Nouvelles

« 13 à table ! » (édition 2020)

13 à table ed 2020L’avantage d’un recueil de nouvelles, c’est qu’on peut le commencer, le laisser, le reprendre, y revenir plus tard… Acheté à sa sortie, il y a une éternité (c’était fin 2019, avant le confinement, bref dans une autre vie), il m’attendait sur une étagère, comme souvent le font les livres parce que je les achète souvent par plusieurs mais ne les lis pas tous à la suite. Peu importe, l’essentiel est qu’il m’attendait. J’avais lu les premières nouvelles, puis l’avait mis de côté (prise sans doute par une autre lecture), et l’ai ressorti dernièrement pour en terminer la lecture.

Le thème de cette édition est « le voyage », et comme toujours dans le recueil « 13 à table » auxquels collaborent des écrivains aux parcours et aux sensibilités différentes, il est amusant de voir comment chacun s’approprie le thème qui lui a été imposé. Certains le prendront au premier degré et parleront d’un « vrai » voyage, quand d’autres considéreront que certaines aventures du quotidien peuvent aussi renvoyer à l’image du voyage. De même se succèdent des nouvelles amusantes et d’autres sérieuses, des histoires contemporaines et des récits historiques, l’alternance de ces textes n’étant choisie que par le hasard de l’ordre alphabétique qui détermine l’ordre des auteurs dans le recueil.

Vous trouverez forcément votre bonheur de lecture dans ce recueil très varié, qui heureusement est encore disponible à la vente.

S 3-3Avec des textes de Philippe BESSON • Françoise BOURDIN • Michel BUSSI • Adeline DIEUDONNÉ • François d’EPENOUX • Éric GIACOMETTI • Karine GIEBEL • Philippe JAENADA • Yasmina KHADRA • Alexandra LAPIERRE • Agnès MARTIN-LUGAND • Nicolas MATHIEU • Véronique OVALDÉ • Camille PASCAL • Romain PUÉRTOLAS • Jacques RAVENNE • Leïla SLIMANI ; 5€ (=4 repas distribués)

Policier

« L’énigme de la chambre 622 » de Joël Dicker

chambre 622Il en est des livres de Joël Dicker comme ceux de Michel Bussi, de Jean-Luc Bannalec ou de quelques autres : je les attends avec impatience, guette leur publication, les regarde avec gourmandise une fois achetés, les ouvre avec le sourire, et me coupe du reste du monde dès que j’en commence la lecture.

L’intrigue de ce nouveau roman se situe dans la Suisse natale de l’auteur. Au Palace de Verbier, un corps a été retrouvé dans une chambre. Or ce week-end là avait lieu le traditionnel gala annuel de la banque Ebezner.

Tout le coeur du roman va être de suivre les péripéties de Macaire Ebezner, héritier de la banque ; de sa femme Anastasia ; de son rival préféré, Lev. Roman à tiroirs, où les fils de l’intrigue s’entrecroisent, c’est un roman que je trouve difficile à raconter : parce qu’il fourmille de détails qui sont essentiels, parce que la complexité du récit croise le plaisir d’une lecture dans difficulté. Il faut juste rester bien concentré pendant sa lecture, car les rebondissements sont multiples, se croisent, et ne trouvent parfois du sens que bien longtemps après !

J’ai adoré le décor du roman, très différent des décors américains auxquels nous avait habitués Joël Dicker. Alors que le soleil brillait pendant que je lisais ce roman, j’étais coupée du monde, isolée dans ce Palace que j’imaginais entouré de neige, un peu coupé du monde lui aussi. J’ai aussi pensé à « Belle du Seigneur », pour la Suisse sans doute, pour le trio et l’histoire d’amour idéalisée aussi.

C’est aussi une saga familiale, puisque l’histoire des Ebezner se confond avec celle de la banque qu’ils ont fondée.

Notons aussi que l’auteur profite de ce nouveau roman pour rendre un hommage (très) appuyé à son éditeur aujourd’hui décédé, Bernard de Fallois, à travers une mise en abyme qui, à part cet hommage, n’apporte pas grand-chose au livre.

S 3-3Ed de Fallois, 576 pages, 23€

Roman

« La femme révélée », de Gaëlle Nohant

femme révélée1950. Qu’est-ce qui a poussé Violet, de son vrai prénom Eliza, à quitter sa ville de Chicago, son mari, et surtout son fils Tim ? On pense d’abord à une quête de liberté, on juge un peu cette femme qui ne dit pas grand-chose de ses choix et parle de son passé à mots couverts. A Paris, elle fait quelques belles rencontres, des écorchés de la vie, qui démontrent jour après jour la capacité formidable des humains à se remettre en selle même après des drames.

L’histoire avance et l’on juge de moins en moins cette femme, au fur et à mesure qu’elle accepte de dévoiler son passé. La troisième et dernière partie du livre est finalement la plus forte, où l’engagement se révèle et où les choix prennent du sens.

J’ai été longtemps intriguée par ce livre, que j’ai découvert en version audio. La lecture faite par Claudia Poulsen est complètement en accord avec le texte et avec la narratrice. Car l’héroïne de ce roman n’est que feu sous la glace : elle offre à tous un visage calme et cache beaucoup d’elle-même ; mais l’essentiel est ailleurs, dans des choix et des engagements qui transcendent ce que son apparence laisse supposer. Il en est de même avec la lecture de ce roman, faite avec une tempérance qui sied bien à la narratrice.

Le début du roman m’a laissée perplexe, parce que je ne comprenais pas Violet. Mais il en est des livres comme de la vraie vie, et il faut se garder de juger sans connaître. Le personnage de Violet, gagne à être connu (et compris), et la dernière partie donne tout son sens à cette femme « révélée » qui donne son titre au roman.

S 2-3Audiolib, lu par Claudia Poulsen, 9h45 d’écoute, 23,45€

Roman

« Quand nos souvenirs viendront danser », de Virginie Grimaldi

Quand nos souvenirsJ’aime les romans de Virginie Grimaldi pour la tendresse qui y transparaît, et pour ce mélange toujours bien dosé d’émotion, de blessures, et malgré tout d’optimisme.

Cette fois-ci, l’auteure a choisi comme héros des « octogéniaux », un groupe de seniors dont le lotissement va être démoli sur décision du maire, et remplacé par une école. Or cette rue, c’est leur rue, celle qui a vu s’épanouir leurs mariages, grandir leurs enfants, et s’écouler une vie faite de drames et de bonheur.

On connaît l’affection de Virginie Grimaldi pour ses grands parents – elle poste régulièrement des messages d’une grande drôlerie adressés à sa grand-mère, et a d’ailleurs publié un recueil de ces textes, « Chère Mamie ». Dans les remerciements, elle explique avoir beaucoup pensé à eux pour écrire les personnages de Marceline et Anatole. Marceline, la narratrice, ne nous raconte pas seulement le combat qu’elle mène avec ses voisins pour défendre leur rue ; mais plus largement, elle témoigne de sa vie de femme, de mère, et du temps qui passe inexorablement.

« Un jour tu comprendras que la beauté ne se mesure pas. Elle n’a pas les sourcils épilés ou la bouche rouge sang, elle ne porte pas de talons ou de cheveux crantés, elle ne suit pas les modes, elle ne se maquille pas, elle ne se voit pas dans un miroir. »

Les personnages sont truculents, ces « octogéniaux » farceurs ne manquent pas d’imagination pour défendre leur rue, et l’on sourit devant ces petis vieux qui adorent se détester. Même si j’ai trouvé un peu moins de rebondissements que dans d’autres titres de l’auteure, le roman s’écoute comme d’habitude avec plaisir et la lecture faite par Colette Sodoyez est parfaite pour incarner Marceline à différents âges.

S 3-3Audiolib, lu par Colette Sodoyez, 6h41 d’écoute, 20,90€

Policier

« Cadres noirs » de Pierre Lemaitre

cadres noirsBien avant de lire sa trilogie des « Enfants du désastre » (dont j’ai chroniqué sur ce blog « Couleurs de l’incendie » et « Miroir de nos peines »), je connaissais Pierre Lemaitre comme un excellent auteur de polars. Avec « Alex » ou « Robe de marié », il m’avait déjà impressionnée par sa capacité à raconter des romans noirs très psychologiques, bien orchestrés et intelligents – c’est-à-dire pas seulement pleins de rebondissements (ce qui est déjà très bien), mais en construisant des personnages complexes, étonnants, qui reflètent tout ce que l’être humain peut avoir de ressorts cachés en lui.

« Cadres noirs » m’attendait depuis longtemps. Acheté un jour par hasard, avec la certitude que le livre me plairait, mais un peu noyé parmi d’autres livres que j’avais aussi envie de lire, il a attendu son heure. Enfin son heure est venue, et c’est un nouveau grand plaisir de lecture que j’ai vécu.

Alain Delambre est chômeur depuis plusieurs années. Proche de la retraite, il sait que retrouver un emploi comme ceux qu’il a connus – DRH dans une grande entreprise – est devenu inaccessible pour lui. Il accepte des petits boulots sans qualification, parce qu’il faut bien manger et payer les traites de l’appartement. Si sa femme ne lui reproche rien, lui se sent chaque jour un peu plus dévalorisé. Lorsqu’une annonce atypique est publiée (participer à une fausse prise d’otage organisée par un recruteur), Alain n’hésite pas. Pas question de s’attarder sur des considérations morales ; ce job, il le veut, et il va tout faire pour l’avoir.

Commence alors une quête tout à la fois ambitieuse et folle, celle d’un homme qui doit pouvoir saisir sa chance de retrouver son honneur – parce que c’est sans doute la dernière chance qu’il aura.

Avec beaucoup de rythme, de rebondissements, et toujours l’incroyable talent narratif qu’on lui connaît, Pierre Lemaitre fait de ce roman un thriller psychologique particulièrement bien construit. Alain Delambre, le personnage central, est un symbole d’acharnement, de « non-résignation » ; et ce roman, l’œuvre d’un fin stratège.

S 3-3Le Livre de poche, 442 pages, 7,90€

Roman

« Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » de Stuart Turton

hardcastleEn commençant ce livre, j’en avais lu le résumé fait par l’éditeur, et je savais donc (à peu près!) à quoi m’attendre, à savoir une construction atypique et forcément complexe.

La jeune Evelyn Hardcastle va mourir ce soir. Aiden Bishop, invité à la grande fête organisée par les parents d’Evelyn, doit trouver son assassin. Mais s’il ne le démasque pas avant ce soir, il pourra recommencer le lendemain, puis le surlendemain… car il aura une semaine entière pour revivre cette journée.

Ce schéma n’est pas inédit, il a même été utilisé dans un célèbre film (« Un jour sans fin »). Pourtant ici le procédé narratif est un peu différent, car non seulement le narrateur va revivre plusieurs fois la même journée, mais (attention je spoile un tout petit peu) il va la revivre dans la peau de différents personnages. C’est alors que les difficultés commencent pour le lecteur, car non seulement il faut se souvenir de ce que le personnage a pu glaner comme indice dans chaque journée, mais aussi ne pas se perdre entre les différents personnages et leurs points de vue respectifs. Dans ce genre de roman très complexe, j’ai toujours peur que la fin soit incompréhensible, parce qu’il y a forcément plein de détails qui m’échappent, ou dont je ne mesure pas immédiatement la portée. Heureusement j’ai compris la fin, même si à certains moments je me suis sentie perdue au milieu de certains personnages.

J’ai pensé évidemment à ma lecture du « Jardin des sept crépuscules » (tiens, encore un sept), même si « Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » est moins complexe. Au final, c’est un roman qui interpelle et intéresse par sa structure ; je reste juste un peu sur ma faim car je suis passée à côté de certains passages.

S 2-3Sonatine, en numérique 4,99€

Policier

« Au service secret de Marie-Antoinette : l’enquête du Barry ( tome 1) » de Frédéric Lenormand

enquête du barry - marie antoinette t1Rose Bertin et Léonard sont deux personnages historiques qui ont fortement contribué à l’image de Marie-Antoinette – à son image de modernité, mais aussi à une certaine frivolité qui alimenta la moquerie et le désamour de son peuple. Lenormand a choisi de faire de la modiste et du coiffeur les héros d’une série de cosy mysteries.

Habitués de ce blog, vous savez que c’est un genre littéraire que j’aime particulièrement, et par ailleurs il ne vous aura peut-être pas échappé que Marie-Antoinette est une figure historique à laquelle je m’intéresse beaucoup et depuis longtemps. Autant dire que ces romans me faisaient de l’œil depuis longtemps ! J’ai profité du confinement pour lire le premier tome en version numérique. Hélas, triple hélas, ma déception a été aussi forte que l’avait été mon envie de lecture.

Tout d’abord, j’ai regretté que Marie-Antoinette soit si peu présente dans l’histoire – elle n’apparaît vraiment qu’à la fin du livre. Mais surtout, j’ai trouvé beaucoup de maladresses dans la construction. Le début du roman est totalement invraisemblable : Marie-Antoinette choisit, par l’intermédiaire de ses dames de confiance, de recruter Rose Bertin et Léonard, sans les connaître du tout, et de les lancer sur la piste des diamants disparus de la Comtesse du Barry – rien que ça ! On disait Marie-Antoinette un peu légère parfois, de là à confier à deux artisans inconnus la quête d’une si précieuse parure de bijoux sans les connaître ni d’Eve ni d’Adam… moi j’ai eu un peu de mal.

Bien que l’on sente beaucoup de bonne volonté de la part de l’auteur pour entraîner le lecteur dans le Paris du XVIIIè siècle – il est d’ailleurs bien documenté – l’histoire est trop rocambolesque et les personnages trop caricaturaux à mon goût, et je me suis vite lassée. Dommage ! Trop d’espoirs placés dans une lecture, parfois, ne font qu’accroître la déception. Je ne lirai pas les tomes suivants.

S 1-3Ed de la Martinière, 360 pages, 14€

Biographie

« Victoria » de Daisy Goodwin

victoriaAprès « La trilogie de Corfou », c’est une fois de plus une série télévisée qui m’aura amenée vers un livre. C’est en effet la série britannique « Victoria » qui m’a donné envie de lire le roman biographique du même nom – et dont j’ai découvert qu’il était écrit par la scénariste, historienne de formation.

Cette biographie se lit comme un roman, celui de l’accession au trône britannique d’une jeune fille de dix-huit ans. Elevée loin des codes de la monarchie, protégée à outrance, devenir reine est pour elle un bouleversement qui sera synonyme de libération : libération de sa mère, qui dormait encore dans la même chambre qu’elle ; libération aussi de ceux qui espéraient régner à sa place.

Inexpérimentée, Victoria s’appuie fortement sur son Premier Ministre, Lord Melbourne. Surnommé affectueusement « Lord M » par la jeune reine, celui-ci est à la fois un guide politique, une figure paternelle bienveillante, et (dans le livre du moins) le premier homme dont la reine s’éprend.

Si vous avez vu la série, le livre y est globalement fidèle, même si j’ai trouvé le livre moins dramatique (notamment sur les tentatives de renversement et de mise sous tutelle de la jeune reine).

Je ne sais pas juger de la fidélité historique des propos, même si d’après quelques recherches il semblerait que le rôle de Melbourne soit moins romanesque que celui raconté, et que l’amour de la reine pour son époux soit plus fort et plus sincère que le choix un peu mitigé qui est celui du livre.

J’ai passé un très agréable moment de lecture, transportée dans le Londres royal des années 1830. Le cadre est idyllique (et idéalisé), l’histoire romanesque à souhait, et l’écriture d’une grande fluidité.

S 3-3Milady, 571 pages, 18,20€

Essai / Document

« Les énigmes de l’histoire du monde » sous la direction de Jean-Christian Petitfils

énigmes histoire mondeQue vous soyez féru d’Histoire, ou que votre scolarité vous ait laissé un mauvais souvenir des dates à apprendre par cœur, ce livre vous fera passer un passionnant moment de lecture.

En effet, il compile vingt énigmes de l’Histoire du monde, chacune racontée par l’un de ses spécialistes. Autant le dire tout de suite, il y en aura pour tous les goûts, puisque le lecteur voyage de l’Atlantide jusqu’au pont de l’Alma qui fût fatal à Lady Di.

Si quelques unes de ces énigmes m’ont moins intéressée (celle sur Sébastien de Portugal, ou encore celle sur Louis II de Bavière), la plupart sont passionnantes, et rendues accessibles au plus grand nombre. Chaque énigme est retracée en une vingtaine de pages, qui situent le contexte et le point de départ de l’énigme, rappellent les différentes pistes étudiées au fil des années (ou des siècles!) et concluent avec l’état actuel des connaissances.

Parmi les auteurs, certains ferment toute possibilité de questionnement résiduel, d’autres au contraire semblent prendre plaisir à laisser ouvertes plusieurs réponses – et donc à conserver une part de mystère (ce sont ces histoires-là qui m’ont le plus plu, je le reconnais!).

Je connaissais certaines de ces énigmes (l’affaire Anastasia, le suaire de Turin, l’assassinat de Kennedy), mais j’ai aimé voyager dans l’Histoire de cette manière. Un très bon livre pour cet été !

S 3-3Perrin, 416 pages, 21€

Policier

« Au douzième coup de minuit » de Patricia Wentworth

douzieme coupLe fameux douzième coup de minuit est évidemment très romanesque. Tant pis si l’ambiance est un peu galvaudée, j’ai une fois de plus apprécié cette enquête de Miss Silver.

Cette fois-ci, c’est une trahison familiale qui est au coeur de l’intrigue. James Paradine, patriarche d’une riche famille d’industriels, profite du réveillon du nouvel an de l’année 1942 pour annoncer à sa famille réunie que l’un des invités a trahi sa propre famille. Serein mais déterminé, il dit connaître le coupable et attendre dans son bureau que celui-ci vienne se confesser avant minuit.

La suite, vous l’imaginez facilement : James Paradine va être retrouvé mort. Alors, qui est le traître dans la famille, qui a préféré tuer le patriarche plutôt que de voir son nom traîné dans la boue ?

Engagée par un membre de la famille, Miss Silver s’installe dans la demeure où vit une partie de la famille. Elle va ainsi faire connaissance avec les beaux-enfants de James Paradine, avec sa sœur possessive et la fille adoptive de celle-ci, avec les cousins, le secrétaire que tout le monde déteste, bref avec toute une galerie de personnages dont aucun n’a l’air très serein…

Il y a quelques fausses pistes données en pâture au lecteur, mais aussi des gros indices qui mènent à la résolution de l’intrigue. Pas de gros twist au moment de la révélation finale, mais la lecture reste plaisante et distrayante.

S 3-3En numérique chez 12-21, 8,99€