Roman

« La disparition de Joseph Mengele» de Olivier Guez

disaprition joseph mengeleAu cas où cela vous aurait échappé, non seulement j’aime lire, mais j’aime donner mon avis à ceux que cela intéresse. Inévitablement, on me demande aussi régulièrement mon avis sur des livres, pour orienter ou confirmer un choix, pour trouver une idée pour les vacances ou un cadeau…

Me voilà bien embêtée lorsque l’on m’a demandé, à propos de « La disparition de Joseph Mengele » si c’était un livre que j’avais aimé. Je suis incapable de répondre directement à cette question, car je ne crois pas que c’est un livre que l’on peut « aimer ». C’est un livre historique, intéressant, nécessaire, qui interpelle, ça oui. Mais est-ce un livre à « aimer » ? Ai-je passé un « bon » moment ? Non.

Il faut dire que le sujet du livre est particulièrement sombre, racontant comment Joseph Mengele, criminel nazi à l’origine d’atroces recherches génétiques dans les camps de concentration, a organisé sa fuite et sa vie cachée après la guerre.

Le livre ne traite pas directement de la guerre, mais de l’après, de la fuite de Mengele et de ses cachettes. Mais la mémoire de Mengele ramène régulièrement le lecteur dans l’horreur. Ce n’est pas une biographie, pas un roman non plus, je l’ai plutôt pris comme une sorte de documentaire traité par l’outil de la littérature.

J’ai découvert le texte en version audio, et l’enregistrement se termine par une interview fort intéressante de l’auteur. Il y revient notamment sur le choix de ce sujet lourd, et sur la façon dont il a vécu l’écriture sur un homme qu’on ne peut que détester et mépriser. Il y explique notamment comment derrière la cruauté du personnage se cache surtout une incroyable médiocrité. Cette interview mériterait même d’être écoutée avant la découverte du texte, car elle donne le contexte et évacue d’emblée des questions qui peuvent troubler le lecteur – à l’écoute de certains passages particulièrement horribles, je me demandais comment l’auteur avait fait pour gérer l’écriture d’un tel texte.

Si Mengele n’a jamais été jugé de son vivant, ce livre écrit de nos jours rétablit pour la postérité une autre forme de justice de mémoire.

S 2-3Audiolib, 5h48, 20€

Roman

« Le pays de la liberté » de Ken Follett

Pays de la libertéMack travaille dans une mine de charbon. Epris de liberté et révolté par les conditions de travail des mineurs, il se rebelle contre la famille qui l’emploie, les Jamisson.

En fuite, il refait sa vie à Londres. Mais une nouvelle fois il se révolte contre les injustices et organise la rébellion des dockers. Il est condamné aux travaux forcés. Sur le bateau qui le conduit en Virginie, il revoit Lizzie, l’épouse du cadet des Jamisson. Malgré leur différences de milieu, ils ont grandi sur les mêmes terres et partagent un certain esprit de liberté. Lizzie est belle et indépendante, curieuse de tout, et ne veut surtout pas qu’on lui refuse quelque chose qui serait accordé à un homme.

J’ai aimé retrouver dans ce roman tout ce que j’apprécie chez Ken Follett : des personnages hauts en couleur, une narration efficace et rythmée, une écriture qui sait planter un décor et contribue au dépaysement du lecteur.

J’ai moins aimé que le thème du roman sente un peu le déjà-vu. L’histoire n’est pas la plus originale écrite par l’auteur : le mineur qui se bat pour les droits des plus faibles, et la jeune femme de bonne famille, féministe et rebelle, c’est un duo qui fonctionne bien mais qui a un petit air de déjà vu.

Si ce n’est pas le meilleur roman de Ken Follett, il reste très plaisant à lire. On peut le lire et le reposer sans perdre le fil de sa lecture : parfait pour emporter dans votre valise cet été !

S 3-3Le livre de poche

Policier

« La disparition de Stephanie Mailer» de Joël Dicker

disparition stephanieAprès « La vérité sur l’affaire Harry Quebert » et « Le Livre des Baltimore », deux livres à succès, revoilà Joël Dicker avec un nouveau roman policier, un bon gros pavé de plus de 600 pages comme je les aime (quand c’est bien fait). 600 pages, me direz-vous, cela peut être très long, trop long même, surtout si l’enquête tourne en rond ou si le lecteur a l’impression que l’auteur fait du remplissage. Rien de cela chez Joël Dicker ! Au contraire le roman se dévore jusqu’à la fin, et la clé de l’histoire ne se situe que dans les vingt dernières pages.

En 1994, dans la charmante petite ville d’Orphea, le maire et sa famille sont sauvagement assassinés. Une jeune femme qui faisait son jogging à proximité a également été tuée, témoin gênant de cet affreux crime. L’affaire a été résolue, les policiers félicités.

Mais vingt ans plus tard, une journaliste, Stephanie Mailer, affirme que l’homme désigné comme coupable n’était pas l’assassin. L’enquête pourrait être relancée… mais la journaliste disparaît. Jesse et Derek, les policiers qui avaient mené l’enquête en 1994, reforment leur duo et reprennent l’enquête.

Ma première crainte en lisant le début du livre a été de ne pas me souvenir des personnages, qui sont assez nombreux. Je me suis donc appliquée à ne jamais perdre le fil, et finalement je ne les ai pas confondus (ouf).

Ma seconde crainte était de me perdre au milieu des flash-back 2014 / 1994 ; et finalement je m’en suis bien sortie aussi…

Si j’ai réussi à craquer quelques grosses ficelles de l’intrigue, le suspense sur le meurtrier est resté entier jusqu’à la fin du roman, l’auteur multipliant les fausses pistes crédibles. J’ai donc eu du mal à poser le livre avant la fin, ce qui est toujours bon signe pour un roman policier !

Autre point positif : moi qui suis assez peu attirée par la littérature américaine (sans doute parce que je peine à la lire en version originale), j’ai apprécié comme dans les deux précédents romans que j’ai lus de Joël Dicker de lire une histoire très américaine, mais racontée par un francophone (le jeune auteur est suisse romand).

Au final j’ai passé un très bon moment de lecture, conquise par une intrigue originale et bien construite, qui multiplie les rebondissements sans jamais lasser le lecteur.

S 3-3Editions de Fallois, 640 pages

Roman

« Mémoire de fille» de Annie Ernaux

G01344_Memoire_de_fille.inddIl y a plusieurs années de cela, j’ai lu « L’événement » d’Annie Ernaux. Malgré des centaines et des centaines de livres lus depuis, celui-ci reste l’un des plus bouleversants et des plus marquants de mes souvenirs de lecture.

J’étais donc curieuse de lire « Mémoire de fille », d’autant plus que la photo de couverture, celle d’une jeune femme en maillot de bain que l’on imagine dans les « années Bardot », doit rappeler des souvenirs à bien des femmes.

Ce livre est un récit de souvenirs d’une jeune fille basculant dans la vie de femme, découvrant le désir et ce qu’il implique. Monitrice dans une colonie de vacances, elle joue avec son désir sans savoir vraiment jusqu’où elle va, à la fois naïve et déterminée, sage et objet de rumeurs.

Si le récit peut s’avérer pesant dans l’impossible analyse a posteriori de sa jeunesse, des décennies après (comment analyser le désir, les gestes, interpréter des mots ou des situations si longtemps après?), il m’a intéressée en ce qu’il reflète la jeunesse de la fin des années 1950, et la façon dont l’amour, le sexe, et les liens entre garçons et filles étaient vécus.

« Déjà le souvenir de ce que j’écris s’efface. Je ne sais pas ce qu’est ce texte. Même ce que je poursuis en écrivant le livre s’est dissous. J’ai retrouvé dans mes papiers une sorte de note d’intention :

Explorer le gouffre entre l’effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive et l’étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé. »

S 2-3Folio, 176 pages, 6,60€

Policier

« Une étude en rouge » de Conan Doyle

sherlockJ’adore la collection « Bouquins » des éditions Robert Laffont, en particulier les ouvrages qui regroupent plusieurs romans d’un même auteur. J’ai commencé cette collection avec une anthologie de Françoise Sagan (que je vous conseille, d’ailleurs).

Je n’avais pas lu de romans de Conan Doyle depuis longtemps. Très longtemps. C’est en voyant que la collection « Bouquins » proposait les premiers textes de Sherlock Holmes dans un même tome que j’ai eu la curiosité de le redécouvrir. Comme mes souvenirs de Sherlock Holmes étaient assez anciens, j’étais curieuse de renouer avec ce personnage, et de faire la part des choses entre les textes d’origine et la légende. Comment a-t-il rencontré Watson ? Disait-il réellement « élémentaire, mon cher Watson » ?

J’ai donc été très contente de reprendre cette lecture, en commençant par « Une étude en rouge », la première aventure de Sherlock Holmes, qui débute par la rencontre avec Watson. La première moitié du livre est consacrée à la genèse des deux personnages, et à une première enquête qui permet à Sherlock Holmes de montrer sa « méthode » à Watson. La seconde partie du livre est très déstabilisante : le lecteur change d’un coup, sans transition, d’époque, de lieu, sans saisir le lien avec la première partie de l’histoire. Mais le lecteur doit s’accrocher, car le lien avec le début de l’histoire finira par apparaître…

J’avais oublié que Sherlock Holmes était un scientifique avant tout, ce que m’ont rappelé les premières pages, lorsque Sherlock découvre comment déceler des traces de sang même infimes. « Les experts » avant l’heure ! Au final, la lecture de cette première aventure était assez agréable, je poursuivrai donc avec plaisir la lecture de ce recueil.

S 2-3Robert Laffont, Coll. Bouquins

Essai / Document

« Manifeste pour une cuisine responsable» de Chef Simon

manifeste cuisineAvant de commencer ce livre, je ne connaissais pas « Chef Simon ». J’avais surtout envie de lire ce livre car la notion de « cuisine responsable » m’interpellait. Qu’est-ce que la cuisine responsable ? J’imagine que ce n’est pas juste de la cuisine saine et bonne pour la santé, mais aussi respectueuse des hommes et de leur environnement en général. Bio, équitable, issue d’une culture durable, respectueuse de la santé humaine et des animaux…

Avant de parler du contenu du livre, je m’arrête un instant sur la préface de Michel Tanguy, car je ne peux qu’applaudir à la lecture de cette introduction, en particulier quand il écrit « faisons de nos achats des actes politiques ». Voilà une entrée en matière qui m’a mise en appétit, si je puis dire…

Le reste du livre alterne entre explications sur l’univers de l’alimentation au sens très large, coups de gueule de « Chef Simon » et recettes. Restaurateur, formateur, l’auteur prône une cuisine saine, s’insurge contre l’industrie agro alimentaire qui veut nous faire avaler n’importe quoi, et n’oublie pas au passage de tacler les autres « Chefs », qui en prennent plein leur grade.

L’ensemble est assez séduisant, surtout les premiers chapitres, en particulier pour les lecteurs attentifs à leur alimentation et soucieux de ne pas se laisser imposer tout et n’importe quoi dans leur assiette. Son « lexique des sectes alimentaires » est à la fois très tranché et assez drôle ! J’ai apprécié aussi un certain pragmatisme : dans un livre de cuisine « responsable », cela fait du bien de ne pas trop sentir le poids de la culpabilité et de lire que son auteur peut aussi céder à la facilité d’une pizza !

Ma curiosité une fois mise en éveil, j’aurais aimé que l’auteur, qui n’a visiblement pas sa langue dans sa poche, aille toutefois au bout de certaines de ces revendications. Ainsi quand il écrit que « un produit bio d’ici n’est pas un produit bio de là-bas », de quoi parle-t-il exactement ? Ici, c’est la France ou l’Europe ? Est-il préférable de manger un aliment issu de l’agriculture conventionnelle française, ou de l’agriculture bio étrangère ? J’aurais aimé avoir son avis sur ces questions sur lesquelles il ouvre lui-même un débat.

Côté recettes, j’ai aimé ses idées de « recyclage » alimentaire, qui m’ont rappelé mes « recettes du placard » (ou du frigo) et l’accommodation des restes telle que la pratiquaient nos grands-mères avec beaucoup de bon sens. Par contre, la plupart me paraissent hors de portée voire hors champ culinaire tout court pour moi (comme la viande fumée par exemple).

Au final, je reste un peu sur ma faim (hi hi) sur cet ouvrage mais je l’ai lu avec beaucoup d’intérêt et de curiosité. Il ouvre des réflexions et a le mérite d’interpeller le lecteur sur ses habitudes d’alimentation et plus généralement de consommation. C’est déjà un bon point.*

S 2-3Chêne, 248 pages, 29,90€

Roman

« Sainte Zélie de la palud» de Hervé Jaouen

zélieHervé Jaouen est un auteur dont je suis les publications depuis plusieurs années, et que j’apprécie tout particulièrement. Derrière des histoires régionales a priori simples, il sait mettre en scène des personnages très forts, souvent des ouvriers ou des paysans (ici des hommes de la mer), qui n’ont d’autre fortune que leurs bras pour travailler. Il sait transformer ces tempéraments en héros du quotidien, et leur tisser des destins incroyables mais qui sont des reflets de leur époqie.

C’est de ce bois-là qu’est construit le Grand Paulo, mareyeur breton. Né sans père, élevé par une mère aussi besogneuse au travail que prompte à vider les bouteilles, il a quitté l’école tôt pour travailler. Partant d’un parcours classique d’un gamin modeste, il va s’affirmer progressivement.

Le roman retrace la vie du Grand Paulo mais aussi une partie de celle de sa mère Zélie, et de sa fille Pauline, future banquière (mais pas que ça).

Comparé à de précédents romans du même auteur (il écrit toute une série familiale, mais dont les tomes peuvent se lire séparément) j’ai mis un peu plus de temps à adhérer à l’histoire, à laquelle j’ai trouvé quelques longueurs dans les premiers chapitres. En revanche, j’ai totalement retrouvé la capacité de l’auteur à croquer des portraits à la fois attachants et débordants de justesse.

S 2-3Presses de la cité, 400 pages, 20€

Roman

« Minute, papillon !» de Aurélie Valognes

minute papillonLe contexte de découverte d’un livre peut déterminer fortement l’appréciation que l’on en aura. Selon l’humeur du lecteur, ou plus largement l’ambiance ou le moment où l’on découvre le texte, celui-ci n’aura pas le même impact.

Pauvre Aurélie Valognes, son dernier roman « Minute, papillon », je l’ai écouté en livre audio quelques jours après avoir fini d’écouter « Couleurs de l’incendie », œuvre magistrale et flamboyante de Pierre Lemaitre. Je ne m’attendais pas à un livre de la même ampleur (Lemaitre est quand même Goncourt 2013 pour « Au-revoir là-haut »), j’espérais juste passer un bon moment d’écoute. Je gardais de « Mémé dans les orties » un souvenir pas désagréable.

Mais parlons déjà de l’histoire. Rose, trente-six ans, est mère d’un adolescent qu’elle élève seule. Elle peine à joindre les deux bouts, mais son fils ne manque de rien, et surtout pas d’amour bien qu’il ne connaisse pas son père. Nourrice chez un couple aisé, elle doit envisager une reconversion lorsque le déménagement de ceux-ci lui fait perdre son travail. Une opportunité s’offre à elle : devenir dame de compagnie. Le job est très bien payé, alors pourquoi pas ? Mais tout ne va pas se passer comme prévu…

L’idée est sympathique, le récit indéniablement contemporain et les problématiques actuelles. Oui mais voilà… il m’a manqué du relief, un contenu un peu plus consistant et moins caricatural (la mère célibataire, les riches employeurs, … pourquoi pas mais avec un peu plus de précautions dans le style).

Comme je le disais plus haut, je voulais juste passer un moment de lecture sans prétention, ce qui a été le cas ; nul doute que de nombreux lecteurs écouteront avec plaisir ce roman (en un peu plus de cinq heures). Mais tout juste sortie d’une superbe écoute, j’ai eu du mal à apprécier ce texte-là et suis restée sur ma faim.

S 1-3Audiolib, lu par Maia Baran, 5h03 d’écoute, 19,90€

Roman

« La Nuit d’après» de Yves Viollier

nuit aprèsJoseph est mort, et la nuit qui suit son enterrement, sa veuve Eglantine se souvient…

Soixante-dix ans de mariage, une vie faite de travail, et des enfants en héritage. Une longue vie, mais « une longue vie, c’est encore trop court ». Joseph et Eglantine se sont aimés, se sont soutenus, ont fait des projets ensemble : lui est devenu tonnelier puis ébéniste ; elle mère de cinq enfants et à la tête d’une épicerie. La vie n’a pas toujours été rose, mais l’amour a toujours été présent entre eux.

Ce roman plein de tendresse est une ode à la vie, et une jolie leçon d’humanité. Ces deux personnes humbles et travailleuses n’ont pas été épargnées, ont vécu des drames, mais ont suivi leur ligne de vie, avec droiture et justesse. Dans notre époque où un mariage sur trois s’achève par un divorce, je ne sais pas si l’avenir comptera encore beaucoup de couples comme celui-là, mais c’est à espérer !

Plusieurs fois ce texte m’a noué la gorge et mis les larmes au bord des cils, preuve que ce roman vrai et simple porte des messages profonds.

S 3-3Presses de la cité, 272 pages, 19€

Essai / Document

« Inventions expliquées » de Nicole Masson et Yann Caudal

inventionsDerrière le terme « d’inventions » se cache une multitude de nouveautés, innovations, ou idées, qui font désormais notre quotidien. Des dizaines d’entre elles sont répertoriées dans cet ouvrage, du baccalauréat au fer à repasser, du mp3 au camembert, de la clémentine à la brosse à dents.

L’ouvrage est sympathique et se parcourt avec plaisir, même si beaucoup d’explications sont déjà très connues du grand public : biscotte qui vient comme biscuit de « cuit deux fois », l’histoire comte Sandwich et celle du préfet Poubelle etc. Rien de très original pour un adulte, par contre je trouve que ce livre est une bonne idée de cadeaux pour de plus jeunes lecteurs, des enfants de dix-douze ans un peu curieux qui seront ravis de piocher des anecdotes dans ce livre.

S 2-3Chêne, 240 pages, 14,90€