Roman

«Les petites robes noires » de Madeleine St John

petites robes noiresC’est un simple post-it collé sur le livre dans une librairie qui m’a donné (très très) envie de découvrir ce roman. L’histoire des « Petites robes noires » se déroule dans les années 1950 à Sydney. L’auteure nous plonge dans les coulisses d’un grand magasin, et plus précisément au milieu des rayons dédiées aux robes de cocktail ou à la lingerie. Dans cet univers très féminin s’affairent des femmes de tous âges, conseillères et vendeuses.

On pourrait s’attendre à un récit façon « crêpage de chignon » (et pardon pour le cliché) mais l’histoire est loin de ça. Nulle animosité exacerbée entre les vendeuses, et assez peu de clichés contrairement à ce que l’on pourrait craindre dans un roman sur un tel sujet : juste le quotidien de plusieurs femmes, plus ou moins heureuses, qui se croisent dans ce magasin où il n’est pas question de vocation mais juste de travail. On suit notamment le quotidien de Lisa, une étudiante innocente et un peu rêveuse ; ou encore celui de Patty, malheureuse en couple.

J’ai pensé à « Au bonheur des dames » de Zola, par l’ambiance et le décor.

Le livre m’a plu, sans pourtant que l’histoire soit particulièrement originale ni qu’il y ait des rebondissements, mais simplement parce que le récit est bien mené, avec simplicité mais talent.

« Elle vivait pour la première fois ce coup de foudre qui frappe généralement les femmes bien plus tôt dans leur existence, mais que toutes connaissent tôt ou tard : la certitude soudaine qu’une robe particulière est non seulement jolie, qu’elle est non seulement seyante, mais qu’au-delà de ces attributs indispensables, elle répond à l’idée la plus intime que l’on a de soi. »

S 3-3Albin Michel, 288 pages, 19€

Roman

«Six ans à t’attendre» de Delphine Giraud

six ansRachel n’en revient pas : lors d’une visite à Paris, elle croise par hasard Vincent, l’homme qu’elle aime depuis toujours… et qu’elle croyait mort depuis six ans. C’est impossible, et pourtant Rachel est sûre de le reconnaître.

Qui va la croire parmi ses proches ? Sa sœur, son cousin, dont elle est si proche, ne vont-ils pas la prendre pour une folle ? Et, si Vincent est vraiment en vie, que s’est-il passé il y a six ans quand tout le monde l’a cru mort ?

Premier roman d’une auteure découverte d’abord sur Librinova avant d’être publiée de façon plus « traditionnelle », « Six ans à t’attendre » est un roman assez agréable à lire. Il a quelques défauts d’un premier roman, notamment quelques longueurs et phrases inutiles qui nuisent au rythme de l’histoire, et quelques maladresses dans l’écriture. Mais l’ensemble du roman reste plaisant : Rachel, sa sœur et leur cousin vont se transformer en enquêteurs amateurs et plonger dans le passé de Vincent. Les personnages sont sympathiques, assez marqués mais pas trop caricaturaux, et l’histoire réserve plusieurs rebondissements. Au final, malgré les longueurs (surtout à la fin), j’ai passé un bon moment de lecture et je suivrai avec intérêt les prochains romans de Delphine Giraud.

S 2-3Fleuve éditions, 360 pages, 17,90€

BD

«La fille de Vercingétorix» de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad

fille de verLa sortie d’un nouvel album d’Astérix est toujours un événement pour moi. Et tant pis si depuis bien longtemps ce sont de nouveaux auteur et dessinateur qui ont repris le flambeau à la suite d’Uderzo et de Goscinny. Si les nouvelles aventures des dernières années ont été plus ou moins réussies selon les années, je dois dire que « La fille de Vercingétorix » est plutôt un bon cru.

Tous les ingrédients sont réunis, évidemment : Astérix et Obélix en mission, Obélix qui râle un peu, le druide de bon conseil, les romains pas courageux… Et c’est ce qui fait que cela fonctionne, car après tout on continue à lire Astérix pour entretenir nos souvenirs d’enfance, non ? Alors quoi de plus plaisant que de retrouver tous les codes que l’on a aimés…

Cette fois-ci, les deux Gaulois les plus célèbres sont chargés de protéger la fille de Vercingétorix. Vercingétorix, comme l’Histoire s’en souvient, a perdu la bataille d’Alésia face à Jules César : autant dire que c’est un personnage dont le nom ne se prononce qu’à voix basse chez les irréductibles Gaulois (j’ai pensé à Harry Potter et à Voldemort Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom).

A part ça, je souligne le sympathique groupe d’adolescents, qui apporte beaucoup d’humour à cette aventure. Et, comme d’habitude, on cherche les clins d’oeil à l’actualité – celui à Charles Aznavour, décédé en octobre 2018, est plus qu’appuyé).

A vous de vous faire votre propre avis ; j’imagine que les inconditionnels des aventures originales trouveront de quoi redire, mais pour ma part j’ai aimé cette aventure assez simple mais plaisante.

S 3-3Editions Albert René, 9,99€

Roman

«Soif» d’Amélie Nothomb

soifS’il y a bien une année où il est difficile de dire si j’ai aimé ou pas « le » roman annuel que sort Amélie Nothomb à l’automne, c’est bien cette année. Car derrière la couverture qui ressemble invariablement aux autres couvertures de ses romans des dernières années (une photo de l’auteure en gros plan), le livre est un OVNI parmi tout ce qu’elle a écrit jusqu’ici. Et pour cause : le narrateur n’est autre que Jésus en personne. L’originalité ne s’arrête pas là, puisque l’auteure a décidé de lui donner la parole précisément pendant la crucifixion. Avouez que cela sort des sentiers battus de l’auteure, qui nous a habitués à toutes sortes de récits, mais loin de ce genre.

Le roman est assez court (environ 2h d’écoute dans la version audio), ce qui est bien car plus long aurait rendu le récit interminable vu le contexte – on parle quand même de souffrance et de mort.

Ensuite, sur le fond, j’ai du mal à me prononcer car je fais difficilement la part de ce qui relève des Évangiles, et de ce qui sort de l’imagination d’Amélie Nothomb. Jésus amoureux de Marie-Madeleine ? Pourquoi pas, après tout « Da Vinci code » avait déjà popularisé cette idée, en se basant sur des Évangiles apocryphes. Mais Jésus qui dit à Dieu qu’il ne connaît pas vraiment l’amour ni la souffrance car il n’a pas de corps, est-ce un choix de l’auteure ? Et ceux pour qui il a fait des miracles, l’ont-ils tous renié ? (la partie où les mariés des noces de Cana lui reprochent d’avoir servi du bon vin après du mauvais est assez surréaliste). Il est difficile de juger un tel roman, que j’imagine être un mélange d’interprétation de textes religieux et d’imagination de l’auteure.

Mais le roman a le mérite d’interpeller le lecteur, de le faire se questionner, pourquoi pas d’ouvrir des dialogues. Pour un livre, quel qu’il soit, c’est déjà une réussite.

S 2-3Audiolib, 2h30 d’écoute. Lu par Grégory Baquet

Roman

«Changer l’eau des fleurs» de Valérie Perrin

changer eauVivre dans un cimetière.

Expression paradoxale. Et pourtant c’est bien dans un cimetière que vit Violette Toussaint, qui y officie en tant que gardienne. Si vous vous souvenez de l’héroïne de « L’élégance du hérisson », Violette en est une cousine. Femme charmante qui se cache sous de sombres habits, ayant transformé son logement de gardienne en un cocon de douceur parfumé à la rose, Violette entretient avec amour les tombes de ceux qui sont enterrés dans son cimetière.

Elle qui a passé sa jeunesse comme garde-barrière auprès d’un homme fainéant et lâche, comment est-elle arrivée dans ce lieu où la tristesse côtoie la douceur, où les amitiés se créent entre professionnels de la mort, gardienne de cimetière, fossoyeurs, pompes funèbres, curé ?

Le ton est donné à chaque début de chapitre, qui s’ouvre invariablement sur un épitaphe, tantôt plein d’espoir, tantôt plein de regrets – comme ce livre qui tantôt fait du bien, tantôt fait pleurer. Âmes sensibles, soyez prévenues, vous ne pourrez pas retenir quelques larmes. Mais si le thème du roman ne se prête guère à la gaieté, il émane de Violette une certaine douceur de vivre qui fait du bien.

J’ignore si elles se connaissent, mais j’ai pensé parfois en lisant ce roman à l’écriture de Virginie Grimaldi, autre auteure qui sait susciter chez le lecteur un mélange de plaisir de lecture et de mélancolie, abordant des thèmes lourds mais avec toujours cette lueur d’espoir au bout du chemin.

Si la taille du roman peut faire peur (600 pages dans un cimetière, c’est un pari), je n’ai pas pu le lâcher avant de l’avoir terminé. A noter, le livre a reçu fin septembre le Prix des lecteurs du Livre de poche.

S 3-3Le livre de poche, 672 pages, 8,90€

Roman

«Les gardiennes du silence» de Sophie Endelys

gardiennes silenceDès les premières pages du roman, le ton est donné : Chloé décide de tuer son mari Jeffrey. Bien sûr le lecteur se demande immédiatement « pourquoi ? » et l’on devine que la suite du roman sera un retour arrière dans la vie de ce couple, pour comprendre ce qui a amené Chloé à ce geste.

La vie de Chloé, pourtant, ne laissait pas présager un tel acte : passionnée d’écrit, elle est la fille d’un auteur célèbre et voue un amour sans faille aux livres. Quant à son mari, on ne comprend pas immédiatement quel est son quotidien ni son métier – mais la suite du roman nous en dira plus.

La suite, justement, va mener le lecteur à travers différentes époques, allant du Moyen-Age à nos jours. Les allers-retours entre Moyen-Age / passé récent / présent sont un peu fatigants, mais je dis ça quasiment pour tous les livres dont les auteurs usent de ce procédé narratif…

Au fil des pages, on découvrira une sorte de société secrète, une île mystérieuse, un lourd secret autour des livres, et un manuscrit qui refait surface et va changer la vie de Chloé. Les amoureux de livres (objets) seront ravis de naviguer dans cet univers qui est une déclaration d’amour au papier et aux vieilles reliures ; ce n’est pas anodin si le livre est dédié à Gutenberg, rien que ça ! Avec un bon chocolat chaud à portée de main, c’est un livre qui se lit bien l’automne avec un léger souffle de vent entendu contre les vitres… histoire de frissonner légèrement.

S 2-3Presses de la cité, 400 pages, 20€

Policier

«Code Lupin » de Michel Bussi

code lupinIl en est souvent ainsi lorsque l’on apprécie les textes d’un écrivain : on finit toujours par remonter le temps et chercher des œuvres « de jeunesse », les premiers écrits, tous les textes qu’on n’a pas encore lus…

Me voilà donc avec « Code Lupin » entre les mains, premier roman publié de Michel Bussi. L’histoire se passe en Normandie, où un professeur, Roland Bergton, et Paloma une étudiante, se donnent 24 heures pour trouver un trésor caché, en s’appuyant sur les écrits de Maurice Leblanc, le créateur d’Arsène Lupin. Le clin d’oeil à Da Vinci Code est appuyé (Ro-land Ber-gton / Ro-bert Lan-gton), et assumé.

Si je n’avais pas su que Michel Bussi en était l’auteur, je ne lui aurais sans doute pas associé ce roman, que je trouve assez différent de ses écrits plus récents. Tout d’abord le texte est court, à peine plus de deux cents pages, ce qui est environ la moitié de la taille de ses romans actuels ! Ensuite, tout va très vite dans le roman, les indices s’enchaînent sans que le lecteur ait toujours bien le temps de comprendre les déductions.

Le roman est très érudit, presque trop : plusieurs romans mettant en scène Arsène Lupin sont décryptés (parfois hélas jusqu’au dénouement), la géographie normande est détaillée, au détriment parfois du côté romanesque. J’aurais préféré un peu moins de « leçons » sur l’œuvre de Maurice Leblanc, et davantage de récit littéraire.

Mais bon, il ne s’agit que d’un premier roman, et quand on connaît la suite du parcours de l’auteur, on ne peut que saluer l’éditeur qui a publié ce roman et qui a eu un sacré flair ! Les inconditionnels de Michel Bussi peuvent compléter leurs lectures avec ce « Code Lupin », mais pour ceux qui connaissent mal les romans de l’auteur, je conseille plutôt le dernier (« J’ai dû rêver trop fort ») ou encore « Nymphéas noirs » qui est pour moi un classique du genre.

S 1-3Editions des falaises, 224 pages, 9€

Policier

«Art et décès» de Sophie Hénaff

Sart décèsouvenez-vous : dans « Poulets grillés », puis dans sa suite « Rester groupés », Sophie Hénaff nous faisait découvrir une bande de policiers pas comme les autres. Mis au ban de leur profession parce que alcooliques, poissards, joueurs… ils ont néanmoins prouvé dans leurs précédentes aventures qu’ils n’en restaient pas moins de bons enquêteurs.

Mais voilà que Eva Rosière, la célébrité du groupe et désormais scénariste, se retrouve mêlée à un meurtre : l’un des deux réalisateurs du film a été tué dans sa loge. Eva est la seule qui n’a pas d’alibi, et en plus elle avait un mobile !

Alors que Anne Capestan la capitaine du groupe des « poulets grillés » profite avec délice de son congé maternité, elle est obligée de revenir aider son équipe à sauver Rosière – enfin, si celle-ci est vraiment innocente…

Forcément après deux premiers tomes très réussis, il n’est pas évident de tenir la barre sur le troisième. J’ai beaucoup moins ri que dans les deux premiers tomes, j’avais oublié aussi certains personnages – ou plus précisément, j’avais oublié qu’ils étaient aussi nombreux. J’avais gardé un si bon souvenir des deux premiers tomes que j’ai été déçue… Heureusement les personnages restent attachants, le changement de décor (le plateau de cinéma) donne un autre élan, et le moment de lecture reste très agréable.

S 2-3Albin Michel, 320 pages, 18,50€

Roman

«Un chemin de tables» de Maylis de Kerangal

G03205_Un_chemin_de_tables.inddMaylis de Kerangal a indéniablement cette capacité à réinventer son écriture dans toutes sortes de défis, d’aborder des thèmes variés, d’emmener le lecteur dans des univers qui n’ont rien à voir d’un livre à l’autre. Chaque texte est dès lors une découverte, même si le fil rouge reste bien sûr cette écriture si caractéristique, hachée, comme mue par une urgence à dire les choses, et ces reformulations qui font sonner certaines phrases comme des hésitations à nommer les événements par une unique tournure.

Dans « Un chemin de tables », la narratrice, amie d’un cuisinier, raconte le parcours professionnel de celui-ci, depuis le job trouvé par hasard jusqu’à cette vocation de créer des plats sans cesse renouvelés. Des cuisines les plus simples jusqu’aux tables gastronomiques, des tâches de commis jusqu’au plaisir d’être à la tête de son propre restaurant, le parcours de ce jeune chef franchit les étapes d’une carrière comme le lecteur franchit les chapitres. Le livre est court, presque trop d’ailleurs pour donner la pleine mesure du sacrifice et du temps passé derrière les fourneaux, ce sacerdoce de la cuisine faite pour ravir les papilles des autres. J’aurais aimé d’ailleurs salivé davantage devant des menus et des produits cuisinés avec cet amour si particulier. Ce n’est pas le livre le plus marquant de l’auteure, mais une petite parenthèse agréable, comme une mise en bouche.

S 2-3Folio, 112 pages, 6,20€

BD

«Les Zola» de Méliane Marcaggi et Alice Chemama

les-zolaIl m’a suffi de voir une seule planche de cette BD pour être séduite et pressée de découvrir la BD au complet. Et je n’ai pas été déçue, bien au contraire !

Cette biographie de Zola est incroyablement bien dessinée, avec des aquarelles aux couleurs tantôt vives, tantôt plus douces, et des détails qui rendent les personnages très expressifs (allez voir les regards page 6 ou page 83 par exemple). L’histoire commence dans la jeunesse d’Émile Zola, qui vit encore chez sa mère et fréquente des artistes comme Cézanne ou Manet. Le mouvement impressionniste est en marche et fait scandale. Zola se rêve écrivain, et c’est la rencontre avec Gabrielle qui va l’aider à s’engager sérieusement et méthodiquement dans cette voie.

Les amours de Zola, mais aussi les lieux et les scènes qui inspirent ses romans, sont au cœur de cette BD qui s’achève après la mort de l’écrivain. J’aurais volontiers pris plus de temps sur certains passages qui sont traités un peu vite (notamment l’affaire Dreyfus et le rôle de Zola sont sans doute incompréhensibles pour qui n’a pas déjà des éléments historiques en tête). Une vie si riche aurait pu sans difficulté remplir deux tomes, et j’aurais lu le deuxième avec grand plaisir, tant cette BD est réussie.

C’est aussi une BD que l’on peut prendre plaisir à relire plusieurs fois, pour revoir les dessins et en regarder les détails de chaque planche. Pour un premier album, la jeune Alice Chemama qui signe les dessins frappe fort : on en redemande !

S 3-3Dargaud, 116 pages, 19,99€