Roman

« Les duellistes » de Pierre Chavagné

duellistesEn ce jour d’élection présidentielle, chroniquer un roman qui s’intitule « Les duellistes » pourrait vite se transformer en chronique politique. C’est bien loin d’être le cas, car ce roman se déroule à une toute autre époque, en l’occurrence le XVIIème siècle.

Deux hommes règnent sur le France. Le roi bien sûr, Louis XIII. Mais aussi le Cardinal Richelieu, qui œuvre dans les coulisses du pouvoir.

Bouteville est comte, il a été un soldat émérite, valeureux, mais aujourd’hui il joue sa vie d’une autre manière : en effet, Bouteville a une fâcheuse tendance à se battre en duel, bien que le Cardinale n’apprécie guère ces batailles vengeresses.. Pierre de Varages, le fidèle écuyer du comte de Bouteville, a l’habitude de l’accompagner dans ses duels. Il finit par se prendre lui aussi au jeu du combat à l’épée.

Si ce livre est un roman, il est avant tout un panorama historique et une fresque sur ces hommes à l’âme batailleuse. Le livre est quasi exclusivement centré sur les duels (le titre ne nous ment pas!), les combats, leurs enjeux et les risques encourus par les duellistes. Les personnages sont tous masculins, à l’exception de la femme adultère de Bouteville ! Je ne sais pas si la dénomination de « roman historique » est pertinente, le livre est presque un documentaire pris sous un angle très particulier de l’époque. Les amateurs de capes et d’épées y trouveront une lecture instructive, les autres risquent de s’ennuyer un peu… Lire la suite

Nouvelles

« Les amants sous verre » de Georges-Olivier Châteaureynaud

Le Salon du livre de Paris, qui s’est tenu en mars, est un rendez-vous incontournable pour moi. Je m’y sens comme un enfant dans une ludothèque, j’ai l’œil qui brille et je butine d’un stand à l’autre, alléchée par la nouveauté.

Comme chaque année, j’ai évité les stands des grandes maisons d’édition ; n’y voyez pas un quelconque snobisme de ma part, mais seulement je ne vais pas au Salon du livre pour y trouver le dernier livre à la mode, celui qui bénéficie d’une belle publicité en vitrine, et qui est bien visible sur tous les étals des libraires. J’y vais pour trouver la pépite à peine visible, celle qui réveille ma curiosité.

Une de mes belles découvertes de cette année est une maison d’édition qui n’est pourtant pas une jeunette puisqu’elle affiche déjà presque trente ans de publications : Le Verger éditeur. Et me voilà découvrant comme premier ouvrage une nouvelle publiée dans la collection « Sentinelles ». Lire la suite

Biographie

« Charlotte » de David Foenkinos

            charlotteLes premiers paragraphes de « Charlotte » surprennent : phrases très courtes, retour à la ligne à chaque phrase. Visuellement, c’est un poème, même si la lecture du texte prouve que ce n’en est pas un. J’interromps ma lecture, feuillette le reste du livre : tout le roman est écrit sous cette forme. Je me demande pourquoi Foenkinos a fait ce choix qui risque de gêner la lecture de son texte. Il faut attendre plusieurs dizaines de pages pour comprendre que ce n’est pas un effet de style, mais la retranscription de ce que l’auteur ressent lorsqu’il pense à la vie de Charlotte Salomon.

              « J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.

              (…)

              Je commençais, j’essayais puis j’abandonnais.

              Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.

              Je me sentais à l’arrêt à chaque point.

              (…)

              J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

              Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi. »

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Roman

« Un jeune homme prometteur » de Gautier Battistella

jeune homme prometteurLe narrateur, orphelin, grandit dans un village perdu au fond des montages pyrénéennes. Recueilli par Mémé, il est un enfant intelligent et travailleur. Mais certaines pulsions, entretenues par son diabolique frère Jeff, le poussent à des actes de cruauté. Le roman, d’ailleurs, commence par une extermination en règle de 143 limaces en un jour, brûlées pour avoir mangé les lentilles du potager de Mémé.

            Grâce à une voisine, une étrange princesse russe déchue, l’adolescent découvre le pouvoir des mots et se rêve écrivain. Il monte à Paris, déchante en découvrant le microcosme littéraire. A la fois sensible et révolté, curieux du monde et cruel, il trace peu à peu un chemin initiatique qui le conduira jusqu’en Thaïlande. Lire la suite

Roman

« Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse » de Michaël Uras

           nos souvenirs Il ne vous aura pas échappé que, depuis plusieurs années, la mode dans l’édition est aux titres (trop) longs. « Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse » n’échappe pas à cette règle, mais heureusement c’est le seul gros défaut de ce livre.

              Pour le reste – c’est-à-dire pour l’essentiel – l’écriture est vive et pleine de fraîcheur, et ce petit roman se lit avec grand plaisir. C’est une sorte de recueil de chroniques de la vie d’un homme, de son enfance à sa vie d’adulte ; défi ambitieux en si peu de pages. Si le narrateur juge ses souvenirs « poisseux », il n’y a rien de glauque dans le récit qu’il fait de son enfance, de sa vie familiale et de ses premières amours. Au contraire le récit est attachant, attendrissant aussi. Il n’y a pas d’intrigue en soi, pas de suspense, juste le plaisir d’une lecture rafraîchissante.

Mon conseil :

Si on allait découvrir les autres romans de cet auteur ?

S 3-3Le Livre de poche, 182 pages, 6,30€

Roman

« Le dernier chômeur » de D.J.F Audebert

dernier chômeurCampagne électorale oblige, mon œil citoyen a été attiré par ce roman au titre et au résumé surprenants : « Le dernier chômeur ». Dans un futur que l’on imagine proche, les politiques ont enfin vaincu ce fléau de notre époque professionnelle. Le chômage a enfin disparu. Si je parodiais « Astérix », je pourrais dire « Tous les chômeurs ont disparu. Tous ? Non. Car un irréductible gaulois résiste encore et toujours… » Lire la suite

Roman

« Le Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde

Portrait Dorian GrayTout comme le Monsieur Jourdain de Molière faisait de la prose sans le savoir, vous avez sans doute déjà cité Oscar Wilde sans le savoir. Plus particulièrement, vous connaissez sans doute des citations extraites du « Portrait de Dorian Gray » :

            « Ceux qui sont fidèles connaissent seulement le côté trivial de l’amour ; c’est la trahison qui en connaît les tragédies. »

            « Le seul moyen de se débarrasser d’une tentation est d’y céder. »

            « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; en vieillissant ils les jugent ; quelquefois ils les oublient. » (même si la traduction qui me semble juste est « […]  ils leur pardonnent », « forgive » étant le mot original)

            Ce livre, publié pour la première fois en 1891, conserve toute sa modernité et sa justesse. Dorian Gray, un beau jeune homme vaniteux, voit sa vie basculer après avoir souhaité que son portrait, réalisé par un peintre qui ne cesse de vanter sa beauté, vieillisse à sa place. Par une obscure force inexpliquée, le vœu de Dorian Gray est exaucé : tandis que son portrait accuse les marques du temps, lui conserve sa jeunesse et sa beauté.

            Profitant de cette jeunesse perpétuelle, Dorian prend l’habitude de ne rien redouter. Qu’importe ce qu’il fait, ou comment il se comporte avec les autres : son visage garde son angélique jeunesse. Il se perd dans toutes sortes d’histoires sordides dans lesquelles ses amis ne peuvent l’imaginer être tombé. Méprisant les autres, ne craignant rien de la vie, son existence n’est plus que débauches et bassesses.

            Bien sûr il y aura une morale à l’histoire, car si je parle de roman il faudrait en réalité classer ce livre parmi les contes. Dans notre monde basé sur les apparences, « Le Portrait de Dorian Gray » résonne encore comme un message à entendre. La vanité et la fugacité de la jeunesse restent des thèmes d’aujourd’hui.

            J’avais déjà lu ce roman il y a de nombreuses années, mais j’avais oublié le canevas de l’histoire et sa fin pourtant inévitable. J’ai pris plaisir à le relire dans cette très belle édition du Chêne, en grand format et avec des illustrations. Un coup de griffe quand même pour les nombreuses fautes d’orthographe qui gâchent la qualité de l’ouvrage (au moins une dizaine dans le roman, nombre devenu heureusement rarissime dans les publications).

 Mon conseil : 

A redécouvrir !

S 3-3Ed. du Chêne, 272 pages, 25€

BD

« Tintin au pays des Soviets » de Hergé

tintin sovietsPendant des années, « Tintin au pays des Soviets » est resté indisponible à la vente. Premier opus des « Aventures de Tintin », et clairement différent des suivants, il était une sorte d’OVNI dans la série, dont seuls les connaisseurs s’étonnaient de ne pas le voir figurer au dos des autres bandes dessinées du héros belge.

Il y a bien longtemps que cet opus est à nouveau disponible – il faut dire que le business autour de Tintin pouvait difficilement continuer à faire l’impasse sur ce numéro de collection.

Comme je vous le disais, cette première aventure de Tintin se distingue des suivantes ; et la principale différence est qu’elle était la seule à être en noir et blanc. Voilà que cette différence est maintenant gommée, une nouvelle version en couleurs venant en effet de sortir. Lire la suite

Essai / Document

« Paris sera toujours une fête » (collectif)

Paris-sera-toujours-une-feteParis est une source d’inspiration inépuisable pour les artistes. On ne compte plus les chanteurs, les peintres, qui lui ont déclaré leur flamme à travers leurs œuvres. La littérature, plus encore peut-être que tous les autres arts, n’échappe pas à cette dynamique.

Le titre de ce recueil d’extraits de romans, poésies, nouvelles, est tiré d’une citation d’Ernest Hemingway.

Comme une évidence, on retrouve Zola et « Le ventre de Paris », Modiano, Raymond Queneau et sa Zazie, Apollinaire et « Le Pont Mirabeau »… Parisiens de souche et Parisiens de cœur auront plaisir à relire ces extraits. Lire la suite

BD

« Suite française » d’Emmanuel Moynot (d’après Irène Nemirovsky)

suite1940. C’est la guerre. L’exode jette sur les routes de France des couples, des familles. Qu’ils soient bourgeois ou simples employés, ces personnages anonymes participent (hélas pour eux) à une fuite historique.

J’avais lu il y a plusieurs années le roman « Une suite française » d’Irène Némirovsky. Cette adaptation en bande dessinée apporte un plus par rapport au roman, car elle rend les personnages plus tangibles, et les imprime davantage dans la mémoire. Le choix du noir et blanc semble une évidence pour illustrer une sombre époque. Lire la suite