Roman

«Le meilleur coiffeur de Harare» de Tendai Huchu

harareAu Zimbabwe, Vimbai est la coiffeuse fétiche du salon de Mme Khumalo. Les clientes lui sont fidèles et lui confient leurs cheveux les yeux fermés.

Quand Mme Khumalo embauche le jeune et talentueux Dumisani, le statut de Vimbai change du jour au lendemain : désormais les clientes ne jurent plus que par les doigts magiques du nouvel employé. Si l’hostilité de Vimbai ne cesse de croître, Dumisani tente d’apaiser leurs relations.

Sympathique roman, le texte fait voyager le lecteur dans un Zimbabwe joyeux mais rongé par la pauvreté et la corruption organisée. Le salon de Mme Khumalo, décor central de l’histoire, pourrait faire craindre une histoire centrée sur des petites guerres de coiffeurs ; mais le texte se lit avec plaisir. Le personnage de Vimbai, fille-mère, indépendante et au fort tempérament, est un joli portrait de femme. La fin est totalement prévisible, j’ai donc été un peu déçue par le « faux suspense » parsemé en fin de chapitres (« il me fallait des réponses », « je n’apprendrais que bien plus tard […] de quoi il retournait », « ce que j’allais découvrir était pire que tout ce que j’avais pu imaginer » etc). La lecture reste agréable et l’écriture simple en fait un bon livre pour l’été.

S 2-3Zoe, 304 pages, 9,90€

Roman

«Un dieu dans la poitrine» de Philippe Krhajac

G01734_Un_dieu_dans_la_poitrine.inddPhérial est un enfant de l’assistance publique. Il est baladé de foyer en famille d’accueil, et s’il y reçoit parfois un peu d’amour, il gardera aussi des séquelles de maltraitance.

Roman d’une vie, d’un enfant abandonné, atypique, mais qui au début du livre n’a pas l’air « si malheureux » : joueur, gentiment bagarreur avec les copains, taquin… Si le roman débute façon petit Nicolas à l’orphelinat, il bascule – sans que je l’aie vu venir – dans la douleur. D’un récit qui commençait avec un peu de tendresse, au milieu des chamailleries de gamins, la lecture devient plus profonde, au point de couper le souffle et de rendre le texte pesant et triste. Une lecture à la fois pleine de vie et de ressentiment laisse un goût amer et un sentiment mitigé.

S 2-3Folio, 400 pages, 7,90€

Policier

«Pietr le Letton (Maigret t.1) » de Georges Simenon

maigret1J’ai commencé ce livre sans savoir à quoi m’attendre, sans savoir si j’allais « aimer ou pas ». Je dois dire que j’ai surtout été attirée au départ par la jolie couverture bleu nuit de cette anthologie.

Pour moi, Maigret c’est Bruno Cremer, dans des téléfilms lents devant lesquels les paupières deviennent lourdes. Je n’avais jamais lu aucun roman de Simenon avant celui-ci.

Ce que je retiens de cette lecture est avant tout une ambiance. Dès la première page, le décor est planté :

Le commissaire Maigret, de la première Brigade Mobile, leva la tête, eut l’impression que le ronflement du poêle de fonte planté au milieu de son bureau et relié au plafons par un gros tuyau noir faiblissait. Il repoussa le télégramme, se leva pesamment, régla la clef et jeta trois pelletées de charbon dans le foyer.

Le reste du roman est dans la même tonalité, comme si avant même l’intrigue l’auteur s’était attaché à donner un décor au personnage. Quant au personnage de Maigret lui-même il nous est décrit à plusieurs reprises, tantôt physiquement, tantôt dans sa gestuelle et ses postures.

  « Ça », c’était un homme qui ne se faisait pas habiller par un tailleur anglais, qui n’avait pas le temps de passer chaque matin chez la manucure et dont la femme, depuis trois jours, préparait en vain les repas, résignée, sans rien savoir.

« Ça », c’était un commissaire de première classe aux appointements de deux mille deux cents francs par mois qui, une affaire terminée, les assassins sous les verrous, devait s’attabler devant une feuille de papier, dresser la liste de ses frais, y épingler les reçus et pièces justificatives, puis se disputer avec le caissier !

L’auteur, aussi, semble s’amuser à semer quelques anecdotes biographiques sur Maigret. Ainsi on apprend par exemple qu’il a entamé « des études de médecine inachevées » – et je ne peux pas croire que l’auteur ne se servira pas de ce genre d’éléments plus tard, dans d’autres récits de sa série.

Enfin, je termine par l’intrigue (quand même). Je l’ai trouvée aussi insignifiante que laborieuse – avec pour point de départ un homme retrouvé mort dans un train. Heureusement il y avait le reste, ce décor parisien des années 1930, et ce personnage taiseux et inébranlable.

S 2-3Ed.Omnibus, Préface de Pierre Assouline, 28€ pour le tome 1 de l’anthologie regroupant 8 récits.

Policier

«Agatha Raisin enquête (t16) : Jamais deux sans trois» de M.C. Beaton

Agatha t16 jamais deuxAprès deux rendez-vous manqués, deux lectures décevantes de la série « Hamish MacBeth » nouvellement disponible dans une traduction française, je reviens à mon héroïne préférée de MC Beaton : Agatha Raisin.

Agatha est toujours à la tête de son agence de détectives. La création de cette agence donne un nouveau souffle à la série, car elle permet de renouveler très nettement les personnages de la série – même si les chouchous restent présents. Un photographe rejoint l’agence, Phil Witherspoon, un homme sympathique de soixante-seize ans.

L’enquête est plus sombre que d’habitude. Loin des histoires de mégères jalouses, cette fois-ci Agatha est confrontée au meurtre d’une adolescente. Le meurtre est violent, le drame terrible.

Heureusement Agatha continue à user de ses ruses, de son sixième sens, pour le plus grand bonheur du lecteur. Et puis d’autres histoires viennent parsemer le roman, adultères, recherche d’animaux disparus (par un jeune détective un brin décalé)… Le roman s’achève sur un rebondissement inattendu.

Alors, envie de continuer avec Agatha ?

S 3-3Albin Michel, 14€

Policier

«Hamish Macbeth tome 2 : Qui va à la chasse» de M.C.Beaton

Hamish t2Après la lecture décevante du premier tome de cette « nouvelle » série (qui vient d’être traduite en français, mais qui a été publié en anglais dans les années 1980), je récidive avec le second tome – on ne sait jamais.

Priscilla est sur le point de se fiancer avec un dramaturge, au grand dam d’Hamish qui est secrètement amoureux d’elle. Ses parents ont réuni quelques invités pour l’occasion, qui se fréquentent autant qu’ils se détestent.

Plus encore que dans la série « Agatha Raisin », écrite par le même auteur, je retrouve une ambiance proche de celle d’Agatha Christie : un huis-clos pour décor (ici les invités des fiançailles de Priscilla sont réunis dans le château familial) ; on sait que le coupable d’un meurtre est présent parmi les invités ; et Hamish les réunira tous à la fin du récit pour le démasquer.

Mais quelle lenteur dans le récit ! Dans le premier quart du livre ? Il ne se passe rien. A la moitié du roman ? Le meurtre est commis. Et tout le reste traîne en longueur, sans rebondissement. Seule la fin (et contrairement au premier tome) est mieux construite et permet de trouver un peu de rythme dans le dénouement.

Autant je dévore les « Agatha Raisin », autant je n’ai pas été plus enthousiasmée par ce deuxième tome que par le premier. Je pense arrêter là ma lecture de cette série, et ne pas chercher à poursuivre les aventures du policier écossais.

S 2-3Albin Michel, 280 pages, 14€

Policier

«Hamish Macbeth tome1 : Qui prend la mouche» de M.C.Beaton

Hamish t1Fidèles lecteurs de mon blog, vous savez que je suis avec assiduité chaque nouvelle parution dans la série des « Agatha Raisin ». J’ai lu les quinze (!) premiers tomes, le seizième n’attend que d’être lu mais je fais durer un peu le plaisir.

Alors quand une autre série policière du même auteur est sortie, je me suis précipitée !

Hamish Macbeth est un anti-héros, comme Agatha. La comparaison s’arrête là. Pour le reste, on aurait difficilement pu imaginer deux personnages plus différents : Hamish est un homme tranquille, plutôt tranquille (tendance pépère), aussi sauvage qu’Agatha est citadine, aussi transparent qu’elle est envahissante, aussi lent qu’elle est vive.

L’histoire, d’ailleurs, est à l’image de la lenteur du personnage. Cette première enquête met en effet un temps interminable à démarrer. Un groupe de pêcheurs amateurs est réuni pour un stage. Très vite on comprend que les rancoeurs se crispent autour d’une participante, particulièrement désagréable avec les autres. Les ficelles, déjà, sont bien grosses, les pêcheurs en herbe affichant les uns après les autres leur envie de se débarrasser de la mégère.

L’intrigue peine à démarrer… et finalement le dénouement se fera en quelques pages.

Vous l’avez compris, la lecture de ce premier tome ne m’a pas convaincue, hélas ! J’aurais aimé retrouver le même plaisir de lecture qu’avec les « Agatha Raisin ».

Emportée par mon enthousiasme initial, j’avais acheté dès la sortie le deuxième tome de la série, je vais donc laisser à Hamish Macbeth une seconde chance.

À suivre…

S 1-3Albin Michel, 280 pages, 14€

Policier

«Amour entre adultes» de Anna Ekberg

amour entre adultesPassons sur le titre, « Amour entre adultes », qui laisse présager soit un nouveau « 50 nuances de Grey », soit une mauvaise bluette. Que les choses soient claires, il s’agit bien d’un thriller psychologique.

Si vous trouvez la couverture jolie (ce qui est mon cas), sachez qu’elle n’a rien à voir avec l’histoire. Ne vous attendez pas à lire un roman sur l’Amérique des années 1970 ; on part dans les fjords danois de nos jours.

Une fois ces précisions faites, nous pouvons entrer dans le vif du sujet !

L’histoire commence par une scène où une femme est renversée volontairement par son mari. « Salope » est d’ailleurs l’incipit du roman. Que s’est-il passé dans ce couple modèle pour que le mari en arrive à une telle extrémité ? Là réside l’enjeu du roman… mais pas seulement.

Pour qu’un thriller soit efficace, il ne faut pas en savoir trop à l’avance. Donc je ne vous dirai rien de plus sur l’histoire. Sachez seulement qu’il y aura des rebondissements, des situations incroyables, et que vous pousserez des « oh » d’étonnement. Ce n’est pas un récit « haletant » comme un page turner, je ne peux pas dire qu’il y ait vraiment du suspense, mais le récit est tellement bien mené que le lecteur se fait surprendre au moment où il s’y attend le moins. C’est un thriller psychologique comme je les aime !

S 3-3Le Cherche Midi, 480 pages, 22€

Roman

«Les ailes de courage» de George Sand

ailesIl existe en Normandie, pas très loin de Deauville, un bout de côte fleurie surnommée « les vaches noires » en raison de la forme et de la couleur de ses falaises. C’est ici que se réfugie Clopinet, petit paysan qu’on a voulu placer en apprentissage chez un tailleur. Clopinet a préféré la liberté à cette vie d’apprenti chez un maître trop sévère. Pour lui qui n’a connu que la campagne normande, la découverte de la mer, avec ses bruits et les oiseaux qu’elle abrite, aurait pu être terrifiante. Mais le jeune garçon a bien plus de courage que ne l’imaginait sa famille, et dans les moments angoissants, il sait déployer des « ailes de courage » qui vont l’aider à affronter la vie et à devenir un homme.

Conte initiatique écrit par George Sand pour Aurore et Gabrielle ses petites-filles, l’histoire entremêle un récit éducatif (le départ de chez les parents, la vie qu’il faut affronter courageusement) et des scènes qui frôlent le surnaturel et dans lesquelles on ne distingue pas ce qui relève de la magie ou de l’imaginaire de Clopinet. Petit livre de moins de cent pages, il plaira sans doute plus aux jeunes lecteurs mais vaut le coup d’être lu par tous comme un classique de notre littérature, qui plus est dans une édition à tout petit prix (2,90€).

S 2-3Flammarion, 2,90€

Essai / Document

«Hiéroglyphes, les bases», de Jean-Pierre Guglielmi

hiéroglyphes« Quand tu écris, tes lettres ressemblent à des hiéroglyphes. »

Si vous avez déjà été confrontés à ce genre de remarque, j’ai trouvé un livre qui vous permettra de répondre à votre interlocuteur avec humour, puisqu’il s’agit d’un cahier d’exercices… pour apprendre à écrire des hiéroglyphes !

Sous un format pratique de cahier à spirales, vous découvrirez les phonogrammes et vous initierez à leur écriture dans des pas à pas très détaillés. L’introduction du livre rappelle (ou apprend!) les principes de cette écriture, et donne des repères (classification de Gardiner notamment). Si comme moi, votre seul repère était Champollion, vous allez faire plein de découvertes.

En revanche, c’est un livre sérieux, destiné au départ à ceux qui étudient sérieusement l’égyptien ancien. Donc pour les néophytes comme moi qui sont juste curieux de découvrir, l’ouvrage devient vite assez complexe. Mais l’ensemble reste amusant et intéressant.

S 2-3Assimil, 9,90€, 128 pages