Policier

«Agatha Raisin enquête (t16) : Jamais deux sans trois» de M.C. Beaton

Agatha t16 jamais deuxAprès deux rendez-vous manqués, deux lectures décevantes de la série « Hamish MacBeth » nouvellement disponible dans une traduction française, je reviens à mon héroïne préférée de MC Beaton : Agatha Raisin.

Agatha est toujours à la tête de son agence de détectives. La création de cette agence donne un nouveau souffle à la série, car elle permet de renouveler très nettement les personnages de la série – même si les chouchous restent présents. Un photographe rejoint l’agence, Phil Witherspoon, un homme sympathique de soixante-seize ans.

L’enquête est plus sombre que d’habitude. Loin des histoires de mégères jalouses, cette fois-ci Agatha est confrontée au meurtre d’une adolescente. Le meurtre est violent, le drame terrible.

Heureusement Agatha continue à user de ses ruses, de son sixième sens, pour le plus grand bonheur du lecteur. Et puis d’autres histoires viennent parsemer le roman, adultères, recherche d’animaux disparus (par un jeune détective un brin décalé)… Le roman s’achève sur un rebondissement inattendu.

Alors, envie de continuer avec Agatha ?

S 3-3Albin Michel, 14€

Policier

«Hamish Macbeth tome 2 : Qui va à la chasse» de M.C.Beaton

Hamish t2Après la lecture décevante du premier tome de cette « nouvelle » série (qui vient d’être traduite en français, mais qui a été publié en anglais dans les années 1980), je récidive avec le second tome – on ne sait jamais.

Priscilla est sur le point de se fiancer avec un dramaturge, au grand dam d’Hamish qui est secrètement amoureux d’elle. Ses parents ont réuni quelques invités pour l’occasion, qui se fréquentent autant qu’ils se détestent.

Plus encore que dans la série « Agatha Raisin », écrite par le même auteur, je retrouve une ambiance proche de celle d’Agatha Christie : un huis-clos pour décor (ici les invités des fiançailles de Priscilla sont réunis dans le château familial) ; on sait que le coupable d’un meurtre est présent parmi les invités ; et Hamish les réunira tous à la fin du récit pour le démasquer.

Mais quelle lenteur dans le récit ! Dans le premier quart du livre ? Il ne se passe rien. A la moitié du roman ? Le meurtre est commis. Et tout le reste traîne en longueur, sans rebondissement. Seule la fin (et contrairement au premier tome) est mieux construite et permet de trouver un peu de rythme dans le dénouement.

Autant je dévore les « Agatha Raisin », autant je n’ai pas été plus enthousiasmée par ce deuxième tome que par le premier. Je pense arrêter là ma lecture de cette série, et ne pas chercher à poursuivre les aventures du policier écossais.

S 2-3Albin Michel, 280 pages, 14€

Policier

«Hamish Macbeth tome1 : Qui prend la mouche» de M.C.Beaton

Hamish t1Fidèles lecteurs de mon blog, vous savez que je suis avec assiduité chaque nouvelle parution dans la série des « Agatha Raisin ». J’ai lu les quinze (!) premiers tomes, le seizième n’attend que d’être lu mais je fais durer un peu le plaisir.

Alors quand une autre série policière du même auteur est sortie, je me suis précipitée !

Hamish Macbeth est un anti-héros, comme Agatha. La comparaison s’arrête là. Pour le reste, on aurait difficilement pu imaginer deux personnages plus différents : Hamish est un homme tranquille, plutôt tranquille (tendance pépère), aussi sauvage qu’Agatha est citadine, aussi transparent qu’elle est envahissante, aussi lent qu’elle est vive.

L’histoire, d’ailleurs, est à l’image de la lenteur du personnage. Cette première enquête met en effet un temps interminable à démarrer. Un groupe de pêcheurs amateurs est réuni pour un stage. Très vite on comprend que les rancoeurs se crispent autour d’une participante, particulièrement désagréable avec les autres. Les ficelles, déjà, sont bien grosses, les pêcheurs en herbe affichant les uns après les autres leur envie de se débarrasser de la mégère.

L’intrigue peine à démarrer… et finalement le dénouement se fera en quelques pages.

Vous l’avez compris, la lecture de ce premier tome ne m’a pas convaincue, hélas ! J’aurais aimé retrouver le même plaisir de lecture qu’avec les « Agatha Raisin ».

Emportée par mon enthousiasme initial, j’avais acheté dès la sortie le deuxième tome de la série, je vais donc laisser à Hamish Macbeth une seconde chance.

À suivre…

S 1-3Albin Michel, 280 pages, 14€

Policier

«Amour entre adultes» de Anna Ekberg

amour entre adultesPassons sur le titre, « Amour entre adultes », qui laisse présager soit un nouveau « 50 nuances de Grey », soit une mauvaise bluette. Que les choses soient claires, il s’agit bien d’un thriller psychologique.

Si vous trouvez la couverture jolie (ce qui est mon cas), sachez qu’elle n’a rien à voir avec l’histoire. Ne vous attendez pas à lire un roman sur l’Amérique des années 1970 ; on part dans les fjords danois de nos jours.

Une fois ces précisions faites, nous pouvons entrer dans le vif du sujet !

L’histoire commence par une scène où une femme est renversée volontairement par son mari. « Salope » est d’ailleurs l’incipit du roman. Que s’est-il passé dans ce couple modèle pour que le mari en arrive à une telle extrémité ? Là réside l’enjeu du roman… mais pas seulement.

Pour qu’un thriller soit efficace, il ne faut pas en savoir trop à l’avance. Donc je ne vous dirai rien de plus sur l’histoire. Sachez seulement qu’il y aura des rebondissements, des situations incroyables, et que vous pousserez des « oh » d’étonnement. Ce n’est pas un récit « haletant » comme un page turner, je ne peux pas dire qu’il y ait vraiment du suspense, mais le récit est tellement bien mené que le lecteur se fait surprendre au moment où il s’y attend le moins. C’est un thriller psychologique comme je les aime !

S 3-3Le Cherche Midi, 480 pages, 22€

Roman

«Les ailes de courage» de George Sand

ailesIl existe en Normandie, pas très loin de Deauville, un bout de côte fleurie surnommée « les vaches noires » en raison de la forme et de la couleur de ses falaises. C’est ici que se réfugie Clopinet, petit paysan qu’on a voulu placer en apprentissage chez un tailleur. Clopinet a préféré la liberté à cette vie d’apprenti chez un maître trop sévère. Pour lui qui n’a connu que la campagne normande, la découverte de la mer, avec ses bruits et les oiseaux qu’elle abrite, aurait pu être terrifiante. Mais le jeune garçon a bien plus de courage que ne l’imaginait sa famille, et dans les moments angoissants, il sait déployer des « ailes de courage » qui vont l’aider à affronter la vie et à devenir un homme.

Conte initiatique écrit par George Sand pour Aurore et Gabrielle ses petites-filles, l’histoire entremêle un récit éducatif (le départ de chez les parents, la vie qu’il faut affronter courageusement) et des scènes qui frôlent le surnaturel et dans lesquelles on ne distingue pas ce qui relève de la magie ou de l’imaginaire de Clopinet. Petit livre de moins de cent pages, il plaira sans doute plus aux jeunes lecteurs mais vaut le coup d’être lu par tous comme un classique de notre littérature, qui plus est dans une édition à tout petit prix (2,90€).

S 2-3Flammarion, 2,90€

Essai / Document

«Hiéroglyphes, les bases», de Jean-Pierre Guglielmi

hiéroglyphes« Quand tu écris, tes lettres ressemblent à des hiéroglyphes. »

Si vous avez déjà été confrontés à ce genre de remarque, j’ai trouvé un livre qui vous permettra de répondre à votre interlocuteur avec humour, puisqu’il s’agit d’un cahier d’exercices… pour apprendre à écrire des hiéroglyphes !

Sous un format pratique de cahier à spirales, vous découvrirez les phonogrammes et vous initierez à leur écriture dans des pas à pas très détaillés. L’introduction du livre rappelle (ou apprend!) les principes de cette écriture, et donne des repères (classification de Gardiner notamment). Si comme moi, votre seul repère était Champollion, vous allez faire plein de découvertes.

En revanche, c’est un livre sérieux, destiné au départ à ceux qui étudient sérieusement l’égyptien ancien. Donc pour les néophytes comme moi qui sont juste curieux de découvrir, l’ouvrage devient vite assez complexe. Mais l’ensemble reste amusant et intéressant.

S 2-3Assimil, 9,90€, 128 pages

Essai / Document

«La vie secrète des animaux» de Paul Wohlleben

vie secrète« La vie secrète des arbres » a été un succès littéraire et médiatique, révélant au grand public notamment comment les arbres communiquent entre eux par un réseau qu’on a presque envie de qualifier de « magique ».

En commençant l’écoute de « La vie secrète des animaux », je me demandais ce que Peter Wohlleben, le forestier sans doute le plus célèbre, allait pouvoir nous raconter. Allait-il simplement nous dire que les animaux ont des sentiments ? Je craignais qu’on enfonce des portes ouvertes pendant les sept heures d’écoute.

Au final, ce document a été une très belle découverte. Aucun ennui, aucune platitude au fil des chapitres. Au contraire ! Chaque chapitre est consacré à une espèce animale, dans un contexte donné. Et l’on découvre alors les formidables capacités intellectuelles, émotionnelles, et communicantes des animaux. Le récit est basé sur les recherches les plus récentes, illustrées sans cesse par les observations d’un homme qui vit au plus près des animaux.

Les chapitres pourraient presque s’écouter indépendamment les uns des autres, chacun étant un récit en soi. Si le fond est traité avec sérieux et rigueur, le texte est très accessible et s’écoute comme autant de petites histoires passionnantes.

S 3-3Audiolib, lu par Thibault de Montalembert, 7h02 d’écoute, 22,90€

Policier

«Et le mal viendra» de Jérôme Camut et Nathalie Hug

mal viendra

« Puisqu’il n’est pas acceptable de laisser mourir de soif chaque jour six mille petits Africains, on vous a demandé d’agir. Vous n’avez pas voulu entendre.

On vous a alertés sur la valeur inestimable de l’eau, vous n’avez pas voulu voir.

[…]

Va-t-il falloir que l’on entasse six mille cadavres d’enfants devant vos portes pour que vous réagissiez enfin ? »

Il y a des livres pour lesquels il est facile de dire « j’ai aimé » / « je n’ai pas aimé ». D’avoir un avis tranché. De répondre avec conviction.

Et puis il y a des livres comme celui-là, où la question n’est pas de savoir si on a « aimé » ou « pas aimé », mais s’ils nous ont fait réfléchir.

Ce livre, assurément, m’a fait réfléchir.

La question de fond de ce roman est celle de la violence légitime. Quand six mille enfants meurent chaque jour faute d’accès à l’eau potable ; quand les ONG, les hommes et les femmes engagées, les penseurs, les scientifiques, les lanceurs d’alerte, ne trouvent pas de réponse à leurs cris d’alarme, faut-il user des armes ultimes pour se faire entendre ?

Aussi passionnant que dérangeant, ce roman retrace l’engagement de Morgan Scali, lui-même victime du terrorisme, et ses méthodes extrêmes pour alerter le monde occidental sur une situation dramatique.

Il est question d’engagement humanitaire et de terrorisme, d’intelligence artificielle et de finance, de famille et d’individualisme.

L’histoire est hélas très complexe, j’ai fini par renoncer à décrypter tous les liens entre les personnages tant ils sont multiples et compliqués. Dommage. En revanche il y a des passages très forts sur les raisons d’un engagement, et sur la nécessaire prise de conscience de sociétés trop centrées sur elles-mêmes.

S 2-3Fleuve éditions, 560 pages, 19,90€

Roman

«Printemps parfumé»

Printemps-parfumePlusieurs éléments étonnent quand on a ce livre entre les mains.

Tout d’abord son format allongé et son élégante couverture en papier cartonné en font un joli objet, plutôt inhabituel, qui se démarque des autres formats de livres. Sans nom d’auteur, seule la mention « roman coréen » donne au lecteur un premier indice pour situer l’univers de ce livre.

Une autre mention étonne, celle de la collection : « La Bibliothèque secrète de Régine Deforges ». La préface est alors indispensable pour mieux situer cette collection, des rééditions de la collection d’une bibliophile (qui en possédait cent mille!) – et notons au passage que la préface est un joli témoignage d’amour d’un fils à sa mère.

Le roman, sinon, est une histoire d’amour assez classique entre la jeune Tchoun-Hyang (littéralement « printemps parfumé ») et I-Toreng, fils de bonne famille. Presque du boulevard, avec le père un peu tyrannique, la vieille entremetteuse, les amoureux qui se font des promesses qu’ils ne peuvent tenir… rien d’original, si ce n’est le cadre, cette Corée pas vraiment datée et que je n’ai pas l’habitude d’avoir comme décor à mes lectures. Là encore, la préface du traducteur est indispensable pour comprendre le cadre, et les mœurs coréennes.

Autour d’un texte classique, ce livre est un joli objet, et une démarche étonnante qui séduira ceux pour qui « avoir une bibliothèque » est un signe de reconnaissance, comme d’autres se reconnaissent autour d’une bonne cave.

S 3-3La bibliothèque secrète de Régine Deforges

Roman

«Cartographie de nos bleus» de Aude Vincent

cartographieEn France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Derrière cette statistique, au-delà des chiffres qui alertent, il y a une réalité de violences quotidiennes pour de nombreuses femmes. Surtout, il y a des noms de femmes qui souffrent : Morrigan, Marion, Alice, Fatiha…

« J’ai simplement peur de mourir » dit Morrigan au milieu du livre, résumant en une phrase toute simple l’horreur d’une violence banalisée.

L’histoire de leur quotidien prend le lecteur aux tripes. Présenté comme un roman, ce récit est bien plus que cela, car on imagine la réalité et les visages derrière le texte. Plusieurs fois j’ai fait des pauses dans cette lecture qui coupe le souffle, tendue par des passages qui sont des litanies de l’horreur :

« Cheveux arrachés, coquard, œil au beurre noir, pommette gonflée, joue déchirée sur plusieurs centimètres, coups à l’oreille (pas de trace visible), tympan foutu (perforé), lèvre fendue, dent perdue, mâchoire brisée, cicatrice au menton, traces d’étranglement sur le cou, coup à l’épaule (pas de trace encore), épaule démise, bleus dans le dos, bras tordu, bleus sur le bras, bras cassé, griffures, poignet cassé, poignet tordu, entorse au doigt, rhumatisme dans un petit doigt cassé, hématome sur les côtes, coup au ventre (pas de trace), fausse couche, utérus explosé, foie détruit, brûlure à la cuisse (cigarette), d’autres fractures, une brûlure de cigarette encore, d’autres bleus, d’autres brûlures. »

Et puis il y a ces poèmes de Pat Lowther (que je ne connaissais pas), dont on imagine au départ qu’ils vont apporter un peu de douceur, mais qui sont des témoignages de la même violence (elle-même a été tuée par son mari dans d’atroces conditions).

Un livre fort et percutant, documenté, engagé (jusque dans l’utilisation de l’écriture inclusive, encore assez rare dans les récits), qui met chaque lecteur devant ses responsabilités : ne pas subir, ne pas laisser faire. A travers l’association qui accompagne ces femmes, la parole retrouve une force bien plus importante que celle des poings.

S 3-3Editions du ruisseau intrépide, 223 pages