BD

« Meurtre au Mont-Saint-Michel » de Djian et Jaffredo

501 MEURTRES MT ST MICHEL[VO].inddAh, l’influence d’une couverture de livre pour se décider à le lire… On pourrait écrire inlassablement dessus. Et ce qui est vrai pour les romans l’est a fortiori encore plus pour les bandes dessinées. Si j’ai décidé de lire « Meurtre au Mont-Saint-Michel », c’est d’abord parce que le dessin de couverture m’a séduite. Et aussi, c’est vrai, parce que je lis pas mal de romans policiers en ce moment et que j’avais envie de lire une BD policière.

L’histoire se passe en 1936. Alors que l’Europe est en plein tourment, le Mont-Saint-Michel est encore préservé, vase clos que seules les nouvelles qui arrivent en lisant le journal viennent perturber. Ici tout le monde se connaît. Lorsque la petite Lucie disparaît mystérieusement, juste après le meurtre de la bonne du curé, ses parents sont fous d’inquiétude. Le maire prend la direction des recherches, et entraîne avec lui tous les habitants du Mont. On a vu un étranger vagabonder depuis plusieurs jours, il n’est sans doute pas innocent…

Tout au long de la BD, les dessins ont été à la hauteur de la promesse de la couverture. Quiconque a déjà eu le bonheur de se « perdre » dans les ruelles du Mont (je ne parle pas de la rue principale noyée sous les touristes et les boutiques de « souvenirs »), retrouvera dans cette BD le charme des ruelles, des escaliers interminables, et cette sensation d’être dans un monde à part.

Même si le format de la BD (une quarantaine de pages) est un peu juste pour avoir le temps d’installer des fausses pistes et des rebondissements, et creuser un peu plus la psychologie des personnages, le scenario tient la route et forme, avec les dessins, un ouvrage cohérent et plutôt plaisant à lire.

S 2-3Glénat, scénario : Jean-Blaise Djian, dessins : Marie Jaffredo

Roman

« La gouvernante suédoise » de Marie Sizun

gouvernanteLéonard est professeur en Suède, où il excelle lors de conférences littéraires qu’il anime. Il épouse en secondes noces la jeune Hulda, avec qui il fonde une famille. Ils engagent Livia pour seconder Hulda dans l’éducation des enfants. En Suède, puis en France, va se jouer un théâtre plein de faux semblants entre ce trio.

Si la triangle amoureux est un thème maintes fois traité en littérature, il l’est ici avec beaucoup de pudeur et même une certaine élégance. Nul n’est traître ou bafoué, la part de responsabilité de chacun n’est pas éludée dans ce drame en quasi huis-clos dans la maison familiale.

Construit comme un documentaire généalogique, le récit est un roman mais enveloppé du témoignage et de la perception d’une descendante de Léonard. Les Noëls blancs, la découverte de la banlieue parisienne (Meudon) au dix-neuvième siècle, sont autant de décors charmants qui créent une ambiance à la fois rêveuse et dramatique, en parfaite adéquation avec l’intrigue.

S 3-3Folio, 320 pages, 7,80€

Roman

« Madame Pylinska et le secret de Chopin » de Eric-Emmanuel Schmitt

pylinskaCertains livres sont faits pour être écoutés, et celui-ci en fait partie. Quelle bonne idée d’avoir associé la lecture du texte d’Eric-Emmanuel Schmitt (par lui-même) à des extraits de Chopin interprétés par Nicolas Stavy !

Je dis « extraits », mais il y a dans certains chapitres de longs moments d’écoute, ce qui est particulièrement agréable pour bien entrer dans l’ambiance.

Le jeune Eric-Emmanuel décide d’améliorer son jeu de pianiste, et prend des cours chez Madame Pylinska. Cette fantasque polonaise va lui faire découvrir Chopin en usant d’une méthode peu conventionnelle, privilégiant le ressenti au jeu, et éloignant son élève pendant plusieurs semaines d’un piano !

Je me suis rendu compte à l’écoute de ce livre que je connaissais très mal l’oeuvre de Chopin, et que je connaissais davantage sa vie vie à travers sa liaison avec George Sand (ce n’est pas pour rien que je tiens un blog littéraire et non musical). A ce propos, le passage où Madame Pylinska évoque George Sand est très drôle, sans être dénué d’une certaine profondeur sur l’amour entre les deux artistes.

J’ignore si Madame Pylinska a réellement existé, mais si c’est le cas elle a dû changer assez profondément le jeu de bien des pianistes en herbe.

S 3-3Audiolib, 2h22, 17,90€

Policier

«Agatha Raisin enquête (t10) : Panique au manoir » de M.C.Beaton

Agatha t10 paniqueBranle bas de combat chez Agatha Raisin : lasse d’attendre James, elle a décidé de quitter provisoirement son village de Carsely, pour s’installer à Fryfam. Fidèle à elle-même, elle s’est décidée sur un coup de tête, piquant une carte au hasard avec une aiguille…

Evidemment, comme d’habitude, là où Agatha passe, quelqu’un trépasse ! Alors qu’elle mène une petite révolte féministe pour permettre aux femmes de son village d’adoption de fréquenter le pub, elle se retrouve mêlée à un meurtre. Pour ne pas dire à ses nouveaux voisins qu’elle fuyait un chagrin d’amour, elle s’est inventé une vie d’écrivain et s’est lancée dans l’écriture d’un roman policier, « Panique au manoir ». Or justement, c’est le propriétaire du manoir local qui a été assassiné ! Voilà Agatha dans de beaux draps !

Bien que cette enquête se déroule hors du village d’origine d’Agatha, on y retrouve la vie de village, les commérages, les coutumes locales… et une Agatha fidèle à elle-même, râleuse, fumeuse, grossière… Ce n’est pas à proprement parler un personnage sympathique, mais elle est attachante ; on dirait une vieille copine un peu grognon mais on s’amuse de ses maladresses et de son franc-parler.

Je suis contente de voir que le succès de la série ne se dément pas ; les prochains tomes m’attendent déjà… et j’espère que les éditions Albin Michel publieront l’intégralité de cette saga truculente.

S 3-3Albin Michel 14€

Policier

«Agatha Raisin enquête (t9) : Sale temps pour les sorcières » de M.C.Beaton

Agatha t9 sorcièresSuite à la basse vengeance d’une coiffeuse, Agatha Raisin est devenue chauve. En attendant la repousse de ses cheveux, elle part s’isoler à Wyckhadden, et loge dans un hôtel occupé par des pensionnaires vieillissants, dont les journées s’achèvent inlassablement par une partie de Scrabble… Pour passer le temps, Agatha rend visite à Francie, la sorcière locale, à qui elle achète une lotion capillaire…et accessoirement un filtre d’amour.

Cela pourrait paraître amusant… jusqu’à ce que Francie soit retrouvée morte.

Et voilà notre Agatha Raisin à nouveau mêlée à une histoire de meurtre, cette fois-ci loin de son village, de James et de Bill.

C’est un tome de la série qui mérite d’être lu en automne ou en hiver pour l’ambiance pluvieuse et sombre. Mais peut importe le temps, la lecture est prenante et le lecteur est transporté sur les côtes britanniques. James ne quitte pas les pensées d’Agatha, mais une fois de plus il n’apparaît réellement qu’en pointillés dans l’histoire.

Ce tome est déjà le neuvième de la série, et je me réjouis de voir qu’Agatha fait de plus en plus parler d’elle en France… alors que mes premières chroniques sur la série datent déjà de novembre 2016. En tout cas, à ce stade je ne me lasse pas de ces « cosy mysteries » pleins de charme !

S 3-3Albin Michel, 14€

Policier

« Breaking news » de Frank Schätzing

breakingQuel pavé !

Voilà quelle a été ma première pensée devant ce livre de plus de 1200 pages. Soit le roman se lira comme une saga, soit ce sera une lecture proche de la punition.

Je n’irai pas jusqu’à dire que cette lecture a été une punition pour moi, mais elle a été indéniablement complexe, exigeante, et au final assez difficile.

Tom Hagen est reporter de guerre. Il est passionné par son métier, mais avec le temps il s’est beaucoup endurci face aux horreurs qu’il a vues. Lors d’un reportage en Afghanistan, une mauvaise évaluation d’une situation lui fait prendre des risques inconsidérés, et sa coéquipière meurt.

Des années plus tard, alors qu’il est devenu un journaliste de second niveau, il a une opportunité de révéler des scoops politiques en lien avec Israël. Mais rien ne va se passer comme prévu.

Si la géopolitique vous fait pousser des soupirs d’ennui, passez à côté de ce livre qui est un foisonnant pavé. Le conflit israëlo-palestinien y est traité à petite et grande échelle, avec des tentatives d’explications historiques d’une grande complexité. Chose rare, l’auteur le reconnaît dans ses remerciements, et évoque « une réalité toujours nouvelle, qui débouche chaque fois sur des situations embrouillées ». Combien de fois me suis-je perdue dans ce roman ? J’ai cessé de les compter. Pourtant le fil conducteur est passionnant, tant au niveau de l’histoire que de l’exercice journalistique.

Tom est un personnage complexe, une âme blessée qui porte en lui à la fois une fibre journalistique viscérale et une incapacité à être heureux.

« Voilà comment ça se passe : tu vois les choses les plus épouvantables, tu rentres chez toi et tu te dis, voilà, maintenant, c’est fini.Tu regardes un match, tu vas dîner avec ta copine […]. Tout ce foutoir ordinaire. Ce dont tu rêvais pendant que tout volait autour de toi […]Et toi, au contraire, tu te dis : Qu’est-ce que c’est que toute cette merde ? Qu’est-ce que c’est, ces foutaises, à côté de ce que j’ai vécu moi ? ».

Sur les conflits au Proche-Orient, l’auteur ne prend pas vraiment position, ou plutôt il essaie d’exposer différents points de vue, au niveau politique et au niveau des vies individuelles, ce qui contribue à faire de ce livre une chronique d’une complexité difficile à démêler.

« Que devient ma génération là-dedans ? Vous avez célébré les victoires, vous nous avez laissé la haine en héritage, et nous sommes censés nous débrouiller avec ça, maintenant ? »

S 1-3Points, 1272 pages, 10,90€

Roman

«Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie » de Virginie Grimaldi

parfumEvacuons le sujet tout de suite : je n’aime pas cette mode des titres très longs, et je trouve bien réductrice la joyeuse couverture girly de ce livre.

Mais j’ai adoré le reste.

Deuxième livre de Virginie Grimaldi que je lis après « Tu comprendras quand tu seras plus grande » (que j’avais déjà bien aimé), « Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie » est encore plus profond, plus intime, plus émouvant. C’est un très bon livre, qui m’a étonnée. Je ne m’attendais pas à être autant touchée.

Pauline est mariée à Ben, et mère d’un petit Jules. Lorsque son mari la quitte, elle est loin d’être prête à renoncer à la vie avec lui. D’une histoire ordinaire, qui arrive tous les jours, Virginie Grimaldi tire un roman sensible et vrai. Tout sonne juste dans son texte, chaque détail drôle ou triste est choisi intelligemment et fera sans doute écho dans les souvenirs des lecteurs, comme dans les miens à maintes reprises.

Se remémorant des souvenirs de leur vie à deux, Pauline espère faire revenir Ben. Toute la question est là : reviendra ? reviendra pas ? Mais Virginie Grimaldi a bien d’autres cordes (sensibles) à son arc, et truffe son récit de rebondissements et revirements de situations. Comme dans la vie.

Le dernier tiers du livre s’oriente vers un registre plus grave, qui m’a bouleversée ; je n’ai pas pu retenir mes larmes.

Au-delà de l’émotion, Virginie Grimaldi est une auteur qui s’impose comme une grande, et je râle un peu de voir ses livres dans les rayons « chick litt » ou « feel good » des librairies. Elle joue sur un autre terrain, et si je peux vous donner un conseil : suivez cette auteur !

S 3-3Audiolib, 7h16 d’écoute, 21,90€

BD

«Bidochon – Maison, sucrée maison » de Christian Binet

bidochon04_1034J’ai lu cette BD pour la première fois il y a bien des années, et je me souviens qu’elle m’avait déjà bien fait rigoler. En parcourant une bibliothèque cet été, je suis tombée par hasard dessus et je l’ai relue, avec autant de plaisir que la première fois (même si je me souvenais de certaines blagues), un peu comme on revoit un film comique devenu un classique.

Robert et Raymonde Bidochon sont décidés : fini l’appartement en HLM, ils vont faire construire leur maison. Après une escroquerie et des châteaux en Espagne, ils redescendent sur Terre pour un projet plus modeste. Mais la construction de leur maison ne va pas (du tout) se passer comme prévu : entrepreneurs, agents immobiliers, promoteurs, semblent tous se liguer contre les Bidochon ! Les rebondissements cocasses s’enchaînent jusqu’à la toute dernière page de cette BD qui sent le vécu. C’est culte !

S 3-3Fluide glacial

BD

«Les Cahiers d’Esther, histoires de mes 10 ans» de Riad Sattouf

estherEsther a neuf ans (oui, passons sur cet étrange décalage avec le titre), et sur la base de son quotidien, Riad Sattouf a écrit cette BD pleine de charme.

Esther va à l’école, a des copines, déteste les garçons (sauf son papa), part en vacances chez sa grand-mère, aime Kendji Girac et Black M. C’est une petite fille de son époque, plutôt bien dans sa peau… et qui rêve d’avoir un iPhone. Chroniques d’une pré-adolescente ordinaire, les « Cahiers d’Esther » peuvent plaire aussi bien aux jeunes lectrices qu’à leurs parents, et peut rappeler aux autres adultes leurs souvenirs de cour de récréation. Car si Esther est bien ancrée dans les années 2010, on pourrait la transposer assez facilement la transposer dans d’autres époques (il suffirait de changer les noms des chanteurs stars!).

Sans être une BD humoristique, c’est une lecture agréable et plutôt positive. Je ne connaissais Riad Sattouf que de nom, et cette première lecture me donne envie de découvrir d’autres titres du même auteur. J’ai d’ailleurs découvert qu’il existe deux autres tomes des « Cahiers d’Esther » : à découvrir !

S 3-3Allary Editions

Roman

«Une vie sans fin » de Frédéric Beigbeger

vie sans finRépondant à une interrogation de sa fille, le narrateur (un double très proche de l’auteur), promet de ne jamais mourir. Et, se posant un peu, le voilà qui s’interroge sérieusement sur l’immortalité. Commence alors un long périple dans plusieurs pays, à la découverte des recherches les plus pointues et les plus innovantes sur l’immortalité.

Ce livre joue sur deux tableaux tout au long du récit :

D’un côté, j’ai découvert des recherches et des techniques incroyables, dont je ne soupçonnais pas l’existence, et qui montrent que la quête de l’immortalité donne lieu à des travaux scientifiques extrêmement poussés. Découvrant ces recherches, je me dis qu’on n’a pas fini de s’étonner dans les prochaines années des avancées de la science dans ce domaine ! Notons que toutes les explications données par l’auteur sont plutôt accessibles au grand public, et l’ensemble est intelligemment vulgarisé.

D’un autre côté, j’ai regretté que l’incontournable trio sexe-drogue-vulgarité déjà tant utilisé par l’auteur soit à nouveau présent dans ce livre. Cela n’apporte rien au récit, dont le propos est suffisamment bien mené par ailleurs pour que le lecteur ne s’ennuie pas.

Le récit navigue donc entre un propos assez sérieux et mené avec pertinence, et des vulgarités à intervalles réguliers. L’ensemble du livre a le mérite d’apporter un éclairage intéressant et un accessible sur un sujet complexe. J’aurais aimé, comme c’est le cas pour d’autres publications de chez Audiolib, terminer par l’écoute d’une interview de l’auteur, pour faire la part des choses et savoir ses motivations profondes et comment il en est arrivé à traiter d’un tel sujet. Sans rien vous dévoiler de la fin, le 32è chapitre (l’un des derniers) se révèle plein de tendresse et permet au lecteur de ne pas finir son écoute que sur des seules questions métaphysiques.

A noter, le texte chez Audiolib est lu par Jonathan Lambert, étonnant dans ce rôle de comédien lecteur que je ne lui connaissais pas.

S 2-3Audiolib, 7h06 d’écoute, 22,90€