arrête là, alors que l’un des convives meurt, justement à cause du pudding…

La nouvelle, très courte, oblige à des raccourcis et des résumés très très rapides du reste de la série. Si elle se lit indépendamment du reste des tomes, un lecteur qui ne connaît pas la série ne doit pas commencer par ce texte, car tous les personnages y apparaissent furtivement (James, Charles, Mrs Bloxby, Roy, Bill Wong…), il est donc préférable de les connaître, sous peine de ne pas profiter pleinement du charme du texte. L’enquête, forcément, n’est pas la plus poussée qu’ait menée Agatha, mais se lit surtout pour le plaisir de retrouver cette héroïne atypique en pleine période de Noël.

S 3-3Albin Michel. A noter, le livre ne s’achète pas, il est offert avec l’achat d’autres tomes de la série.

Policier

«  Le carrefour des écrasés » de Claude Izner

victor legrisTroisième et dernier opus des « Premières enquêtes de Victor Legris », « Le carrefour des écrasés » installe définitivement dans les références de ma bibliothèque les personnages de Victor Legris, libraire dans le Paris de la fin du XIXème siècle, Kenji, son mentor, et Joseph, leur commis qui se rêve écrivain.

J’ai une tendresse littéraire pour ces personnages : pris séparément, ils ont des défauts qui ne les rendent pas toujours sympathiques à 100 % (Victor est un peu possessif, Kenji trop distant, Joseph effronté), mais ils forment un sympathique trio dans cette librairie qui sert surtout de décor. Le cœur de l’histoire, comme toujours, se situe ailleurs, dans Paris, où un nouveau mystère s’est produit : une femme a été retrouvée morte, sans chaussure. Or un escarpin rouge, portant à l’intérieur une référence à la librairie que le lecteur connaît bien, entraîne Victor Legris dans une nouvelle enquête. Le tout se corse lorsque l’on apprend que Kenji fréquente une jeune fille qui a un lien très étroit avec la paire de chaussures en question…

L’originalité de ce roman, parmi les trois que j’ai lus dans cette série, est de faire un pont, à la même époque, entre les villes de Paris et de Lyon, d’où est originaire la victime. Nombreuses sont les références à la capitale des Gaules et à ses traditions.

Quant aux personnages, cette histoire fait la part belle à Joseph, désormais pilier incontournable dans ce trio masculin, et qui apporte toujours une touche agréable d’humour à la lecture.

D’autres tomes sont publiés, j’espère que l’éditeur annoncera prochainement la sortie de la suite sous forme d’anthologie.

S 3-310-18

Policier

« La disparue du Père-Lachaise» de Claude Izner

1890. Paris vit une fin de siècle et bruisse d’un air nouveau. Le Sacré-Coeur est en construction, le téléphone émerge (même si certains pensent que « aucune personne sensée ne voudra s’encombrer de cet appareil »). Victor Legris, libraire, file le parfait amour avec Tasha, une peintre libre et talentueuse, très inspirée par le mouvement impressionniste en… Lire la suite « La disparue du Père-Lachaise» de Claude Izner

BD

«  Culottées » de Pénélope Bagieu

culottéesNous connaissons tous des portraits de femmes célèbres qui ont marqué l’histoire, mais Pénélope Bagieu a fait le choix de mettre en valeur des femmes moins connues, mais dont les vies ne sont pas moins passionnantes.

Dans son style tout particulièrement reconnaissable, elle croque dans de courtes BD de quelques pages des portraits à la fois sérieux sur le fond et un peu décalés sur la forme. Ces femmes qui, selon le sous-titre de l’ouvrage, « ne font que ce qu’elles veulent » sont des anonymes ou des femmes d’affaires, rebelles, chamane, actrice… L’intérêt du livre réside dans la variété des portraits.

J’ai particulièrement aimé deux portraits parmi les huit présentés dans cette première partie.

Le premier, c’est celui de Margaret Hamilton, actrice américaine qui a interprété notamment la méchante sorcière dans « Le magicien d’Oz » ; les anecdotes autour du rôle phare de sa carrière sont très amusantes et redonnent beaucoup d’humanité à celle qui a effrayé des générations d’enfants !

Le second est celui de Annette Kellerman, championne de natation après avoir vaincu la polio, et qui a contribué à sa manière à libérer le corps des femmes en créant un maillot de bain à l’origine des maillots de bain moderne.

Et voilà encore un livre qui va augmenter ma pile de lectures, car maintenant je suis à la recherche d’une biographie de Annette Kellerman. Un livre qui donne envie d’autres livres, c’est toujours un bonheur.

S 3-3Folio, Livre I, partie 1

Essai / Document

«  Le miracle Spinoza » de Frédéric Lenoir

spinozaSpinoza. Voilà un philosophe dont je ne savais pas grand-chose, si ce n’est quelques lointains souvenirs d’en avoir étudié quelques brèves citations au lycée.

Le pari de Frédéric Lenoir est de mettre à la portée de tous un philosophe connue pour être particulièrement difficile à étudier et à comprendre. Notons avant toute chose que la vulgarisation n’est pas vulgaire, c’est même un art dans lequel Frédéric Lenoir excelle. Il fait d’ailleurs de temps en temps le lien entre son histoire personnelle, son parcours de philosophe, des anecdotes, et les écrits de Spinoza, pour une meilleure appropriation concrète et contemporaines des textes originaux.

On comprend assez vite que Spinoza est plutôt un philosophe qu’il apprécié, même s’il raconte que dans les années 1980 il n’était même pas enseigné auprès des étudiants en philosophie…

En version audio, le livre est assez court (moins de 5 heures), pourtant il m’aura fallu plusieurs semaines d’écoute : c’est un ouvrage qui demande du temps, car il reste assez dense sur le fond des sujets traités. Il mériterait d’ailleurs de s’arrêter sur certains passages, de les noter, d’y revenir, et même pourquoi pas d’en faire une deuxième écoute.

Les thèmes abordés sont très riches : la joie, la raison comme seul critère de vérité (« Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas détester, mais comprendre »). La religion a aussi une place d’importance dans cet ouvrage : Spinoza était très critique envers la religion, ce qui lui a valu d’être exclu de la communauté juive et plus généralement d’être perçu toute sa vie durant (et même au-delà) comme un ennemi de la religion. Frédéric Lenoir, qui a déjà beaucoup écrit sur les religions, tente de mettre à portée du lecteur le vrai discours de Spinoza, loin des caricatures et des raccourcis.

A l’issue de cette écoute, je ne me sens pas capable de me lancer dans une découverte plus approfondie de « L’Éthique », l’œuvre majeure de Spinoza, mais je suis satisfaite d’en avoir approché la biographie et les thèses via ce livre audio accessible au plus grand nombre.

S 3-3Audiolib, 19,90€, lu par David Manet

Roman

« Mystère rue des Saints-Pères» de Claude Izner

victor legrisIl y a des livres, comme ça, qui me font de l’œil, qui traversent mes envies de lecture, dont je griffonne le titre ou l’auteur sur un bout de papier, au gré des conseils que je recueille. Ainsi, je connaissais de nom Claude Izner, pseudonyme derrière lequel se cachent deux sœurs, bouquinistes parisiennes. Lorsque je suis tombée par hasard en librairie sur un recueil regroupant les « Premières enquêtes de Victor Legris », je n’ai plus hésité. La couverture, jolie aquarelle parisienne, a sans doute déterminé mon choix ce jour-là. Voilà à quoi tiennent les choix de lecture, parfois…

L’histoire se déroule en 1889 à Paris. L’Exposition universelle bat son plein, mélangeant curiosité populaire et maladresses historiques. Victor Legris est libraire rue des Saints-Pères. Il partage la direction de sa librairie avec Kenji Mori, un japonais qui l’a recueilli à la mort de son père et l’a élevé comme son fils.

Alors que le Tout-Paris se presse pour découvrir la Tour Eiffel, symbole contesté de cette Exposition universelle, plusieurs morts mystérieuses sont attribuées à des piqûres d’abeilles. La coïncidence est étrange et Victor s’intéresse aux victimes et cherche un point commun entre elles.

Ce Victor Legris n’est pas du tout un enquêteur – en tout cas pas dans ce premier titre, peut-être que son personnage évoluera différemment – il est juste un libraire qui se retrouve entouré de morts étranges. Le roman, du coup, est moins intéressant pour l’enquête en elle-même que pour tout le reste. J’ai notamment adoré l’ambiance très rafraîchissante de cette fin du dix-neuvième siècle, cet engouement des Parisiens pour cette Exposition universelle qui leur fait découvrir des mondes inconnus et préfigure de bien des nouveautés qui s’épanouiront au vingtième siècle.

Je suis bien contente d’avoir acheté ce recueil des trois premières aventures de Victor Legris, car j’ai déjà envie de lire la suite, « La disparue du Père Lachaise » ! J’espère d’ailleurs que d’autres recueils suivront !

S 3-310/18, 864 pages, 14,90€ (le recueil de 3 titres)