BD

«  Culottées » de Pénélope Bagieu

culottéesNous connaissons tous des portraits de femmes célèbres qui ont marqué l’histoire, mais Pénélope Bagieu a fait le choix de mettre en valeur des femmes moins connues, mais dont les vies ne sont pas moins passionnantes.

Dans son style tout particulièrement reconnaissable, elle croque dans de courtes BD de quelques pages des portraits à la fois sérieux sur le fond et un peu décalés sur la forme. Ces femmes qui, selon le sous-titre de l’ouvrage, « ne font que ce qu’elles veulent » sont des anonymes ou des femmes d’affaires, rebelles, chamane, actrice… L’intérêt du livre réside dans la variété des portraits.

J’ai particulièrement aimé deux portraits parmi les huit présentés dans cette première partie.

Le premier, c’est celui de Margaret Hamilton, actrice américaine qui a interprété notamment la méchante sorcière dans « Le magicien d’Oz » ; les anecdotes autour du rôle phare de sa carrière sont très amusantes et redonnent beaucoup d’humanité à celle qui a effrayé des générations d’enfants !

Le second est celui de Annette Kellerman, championne de natation après avoir vaincu la polio, et qui a contribué à sa manière à libérer le corps des femmes en créant un maillot de bain à l’origine des maillots de bain moderne.

Et voilà encore un livre qui va augmenter ma pile de lectures, car maintenant je suis à la recherche d’une biographie de Annette Kellerman. Un livre qui donne envie d’autres livres, c’est toujours un bonheur.

S 3-3Folio, Livre I, partie 1

Essai / Document

«  Le miracle Spinoza » de Frédéric Lenoir

spinozaSpinoza. Voilà un philosophe dont je ne savais pas grand-chose, si ce n’est quelques lointains souvenirs d’en avoir étudié quelques brèves citations au lycée.

Le pari de Frédéric Lenoir est de mettre à la portée de tous un philosophe connue pour être particulièrement difficile à étudier et à comprendre. Notons avant toute chose que la vulgarisation n’est pas vulgaire, c’est même un art dans lequel Frédéric Lenoir excelle. Il fait d’ailleurs de temps en temps le lien entre son histoire personnelle, son parcours de philosophe, des anecdotes, et les écrits de Spinoza, pour une meilleure appropriation concrète et contemporaines des textes originaux.

On comprend assez vite que Spinoza est plutôt un philosophe qu’il apprécié, même s’il raconte que dans les années 1980 il n’était même pas enseigné auprès des étudiants en philosophie…

En version audio, le livre est assez court (moins de 5 heures), pourtant il m’aura fallu plusieurs semaines d’écoute : c’est un ouvrage qui demande du temps, car il reste assez dense sur le fond des sujets traités. Il mériterait d’ailleurs de s’arrêter sur certains passages, de les noter, d’y revenir, et même pourquoi pas d’en faire une deuxième écoute.

Les thèmes abordés sont très riches : la joie, la raison comme seul critère de vérité (« Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas détester, mais comprendre »). La religion a aussi une place d’importance dans cet ouvrage : Spinoza était très critique envers la religion, ce qui lui a valu d’être exclu de la communauté juive et plus généralement d’être perçu toute sa vie durant (et même au-delà) comme un ennemi de la religion. Frédéric Lenoir, qui a déjà beaucoup écrit sur les religions, tente de mettre à portée du lecteur le vrai discours de Spinoza, loin des caricatures et des raccourcis.

A l’issue de cette écoute, je ne me sens pas capable de me lancer dans une découverte plus approfondie de « L’Éthique », l’œuvre majeure de Spinoza, mais je suis satisfaite d’en avoir approché la biographie et les thèses via ce livre audio accessible au plus grand nombre.

S 3-3Audiolib, 19,90€, lu par David Manet

Roman

« Mystère rue des Saints-Pères» de Claude Izner

victor legrisIl y a des livres, comme ça, qui me font de l’œil, qui traversent mes envies de lecture, dont je griffonne le titre ou l’auteur sur un bout de papier, au gré des conseils que je recueille. Ainsi, je connaissais de nom Claude Izner, pseudonyme derrière lequel se cachent deux sœurs, bouquinistes parisiennes. Lorsque je suis tombée par hasard en librairie sur un recueil regroupant les « Premières enquêtes de Victor Legris », je n’ai plus hésité. La couverture, jolie aquarelle parisienne, a sans doute déterminé mon choix ce jour-là. Voilà à quoi tiennent les choix de lecture, parfois…

L’histoire se déroule en 1889 à Paris. L’Exposition universelle bat son plein, mélangeant curiosité populaire et maladresses historiques. Victor Legris est libraire rue des Saints-Pères. Il partage la direction de sa librairie avec Kenji Mori, un japonais qui l’a recueilli à la mort de son père et l’a élevé comme son fils.

Alors que le Tout-Paris se presse pour découvrir la Tour Eiffel, symbole contesté de cette Exposition universelle, plusieurs morts mystérieuses sont attribuées à des piqûres d’abeilles. La coïncidence est étrange et Victor s’intéresse aux victimes et cherche un point commun entre elles.

Ce Victor Legris n’est pas du tout un enquêteur – en tout cas pas dans ce premier titre, peut-être que son personnage évoluera différemment – il est juste un libraire qui se retrouve entouré de morts étranges. Le roman, du coup, est moins intéressant pour l’enquête en elle-même que pour tout le reste. J’ai notamment adoré l’ambiance très rafraîchissante de cette fin du dix-neuvième siècle, cet engouement des Parisiens pour cette Exposition universelle qui leur fait découvrir des mondes inconnus et préfigure de bien des nouveautés qui s’épanouiront au vingtième siècle.

Je suis bien contente d’avoir acheté ce recueil des trois premières aventures de Victor Legris, car j’ai déjà envie de lire la suite, « La disparue du Père Lachaise » ! J’espère d’ailleurs que d’autres recueils suivront !

S 3-310/18, 864 pages, 14,90€ (le recueil de 3 titres)

Roman

« La femme brouillon » d’Amandine DHEE

G01003_La_femme_brouillon.inddQu’est-ce qu’être mère aujourd’hui ?

D’un côté, il y a les clichés sur la maternité, la pression sociale, l’envie d’être parfaite. De l’autre côté, il y a ce que chaque mère vit mais qui est toujours passé sous silence, les doutes, la réalité de l’accouchement. Et entre tout ça, la narratrice fait comme elle peut…

Le livre fourmille d’anecdotes qui parleront à toutes les mères (et aussi aux pères, sans doute). L’auteur oscille entre des réflexions profondes sur la maternité (« J’ai des attaques de réalité. Comme si cette naissance me liait définitivement au reste de l’humanité » écrit-elle par exemple pour raconter ce qu’elle ressent lorsqu’elle voit d’autres mères dans la souffrance), et des petites phrases drôles, issues du quotidien (« Ma vie va-t-elle ressembler à un album de Petit Ours Brun ? » s’interroge-t-elle). Intellectuelle, active, féministe, elle constate les changements survenus dans son quotidien suite à la naissance de son enfant. Et en même temps, elle est une mère à 100 %.

Le livre est hélas un peu trop court pour approfondir les sujets, alors qu’une multitude de pistes intéressantes sont ouvertes (sur la parentalité, sur la place des femmes dans la société, sur la vie intellectuelle et sociale d’une toute jeune mère etc).

Mais j’ai aimé la tendresse entre les lignes, ce sentiment maternel qui pousse la mère vers son enfant, et la rend épanouie, différemment, comme dans ce passage que je trouve très beau :

« Avec le bébé, ma voix n’est pas la même […]. Longtemps relégués dans un coin du cerveau, marionnettes, escargot et pirouette cacahuète font un retour triomphal […]. Je chante faux et le bébé est heureux. Il ne songe pas à se plaindre, ni à chercher une mère qui chanterait mieux, non, il affiche un aplomb sans faille. Il me ressemble quand je visitais des appartements pour la première fois, et que toute à mon enthousiasme, je ne voyais pas les fissures, la plomberie douteuse et les infiltrations d’eau sous la couche de peinture fraîche. Le bébé ferme les yeux sur nos fêlures. »

S 2-3Folio, 144 pages, 6€

Roman

« Laisse tomber la neige » de Cécile Chomin

laisse tomberEn cette fin d’année, plusieurs chaînes de télévision diffusent quotidiennement des téléfilms de Noël. Ces bluettes, le plus souvent américaines, ont pour cadre un joli décor enneigé, dans lequel éclosent des histoires d’amour à la veille de Noël.

Dans le même esprit, j’ai eu envie cette année de tester la lecture de romances de Noël, pour voir si elles se rapprochent de ces téléfilms. Mon premier choix s’est porté sur « Laisse tomber la neige », en grande partie pour la couverture : des montagnes, des sapins, des flocons de neige, je trouvais que ça mettait le lecteur dans l’ambiance.

Résumons l’histoire : Claire est parisienne, elle a un « travail en or » de community manager… mais alors qu’elle s’apprêtait à épouser Hector, celui l’a abandonnée le jour même du mariage. Claire part se ressourcer quelques jours à la montagne, dans un gîte. Or la propriétaire du gîte vient de mourir, et c’est son fils qui assure l’intérim…

Nul besoin de vous en dire plus, car bien sûr il n’y a pas de suspense, et aucun doute que tout cela va bien finir (en même temps je ne cherchais pas un livre à rebondissements).

Ai-je trouvé cette lecture agréable ?

Encore une fois, j’ai choisi ce livre pour ce qu’il est, c’est-à-dire de la romance, et de ce point de vue là tous les ingrédients sont réunis : le décor parfait pour cette saison, les personnages que tout oppose mais qui finiront pas trouver un terrain d’entente (!), l’histoire d’amour… Finalement, j’ai surtout été gênée par les tournures de phrases, trop proches du langage parlé (écrire « lui dis-je » ne me semble pas trop élaboré au point d’être sacrifié au profit d’un « je lui dis ») et par plusieurs erreurs (des « s » sur des formes futures, « je m’apitoierais », « serais-je » etc) qui m’ont accroché le regard pendant la lecture.

Bien que les personnages soient assez sympathiques, à la fin j’avais hâte de finir ma lecture pour passer à autre chose.

S 1-3LJ, 320 pages, 12,90€

Roman

« Belgravia » de Julian Fellowes

selectriceSi le nom de Julian Fellowes ne vous dit rien, sachez qu’il est notamment le scénariste de la très réussie série britannique « Downtown Abbey ». Cela vous parle davantage ?

Dans « Belgravia », j’ai retrouvé tout ce que j’ai aimé dans « Downtown Abbey » : des familles nobles dont le faste de fêtes fait rêver ; des domestiques, acteurs indispensables au déroulé de l’intrigue – et des complots dans les deux camps.

Sophia, fille d’un intendant sans noblesse mais qui a très bien réussi professionnellement, est amoureuse de l’héritier Bellassis. Or la guerre de Waterloo prive Bellassis de la vie ; et Sophia meurt en couches. L’héritier du couple est un bâtard qu’il faut cacher, dans une famille éloignée. Mais quand, bien des années plus tard, celui-ci devient un agréable jeune homme à qui tout réussit, les cartes sont rebattues…

J’aime les intrigues de cour et les sagas familiales, les rebondissements sentimentaux et les récits de mondanités d’un autre temps. Je me suis donc régalée à la lecture de ce livre ! Et vais de ce pas me renseigner sur les autres romans du même auteur…

S 3-310/18, 528 pages, 8,80€

Policier

« Agatha Raisin enquête (t12) : Crime et déluge » de M.C. Beaton

agatha t12 crime et délugeCette fois-ci, Agatha a tourné la page sur James Lacey. Depuis que son ancien mari a décidé de devenir moine, Agatha déprime. Elle part quelque temps sur une île paradisiaque ; mais à son retour à Carsely, c’est la grisaille qui l’attend. Alors que des inondations font d’importants dégâts, Agatha découvre le corps noyé d’une jeune femme. La mise en scène autour de cette mort intrigue Agatha ; persuadée qu’il ne s’agit pas d’un décès accidentel, elle débute une enquête. Elle doit enquêter seule, puisque ses deux précédents acolytes ont changé de vie – James est entré au monastère, et Charles vient d’épouser une Française.

Ce qui est très habile dans la série des « Agatha Raisin », c’est la capacité de l’auteur à mélanger des thèmes récurrents au fil des tomes (la vie villageoise, le caractère d’Agatha, son passé entre enfance populaire et réussite londonienne…) et en même temps à faire progresser les relations entre les personnages. Exit James, qui a tant occupé les pensées d’Agatha dans les précédents romans ; exit aussi Charles, que j’avais pourtant imaginé en remplaçant pérenne de James ; et bienvenue à John, le nouveau voisin d’Agatha, un célèbre écrivain de… romans policiers !

Le personnage d’Agatha aussi progresse : plus torturée, mêlant toujours mauvais caractère et « bon fond », elle n’a rien de la « bonne copine » mais est indiscutablement un personnage que je retrouve à chaque fois avec curiosité. Mon plaisir à lire cette série ne s’est pas tari.

S 3-3Albin Michel, 14€

Roman

« Chère mamie » de Virginie Grimaldi

chère mamieCe livre est drôle.

Voilà la première phrase qui me vient à l’esprit pour débuter cette chronique. Et être drôle, pour un livre qui a pour objectif d’apporter du bonheur (tous les bénéfices liés à sa vente sont reversés à l’association Cékedubonheur qui améliore les conditions de vie des enfants hospitalisés), c’est dans l’ordre des choses.

Visuellement, ce livre se présente en série de doubles pages : à gauche, une photo instantanée qui saisit un moment de vie de l’auteur ; à droite une carte postale adressée à sa grand-mère.

Je connaissais déjà l’écriture de Virginie Grimaldi, pour avoir lu « Tu comprendras quand tu seras plus grande » et « Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie » (dont je garde un souvenir ému). Là, j’ai découvert qu’en plus cette femme est un peu barrée, car ses cartes postales sont loufoques à souhait, complètement décalées, parsemées d’anecdotes à peine croyables sur son quotidien. Je ne sais pas si toutes les anecdotes sont vraies, mais si c’est le cas, la loi de Murphy a été théorisée pour Virginie Grimaldi…. ! Ajoutez à cela un petit grain de folie, et beaucoup d’humour dans la narration (quand je pouffe de rire toute seule en lisant un livre, j’écris toujours dans ma chronique qu’il est plein d’humour). Et puis ce que j’adore, c’est cette capacité à transformer en un livre réussi les détails du quotidien (une sortie à la piscine, une visite chez le médecin, une journée de farniente…).

C’est un livre sans prétention mais qui fait passer un agréable moment, un livre qui fait doublement du bien (pour ses lecteurs et pour l’association à laquelle il est dédié). Achetez ce livre pour vous, offrez-le autour de vous, c’est du bonheur en pages.

S 3-3Le livre de poche / Fayard, 5€

Policier

« Agatha Raisin enquête (t11) : L’enfer de l’amour » de M.C. Beaton

Agatha t11 enferDécidément, Agatha et James forment un bien étrange couple ! Ils se sont mariés à la fin du précédent tome de la série… et les voilà déjà au bord de la rupture ! Si Agatha n’a pas un caractère facile – les lecteurs de la série le savent bien – James est carrément odieux, machiste… et infidèle.

Alors que leur couple vacille, James disparaît, laissant d’inquiétantes traces de sang derrière lui… et sa maîtresse morte. Agatha, aidée de son fidèle ami Charles, cherche à disculper son mari et enquête sur le passé de sa maîtresse.

J’adore cette série, vous le savez déjà si vous avez lu mes dix (dix!!) précédentes chroniques sur Agatha Raisin. Mais ce tome-là n’est pas le meilleur. L’enquête tourne un peu en rond, les personnages aussi (mais pourquoi Agatha s’obstine-t-elle à courir après James ? Je parierais bien sur une remontée en flèche de Charles dans le coeur d’Agatha prochainement, car je le trouve de plus en plus présent dans la série).

Malgré cette petite baisse de rythme et quelques choix presque grotesques de rebondissements (dont je ne peux rien vous révéler), la lecture reste sympathique et j’ai passé un bon moment. Preuve que je ne suis pas trop déçue, je suis prête pour la lecture du prochain tome.

S 2-3Albin Michel, 14€

Roman

« Les chemins de promesse » de Mireille Pluchard

cheminsLe mas de Castanhal est un coin à la fois paisible et rude des Cévennes. A la tête de la châtaigneraie familiale, Lazare Pradier n’est pas connu pour être causant ; tandis que sa femme, la douce Blanche, instruit en cachette ses deux enfants Adélie et Aubin pour leur donner les meilleures chances dans la vie.

Brisé par un chagrin d’amour, Aubin quitte son village natal. Commence alors un parcours initiatique, qui le fera débuter par un dur labeur sur la construction d’une ligne de chemin de fer, et l’entraînera vers des chemins qu’il n’avait pas imaginés…

L’histoire est rythmée par des chapitres dont les titres reflètent la progression d’Aubin : « Chemins de vie », « Chemins de résilience » et « Chemins de regain ». C’est un roman, bien sûr, mais qui se lit comme une biographie, ou comme le témoignage d’un parcours de vie. Aubin ne s’opposera jamais frontalement à son père, il ne se battra pas non plus pour défendre son amour pour la sulfureuse Valentine, il n’ira quasiment jamais à l’encontre de ses patrons même dans les situations les moins acceptables. C’est un personnage droit, solide comme les châtaigniers de son repaire familial. L’amour filial et l’amitié ont aussi une place toute particulière dans ce roman touchant et bien écrit.

S 3-3Presses de la cité, 400 pages, 20,90€