Essai / Document

« Street Paris » de Simon Pradinas

Street ParisN’imaginez pas que ce livre remplacera votre plan de Paris si vous êtes perdus dans la capitale. « Street Paris » regroupe certes les plans de 45 quartiers parisiens, mais ce sont des plans artistiques, qui mettent en lumière les immanquables des divers arrondissements. On voit ainsi surgir le Sphinx et la Joconde du quartier du Louvre. Vous pouvez d’ailleurs feuilleter des extraits du livre sur le site de l’éditeur, ce sera plus parlant car c’est un livre très visuel, coloré et graphique.

La lecture est très agréable, la forme alterne les fameux plans d’illustration et des anecdotes historiques ou décalées sur le quartier. On n’évite pas malheureusement quelques clichés, qui font que je n’ai pas toujours retrouvé ma propre vision de ces quartiers, mais après tout c’est la vision subjective de l’auteur.

Il faut feuilleter le livre au fil de ses promenades dans Paris, ou pour les non-parisiens s’en servir pour imaginer une future visite de la capitale. J’ai pour ma part été plus naturellement attirée par la lecture des chapitres sur les quartiers que je connais déjà, pour confronter ma perception à celle de l’auteur. Ne passez pas à côté de l’avant-propos qui explique bien la démarche de Simon Pradinas et sa méthode. En filigrane, bien sûr, il y a un véritable amour pour Paris : « sur chaque bout de trottoir il s’est passé quelque chose d’unique. » Rien que ça.

S 2-3Chêne, 160 pages, 19,90€

Policier

« Agatha Raisin enquête (t2) : Remède de cheval » de M.C. Beaton

9782226318312-jVoilà ce qui arrive quand on lit une série de romans sans commencer par le premier : on finit par revenir en arrière. Donc pour ceux qui ont lu mes précédentes chroniques sur « Agatha Raisin enquête », je vous aide à vous y retrouver : cette chronique parle du deuxième tome, « Remède de cheval ». Agatha est déjà installée dans les Cotswolds ; elle a déjà craqué pour son voisin James Lacey, mais à eux deux ils illustrent parfaitement l’expression « fuis-moi, je te suis ; suis-moi, je te fuis ».

Dans ce tome, on découvre une belle brochette de femmes du village de Carsely, qui ont pour point commun d’être tombées sous le charme du nouveau vétérinaire, Paul Bladen. Ca se bouscule dans la salle d’attente… Or le vétérinaire est retrouvé mort ; et Agatha, qui rêve de s’illustrer dans la résolution d’une nouvelle enquête, tente de persuader la police que cette mort n’est pas accidentelle…

J’ai mis un peu plus de temps à lire ce tome que les autres, et la conséquence est que je me suis perdue parmi les groupies du vétérinaire « Mrs Parr, Mrs Mason, Freda, Miss Webster, Mrs Josephs et Miss Simms » – non vraiment, ça fait trop pour moi.

J’ai quand même pris plaisir à lire ce tome, bien qu’il soit moins accrocheur que les suivants (je le dis pour les bons élèves qui vont les lire dans l’ordre : si celui-ci ne vous plaît que moyennement, ne vous arrêtez pas là, les suivants sont très bons).

Ça y est, j’ai lu tous les tomes traduits en français. Vite vite messieurs-dames de chez Albin Michel, traduisez vite les suivants pour m’éviter de devoir les lire en anglais… !

S 2-3Albin Michel, 270 pages, 14€. Traduit de l’anglais par Esther Ménévis

Policier

« Agatha Raisin enquête (t1) : La quiche fatale » de M.C. Beaton

quiche fataleSi vous venez de temps en temps sur ce blog (merci, merci), vous savez que ma lubie littéraire actuelle est la série des « Agatha Raisin » de M.C. Beaton. Je me suis attachée à ce personnage, et moi qui aime les romans policiers « gentillets » – comprenez par là « sans description macabre ni scène angoissante », je suis servie. Si la collection est depuis peu traduite en français, les romans ont une bonne vingtaine d’années. J’ai commencé par le tome 3, et je rattrape maintenant mon retard en lisant le premier tome de la série – les romans sont suffisamment bien construits pour que cela ne soit pas gênant.

Reprenons donc depuis le début. Agatha est une femme d’affaires londonienne, intraitable et redoutée par ses pairs. Mais depuis toujours elle rêve secrètement de s’installer dans la campagne anglaise, plus précisément dans les Cotswolds qui « représentaient à ses yeux tout ce qu’elle avait toujours désiré : la beauté, la tranquillité et la sécurité ». Elle abandonne donc son travail, et s’installe dans un joli cottage au sein d’un petit village.

Et voilà la business woman Agatha Raisin passant ses soirées à regarder la télé ou à lire « Autant en emporte le vent ». Mais cette nouvelle vie de femme au foyer ne va pas durer longtemps : décorer sa nouvelle maison ou participer aux œuvres caritatives locales, ce n’est pas trop dans sa nature. Heureusement avec Agatha, même un simple concours culinaire local prend des proportions inattendues : alors qu’elle participe à un concours de la meilleure quiche, Agatha triche et achète une quiche en la faisant passer pour sienne. La tricherie aurait pu passer inaperçue si le président du jury n’était pas mort empoisonné par ladite quiche…(d’où le titre de « Quiche fatale », encore plus drôle dans la version originale « The Quiche of death »). Ce n’est pas vraiment la publicité dont Agatha avait besoin pour s’intégrer dans le village…

Sa curiosité, sa mauvaise foi, son tempérament, en font une voisine détestable… mais pour les lecteurs qui aiment les romans divertissants, une héroïne à suivre. L’enquête est presque secondaire dans l’histoire ; le plus plaisant est de suivre Agatha la citadine dans ses premiers pas de villageoise, multipliant les efforts pour s’intégrer mais ne récoltant que des catastrophes. C’est amusant, « so british », et on commence déjà à voir en filigrane une certaine sensibilité que l’on retrouvera dans les tomes suivants. Si vous ne connaissez pas Agatha Raisin, il est temps de partir à sa rencontre !

S 3-3

Albin Michel, 324 pages, 14€. Traduit de l’anglais par Esther Ménévis

Roman

« Le facteur émotif » de Denis Thériault

facteur émotifSi cet été vous hésitez enter envoyer une carte postale ou un simple MMS, c’est que vous n’avez pas encore lu « Le facteur émotif », véritable ode au courrier postal.

Bilodo est facteur. Il vit seul, a peu d’amis, et sa principale distraction consiste à décacheter les lettres qu’il transporte. C’est ainsi qu’il intercepte la conversation épistolaire entre Grandpré et Ségolène. Celle-ci vit en Guadeloupe, et échange avec Grandpré des « haïkus », de courts poèmes japonais.

Lorsque Grandpré meurt brutalement, Bilodo ne peut se résoudre à voir cet échange s’interrompre ; alors il va prendre la place de Grandpré, sans mesurer les péripéties qui l’attendent.

Ce court roman de moins de deux cents pages est autant une déclaration d’amour au pouvoir de l’écrit qu’une initiation aux charmes de la poésie japonaise. Bilodo, simple facteur japonais sans ambition, se prend au jeu du dialogue épistolaire et découvre au passage toute une culture dont il ne savait rien.

Est-ce pour la référence au Japon ou pour la simplicité du héros ? J’ai pensé à « L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery. Plutôt une belle référence…

S 2-3Le Livre de poche, 165 pages, 6,60€

Roman

« Les yeux couleur de pluie » de Sophie Tal Men

yeux couleur de pluieC’est un pur hasard, mais à quelques jours d’intervalle j’ai lu deux romans qui pourraient se ressembler : deux premiers romans, écrits par deux jeunes femmes, et qui racontent le quotidien de deux femmes au début de leur vie professionnelle. Autant je n’ai pas accroché au premier, autant le second, « Les yeux couleur de pluie » de Sophie Tal Men, m’a vraiment séduite.

Marie-Lou est interne en neurologie. Mal classée au concours de médecine, elle a dû renoncer à un poste dans sa natale Haute-Savoie, et se retrouve à Brest. D’abord dépaysée, l’accueil de sa fantasque colocataire va vite la réconforter – surtout que ladite colocataire a un cousin qui pourrait bien être aussi très réconfortant…

Tout en racontant le parcours de cette jeune femme de vingt-cinq ans, Sophie Tal Men (elle-même neurologue) nous fait découvrir les coulisses d’un hôpital vues par une interne. Hypocondriaques, ne vous inquiétez pas trop, le dosage est bien fait pour que les diagnostics et autres prescriptions ne prennent pas le dessus sur le contenu du livre.

Si le titre « Les yeux couleur de pluie » m’a fait penser à une chanson de Roch Voisine (pardon, on a les références qu’on peut – je ne sais pas si c’est volontaire mais l’auteur étant née en 1980 c’est plausible), l’extrait du « Barbara » de Jacques Prévert était incontournable pour commencer ce livre. D’ailleurs les bonnes références, culinaires ou musicales sont légion dans ce livre (petite pensée pour mon ami Yves, ceux qui ne connaissent pas encore Alexis HK vont le découvrir avec ce roman). Au final c’est un roman attachant, réussi, et prometteur pour la suite de la carrière littéraire de Sophie Tal Men.

S 3-3Le Livre de poche, 253 pages, 7,10€

Roman

« C’est où le Nord ? » de Sarah Maeght

C'est où le nordElla est professeur de français, et pleine de projets. Evidemment elle a encore ses idéaux sur l’éducation, et s’est donné comme objectif d’accompagner Basile, enfant Asperger, jusqu’au brevet des collèges. Quant à sa vie sentimentale, c’est un peu la cata, entre son petit ami pas encore sorti de l’adolescence, et son nouvel ami gay.

La jeune auteur, dont c’est le premier roman, a bénéficié d’une préface plus qu’élogieuse de la célèbre Katherine Pancol (« Les Yeux jaunes des crocodiles ») qui décrit ce livre comme « le portrait d’une génération » et dit avoir aimé « Beaucoup. Beaucoup ». Bon, désolée mais je n’ai malheureusement pas été aussi enthousiaste. Si le livre est globalement sympathique et se lit bien, certains passages sont « trop » (trop bizarres, trop peu crédibles), je n’ai pas réussi à y voir une chronique générationnelle, mais juste un livre sur une jeune prof entourée de personnages un peu loufoques. J’aurais bien aimé un fil conducteur un peu plus robuste pour l’histoire. De Dunkerque à Paris, du collège au premier appartement partagé, il y a pourtant de bons ingrédients pour raconter le quotidien de cette jeune prof. Je suis curieuse de voir comment Sarah Maeght abordera son prochain livre.

s-1-3Le Livre de poche, 288 pages, 7,30€

Poésie

« Clôtures » de Jean Le Boël

clôturesCette année s’est tenue à Sète la vingtième édition des « Voix vives » dédiées à la poésie. Pendant plus d’une semaine, la ville a vécu au rythme des lectures et des animations autour de la poésie.

Autant le dire tout de suite : je ne connais rien à la poésie contemporaine. Pire : je crains de n’y être pas sensible. Pourtant je connais mes classiques, et je peux relire Victor Hugo ou Paul Eluard avec beaucoup de plaisir. Par contre, je suis incapable de citer le nom d’un poète vivant !

Si mes chroniques sur ce blog sont par définition subjectives, celle-ci l’est d’autant plus que la poésie relève profondément de l’intime. Je ne crois pas qu’il y ait de « bons » ou de « mauvais » poèmes ; certains nous parlent, ou (r)éveillent quelque chose en nous, tandis que d’autres nous laissent indifférents.

Plonger sur une place de la ville où n’exposent que des auteurs ou des éditeurs de poésie relève donc quasiment d’une expérience pour moi ! Néanmoins je suis curieuse de découvrir des écrits contemporains, je me suis donc laissée tenter par plusieurs ouvrages, dont le premier fait l’objet de cette chronique.

J’ai rencontré Jean Le Boël à l’occasion des « Voix vives » et je le remercie d’avoir essayé de me « décomplexer » sur ma capacité à renouer avec la poésie. Son recueil « Clôtures » est en effet accessible aux non-initiés comme moi, bien loin d’une poésie élitiste que je redoutais. Je ne peux pas dire que j’ai tout aimé dans ce livre, mais j’y ai trouvé quelques vers qui ont eu une résonance particulière en moi – et quelques vers, c’est déjà bien.

Par exemple, depuis que je l’ai lu je repense souvent au poème qui ouvre le recueil :

il va de la grange à l’étable

et de l’étable au jardin

[…]

il fend le bois et offre le linge au vent

il faut tirer le cidre et cueillir les œufs

[…]

il pioche les haricots recueille les semences

[…]

il va du jardin à la grange

Bien sûr il faut lire le poème en entier pour y comprendre – en tout cas c’est ce que moi j’y ai compris – l’hommage à ces générations qui ne s’arrêtaient jamais de travailler, ces grands-pères et grands-mères qui ne se plaignaient pas mais accomplissaient chaque jour les indispensables travaux du quotidien.

Comme cela me parle !

Un autre poème, un peu plus loin dans le recueil, me fait le même effet :

Ce qu’il savait des arbres

[…]

le laisserons-nous ignorer aux enfants

Je ne sais pas s’il y aura beaucoup d’autres chroniques de poésie sur ce blog, mais je suis contente de cette rencontre et d’avoir ce livre-là dans ma bibliothèque, car je sais que je retournerai sûrement le feuilleter.

S 2-3Éditions Henry – Écrits du Nord, 73 pages, 10€

Essai / Document

« Créer ses jardins de peintres » de Philippe Collignon

Créer ses jardins de peintres« Créer ses jardins de peintres » : voilà un programme bien alléchant pour quiconque aime flâner au milieu des fleurs ou des arbres ! Le principe du livre est prendre pour point de départ un tableau qui fait la part belle à la nature ; de décortiquer les essences peintes sur le tableau ; et de faire ensuite un zoom sur ces plantes et leurs familles, en conseillant le jardinier sur les meilleures associations et sur leur entretien.

Claude Monet est évidemment présent à plusieurs reprises dans cet ouvrage ; on y trouve aussi Caillebotte, Renoir -les autres ont été pour moi des découvertes.

Par exemple si vous voulez agrémenter un mur ou une palissade avec des plantes grimpantes, le livre vous présente les plus connues, et donne des conseils pour faire les bons choix décoratifs sans nuire aux vieilles pierres.

Vous découvrirez aussi des plantes médicinales de base, mais aussi les rosiers, des vivaces, des bulbeuses, … Le grand point fort de cet ouvrage est de proposer une grande variété de propositions florales. J’aurais bien aimé d’ailleurs voir un jardin ou une parcelle réalisée « en vrai » sur la base de l’inspiration de l’un des tableaux.

Le livre ne se lit pas comme un roman : je vous conseille d’observer déjà les tableaux qui vous plaisent, ceux qui vous inspirent le plus, et de vous laisser conter ensuite la construction d’associations qui devraient faire un rendu similaire. Bon, bien sûr ce sera compliqué de rivaliser avec les jardins de Monet… Mais cela ne retire rien à cet ouvrage très agréable qui devrait donner aux jardiniers de belles idées à planter !

S 2-3Ed. Le Chêne, 208 pages, 29,90€

Roman

« Celle que vous croyez » de Camille Laurens

celle que vous croyezPour surveiller Jo, l’homme qu’elle aime, Claire se crée un faux profil sur Facebook. Elle entre en contact avec Chris, un ami de Jo, et de manière inattendue une relation virtuelle très forte se crée entre Chris et Claire. Mais Claire a créé un profil très éloigné d’elle : fausse photo, autre âge, et un quotidien qui ne ressemble en rien au sien.

Jouant avec tous les marqueurs des réseaux sociaux, Camille Laurens écrit un texte moderne et original. La personnalité complexe de Claire prend progressivement une autre dimension, car l’auteur brouille délibérément les pistes, allant même jusqu’à introduire un personnage d’écrivain intervenant dans l’histoire. Si la multiplication des points de vue a bousculé ma lecture en remettant sans cesse en cause ce que j’avais compris dans les précédents chapitres, j’ai quand même été conquise par l’originalité du roman, par la qualité de l’écriture, et par les références littéraires ou musicales qui sont citées – ah Patti Smith et « Because the night »…

Il y a aussi dans ce roman une analyste féministe avec des passages très forts ; et que l’on adhère complètement ou pas aux arguments de Camille Laurens, ils font écho à une réalité ressentie par bien des femmes :

« Ça me saute au visage, les sanglots s’étouffent dans ma poitrine avec le malheur d’être une femme. Vous pouvez bien me citer des contre-exemples […] Marie Curie, Marguerite Yourcenar, Catherine Deneuve […] on n’échappe pas à la réalité : c’est un malheur d’être une femme. Où qu’on soit. Toujours. Partout. »

«  Je voudrais tellement être un homme, parfois. Ça me reposerait. »

Le livre alterne ainsi entre considérations sociales et analyse du désir amoureux. Si la construction du texte déroute jusqu’à l’épilogue, les réflexions apportées par l’auteur sont autant de graines semées dans le jardin du lecteur.

S 3-3Folio, 224 pages, 6,49€

Roman

« La vie en Rosalie » de Nicolas Barreau

rosalieRosalie habite à Paris ; elle y tient une charmante boutique où elle dessine et vend des cartes postales personnalisées. Un jour, un célèbre auteur de livres pour enfants lui propose d’illustrer son prochain livre. Mais l’arrivée inattendue d’un Américain en voyage à Paris va quelque peu perturber ce projet…

« La vie en Rosalie » est une sympathique histoire, et une déclaration d’amour de son auteur (allemand) à Paris. Le début du livre m’a fait replonger dans une ambiance parisienne proche de celle du « Fabuleux destin d’Amélie Poulain », mais je me suis vite ennuyée devant une telle accumulation de clichés sur Paris. L’auteur doit être très nostalgique d’un Paris germanopratin ; et bien sûr Rosalie habite un minuscule appartement avec une terrasse sur les toits, elle mange un croissant chaque matin, tient une mignonne papeterie, est joliment effrontée…C’est un peu trop poussif pour moi, d’autant plus que la fin du livre est prévisible.

Réduit de moitié, ce livre aurait pu faire une jolie nouvelle avec Paris pour décor ; car comme le dit l’un des personnages (c’est aussi la traduction littérale du titre originel : « Paris ist immer eine gute Idee ») : « Paris est toujours une bonne idée ».

S 1-3Le Livre de Poche, 352 pages, 7,30€. Traduit de l’allemand par Sabine Wyckaert-Fetick