Roman

« Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » de Stuart Turton

hardcastleEn commençant ce livre, j’en avais lu le résumé fait par l’éditeur, et je savais donc (à peu près!) à quoi m’attendre, à savoir une construction atypique et forcément complexe.

La jeune Evelyn Hardcastle va mourir ce soir. Aiden Bishop, invité à la grande fête organisée par les parents d’Evelyn, doit trouver son assassin. Mais s’il ne le démasque pas avant ce soir, il pourra recommencer le lendemain, puis le surlendemain… car il aura une semaine entière pour revivre cette journée.

Ce schéma n’est pas inédit, il a même été utilisé dans un célèbre film (« Un jour sans fin »). Pourtant ici le procédé narratif est un peu différent, car non seulement le narrateur va revivre plusieurs fois la même journée, mais (attention je spoile un tout petit peu) il va la revivre dans la peau de différents personnages. C’est alors que les difficultés commencent pour le lecteur, car non seulement il faut se souvenir de ce que le personnage a pu glaner comme indice dans chaque journée, mais aussi ne pas se perdre entre les différents personnages et leurs points de vue respectifs. Dans ce genre de roman très complexe, j’ai toujours peur que la fin soit incompréhensible, parce qu’il y a forcément plein de détails qui m’échappent, ou dont je ne mesure pas immédiatement la portée. Heureusement j’ai compris la fin, même si à certains moments je me suis sentie perdue au milieu de certains personnages.

J’ai pensé évidemment à ma lecture du « Jardin des sept crépuscules » (tiens, encore un sept), même si « Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » est moins complexe. Au final, c’est un roman qui interpelle et intéresse par sa structure ; je reste juste un peu sur ma faim car je suis passée à côté de certains passages.

S 2-3Sonatine, en numérique 4,99€

Policier

« Au service secret de Marie-Antoinette : l’enquête du Barry ( tome 1) » de Frédéric Lenormand

enquête du barry - marie antoinette t1Rose Bertin et Léonard sont deux personnages historiques qui ont fortement contribué à l’image de Marie-Antoinette – à son image de modernité, mais aussi à une certaine frivolité qui alimenta la moquerie et le désamour de son peuple. Lenormand a choisi de faire de la modiste et du coiffeur les héros d’une série de cosy mysteries.

Habitués de ce blog, vous savez que c’est un genre littéraire que j’aime particulièrement, et par ailleurs il ne vous aura peut-être pas échappé que Marie-Antoinette est une figure historique à laquelle je m’intéresse beaucoup et depuis longtemps. Autant dire que ces romans me faisaient de l’œil depuis longtemps ! J’ai profité du confinement pour lire le premier tome en version numérique. Hélas, triple hélas, ma déception a été aussi forte que l’avait été mon envie de lecture.

Tout d’abord, j’ai regretté que Marie-Antoinette soit si peu présente dans l’histoire – elle n’apparaît vraiment qu’à la fin du livre. Mais surtout, j’ai trouvé beaucoup de maladresses dans la construction. Le début du roman est totalement invraisemblable : Marie-Antoinette choisit, par l’intermédiaire de ses dames de confiance, de recruter Rose Bertin et Léonard, sans les connaître du tout, et de les lancer sur la piste des diamants disparus de la Comtesse du Barry – rien que ça ! On disait Marie-Antoinette un peu légère parfois, de là à confier à deux artisans inconnus la quête d’une si précieuse parure de bijoux sans les connaître ni d’Eve ni d’Adam… moi j’ai eu un peu de mal.

Bien que l’on sente beaucoup de bonne volonté de la part de l’auteur pour entraîner le lecteur dans le Paris du XVIIIè siècle – il est d’ailleurs bien documenté – l’histoire est trop rocambolesque et les personnages trop caricaturaux à mon goût, et je me suis vite lassée. Dommage ! Trop d’espoirs placés dans une lecture, parfois, ne font qu’accroître la déception. Je ne lirai pas les tomes suivants.

S 1-3Ed de la Martinière, 360 pages, 14€

Biographie

« Victoria » de Daisy Goodwin

victoriaAprès « La trilogie de Corfou », c’est une fois de plus une série télévisée qui m’aura amenée vers un livre. C’est en effet la série britannique « Victoria » qui m’a donné envie de lire le roman biographique du même nom – et dont j’ai découvert qu’il était écrit par la scénariste, historienne de formation.

Cette biographie se lit comme un roman, celui de l’accession au trône britannique d’une jeune fille de dix-huit ans. Elevée loin des codes de la monarchie, protégée à outrance, devenir reine est pour elle un bouleversement qui sera synonyme de libération : libération de sa mère, qui dormait encore dans la même chambre qu’elle ; libération aussi de ceux qui espéraient régner à sa place.

Inexpérimentée, Victoria s’appuie fortement sur son Premier Ministre, Lord Melbourne. Surnommé affectueusement « Lord M » par la jeune reine, celui-ci est à la fois un guide politique, une figure paternelle bienveillante, et (dans le livre du moins) le premier homme dont la reine s’éprend.

Si vous avez vu la série, le livre y est globalement fidèle, même si j’ai trouvé le livre moins dramatique (notamment sur les tentatives de renversement et de mise sous tutelle de la jeune reine).

Je ne sais pas juger de la fidélité historique des propos, même si d’après quelques recherches il semblerait que le rôle de Melbourne soit moins romanesque que celui raconté, et que l’amour de la reine pour son époux soit plus fort et plus sincère que le choix un peu mitigé qui est celui du livre.

J’ai passé un très agréable moment de lecture, transportée dans le Londres royal des années 1830. Le cadre est idyllique (et idéalisé), l’histoire romanesque à souhait, et l’écriture d’une grande fluidité.

S 3-3Milady, 571 pages, 18,20€

Essai / Document

« Les énigmes de l’histoire du monde » sous la direction de Jean-Christian Petitfils

énigmes histoire mondeQue vous soyez féru d’Histoire, ou que votre scolarité vous ait laissé un mauvais souvenir des dates à apprendre par cœur, ce livre vous fera passer un passionnant moment de lecture.

En effet, il compile vingt énigmes de l’Histoire du monde, chacune racontée par l’un de ses spécialistes. Autant le dire tout de suite, il y en aura pour tous les goûts, puisque le lecteur voyage de l’Atlantide jusqu’au pont de l’Alma qui fût fatal à Lady Di.

Si quelques unes de ces énigmes m’ont moins intéressée (celle sur Sébastien de Portugal, ou encore celle sur Louis II de Bavière), la plupart sont passionnantes, et rendues accessibles au plus grand nombre. Chaque énigme est retracée en une vingtaine de pages, qui situent le contexte et le point de départ de l’énigme, rappellent les différentes pistes étudiées au fil des années (ou des siècles!) et concluent avec l’état actuel des connaissances.

Parmi les auteurs, certains ferment toute possibilité de questionnement résiduel, d’autres au contraire semblent prendre plaisir à laisser ouvertes plusieurs réponses – et donc à conserver une part de mystère (ce sont ces histoires-là qui m’ont le plus plu, je le reconnais!).

Je connaissais certaines de ces énigmes (l’affaire Anastasia, le suaire de Turin, l’assassinat de Kennedy), mais j’ai aimé voyager dans l’Histoire de cette manière. Un très bon livre pour cet été !

S 3-3Perrin, 416 pages, 21€

Policier

« Au douzième coup de minuit » de Patricia Wentworth

douzieme coupLe fameux douzième coup de minuit est évidemment très romanesque. Tant pis si l’ambiance est un peu galvaudée, j’ai une fois de plus apprécié cette enquête de Miss Silver.

Cette fois-ci, c’est une trahison familiale qui est au coeur de l’intrigue. James Paradine, patriarche d’une riche famille d’industriels, profite du réveillon du nouvel an de l’année 1942 pour annoncer à sa famille réunie que l’un des invités a trahi sa propre famille. Serein mais déterminé, il dit connaître le coupable et attendre dans son bureau que celui-ci vienne se confesser avant minuit.

La suite, vous l’imaginez facilement : James Paradine va être retrouvé mort. Alors, qui est le traître dans la famille, qui a préféré tuer le patriarche plutôt que de voir son nom traîné dans la boue ?

Engagée par un membre de la famille, Miss Silver s’installe dans la demeure où vit une partie de la famille. Elle va ainsi faire connaissance avec les beaux-enfants de James Paradine, avec sa sœur possessive et la fille adoptive de celle-ci, avec les cousins, le secrétaire que tout le monde déteste, bref avec toute une galerie de personnages dont aucun n’a l’air très serein…

Il y a quelques fausses pistes données en pâture au lecteur, mais aussi des gros indices qui mènent à la résolution de l’intrigue. Pas de gros twist au moment de la révélation finale, mais la lecture reste plaisante et distrayante.

S 3-3En numérique chez 12-21, 8,99€

Policier

« Miss Silver intervient » de Patricia Wentworth

miss silver intervient t6Situer une intrigue policière dans un immeuble est toujours une idée qui apporte de nombreuses ficelles narratives à un auteur. Prenez l’immeuble Vandeleur House, par exemple. On y croise une commère, une jeune veuve, un vieux couple, une blonde séduisante, une fille trop obéissante, un gardien qui ne se mêle de rien… Autant de personnages à qui il peut arriver mille et une histoires, qui se croisent à peine dans un ascenseur, et qui pourtant vont tous être impactés par un meurtre commis dans l’immeuble.

Le risque est double : avant que l’intrigue ne commence réellement, il faut installer tous les personnages ; et une fois que tous ont été présentés au lecteur, il faut faire en sorte que celui-ci ne confonde pas les détails sur chacun des protagonistes.

Que l’intrigue mette un peu de temps à démarrer ne m’a pas gênée dans ma lecture ; en revanche j’ai trouvé qu’il y avait trop de personnages, trop de détails sur chacun que je n’arrivais pas à séparer entre ceux qui auraient de l’importance et ceux qui n’en avaient guère. L’histoire n’est pas désagréable, et la multiplication des détails a aussi réussi à me lancer sur des fausses pistes – même si je n’arrivais pas à me faire une conviction précise sur le meurtrier. Heureusement Miss Silver, égale à elle-même, continue d’être une gentille héroïne dont je lis avec plaisir les aventures. Petit étonnement quand même, l’inspecteur Lamb est plutôt désagréable, hautain et même misogyne. Drôle de personnage !

S 2-3En numérique chez 12-21, 8,99€

Roman

« Les allées du pardon » de Laurence Labbé

allées pardonSurprendre le lecteur et l’entraîner dans un univers différent d’un livre à l’autre : voici un talent dont peut se vanter Laurence Labbé. J’ai déjà lu plusieurs livres de cette auteure, et je me laisse surprendre à chaque fois par son univers, tantôt décalé ou humoristique, tantôt poétique, mais toujours plein de sensibilité.

Avec « Les allées du pardon », je découvre une autre facette de son écriture. Le récit alterne deux narrateurs : l’un est au bord du burn-out et s’offre quelques jours de déconnexion seul, dans un hôtel ; le second, Théodule, est l’auteur d’un texte autobiographique qui commence par la mort de sa mère. Théodule est suspecté de l’avoir tué – sa mère ne l’aimait pas, et il le lui rendait bien – et placé dans un « hospice » où il clame son innocence tout autant que le fait qu’il ne pleurera pas sa mère.

Théodule est un personnage décalé, dans la lignée des portraits qu’aime croquer Laurence Labbé. Il est à la fois un énergumène et un sensible, jonglant entre un quotidien affligeant et des pensées profondes sur le monde.

J’ai trouvé ce nouveau roman assez différent des précédents. Le style de l’auteure continue à se bonifier avec le temps, et si le récit est surtout porté par la narration de Théodule, la prise de recul imposée au lecteur via le premier narrateur (lui-même en quête de sens et ayant besoin de recul sur sa vie) est particulièrement bien amenée et écrite. Il est rare que les romans à double narration offrent réellement deux styles d’écriture différents, et c’est pourtant un pari réussi dans « Les allées du pardon ».

L’air de rien, l’auteure interpelle ses lecteurs sur les maux de notre époque, questionne sur le sens du travail, les liens du sang… Le tout avec une sensibilité à souligner. C’est intelligent et bien écrit, je vous le conseille.

S 3-3Laurence Labbé, 9,50€, commande en ligne ou via https://laurencelabbelivres.com/roman/les-allees-du-pardon/

Policier

« Le châle chinois » de Patricia Wentworth

châle chinoisComment ai-je pu passer aussi longtemps à côté des romans de Patricia Wentworth ?

Pour une lectrice qui aime autant les cosy mysteries, les romans policiers sauce Agatha Christie avec de sympathiques détectives à l’ancienne et des intrigues polies dans l’Angleterre de la mi-vingtième siècle, c’est presque inexcusable !

Enfin, vous l’aurez compris, depuis quelque temps je rattrape mon retard, de manière presque addictive puisque à chaque fin de roman je commence le suivant de la série. Tous ne sont plus disponibles en ce moment en version papier, heureusement ma liseuse numérique me permet de palier à cela (jusqu’ici je les ai tous lus en version numérique, c’est assez amusant quand on lit des romans d’un autre siècle).

Mon début de lecture du « Châle chinois » me laissait perplexe : beaucoup de personnages étaient présentés dès les premières pages, j’ai redouté une intrigue trop alambiquée, ou tout simplement de me perdre dans les personnages (c’est une inquiétude récurrente chez moi, à part Ken Follett peu d’écrivains m’ont rassurée sur le fait qu’un nombre impressionnant de personnages ne nuit pas toujours à la compréhension, du moment que le récit est bien construit).

1943. Laura Flane est une jeune héritière dont les parents, des cousins aujourd’hui décédés, ont scandalisé leur famille en se mariant alors que le jeune époux était promis à une autre. A 21 ans, Laura est en âge d’hériter, et va devoir décider ce que devient « le Prieuré », la demeure qui lui appartient désormais et où (on n’est pas à un détail peu crédible près) est habité par la fiancée autrefois éconduite. Ladite fiancée avait à l’époque eu un terrible accident qui l’a laissée paralysée. C’est aujourd’hui une dame mûre, invalide, mais au tempérament bien trempé, et qui espère bien garder « le Prieuré ». Ajoutez à cela une jeune cousine au coeur d’artichaut, des prétendants qui perdent la tête, et quelques femmes jalouses, vous aurez une idée de l’ambiance au « Prieuré ».

Alors évidemment il faut aimer les histoires de jeune héritière dont les hommes tombent amoureux au premier regard, les veillées au coin du feu et le gong qui sonne l’heure du thé.Tous les codes du roman à énigme sont présents, c’est charmant comme de la porcelaine anglaise, et pour ma part j’adore !

S 3-3En numérique chez 12-21, 8,99€ ; sinon en format papier poche 7,10€

Roman

« Une immense sensation de calme » de Laurine Roux

G03305_UneImmenseSensationDeCalme.inddSi certains romans portent une histoire, d’autres portent une ambiance. C’est le cas pour cet étonnant premier roman. Bien que le roman soit court (moins de 150 pages), j’ai eu l’impression de traverser (en partie) un pays, historiquement et géographiquement.

De la narratrice on se saura pas grand-chose, pas même son nom. Mais on sait que sa rencontre avec Igor, un colosse rassurant et taiseux, sera le bouleversement de sa vie. Dans une nature rude et sans piété, au fil de saisons hostiles, ce voyage initiatique à travers le temps et les intempéries va révéler un passé douloureux.

Étonnant texte où les mots nous entraînent dans les tréfonds d’une histoire violente qui affleure le présent. La grand-mère tant chérie, et les atrocités d’une guerre, donnent à ce texte une profondeur inhabituelle. C’est un texte qui ne se raconte pas ; le résumer serait le dénaturer. Il faut le découvrir et se laisser porter par la narration.

S 2-3Folio, 144 pages, 6,90€

Roman

« Le jardin des dieux » de Gerald Durrell

corfou t3Avec ce dernier titre s’achève la « Trilogie de Corfou », qui m’aura accompagnée pendant le confinement et même un peu au-delà. Voici trois ouvrages dont je n’oublierai pas de sitôt l’ambiance ensoleillée (par le climat) et joyeuse (par cette famille tellement loufoque).

Ce dernier tome s’inscrit totalement dans la continuité des deux précédents, et l’on continue à suivre les aventures de cette famille farfelue, qui semble n’avoir peur de rien et faire feu de tout bois, quels que soient les tracas et mésaventures du quotidien.

Le lecteur ne s’étonne plus quand le jeune Gerry souhaite poursuivre ses essais de taxidermie sur une tête de taureau, ou quand le nouvel ami de la famille, Jeejee, tombe du balcon en essayant de léviter. Car ainsi va la vie dans cette famille, où les animaux sont plus nombreux que les humains, et où l’on accueille les uns après les autres, les amis des enfants, et les amis des amis, et les amis des amis des amis que l’on connaît à peine de nom. Quant à Spiro, le dévoué ami de la famille, il est plus drôle que jamais dans son anglais approximatif qui lui fait faire des contresens.

«  A cette époque, vivant à la campagne sans les avantages douteux de la radio ou de la télévision, nous devions nous en remettre aux formes primitives de divertissement qu’étaient les livres, les querelles, les fêtes et le rire de nos amis […] »

S 3-3La Table ronde, 304 pages, 14€