Roman

« La tour abolie» de Gérard Mordillat

tour abolie« Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie »

Si le titre du roman de Gérard Mordillat s’inspire du poème de Gérard de Nerval, le roman en lui-même n’a rien de poétique – bien au contraire.

La tour Magister est l’une de ces tours qui flirtent avec le ciel dans le quartier d’affaires de La Défense. Symbole de la puissance de l’entreprise qui l’occupe, c’est une tour où se côtoient tous les échelons de la hiérarchie, du PDG au trente-huitième étage, jusqu’aux secrétaires, en passant par les cadres moyens. Mais dans les sous-sols s’est organisée une vie parallèle , où des marginaux vivent près de junkies, et où des travailleurs pauvres habitent dans des voitures, près de malades psychiatriques. Ces deux mondes s’ignorent, même si certains se nourrissent des poubelles des autres.

Ce roman est d’une extrême violence : la violence est omniprésente dans la vie souterraines, où les habitants ressemblent à des animaux sans limite, vivant dans les immondices, torturant, broyant de leur folie tout ce qui les entoure ; mais la violence est aussi présente chez les « cols blancs » des étages supérieurs. Et les stratagèmes de conquête du pouvoir ne sont rien à côté de la déchéance morale des dirigeants qui vivent dans la luxure et le vice.

Je suis très partagée sur ce roman. En le lisant, j’ai souvent eu des haut-le-cœur, tant l’auteur repousse loin les limites de ce qui peut être raconté dans un roman. J’ai éprouvé le même malaise qu’à la lecture d’  « American psycho » de Bret Easton Ellis, que j’avais interrompue avant la fin. Cette fois-ci je suis allée jusqu’au bout de la lecture, même si l’accumulation de violence est de moins en moins supportable au fil des pages.

Néanmoins je reconnais à l’auteur une capacité à faire évoluer ses personnages dans un univers tantôt lisse tantôt glauque. Sa tour Magister est un monde en soi. Je retournerai peut-être, plus tard, vers cet auteur, en espérant le découvrir dans un texte moins sombre. Il faudra, d’ici là, que j’aie réussi à digérer celui-là.

S 2-3Albin Michel, 512 pages, 22,90€

Roman

« L’or de Canfranc » de Santiago Mendieta

or canfranc1980. Canfranc est une gare près de la frontière franco-espagnole, abandonnée aux quatre vents depuis bien longtemps. Thomas Azumendi s’y rend par curiosité, sur les traces de son grand-père aujourd’hui décédé. Il est journaliste, et a pris une année sabbatique pour renouer avec son histoire familiale. Ce qu’il ne savait pas en partant à Canfranc, c’est qu’il allait ouvrir la boîte de Pandore. En effet, il découvre que cette gare où a travaillé son grand-père a vu passer pendant la Seconde Guerre mondiale des convois ferroviaires chargés d’or.

D’où venait cet or, et pourquoi une certaine quantité disparaissait à chaque convoi ? Qui était au courant ?

Ce livre est bien plus qu’un roman historique. En partant de ce mystère autour de l’or de Canfranc, c’est une vraie enquête journalistique, complète, précise. Je suis habituée à lire des romans historiques très « romancés » ; ici le roman se veut très précis historiquement, et sur le fond et sur la démarche. Cela m’a un peu déstabilisée car je connais très mal (euh… pas du tout?) l’histoire de l’Espagne, et les figures des différents opposants ou partisans de Franco. Ce n’est pas inintéressant d’avoir cette approche dans le roman, mais c’est très pointu donc plutôt adapté à des lecteurs qui ont déjà un vernis (assez épais) sur le sujet. Pour moi qui suis novice sur le sujet, j’ai apprécié de « souffler » entre deux parties très pointues historiquement, pour revenir au quotidien d’enquêteur journaliste de Thomas Azumendi.

S 2-3Editions Privat, 284 pages, 18,25€

Policier

« Mourir sur Seine » de Michel Bussi

mourir seineComme souvent lorsque j’apprécie des romans d’un auteur, je remonte progressivement dans son œuvre. C’est ainsi que j’ai découvert « Mourir sur Seine » de Michel Bussi. Dans ce roman policier, Michel Bussi nous fait découvrir la Seine côté Normandie, pendant l’Armada de Rouen en juillet 2008. Alors que des navires de tous pays s’apprêtent à défiler sur la Seine devant une foule considérable, un marin est assassiné.

Maline Abruzze, journaliste locale, mène sa propre enquête. Elle rencontre un ancien pirate, et va découvrir que la Seine cache peut-être un trésor oublié, objet de bien des convoitises.

Tous les ingrédients sont réunis pour passer un bon moment de lecture : le suspense, le mystère autour d’un trésor, et la Seine comme décor. Michel Bussi est décrit par son éditeur comme un « page turner » et c’est exactement ce que l’on ressent à la lecture ; impossible de se dire « je finis mon chapitre et je pose mon livre » car chaque chapitre se termine par une ouverture et relance le suspense. Malgré tout cela m’a parfois agacée (mais c’est peut-être ce qui construit le suspense), de même que certaines phrases un peu trop mélo à mon goût (« Toute sa vie elle s’en voudrait. Mais ce n’était pas de sa faute. Elle ne pouvait pas savoir»).

Enfin je ne me cache pas malgré cela d’avoir passé un bon moment de lecture, efficace comme je l’attendais avec un roman de Michel Bussi.

S 2-3Editions des falaises, 476 pages, 9€

Policier

« Meurtres bio au château » de Grégoire Gauchet

meurtres bioDès les premières lignes, le décor est planté. Le Bleuet, l’Ortie et le Pissenlit sont trois habitants du village de Rieswihr en Alsace, village menacé par la construction d’un village vacances qui risque de défigurer le paysage et de bousculer la petite vie locale… Alors que le maire et le député s’affrontent sur le dossier, le Bleuet, l’Ortie et le Pissenlit partent en guerre contre ces constructions. Or le garde-champêtre est retrouvé mort. Simple accident ou meurtre lié au projet ?

J’aurais voulu que ce fait soit le point de départ d’une enquête policière ; or ce roman, malgré le nom de la collection à laquelle il appartient, n’a vraiment rien d’une enquête policière ! Car personne ou presque ne s’intéresse à la mort de cet homme ; par contre le roman est une incroyable somme de scènes incongrues. Passe encore que le garde-champêtre fasse ses annonces au djembé, mais rapidement cela vire presque à l’absurde : un tigre échappé d’un cirque qui boit de la bière dans un café ; « Francis Lalano », une caricature de chanteur bien connu, fait un concert qui ressemble plus à un show pathétique ; et je vous laisse découvrir les derniers chapitres.

Cela aurait pu passer, pourquoi pas, pour un récit décalé émaillé de jeux de mots ; le problème est que ce roman ne devrait pas être présenté comme une « enquête » car on s’attend à lire un polar. Présenté autrement, j’aurais pu sourire. Mais là je suis juste déçue.

s-1-3Le Verger éditeur, 336 pages, 12€

Roman

« Umami» de Laïa Jufresa

Pourquoi choisit-on de lire un livre plutôt qu’un autre ? Parfois la réponse à cette question est un peu mystérieuse : pour « Umami », premier roman de Laïa Jufresa, c’est d’abord le titre qui a attiré mon attention. « Umami », c’est le cinquième goût. Je dois reconnaître que mes connaissances s’arrêtaient à quatre goûts (le sucré, le salé, l’amer… Lire la suite « Umami» de Laïa Jufresa

Essai / Document

« Street Paris » de Simon Pradinas

Street ParisN’imaginez pas que ce livre remplacera votre plan de Paris si vous êtes perdus dans la capitale. « Street Paris » regroupe certes les plans de 45 quartiers parisiens, mais ce sont des plans artistiques, qui mettent en lumière les immanquables des divers arrondissements. On voit ainsi surgir le Sphinx et la Joconde du quartier du Louvre. Vous pouvez d’ailleurs feuilleter des extraits du livre sur le site de l’éditeur, ce sera plus parlant car c’est un livre très visuel, coloré et graphique.

La lecture est très agréable, la forme alterne les fameux plans d’illustration et des anecdotes historiques ou décalées sur le quartier. On n’évite pas malheureusement quelques clichés, qui font que je n’ai pas toujours retrouvé ma propre vision de ces quartiers, mais après tout c’est la vision subjective de l’auteur.

Il faut feuilleter le livre au fil de ses promenades dans Paris, ou pour les non-parisiens s’en servir pour imaginer une future visite de la capitale. J’ai pour ma part été plus naturellement attirée par la lecture des chapitres sur les quartiers que je connais déjà, pour confronter ma perception à celle de l’auteur. Ne passez pas à côté de l’avant-propos qui explique bien la démarche de Simon Pradinas et sa méthode. En filigrane, bien sûr, il y a un véritable amour pour Paris : « sur chaque bout de trottoir il s’est passé quelque chose d’unique. » Rien que ça.

S 2-3Chêne, 160 pages, 19,90€

Policier

« Agatha Raisin enquête (t2) : Remède de cheval » de M.C. Beaton

9782226318312-jVoilà ce qui arrive quand on lit une série de romans sans commencer par le premier : on finit par revenir en arrière. Donc pour ceux qui ont lu mes précédentes chroniques sur « Agatha Raisin enquête », je vous aide à vous y retrouver : cette chronique parle du deuxième tome, « Remède de cheval ». Agatha est déjà installée dans les Cotswolds ; elle a déjà craqué pour son voisin James Lacey, mais à eux deux ils illustrent parfaitement l’expression « fuis-moi, je te suis ; suis-moi, je te fuis ».

Dans ce tome, on découvre une belle brochette de femmes du village de Carsely, qui ont pour point commun d’être tombées sous le charme du nouveau vétérinaire, Paul Bladen. Ca se bouscule dans la salle d’attente… Or le vétérinaire est retrouvé mort ; et Agatha, qui rêve de s’illustrer dans la résolution d’une nouvelle enquête, tente de persuader la police que cette mort n’est pas accidentelle…

J’ai mis un peu plus de temps à lire ce tome que les autres, et la conséquence est que je me suis perdue parmi les groupies du vétérinaire « Mrs Parr, Mrs Mason, Freda, Miss Webster, Mrs Josephs et Miss Simms » – non vraiment, ça fait trop pour moi.

J’ai quand même pris plaisir à lire ce tome, bien qu’il soit moins accrocheur que les suivants (je le dis pour les bons élèves qui vont les lire dans l’ordre : si celui-ci ne vous plaît que moyennement, ne vous arrêtez pas là, les suivants sont très bons).

Ça y est, j’ai lu tous les tomes traduits en français. Vite vite messieurs-dames de chez Albin Michel, traduisez vite les suivants pour m’éviter de devoir les lire en anglais… !

S 2-3Albin Michel, 270 pages, 14€. Traduit de l’anglais par Esther Ménévis

Policier

« Agatha Raisin enquête (t1) : La quiche fatale » de M.C. Beaton

quiche fataleSi vous venez de temps en temps sur ce blog (merci, merci), vous savez que ma lubie littéraire actuelle est la série des « Agatha Raisin » de M.C. Beaton. Je me suis attachée à ce personnage, et moi qui aime les romans policiers « gentillets » – comprenez par là « sans description macabre ni scène angoissante », je suis servie. Si la collection est depuis peu traduite en français, les romans ont une bonne vingtaine d’années. J’ai commencé par le tome 3, et je rattrape maintenant mon retard en lisant le premier tome de la série – les romans sont suffisamment bien construits pour que cela ne soit pas gênant.

Reprenons donc depuis le début. Agatha est une femme d’affaires londonienne, intraitable et redoutée par ses pairs. Mais depuis toujours elle rêve secrètement de s’installer dans la campagne anglaise, plus précisément dans les Cotswolds qui « représentaient à ses yeux tout ce qu’elle avait toujours désiré : la beauté, la tranquillité et la sécurité ». Elle abandonne donc son travail, et s’installe dans un joli cottage au sein d’un petit village.

Et voilà la business woman Agatha Raisin passant ses soirées à regarder la télé ou à lire « Autant en emporte le vent ». Mais cette nouvelle vie de femme au foyer ne va pas durer longtemps : décorer sa nouvelle maison ou participer aux œuvres caritatives locales, ce n’est pas trop dans sa nature. Heureusement avec Agatha, même un simple concours culinaire local prend des proportions inattendues : alors qu’elle participe à un concours de la meilleure quiche, Agatha triche et achète une quiche en la faisant passer pour sienne. La tricherie aurait pu passer inaperçue si le président du jury n’était pas mort empoisonné par ladite quiche…(d’où le titre de « Quiche fatale », encore plus drôle dans la version originale « The Quiche of death »). Ce n’est pas vraiment la publicité dont Agatha avait besoin pour s’intégrer dans le village…

Sa curiosité, sa mauvaise foi, son tempérament, en font une voisine détestable… mais pour les lecteurs qui aiment les romans divertissants, une héroïne à suivre. L’enquête est presque secondaire dans l’histoire ; le plus plaisant est de suivre Agatha la citadine dans ses premiers pas de villageoise, multipliant les efforts pour s’intégrer mais ne récoltant que des catastrophes. C’est amusant, « so british », et on commence déjà à voir en filigrane une certaine sensibilité que l’on retrouvera dans les tomes suivants. Si vous ne connaissez pas Agatha Raisin, il est temps de partir à sa rencontre !

S 3-3

Albin Michel, 324 pages, 14€. Traduit de l’anglais par Esther Ménévis

Roman

« Le facteur émotif » de Denis Thériault

facteur émotifSi cet été vous hésitez entre envoyer une carte postale ou un simple MMS, c’est que vous n’avez pas encore lu « Le facteur émotif », véritable ode au courrier postal.

Bilodo est facteur. Il vit seul, a peu d’amis, et sa principale distraction consiste à décacheter les lettres qu’il transporte. C’est ainsi qu’il intercepte la conversation épistolaire entre Grandpré et Ségolène. Celle-ci vit en Guadeloupe, et échange avec Grandpré des « haïkus », de courts poèmes japonais.

Lorsque Grandpré meurt brutalement, Bilodo ne peut se résoudre à voir cet échange s’interrompre ; alors il va prendre la place de Grandpré, sans mesurer les péripéties qui l’attendent. Lire la suite

BD

« A boire et à manger avec Sonia Ezgulian (tome 4) » de Guillaume Long

En flânerie dans les rues de Saumur, je rentre par réflexe dans une librairie, et là je m’écrie : « tiens, il en a sorti un nouveau ! ». « Il », c’est le talentueux Guillaume Long, dont j’ai déjà dévoré les trois premiers tomes de « A boire et à manger », une BD drôlissime sur la cuisine. Et donc le « nouveau »… Lire la suite « A boire et à manger avec Sonia Ezgulian (tome 4) » de Guillaume Long