Essai / Document

« Ceux qui désirent acquérir la grâce d’un prince» (extraits du « Prince ») de Machiavel

G00145_Ceux_qui_desirent_acquerir_Machiavel.indd« Un classique est un livre que tout le monde veut avoir lu, mais que personne ne veut lire . » J’utilise souvent cette citation de Mark Twain pour justifier de n’avoir pas (encore) lu certains livres incontournables. C’est le cas encore une fois pour « Le Prince » de Machiavel, dont j’ai très souvent entendu parler, dont je connais la destination du récit, mais que je n’avais pas lu – et pas vraiment l’intention de lire.

Les extraits publiés dans la collection « Folio Sagesses »sont un bon compromis pour résoudre cette « flemme ». Dans « Ceux qui désirent acquérir la grâce d’un prince… », on retrouve un condensé d’une centaine de pages de ce fameux texte du « Prince ». Donc soyons précis, je ne chronique pas ici l’oeuvre intégrale, mais uniquement ces extraits.

Première bonne surprise : pour un texte écrit au XVème siècle, je l’ai trouvé très abordable. Bien sûr il fait référence à des princes d’un autre lieu et d’autres temps, néanmoins le lecteur ne perd pas le fil.

Le texte, adressé comme une leçon à Laurent de Médicis, est découpé en chapitres qui suivent une vraie logique d’analyse ; et il suffit de lire les titres des chapitres pour savoir où veut nous emmener l’auteur dans sa démonstration.

Je ne suis pas sûre que ce soit un guide très opérationnel, mais on ne peut s’empêcher de chercher des champs d’application contemporains : dans la vie politique actuelle, et même dans la vie professionnelle, où jeux d’influence et jeux de pouvoir ont encore de beaux jours.

Si le nom de Machiavel est passé à la postérité sous un aspect peu flatteur, à la lecture de ce livre je le trouve plus « stratège » ou « politologue » que « machiavélique » au sens où on l’entend aujourd’hui.

S 2-3Folio Sagesses, 107 pages, 3,50€

Essai / Document

« Le Soldat XXè-XXIè siècle » sous la direction de François Lecointre, chef d’état-major des armées

soldatJe n’aurais pas imaginé que ce livre, si éloigné de mes lectures habituelles, m’intéresse autant. « Le Soldat » : d’emblée le titre place le lecteur sur le terrain de l’armée, de la guerre. Ecrit par un collectif de militaires, de professeurs, de spécialistes de la question militaire, c’est un livre que j’ai eu envie de découvrir car le « soldat », aujourd’hui, ce n’est plus seulement le militaire envoyé dans un lointain pays pour faire la guerre ; c’est aussi ces hommes et ces femmes que nous croisons maintenant tous les jours dans la rue.

Le livre est structuré autour de trois thèmes.

Le premier pose la question de l’engagement, et décrit les valeurs qui les motivent. C’est ce thème-là, tout d’abord, qui m’intéressait : comprendre ce qui motive ces hommes et ses femmes qui s’engagent, et identifier comment le rôle des soldats a évolué en un siècle.

Le deuxième thème se concentre autour de l’action, le cœur de métier, et analyse comment la technologie a fait bouger les lignes.

Le troisième thème, enfin, parle de la « vie d’après » et du retour au quotidien des militaires qui ont participé à un combat.

Après seulement quelques pages de lecture, j’étais déjà complètement plongée dans le livre, et j’ai sorti mon crayon de papier pour en souligner des passages qui m’interpellaient, des thèses que je trouvais intéressantes. Lire la suite

Policier

« Agatha Raisin and the wellspring of death » (t7) de M.C. Beaton

agatha t7 wellspringIl y a plusieurs mois, j’ai commencé la lecture des « Agatha Raisin », des romans policiers à enquête écrits par une anglaise dans les années 1980. Mais voilà : après avoir lu les six premiers tomes, j’avais lu tous ceux traduits en français. Or la liste des romans écrits par M.C. Beaton est bien plus longue. Impatiente que je suis, je n’ai pas attendu que de nouveaux tomes soient traduits, et j’ai décidé de me lancer dans la lecture du septième tome en V.O dans la langue de Shakespeare. Lire la suite

Roman

« La tresse » de Laetitia Colombani

tresseCe roman est mon gros coup de coeur de cette fin d’année !

A trois endroits sur la planète (en Inde, en Sicile, au Canada) vivent trois femmes aux destins bien différents.

En Inde, Smita est une « intouchable », et pour subvenir aux besoins de sa famille, elle est obligée de ramasser à mains nues les déjections humaines.

En Sicile, Giulia est la fille d’un entrepreneur dont la maladie et les dettes mettent en péril l’avenir de l’usine familiale et des ouvriers qui y travaillent.

Au Canada, Sarah est une brillante avocate qui jongle entre sa vie de famille et sa carrière, et qui tombe gravement malade.

Ces trois destins s’entrecroisent comme les mèches de la « tresse » qui donne son titre au roman – et il faut attendre le dernier tiers du roman pour comprendre ce qui relies ces femmes si différentes et si éloignées.

J’ai eu le plaisir d’écouter ce texte dans sa version livre audio, et ce roman se prête particulièrement bien à une écoute. Le roman est lu par trois voix, chacune racontant la vie de l’une des trois protagonistes ; j’avais l’impression d’écouter trois récits réels, trois témoignages. J’ai beaucoup aimé en particulier la lecture d’Estelle Vincent, qui prête sa voix à Smita et retranscrit à merveille la vulnérabilité et en même temps la détermination de cette femme. Chaque chapitre est introduit par une petite musique de quelques secondes, là aussi bien distincte pour les trois personnages, ce qui me plongeait aussitôt dans le bon pays, la bonne ambiance.

Au delà de la forme (audio), le texte est très juste, les mots sont simples et précis. Il n’y a pas de superflu, jamais un mot inutile, jamais un passage ennuyeux qui ne servirait pas le déroulé de l’histoire. Les vies de ces trois femmes sont racontées avec une grande sensibilité, et je vous conseille vivement ce roman.

S 3-3Audiolib, durée 5h04, 20€. Texte lu par l’auteure, Rebecca Marder et Estelle Vincent.

Roman

« Comment j’ai réussi à attraper la lune» de Laurence Labbé

comment luneLes livres de Laurence Labbé font toujours la part belle aux personnages, qu’ils soient drôles ou fragiles. C’est sa marque de fabrique, son style, et après plusieurs livres lus je commence à me dire que je réussirais peut-être à reconnaître un texte de Laurence Labbé parmi des dizaines.

Lucas vit avec sa mère et son beau-père, un homme bourru, violent, méchant. Puisque la lune, « c’est la même lune pour tout le monde », Lucas rêve d’y écrire un message pour son papa, afin que celui-ci puisse le voir peu importe où il est.

De son côté, Nina est amnésique, et a l’envie de s’enfuir et de refaire sa vie, ailleurs…

S’il y a des passages amusants dans le livre, les personnages sont aussi abîmés par la vie, et certaines scènes sont plus tristes. Heureusement l’auteur fait de l’humour (« tu le veux comment, ton steak ? – Dans une assiette. ») et surtout elle a le don de la formule : son expression « toi tu n’as pas inventé l’eau en poudre », clin d’oeil au précédent roman de Laurence Labbé « Comment je n’ai jamais réussi à attraper le Père-Noël », finira dans le langage courant. C’est aussi la reine des onomatopées, et tout y est prétexte, même le bruit des graines versées dans un récipient pour les oiseaux. Poétique.

Voir le site de l’auteur : http://www.laurencelabbelivres.com/

Roman

« L’appartement témoin » de Tatiana de Rosnay

appartement témoinIl y a quelques années, j’avais lu (comme sûrement beaucoup d’entre vous) le best-seller de Tatiana de Rosnay «Elle s’appelait Sarah ». J’avais été assez déçue par ce roman, que j’avais trouvé trop prévisible – et peut-être aussi parce qu’on m’en avait dit trop de bien.

Depuis je n’ai pas lu d’autre roman de Tatiana de Rosnay, et c’est peut-être la lecture de « L’appartement témoin » qui va me donner envie de revenir davantage vers cette auteure.

Après vingt ans de mariage, le héros du roman divorce. Il faut dire que ses infidélités ont fini par avoir raison de son couple. Il emménage dans un bel appartement parisien, un loft lumineux où il se sent un peu seul.

Mais à plusieurs reprises, il ressent une drôle de sensation dans l’appartement… jusqu’à comprendre qu’il a des visions d’une précédente habitante de son appartement. Va alors commencer une quête pour comprendre qui est la femme de sa vision.

Flirtant avec le surnaturel, l’auteure réussit à ancrer quand même ses personnages dans un quotidien très réel. Rien de ce qui se passe dans ce livre n’est vraiment crédible, et pourtant tout a l’air si « normal ». Dans sa recherche d’une mystérieuse inconnue, le héros en profite pour faire son introspection et passer en revue toute sa vie (son mariage, son divorce, sa fille…) et nous offre aux passages de belles déclarations d’amour d’un père à sa fille.

S 3-3Le livre de poche, 320 pages, 6,10€

Roman

« La tour abolie» de Gérard Mordillat

tour abolie« Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie »

Si le titre du roman de Gérard Mordillat s’inspire du poème de Gérard de Nerval, le roman en lui-même n’a rien de poétique – bien au contraire.

La tour Magister est l’une de ces tours qui flirtent avec le ciel dans le quartier d’affaires de La Défense. Symbole de la puissance de l’entreprise qui l’occupe, c’est une tour où se côtoient tous les échelons de la hiérarchie, du PDG au trente-huitième étage, jusqu’aux secrétaires, en passant par les cadres moyens. Mais dans les sous-sols s’est organisée une vie parallèle , où des marginaux vivent près de junkies, et où des travailleurs pauvres habitent dans des voitures, près de malades psychiatriques. Ces deux mondes s’ignorent, même si certains se nourrissent des poubelles des autres.

Ce roman est d’une extrême violence : la violence est omniprésente dans la vie souterraines, où les habitants ressemblent à des animaux sans limite, vivant dans les immondices, torturant, broyant de leur folie tout ce qui les entoure ; mais la violence est aussi présente chez les « cols blancs » des étages supérieurs. Et les stratagèmes de conquête du pouvoir ne sont rien à côté de la déchéance morale des dirigeants qui vivent dans la luxure et le vice.

Je suis très partagée sur ce roman. En le lisant, j’ai souvent eu des haut-le-cœur, tant l’auteur repousse loin les limites de ce qui peut être raconté dans un roman. J’ai éprouvé le même malaise qu’à la lecture d’  « American psycho » de Bret Easton Ellis, que j’avais interrompue avant la fin. Cette fois-ci je suis allée jusqu’au bout de la lecture, même si l’accumulation de violence est de moins en moins supportable au fil des pages.

Néanmoins je reconnais à l’auteur une capacité à faire évoluer ses personnages dans un univers tantôt lisse tantôt glauque. Sa tour Magister est un monde en soi. Je retournerai peut-être, plus tard, vers cet auteur, en espérant le découvrir dans un texte moins sombre. Il faudra, d’ici là, que j’aie réussi à digérer celui-là.

S 2-3Albin Michel, 512 pages, 22,90€

Roman

« L’or de Canfranc » de Santiago Mendieta

or canfranc1980. Canfranc est une gare près de la frontière franco-espagnole, abandonnée aux quatre vents depuis bien longtemps. Thomas Azumendi s’y rend par curiosité, sur les traces de son grand-père aujourd’hui décédé. Il est journaliste, et a pris une année sabbatique pour renouer avec son histoire familiale. Ce qu’il ne savait pas en partant à Canfranc, c’est qu’il allait ouvrir la boîte de Pandore. En effet, il découvre que cette gare où a travaillé son grand-père a vu passer pendant la Seconde Guerre mondiale des convois ferroviaires chargés d’or.

D’où venait cet or, et pourquoi une certaine quantité disparaissait à chaque convoi ? Qui était au courant ?

Ce livre est bien plus qu’un roman historique. En partant de ce mystère autour de l’or de Canfranc, c’est une vraie enquête journalistique, complète, précise. Je suis habituée à lire des romans historiques très « romancés » ; ici le roman se veut très précis historiquement, et sur le fond et sur la démarche. Cela m’a un peu déstabilisée car je connais très mal (euh… pas du tout?) l’histoire de l’Espagne, et les figures des différents opposants ou partisans de Franco. Ce n’est pas inintéressant d’avoir cette approche dans le roman, mais c’est très pointu donc plutôt adapté à des lecteurs qui ont déjà un vernis (assez épais) sur le sujet. Pour moi qui suis novice sur le sujet, j’ai apprécié de « souffler » entre deux parties très pointues historiquement, pour revenir au quotidien d’enquêteur journaliste de Thomas Azumendi.

S 2-3Editions Privat, 284 pages, 18,25€

Policier

« Mourir sur Seine » de Michel Bussi

mourir seineComme souvent lorsque j’apprécie des romans d’un auteur, je remonte progressivement dans son œuvre. C’est ainsi que j’ai découvert « Mourir sur Seine » de Michel Bussi. Dans ce roman policier, Michel Bussi nous fait découvrir la Seine côté Normandie, pendant l’Armada de Rouen en juillet 2008. Alors que des navires de tous pays s’apprêtent à défiler sur la Seine devant une foule considérable, un marin est assassiné.

Maline Abruzze, journaliste locale, mène sa propre enquête. Elle rencontre un ancien pirate, et va découvrir que la Seine cache peut-être un trésor oublié, objet de bien des convoitises.

Tous les ingrédients sont réunis pour passer un bon moment de lecture : le suspense, le mystère autour d’un trésor, et la Seine comme décor. Michel Bussi est décrit par son éditeur comme un « page turner » et c’est exactement ce que l’on ressent à la lecture ; impossible de se dire « je finis mon chapitre et je pose mon livre » car chaque chapitre se termine par une ouverture et relance le suspense. Malgré tout cela m’a parfois agacée (mais c’est peut-être ce qui construit le suspense), de même que certaines phrases un peu trop mélo à mon goût (« Toute sa vie elle s’en voudrait. Mais ce n’était pas de sa faute. Elle ne pouvait pas savoir»).

Enfin je ne me cache pas malgré cela d’avoir passé un bon moment de lecture, efficace comme je l’attendais avec un roman de Michel Bussi.

S 2-3Editions des falaises, 476 pages, 9€

Policier

« Meurtres bio au château » de Grégoire Gauchet

meurtres bioDès les premières lignes, le décor est planté. Le Bleuet, l’Ortie et le Pissenlit sont trois habitants du village de Rieswihr en Alsace, village menacé par la construction d’un village vacances qui risque de défigurer le paysage et de bousculer la petite vie locale… Alors que le maire et le député s’affrontent sur le dossier, le Bleuet, l’Ortie et le Pissenlit partent en guerre contre ces constructions. Or le garde-champêtre est retrouvé mort. Simple accident ou meurtre lié au projet ?

J’aurais voulu que ce fait soit le point de départ d’une enquête policière ; or ce roman, malgré le nom de la collection à laquelle il appartient, n’a vraiment rien d’une enquête policière ! Car personne ou presque ne s’intéresse à la mort de cet homme ; par contre le roman est une incroyable somme de scènes incongrues. Passe encore que le garde-champêtre fasse ses annonces au djembé, mais rapidement cela vire presque à l’absurde : un tigre échappé d’un cirque qui boit de la bière dans un café ; « Francis Lalano », une caricature de chanteur bien connu, fait un concert qui ressemble plus à un show pathétique ; et je vous laisse découvrir les derniers chapitres.

Cela aurait pu passer, pourquoi pas, pour un récit décalé émaillé de jeux de mots ; le problème est que ce roman ne devrait pas être présenté comme une « enquête » car on s’attend à lire un polar. Présenté autrement, j’aurais pu sourire. Mais là je suis juste déçue.

s-1-3Le Verger éditeur, 336 pages, 12€