Essai / Document

«Hiéroglyphes, les bases», de Jean-Pierre Guglielmi

hiéroglyphes« Quand tu écris, tes lettres ressemblent à des hiéroglyphes. »

Si vous avez déjà été confrontés à ce genre de remarque, j’ai trouvé un livre qui vous permettra de répondre à votre interlocuteur avec humour, puisqu’il s’agit d’un cahier d’exercices… pour apprendre à écrire des hiéroglyphes !

Sous un format pratique de cahier à spirales, vous découvrirez les phonogrammes et vous initierez à leur écriture dans des pas à pas très détaillés. L’introduction du livre rappelle (ou apprend!) les principes de cette écriture, et donne des repères (classification de Gardiner notamment). Si comme moi, votre seul repère était Champollion, vous allez faire plein de découvertes.

En revanche, c’est un livre sérieux, destiné au départ à ceux qui étudient sérieusement l’égyptien ancien. Donc pour les néophytes comme moi qui sont juste curieux de découvrir, l’ouvrage devient vite assez complexe. Mais l’ensemble reste amusant et intéressant.

S 2-3Assimil, 9,90€, 128 pages

Essai / Document

«La vie secrète des animaux» de Paul Wohlleben

vie secrète« La vie secrète des arbres » a été un succès littéraire et médiatique, révélant au grand public notamment comment les arbres communiquent entre eux par un réseau qu’on a presque envie de qualifier de « magique ».

En commençant l’écoute de « La vie secrète des animaux », je me demandais ce que Peter Wohlleben, le forestier sans doute le plus célèbre, allait pouvoir nous raconter. Allait-il simplement nous dire que les animaux ont des sentiments ? Je craignais qu’on enfonce des portes ouvertes pendant les sept heures d’écoute.

Au final, ce document a été une très belle découverte. Aucun ennui, aucune platitude au fil des chapitres. Au contraire ! Chaque chapitre est consacré à une espèce animale, dans un contexte donné. Et l’on découvre alors les formidables capacités intellectuelles, émotionnelles, et communicantes des animaux. Le récit est basé sur les recherches les plus récentes, illustrées sans cesse par les observations d’un homme qui vit au plus près des animaux.

Les chapitres pourraient presque s’écouter indépendamment les uns des autres, chacun étant un récit en soi. Si le fond est traité avec sérieux et rigueur, le texte est très accessible et s’écoute comme autant de petites histoires passionnantes.

S 3-3Audiolib, lu par Thibault de Montalembert, 7h02 d’écoute, 22,90€

Policier

«Et le mal viendra» de Jérôme Camut et Nathalie Hug

mal viendra

« Puisqu’il n’est pas acceptable de laisser mourir de soif chaque jour six mille petits Africains, on vous a demandé d’agir. Vous n’avez pas voulu entendre.

On vous a alertés sur la valeur inestimable de l’eau, vous n’avez pas voulu voir.

[…]

Va-t-il falloir que l’on entasse six mille cadavres d’enfants devant vos portes pour que vous réagissiez enfin ? »

Il y a des livres pour lesquels il est facile de dire « j’ai aimé » / « je n’ai pas aimé ». D’avoir un avis tranché. De répondre avec conviction.

Et puis il y a des livres comme celui-là, où la question n’est pas de savoir si on a « aimé » ou « pas aimé », mais s’ils nous ont fait réfléchir.

Ce livre, assurément, m’a fait réfléchir.

La question de fond de ce roman est celle de la violence légitime. Quand six mille enfants meurent chaque jour faute d’accès à l’eau potable ; quand les ONG, les hommes et les femmes engagées, les penseurs, les scientifiques, les lanceurs d’alerte, ne trouvent pas de réponse à leurs cris d’alarme, faut-il user des armes ultimes pour se faire entendre ?

Aussi passionnant que dérangeant, ce roman retrace l’engagement de Morgan Scali, lui-même victime du terrorisme, et ses méthodes extrêmes pour alerter le monde occidental sur une situation dramatique.

Il est question d’engagement humanitaire et de terrorisme, d’intelligence artificielle et de finance, de famille et d’individualisme.

L’histoire est hélas très complexe, j’ai fini par renoncer à décrypter tous les liens entre les personnages tant ils sont multiples et compliqués. Dommage. En revanche il y a des passages très forts sur les raisons d’un engagement, et sur la nécessaire prise de conscience de sociétés trop centrées sur elles-mêmes.

S 2-3Fleuve éditions, 560 pages, 19,90€

Roman

«Printemps parfumé»

Printemps-parfumePlusieurs éléments étonnent quand on a ce livre entre les mains.

Tout d’abord son format allongé et son élégante couverture en papier cartonné en font un joli objet, plutôt inhabituel, qui se démarque des autres formats de livres. Sans nom d’auteur, seule la mention « roman coréen » donne au lecteur un premier indice pour situer l’univers de ce livre.

Une autre mention étonne, celle de la collection : « La Bibliothèque secrète de Régine Deforges ». La préface est alors indispensable pour mieux situer cette collection, des rééditions de la collection d’une bibliophile (qui en possédait cent mille!) – et notons au passage que la préface est un joli témoignage d’amour d’un fils à sa mère.

Le roman, sinon, est une histoire d’amour assez classique entre la jeune Tchoun-Hyang (littéralement « printemps parfumé ») et I-Toreng, fils de bonne famille. Presque du boulevard, avec le père un peu tyrannique, la vieille entremetteuse, les amoureux qui se font des promesses qu’ils ne peuvent tenir… rien d’original, si ce n’est le cadre, cette Corée pas vraiment datée et que je n’ai pas l’habitude d’avoir comme décor à mes lectures. Là encore, la préface du traducteur est indispensable pour comprendre le cadre, et les mœurs coréennes.

Autour d’un texte classique, ce livre est un joli objet, et une démarche étonnante qui séduira ceux pour qui « avoir une bibliothèque » est un signe de reconnaissance, comme d’autres se reconnaissent autour d’une bonne cave.

S 3-3La bibliothèque secrète de Régine Deforges

Roman

«Cartographie de nos bleus» de Aude Vincent

cartographieEn France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Derrière cette statistique, au-delà des chiffres qui alertent, il y a une réalité de violences quotidiennes pour de nombreuses femmes. Surtout, il y a des noms de femmes qui souffrent : Morrigan, Marion, Alice, Fatiha…

« J’ai simplement peur de mourir » dit Morrigan au milieu du livre, résumant en une phrase toute simple l’horreur d’une violence banalisée.

L’histoire de leur quotidien prend le lecteur aux tripes. Présenté comme un roman, ce récit est bien plus que cela, car on imagine la réalité et les visages derrière le texte. Plusieurs fois j’ai fait des pauses dans cette lecture qui coupe le souffle, tendue par des passages qui sont des litanies de l’horreur :

« Cheveux arrachés, coquard, œil au beurre noir, pommette gonflée, joue déchirée sur plusieurs centimètres, coups à l’oreille (pas de trace visible), tympan foutu (perforé), lèvre fendue, dent perdue, mâchoire brisée, cicatrice au menton, traces d’étranglement sur le cou, coup à l’épaule (pas de trace encore), épaule démise, bleus dans le dos, bras tordu, bleus sur le bras, bras cassé, griffures, poignet cassé, poignet tordu, entorse au doigt, rhumatisme dans un petit doigt cassé, hématome sur les côtes, coup au ventre (pas de trace), fausse couche, utérus explosé, foie détruit, brûlure à la cuisse (cigarette), d’autres fractures, une brûlure de cigarette encore, d’autres bleus, d’autres brûlures. »

Et puis il y a ces poèmes de Pat Lowther (que je ne connaissais pas), dont on imagine au départ qu’ils vont apporter un peu de douceur, mais qui sont des témoignages de la même violence (elle-même a été tuée par son mari dans d’atroces conditions).

Un livre fort et percutant, documenté, engagé (jusque dans l’utilisation de l’écriture inclusive, encore assez rare dans les récits), qui met chaque lecteur devant ses responsabilités : ne pas subir, ne pas laisser faire. A travers l’association qui accompagne ces femmes, la parole retrouve une force bien plus importante que celle des poings.

S 3-3Editions du ruisseau intrépide, 223 pages

Roman

«Le mystère Henri Pick» David Foenkinos

henriNombreux sont les Français qui se rêvent écrivains. Un récent sondage (*) l’a encore montré : 53 % des Français ont déjà eu envie d’écrire un livre ou ont écrit un livre.

Pas étonnant que les manuscrits non édités s’accumulent… Et c’est ainsi qu’en Bretagne est née une bibliothèque qui recueille ces livres qui n’ont jamais trouvé ni lecteurs ni éditeurs. Créée sur l’enthousiasme d’un passionné, cette bibliothèque est aujourd’hui rongée de poussière, et les livres qui couvrent ses rayons sont oubliés dans un recoin où personne ne va plus jamais. Delphine, éditrice, et Frédéric, son compagnon, profitent d’un séjour dans cette ville pour feuilleter ces manuscrits ; et Delphine y découvre une pépite. Or son auteur est mort : c’était un humble pizzaiolo que personne n’avait jamais imaginé écrire une seule ligne. Le monde littéraire est en émoi, et le quotidien de chacun – celui de Delphine, celui de la veuve et de la fille de l’écrivain, … – se retrouve bouleversé.

Le point de départ du roman est particulièrement original et malin, et parlera sûrement (au moins) aux 53 % de Français mentionnés plus haut, cette « communauté de la désillusion » qui cherche un ultime asile pour ses œuvres. L’auteur est fidèle à son style simple et concret, ancré dans notre époque, semant des références contemporaines ou d’actualité sur l’univers littéraire. Il interroge aussi sur l’importance de la forme plus que du fond, même dans un univers littéraire qui se devrait pourtant d’être un des derniers bastions s’il en était de l’exigence intellectuelle.

Au bout d’un moment, pourtant, le récit s’essouffle, et j’ai deviné la fin environ dès la moitié du livre. Dommage. J’aurais bien aimé me faire promener encore un peu par cette histoire prometteuse.

S 2-3Folio, 336 pages, 7,90€ (*) https://www.librinova.com/blog/2019/03/11/les-francais-et-lecriture-decouvrez-les-resultats-du-sondage-exclusif-lire-et-librinova/

Nouvelles

«13 à table ! (édition 2019)»

13 à table ed 2019Chaque année les éditions Pocket publient un recueil de nouvelles en faveur des Restos du coeur (1 livre acheté 5€ = 4 repas distribués). 13 auteurs sont invités à écrire une nouvelle, cette année sur le thème de « la fête » : Philippe Besson, Françoise Bourdin, Maxime Chattam, François d’Epenoux, Eric Giacometti, Karine Giebel, Philippe Jaedana, Alexandra Lapierre, Agnès Martin-Lugand, Véronique Ovaldé, Romain Puértolas, Jacques Ravenne, Tatiana de Rosnay, Leïla Slimani et Alice Zeniter.

J’ai trouvé le cru 2019 particulièrement réussi, mêlant des nouvelles joyeuses et d’autres très émouvantes, des textes légers et d’autres profonds. J’ai voyagé d’un appartement parisien des Batignolles jusqu’à la Nouvelle Orléans, tour à tour dans un carnaval, une crémaillère, une fête d’anniversaire,… Il y en a pour tous les goûts : du réel, de l’anticipation… A souligner la nouvelle très poignante de Karine Giebel, l’une des plus marquantes du recueil, et celle originale et dérangeante de Maxime Chattam. Je ne peux citer le détail des 13 nouvelles ici, mais chacun a été un plaisir à lire.

C’est une bonne action et un bon moment de lecture, courrez acheter ce livre si vous ne l’avez pas déjà fait (et sinon, rachetez-en un pour l’offrir) !

S 3-3Pocket, 5€, 1 livre acheté=4 repas distribués

Policier

«Agatha Raisin enquête (tome15) : Bal fatal» de M.C.Beaton

Agatha t15 balCe quinzième tome des enquêtes d’Agatha Raisin marque un tournant dans la série. Finies les enquêtes dans les pas de la police : Agatha lance sa propre agence de détective. Finies aussi les amours avec les voisins successifs du cottage d’à côté : c’est Emma Comfrey, une fonctionnaire à la retraite, qui s’y est installée.

Agatha embauche Emma dans son agence, ainsi que Miss Simms (déjà croisée dans d’autres tomes, et dont on se demande pourquoi elle réapparaît ainsi). La voilà chef d’entreprise ! Elle est consultée pour des adultères et des disparitions de chats et de chiens, mais sa première enquête sérieuse porte sur une tentative de meurtre sur une jeune femme lors d’une fête.

Que les adeptes de la série se rassurent, on croise encore Charles le baronnet, Roy le londonien, ou encore Mrs Bloxby la femme du pasteur. Agatha est plus pro que jamais, capable de sauver dans un avion pour rejoindre Paris dans l’instant, et toujours plus habile dans ses analyses de personnalités.

Je suis restée en terrain connu dans ce tome, et pourtant j’ai l’impression qu’une page a été tournée, qui permet de relancer la série et de faire qu’au bout de quinze tomes (déjà!), le plaisir de lecture de cette série ne s’essouffle pas.

S 3-3Albin Michel, 14€

Policier

«Agatha Raisin enquête (tome 14) : Gare aux fantômes» de M.C. Beaton

agatha t14 fantômesEncore un nouveau voisin pour Agatha Raisin ! Cette fois-ci, il s’appelle Paul et est consultant en informatique. Si Agatha voulait se tenir éloignée de lui, elle ne peut pas résister à l’envie de participer avec lui à une chasse aux fantômes chez une vieille dame qui se plaint d’événements étranges dans sa maison.

Des phénomènes surnaturels ? Il en faudrait plus pour faire peur à Agatha Raisin ! Mais quand la vieille dame est retrouvée morte dans des conditions qui ne paraissent pas naturelles, alors Agatha et Paul démarrent une « vraie » enquête, avec des recherches dignes du Club des cinq, maison hantée et souterrains cachés inclus.

Quel plaisir de retrouver dans ce quatorzième tome Agatha et ses paradoxes, elle qui décongèle des plats préparés sans savoir ce qu’elle mange, mais nourrit ses chats de poisson frais.

L’auteur a une capacité assez amusante à se débarrasser des personnages masculins : balayés, les anciens voisins ! Place à Paul – même si je finirai pas confondre tous ces Watson qui ne sont que des faire-valoir. L’intrigue se dévore avec plaisir et le livre s’achève sur un rebondissement qui donne envie de courir lire le prochain !

S 3-3Albin Michel, 14€

Essai / Document

«A Tahiti» de Elsa Triolet

tahitiCe livre d’Elsa Triolet est une découverte pour moi, je n’avais pas connaissance qu’elle ait vécu et écrit sur Tahiti. Près d’un siècle après, il est passionnant de découvrir comment elle décrit ce qu’elle ne connaissait pas et qui fait partie de notre quotidien aujourd’hui : le lait de coco, un avocat,… Oui, ce livre est avant tout le récit d’une jeune femme, russe d’origine, qui a vécu en France métropolitaine, puis a suivi son mari à Tahiti. Dans ce livre, elle fait le récit simple de ses découvertes, de son acclimatation, et des peurs dont elle ne s’affranchira jamais totalement (la lèpre en particulier). Elle ne dit presque rien des raisons qui l’ont amenée ici, ni de comment elle a vécu la décision du départ. Elle dit très peu de choses aussi sur sa relation avec André son mari. Son récit est centré sur le quotidien, les autochtones, ses meubles, sa nourriture, les saisons, les logements…

J’ai trouvé ce récit, publié dans le catalogue des très qualitatives éditions du Sonneur, particulièrement original, autant pour la perception de Tahiti par une européenne au vingtième siècle que pour la parenthèse littéraire qu’il représente. Voilà un livre assez différent de mes lectures habituelles, mais que j’ai découvert avec beaucoup d’intérêt.

S 2-3Les éditions du Sonneur, 15€