Policier

« Miss Silver intervient » de Patricia Wentworth

miss silver intervient t6Situer une intrigue policière dans un immeuble est toujours une idée qui apporte de nombreuses ficelles narratives à un auteur. Prenez l’immeuble Vandeleur House, par exemple. On y croise une commère, une jeune veuve, un vieux couple, une blonde séduisante, une fille trop obéissante, un gardien qui ne se mêle de rien… Autant de personnages à qui il peut arriver mille et une histoires, qui se croisent à peine dans un ascenseur, et qui pourtant vont tous être impactés par un meurtre commis dans l’immeuble.

Le risque est double : avant que l’intrigue ne commence réellement, il faut installer tous les personnages ; et une fois que tous ont été présentés au lecteur, il faut faire en sorte que celui-ci ne confonde pas les détails sur chacun des protagonistes.

Que l’intrigue mette un peu de temps à démarrer ne m’a pas gênée dans ma lecture ; en revanche j’ai trouvé qu’il y avait trop de personnages, trop de détails sur chacun que je n’arrivais pas à séparer entre ceux qui auraient de l’importance et ceux qui n’en avaient guère. L’histoire n’est pas désagréable, et la multiplication des détails a aussi réussi à me lancer sur des fausses pistes – même si je n’arrivais pas à me faire une conviction précise sur le meurtrier. Heureusement Miss Silver, égale à elle-même, continue d’être une gentille héroïne dont je lis avec plaisir les aventures. Petit étonnement quand même, l’inspecteur Lamb est plutôt désagréable, hautain et même misogyne. Drôle de personnage !

S 2-3En numérique chez 12-21, 8,99€

Roman

« Les allées du pardon » de Laurence Labbé

allées pardonSurprendre le lecteur et l’entraîner dans un univers différent d’un livre à l’autre : voici un talent dont peut se vanter Laurence Labbé. J’ai déjà lu plusieurs livres de cette auteure, et je me laisse surprendre à chaque fois par son univers, tantôt décalé ou humoristique, tantôt poétique, mais toujours plein de sensibilité.

Avec « Les allées du pardon », je découvre une autre facette de son écriture. Le récit alterne deux narrateurs : l’un est au bord du burn-out et s’offre quelques jours de déconnexion seul, dans un hôtel ; le second, Théodule, est l’auteur d’un texte autobiographique qui commence par la mort de sa mère. Théodule est suspecté de l’avoir tué – sa mère ne l’aimait pas, et il le lui rendait bien – et placé dans un « hospice » où il clame son innocence tout autant que le fait qu’il ne pleurera pas sa mère.

Théodule est un personnage décalé, dans la lignée des portraits qu’aime croquer Laurence Labbé. Il est à la fois un énergumène et un sensible, jonglant entre un quotidien affligeant et des pensées profondes sur le monde.

J’ai trouvé ce nouveau roman assez différent des précédents. Le style de l’auteure continue à se bonifier avec le temps, et si le récit est surtout porté par la narration de Théodule, la prise de recul imposée au lecteur via le premier narrateur (lui-même en quête de sens et ayant besoin de recul sur sa vie) est particulièrement bien amenée et écrite. Il est rare que les romans à double narration offrent réellement deux styles d’écriture différents, et c’est pourtant un pari réussi dans « Les allées du pardon ».

L’air de rien, l’auteure interpelle ses lecteurs sur les maux de notre époque, questionne sur le sens du travail, les liens du sang… Le tout avec une sensibilité à souligner. C’est intelligent et bien écrit, je vous le conseille.

S 3-3Laurence Labbé, 9,50€, commande en ligne ou via https://laurencelabbelivres.com/roman/les-allees-du-pardon/

Policier

« Le châle chinois » de Patricia Wentworth

châle chinoisComment ai-je pu passer aussi longtemps à côté des romans de Patricia Wentworth ?

Pour une lectrice qui aime autant les cosy mysteries, les romans policiers sauce Agatha Christie avec de sympathiques détectives à l’ancienne et des intrigues polies dans l’Angleterre de la mi-vingtième siècle, c’est presque inexcusable !

Enfin, vous l’aurez compris, depuis quelque temps je rattrape mon retard, de manière presque addictive puisque à chaque fin de roman je commence le suivant de la série. Tous ne sont plus disponibles en ce moment en version papier, heureusement ma liseuse numérique me permet de palier à cela (jusqu’ici je les ai tous lus en version numérique, c’est assez amusant quand on lit des romans d’un autre siècle).

Mon début de lecture du « Châle chinois » me laissait perplexe : beaucoup de personnages étaient présentés dès les premières pages, j’ai redouté une intrigue trop alambiquée, ou tout simplement de me perdre dans les personnages (c’est une inquiétude récurrente chez moi, à part Ken Follett peu d’écrivains m’ont rassurée sur le fait qu’un nombre impressionnant de personnages ne nuit pas toujours à la compréhension, du moment que le récit est bien construit).

1943. Laura Flane est une jeune héritière dont les parents, des cousins aujourd’hui décédés, ont scandalisé leur famille en se mariant alors que le jeune époux était promis à une autre. A 21 ans, Laura est en âge d’hériter, et va devoir décider ce que devient « le Prieuré », la demeure qui lui appartient désormais et où (on n’est pas à un détail peu crédible près) est habité par la fiancée autrefois éconduite. Ladite fiancée avait à l’époque eu un terrible accident qui l’a laissée paralysée. C’est aujourd’hui une dame mûre, invalide, mais au tempérament bien trempé, et qui espère bien garder « le Prieuré ». Ajoutez à cela une jeune cousine au coeur d’artichaut, des prétendants qui perdent la tête, et quelques femmes jalouses, vous aurez une idée de l’ambiance au « Prieuré ».

Alors évidemment il faut aimer les histoires de jeune héritière dont les hommes tombent amoureux au premier regard, les veillées au coin du feu et le gong qui sonne l’heure du thé.Tous les codes du roman à énigme sont présents, c’est charmant comme de la porcelaine anglaise, et pour ma part j’adore !

S 3-3En numérique chez 12-21, 8,99€ ; sinon en format papier poche 7,10€

Roman

« Une immense sensation de calme » de Laurine Roux

G03305_UneImmenseSensationDeCalme.inddSi certains romans portent une histoire, d’autres portent une ambiance. C’est le cas pour cet étonnant premier roman. Bien que le roman soit court (moins de 150 pages), j’ai eu l’impression de traverser (en partie) un pays, historiquement et géographiquement.

De la narratrice on se saura pas grand-chose, pas même son nom. Mais on sait que sa rencontre avec Igor, un colosse rassurant et taiseux, sera le bouleversement de sa vie. Dans une nature rude et sans piété, au fil de saisons hostiles, ce voyage initiatique à travers le temps et les intempéries va révéler un passé douloureux.

Étonnant texte où les mots nous entraînent dans les tréfonds d’une histoire violente qui affleure le présent. La grand-mère tant chérie, et les atrocités d’une guerre, donnent à ce texte une profondeur inhabituelle. C’est un texte qui ne se raconte pas ; le résumer serait le dénaturer. Il faut le découvrir et se laisser porter par la narration.

S 2-3Folio, 144 pages, 6,90€

Roman

« Le jardin des dieux » de Gerald Durrell

corfou t3Avec ce dernier titre s’achève la « Trilogie de Corfou », qui m’aura accompagnée pendant le confinement et même un peu au-delà. Voici trois ouvrages dont je n’oublierai pas de sitôt l’ambiance ensoleillée (par le climat) et joyeuse (par cette famille tellement loufoque).

Ce dernier tome s’inscrit totalement dans la continuité des deux précédents, et l’on continue à suivre les aventures de cette famille farfelue, qui semble n’avoir peur de rien et faire feu de tout bois, quels que soient les tracas et mésaventures du quotidien.

Le lecteur ne s’étonne plus quand le jeune Gerry souhaite poursuivre ses essais de taxidermie sur une tête de taureau, ou quand le nouvel ami de la famille, Jeejee, tombe du balcon en essayant de léviter. Car ainsi va la vie dans cette famille, où les animaux sont plus nombreux que les humains, et où l’on accueille les uns après les autres, les amis des enfants, et les amis des amis, et les amis des amis des amis que l’on connaît à peine de nom. Quant à Spiro, le dévoué ami de la famille, il est plus drôle que jamais dans son anglais approximatif qui lui fait faire des contresens.

«  A cette époque, vivant à la campagne sans les avantages douteux de la radio ou de la télévision, nous devions nous en remettre aux formes primitives de divertissement qu’étaient les livres, les querelles, les fêtes et le rire de nos amis […] »

S 3-3La Table ronde, 304 pages, 14€

Policier

« Le rocher de la Tête-Noire » de Patricia Wentworth

rocher Tete NoireVoilà, je suis addict, après la lecture des trois premières aventures de la détective Miss Silver, j’ai eu envie de continuer…

Une fois encore, l’histoire débute dans un train. Miss Silver y fait la connaissance de Lisle Jerningham. Celle-ci est troublée après avoir surpris une conversation de deux commères qui accusaient son mari d’avoir tué sa première femme pour hériter d’elle, et ainsi sauver de la ruine la demeure familiale. Or Lisle est elle-même très riche, et se sent depuis quelque temps menacée, ayant réchappé à divers accidents.

Et la mort va venir frapper dans l’entourage de Lisle, là où on ne l’attendait pas.

Entre Dale, son mari qui ne pense qu’à sauver son château, les cousins Alicia et Rafe, ou encore le mécanicien renvoyé depuis peu, les suspects ne sont pas si nombreux. Et pourtant le suspense reste présent jusqu’à la fin ! Autant dans la précédente intrigue, Le Chemin de la falaise, j’avais trouvé (trop) rapidement le coupable, autant dans cette intrigue-ci j’aurais eu bien du mal à affirmer avec certitude qui était le personnage le plus sombre car les fausses pistes sont nombreuses.

Miss Silver n’apparaît quasiment pas pour faire avancer l’intrigue, ni même dans le dénouement. Et pourtant je prends plaisir à recroiser cette femme simple et intelligente, qui traîne son tricot et ses aiguilles dans tous ses déplacements. Plaisante et désuète à souhait, cette série est mon petit plaisir de lecture du moment.

S 3-3en numérique chez 12-21, 8,99€

Roman

« Oiseaux, bêtes et grandes personnes» de Gérald Durrell

corfou t2On ne se rend pas toujours compte, en démarrant une lecture, de l’impact qu’elle pourrait avoir sur un plus long terme.

Ainsi, j’avais depuis longtemps envie de lire la « Trilogie de Corfou » après en avoir visionné une version télévisée, mais j’ai été un peu déçue par la lecture du premier tome. J’ai donc commencé le deuxième tome, « Oiseaux, bêtes et grandes personnes » en me demandant si cette trilogie n’allait pas me paraître interminable à lire. J’étais d’autant plus hésitante que le deuxième tome n’est pas à proprement parler une suite du premier, mais plutôt un complément. En effet le narrateur raconte des anecdotes vécues par sa famille à Corfou, anecdotes qui croisent d’un point de vue temporel celles du premier tome. Il y a donc dans les premières pages quelques redites qui m’ont ennuyée, mais qui visaient je suppose à redonner le contexte pour tout lecteur qui n’aurait pas lu les deux textes à la suite.

Or ma déception s’est très vite arrêtée, et je dois dire que je suis retournée avec bonheur sur cette île décrite avec un amour et une spontanéité pleins de fraîcheur, à tel point qu’il me suffisait d’ouvrir le livre pour sentir mon corps inondé de soleil, et imaginer que j’étais assise à l’ombre d’un olivier…

Sans doute les lectures faites pendant le confinement garderont une place particulière dans nos mémoires de lecteurs, et avoir pu m’évader à Corfou pendant cette période aura été une parenthèse salutaire.

Quant à l’histoire, elle est strictement dans la continuité de la précédente, et l’on retrouve le jeune Gerry, passionné d’animaux, entouré de ses deux frères, de sa sœur, et de sa mère, dans des mésaventures familiales à peine croyables mais pleines de sensibilité et de drôlerie. Gerry raconte ainsi sa quête permanente pour découvrir (et héberger!) de nouvelles espèces animales, et toutes les déconvenues que la transformation de la maison familiale en zoo peuvent apporter. La passion de ce jeune garçon pour les animaux, son dévouement pour eux (lorsqu’il va par exemple « à la plage avec des seaux quatre ou cinq fois par jour » pour changer l’eau d’un aquarium) sont admirables, sans militantisme mais avec toujours beaucoup de respect.

Lisez cette trilogie dépaysante, qui irradie de plaisirs simples, et où aucun petit tracas du quotidien n’est assez fort pour anéantir l’enthousiasme.

S 3-3La Table ronde, 337 pages, 14€

Policier

« Les secrets de Brocéliande » de Jean-Luc Bannalec

secrets brocéliandeUne fois n’est pas coutume, toute l’équipe du Commissaire Dupin a décidé de s’octroyer une petite sortie récréative. Leur destination ? La forêt de Brocéliande. Si Nolwenn et Le Ber, les fidèles de Dupin, ont une connaissance assez précise des légendes arthuriennes, ce n’est pas le cas du Commissaire. Pourtant il va se retrouver bien malgré lui au coeur d’une intrigue où les débats autour du mythe d’Arthur agitent les esprits.

En effet, un chercheur est retrouvé mort, et bientôt c’est tout le groupe d’experts auquel il appartenait qui se retrouve en émoi. Si l’on ne sait pas au début de l’enquête qui est victime et qui est coupable, Dupin, mandaté par les plus hautes sphères parisiennes, va devoir démêler mythe et réalité.

Vraiment, cette série se bonifie à chaque nouveau tome. A chaque fois l’auteur nous fait (re)découvrir un aspect différent de la culture bretonne, une terre différente (parfois les bords de mer, parfois l’intérieur des terres, voire la forêt dans le cas présent). J’ai dévoré ce livre, pour l’ambiance, et pour l’intrigue qui est très bien menée, sans temps mort ni chapitres inutiles. J’ai eu peur que l’auteur nous entraîne trop loin dans les légendes, quitte à perdre la crédibilité de l’histoire – mais pas du tout, le dosage est juste bien fait pour faire douter nos sens tout en restant réaliste.

Quant à Dupin, il est égal à lui-même, toujours à la recherche d’un petit café pour assurer sa dose quotidienne de caféine – et cette fois-ci, la touche supplémentaire d’humour est apportée par le carnet sur lequel il prend ses notes (je vous laisse découvrir).

Ce (déjà) septième tome de la série est une réussite, je ne peux que vous inviter à vous laisser entraîner dans les mystères de Brocéliande…

S 3-3Presses de la cité, 415 pages, 21€

Roman

« Ma famille et autres animaux» de Gérald Durrell

corfoue t1J’ai un souvenir très plaisant d’une mini sérié télévisée inspirée de la « Trilogie de Corfou » de Gérald Durrell, et les trois tomes de cette histoire familiale un peu déjantée m’attendaient depuis plusieurs mois.

Confinement oblige, j’ai sorti de la pile de livres qui m’attendaient le premier tome de cette trilogie, et partir à Corfou a été un vrai dépaysement !

Le narrateur, Gerry (c’est l’auteur), est un petit garçon qui vit avec ses deux frères, sa sœur et leur mère, en Angleterre. Un jour d’hiver, alors qu’ils sont tous un peu malades et un peu déprimés par le climat, l’un des enfants propose de déménager à Corfou. Chose incroyable, leur mère accepte presque aussitôt, et les voilà en route pour l’île grecque qui les fait tant rêver.

Sur place, ils trouvent évidemment un climat plus favorable, mais aussi une galerie de personnages tous plus loufoques et attachants les uns que les autres, dont Spiro qui deviendra leur guide et ami, ou encore les précepteurs de Gerry qui sont aussi drôles que dérangés. Gerry, quant à lui, voue une passion sans faille aux animaux, ce qui l’incite à recueillir toutes sortes de bêtes à la maison, pour le plus grand désarroi du reste de la famille.

J’ai trouvé l’histoire plus lente, plus descriptive, que le souvenir que j’avais gardé de la série, donc j’ai été un peu déçue au départ. Mais ensuite j’ai aimé suivre les petites aventures de cette famille sympathique et originales, où les enfants ont des caractères bien trempés, et où la mère est la gardienne du temple tout en participant à sa manière à l’étrangeté de cette famille. Partir à Corfou, même par la lecture, a été également très dépaysant, ce qui n’est pas le moindre des compliments en cette période.

S 2-3La Table ronde, 400 pages, 14€

Policier

« Le chemin de la falaise » de Patricia Wentworth

miss silver numériqueHériter d’une immense fortune peut être une aubaine… ou devenir le cauchemar d’une vie ! Rachel Treherne a hérité de la totalité de la fortune de son père, mais avec une clause bien particulière : chaque année, elle doit elle-même revoir le contenu de son testament, pour que la fortune familiale soit répartie de la manière qu’elle juste la plus juste au moment où elle écrit son testament.

Autant dire que toute la famille de Rachel se comporte avec elle d’une manière assez peu désintéressée ! Ainsi, gravitent autour d’elle sa sœur, son époux et leurs enfants, mais aussi plusieurs cousins à divers degrés qui ont l’habitude de séjourner dans la grande demeure familiale. Rachel se sent menacée, surtout depuis qu’elle a reçu des lettres anonymes. Et lorsqu’elle fait la connaissance de Miss Silver dans un train, elle demande de l’aide à celle-ci.

J’ai trouvé ce troisième tome moins captivant que les deux premiers de la série. Certes, on en apprend davantage sur le personnage de Maud Silver, « cette petite femme, en apparence insignifiante », « institutrice à la retraite », qui exhorte ses clients à être le plus transparents possible avec elle, tout en citant le poète Tennyson à chaque nouvelle rencontre. Mais j’ai trouvé l’intrigue plus diffuse et moins crédible (qu’est-ce que cette histoire de testament revu tous les ans, au vu et au su de tous ? Bien sûr que l’héritière ne peut être qu’en danger dans pareille situation!), et pour la première fois (sur trois intrigues) j’ai trouvé facilement le coupable – il y avait trop d’indices, trop d’informations qui arrivaient bizarrement dans l’intrigue pour être inutiles.

Malgré cela, l’histoire se lit bien et j’aime le charme désuet de ces intrigues… donc j’aurai l’occasion de vous parler bientôt des autres aventures de Miss Silver.

S 2-3en numérique, 12-21, 11,99€ le livre qui regroupe les 3 premières intrigues, environ 768 pages.