Roman

« Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens

écrevissesUne fois n’est pas coutume, avant de vous parler de l’histoire, j’ai envie de vous parler de la comédienne qui prête sa voix à la lecture de ce roman, à savoir Marie du Bled. Pour les textes écrits en français, vous le savez, j’ai un plaisir particulier à écouter les auteurs lire eux-mêmes leurs écrits. Ici l’auteure étant américaine, c’est une comédienne française qui prête sa voix – et quelle voix ! J’ai écouté beaucoup de livres audio et rarement j’ai trouvé une voix aussi bien adaptée pour incarner le personnage principal et donner juste par son timbre toute une ambiance à cette écoute.

L’histoire, maintenant. Kya est une petite fille abandonnée par sa mère, puis par ses frères et sœurs. Livrée à elle-même, elle doit se débrouiller pour grandir plus vite que prévu. Son quotidien dans les marais m’a beaucoup fait penser à celui de Turtle dans le roman « My absolute darling ». Le début du roman se déroule dans une certaine langueur, au rythme du quotidien de cette fillette un peu sauvageonne qui va découvrir l’amitié et l’amour.

Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre dans quelle mesure un second récit, qui croise le premier mais à une autre époque, allait donner son sens au roman. La mort de Chase, bien des années plus tard, et l’enquête qui en découle, est d’abord une histoire totalement à part – mais laissons le temps au temps, il faut de la patience pour appréhender ce roman tout à la fois lent et vif, lourd comme l’eau stagnante du marais et léger comme la fraîcheur de cette petite sauvageonne qui devra mener bien des combats.

S 2-3Audiolib, lu par Marie du Bled, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville

Roman

« Pour le sourire d’Isabelle » de Fanny André

sourire isabellLa mort a ceci de paradoxal qu’elle peut parfois rapprocher. C’est ce qui arrive à Isabelle et Camille. Depuis que Arnaud est mort, Isabelle son ex-femme et Camille sa mère ont repris contact. Mieux : puisqu’elles s’appréciaient avant le divorce d’Arnaud et Isabelle, elles vont réapprendre à veiller l’une sur l’autre.

Ainsi, elles décident de partir dans une sorte de roadtrip sur leurs terres de prédilection, la Normandie pour l’une, la Bretagne pour l’autre, et se font mutuellement découvrir des paysages et des spécialités culinaires.

Roman sensible, autour de deux femmes réunies par le deuil, il ne tombe jamais dans le larmoiement. D’ailleurs, la couverture – que je trouve jolie et complètement dans l’air du temps – reflète bien ce que propose ce roman : une parenthèse bienveillante et réconfortante.

S 2-3Les Presses de la cité, 288 pages, 19€

Roman

« Le grand art des petites escroqueries » de Sophie Endelys

grand art escroqueriesJe me souviens avec précision avoir lu l’an dernier, exactement à la même époque, un autre livre de la même auteure, « Les gardiennes du silence ». Me revoilà donc cette année avec un autre livre entre les mains, même saison, même auteure, même style de couverture – celle-ci est particulièrement jolie d’ailleurs.

L’histoire est différente pourtant, et j’ai beaucoup aimé celle-ci et surtout le style de l’auteure.

Julia prépare l’écriture d’un livre sur les plus grands escrocs. En panne d’inspiration, elle décide de s’isoler quelques jours avec sa fille à la Fondation Saint-Just. Mais un soir, elle est victime d’un accident de voiture. Sa fille la croit morte, et ne découvre que vingt ans plus tard que sa mère avait survécu à l’accident, et qu’elle a passé dix ans dans un couvent, où elle a réalisé des centaines de dessins.

Je vous l’accorde, le point de départ – le décès caché pendant vingt ans – est un peu tiré par les cheveux, mais le rythme est si bien construit et les personnages si bien imaginés que l’on n’en tiendra pas rigueur à l’auteure.

Les personnages sont d’ailleurs le grand point fort de ce roman. J’ai adoré Marius, le gastronome qui choisit ses menus en fonction des nouvelles qu’il doit annoncer à ses invités ; ou encore Clémence, la fille de Julia, en parfaite ermite musicienne. Tous ont beaucoup de profondeur, on sent que l’auteure a veillé à en faire des personnalités riches et uniques.

Quand à « l’enquête » que Clémence va mener pour comprendre ce qui s’est passé vingt ans plus tôt, elle réserve bien des rebondissements et, même si là encore certains ne sont pas tout à fait crédibles, il faut accepter de se laisser porter par l’histoire. J’ai passé un très bon moment de lecture et j’avais du mal à lâcher ce livre avant de l’avoir terminé.

S 3-3Les Presses de la cité, 384 pages, 20€

Roman

« Au vent cristallin » de Gérard Chevalier

au-vent-cristallinPierre était un jeune actif, sans doute brillant, un peu dur avec les autres, fâché avec son père… jusqu’au jour où un AVC le conduit à l’hôpital. Là, entouré du personnel médical, et surtout de la charmante infirmière Marie, il doit réapprendre à parler et reconstituer ses souvenirs.

Mais, alors qu’il devrait se concentrer sur sa rééducation, il est témoin de scènes et de discussions qui lui laissent penser qu’un trafic se déroule à l’hôpital. Il se transforme alors en enquêteur, et entraîne Marie dans ce qui risque bien de faire imploser l’univers médical où il séjourne…

J’ai particulièrement apprécié l’écriture de l’auteur, qui rend bien compte de l’évolution du personnage principal, depuis les premières pages où il peine à s’exprimer, jusqu’à son retour progressif vers une vie « normale ». La qualité du roman réside dans le juste dosage entre « l’enquête » et ce qui ressemble presque à un reportage sur les séquelles d’un AVC et le combat pour la rééducation. J’ai regretté que la fin du roman traîne un peu en longueur – une fois que le dénouement est connu, je n’aime pas que la fin s’étiole (dans les livres comme dans les films). A part ça c’est un bon roman, efficace.

S 2-3Editions du Palémon, 256 pages, 10€

Roman

« La femme révélée », de Gaëlle Nohant

femme révélée1950. Qu’est-ce qui a poussé Violet, de son vrai prénom Eliza, à quitter sa ville de Chicago, son mari, et surtout son fils Tim ? On pense d’abord à une quête de liberté, on juge un peu cette femme qui ne dit pas grand-chose de ses choix et parle de son passé à mots couverts. A Paris, elle fait quelques belles rencontres, des écorchés de la vie, qui démontrent jour après jour la capacité formidable des humains à se remettre en selle même après des drames.

L’histoire avance et l’on juge de moins en moins cette femme, au fur et à mesure qu’elle accepte de dévoiler son passé. La troisième et dernière partie du livre est finalement la plus forte, où l’engagement se révèle et où les choix prennent du sens.

J’ai été longtemps intriguée par ce livre, que j’ai découvert en version audio. La lecture faite par Claudia Poulsen est complètement en accord avec le texte et avec la narratrice. Car l’héroïne de ce roman n’est que feu sous la glace : elle offre à tous un visage calme et cache beaucoup d’elle-même ; mais l’essentiel est ailleurs, dans des choix et des engagements qui transcendent ce que son apparence laisse supposer. Il en est de même avec la lecture de ce roman, faite avec une tempérance qui sied bien à la narratrice.

Le début du roman m’a laissée perplexe, parce que je ne comprenais pas Violet. Mais il en est des livres comme de la vraie vie, et il faut se garder de juger sans connaître. Le personnage de Violet, gagne à être connu (et compris), et la dernière partie donne tout son sens à cette femme « révélée » qui donne son titre au roman.

S 2-3Audiolib, lu par Claudia Poulsen, 9h45 d’écoute, 23,45€

Roman

« Quand nos souvenirs viendront danser », de Virginie Grimaldi

Quand nos souvenirsJ’aime les romans de Virginie Grimaldi pour la tendresse qui y transparaît, et pour ce mélange toujours bien dosé d’émotion, de blessures, et malgré tout d’optimisme.

Cette fois-ci, l’auteure a choisi comme héros des « octogéniaux », un groupe de seniors dont le lotissement va être démoli sur décision du maire, et remplacé par une école. Or cette rue, c’est leur rue, celle qui a vu s’épanouir leurs mariages, grandir leurs enfants, et s’écouler une vie faite de drames et de bonheur.

On connaît l’affection de Virginie Grimaldi pour ses grands parents – elle poste régulièrement des messages d’une grande drôlerie adressés à sa grand-mère, et a d’ailleurs publié un recueil de ces textes, « Chère Mamie ». Dans les remerciements, elle explique avoir beaucoup pensé à eux pour écrire les personnages de Marceline et Anatole. Marceline, la narratrice, ne nous raconte pas seulement le combat qu’elle mène avec ses voisins pour défendre leur rue ; mais plus largement, elle témoigne de sa vie de femme, de mère, et du temps qui passe inexorablement.

« Un jour tu comprendras que la beauté ne se mesure pas. Elle n’a pas les sourcils épilés ou la bouche rouge sang, elle ne porte pas de talons ou de cheveux crantés, elle ne suit pas les modes, elle ne se maquille pas, elle ne se voit pas dans un miroir. »

Les personnages sont truculents, ces « octogéniaux » farceurs ne manquent pas d’imagination pour défendre leur rue, et l’on sourit devant ces petis vieux qui adorent se détester. Même si j’ai trouvé un peu moins de rebondissements que dans d’autres titres de l’auteure, le roman s’écoute comme d’habitude avec plaisir et la lecture faite par Colette Sodoyez est parfaite pour incarner Marceline à différents âges.

S 3-3Audiolib, lu par Colette Sodoyez, 6h41 d’écoute, 20,90€

Roman

« Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » de Stuart Turton

hardcastleEn commençant ce livre, j’en avais lu le résumé fait par l’éditeur, et je savais donc (à peu près!) à quoi m’attendre, à savoir une construction atypique et forcément complexe.

La jeune Evelyn Hardcastle va mourir ce soir. Aiden Bishop, invité à la grande fête organisée par les parents d’Evelyn, doit trouver son assassin. Mais s’il ne le démasque pas avant ce soir, il pourra recommencer le lendemain, puis le surlendemain… car il aura une semaine entière pour revivre cette journée.

Ce schéma n’est pas inédit, il a même été utilisé dans un célèbre film (« Un jour sans fin »). Pourtant ici le procédé narratif est un peu différent, car non seulement le narrateur va revivre plusieurs fois la même journée, mais (attention je spoile un tout petit peu) il va la revivre dans la peau de différents personnages. C’est alors que les difficultés commencent pour le lecteur, car non seulement il faut se souvenir de ce que le personnage a pu glaner comme indice dans chaque journée, mais aussi ne pas se perdre entre les différents personnages et leurs points de vue respectifs. Dans ce genre de roman très complexe, j’ai toujours peur que la fin soit incompréhensible, parce qu’il y a forcément plein de détails qui m’échappent, ou dont je ne mesure pas immédiatement la portée. Heureusement j’ai compris la fin, même si à certains moments je me suis sentie perdue au milieu de certains personnages.

J’ai pensé évidemment à ma lecture du « Jardin des sept crépuscules » (tiens, encore un sept), même si « Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » est moins complexe. Au final, c’est un roman qui interpelle et intéresse par sa structure ; je reste juste un peu sur ma faim car je suis passée à côté de certains passages.

S 2-3Sonatine, en numérique 4,99€

Roman

« Les allées du pardon » de Laurence Labbé

allées pardonSurprendre le lecteur et l’entraîner dans un univers différent d’un livre à l’autre : voici un talent dont peut se vanter Laurence Labbé. J’ai déjà lu plusieurs livres de cette auteure, et je me laisse surprendre à chaque fois par son univers, tantôt décalé ou humoristique, tantôt poétique, mais toujours plein de sensibilité.

Avec « Les allées du pardon », je découvre une autre facette de son écriture. Le récit alterne deux narrateurs : l’un est au bord du burn-out et s’offre quelques jours de déconnexion seul, dans un hôtel ; le second, Théodule, est l’auteur d’un texte autobiographique qui commence par la mort de sa mère. Théodule est suspecté de l’avoir tué – sa mère ne l’aimait pas, et il le lui rendait bien – et placé dans un « hospice » où il clame son innocence tout autant que le fait qu’il ne pleurera pas sa mère.

Théodule est un personnage décalé, dans la lignée des portraits qu’aime croquer Laurence Labbé. Il est à la fois un énergumène et un sensible, jonglant entre un quotidien affligeant et des pensées profondes sur le monde.

J’ai trouvé ce nouveau roman assez différent des précédents. Le style de l’auteure continue à se bonifier avec le temps, et si le récit est surtout porté par la narration de Théodule, la prise de recul imposée au lecteur via le premier narrateur (lui-même en quête de sens et ayant besoin de recul sur sa vie) est particulièrement bien amenée et écrite. Il est rare que les romans à double narration offrent réellement deux styles d’écriture différents, et c’est pourtant un pari réussi dans « Les allées du pardon ».

L’air de rien, l’auteure interpelle ses lecteurs sur les maux de notre époque, questionne sur le sens du travail, les liens du sang… Le tout avec une sensibilité à souligner. C’est intelligent et bien écrit, je vous le conseille.

S 3-3Laurence Labbé, 9,50€, commande en ligne ou via https://laurencelabbelivres.com/roman/les-allees-du-pardon/

Roman

« Une immense sensation de calme » de Laurine Roux

G03305_UneImmenseSensationDeCalme.inddSi certains romans portent une histoire, d’autres portent une ambiance. C’est le cas pour cet étonnant premier roman. Bien que le roman soit court (moins de 150 pages), j’ai eu l’impression de traverser (en partie) un pays, historiquement et géographiquement.

De la narratrice on se saura pas grand-chose, pas même son nom. Mais on sait que sa rencontre avec Igor, un colosse rassurant et taiseux, sera le bouleversement de sa vie. Dans une nature rude et sans piété, au fil de saisons hostiles, ce voyage initiatique à travers le temps et les intempéries va révéler un passé douloureux.

Étonnant texte où les mots nous entraînent dans les tréfonds d’une histoire violente qui affleure le présent. La grand-mère tant chérie, et les atrocités d’une guerre, donnent à ce texte une profondeur inhabituelle. C’est un texte qui ne se raconte pas ; le résumer serait le dénaturer. Il faut le découvrir et se laisser porter par la narration.

S 2-3Folio, 144 pages, 6,90€

Roman

« Le jardin des dieux » de Gerald Durrell

corfou t3Avec ce dernier titre s’achève la « Trilogie de Corfou », qui m’aura accompagnée pendant le confinement et même un peu au-delà. Voici trois ouvrages dont je n’oublierai pas de sitôt l’ambiance ensoleillée (par le climat) et joyeuse (par cette famille tellement loufoque).

Ce dernier tome s’inscrit totalement dans la continuité des deux précédents, et l’on continue à suivre les aventures de cette famille farfelue, qui semble n’avoir peur de rien et faire feu de tout bois, quels que soient les tracas et mésaventures du quotidien.

Le lecteur ne s’étonne plus quand le jeune Gerry souhaite poursuivre ses essais de taxidermie sur une tête de taureau, ou quand le nouvel ami de la famille, Jeejee, tombe du balcon en essayant de léviter. Car ainsi va la vie dans cette famille, où les animaux sont plus nombreux que les humains, et où l’on accueille les uns après les autres, les amis des enfants, et les amis des amis, et les amis des amis des amis que l’on connaît à peine de nom. Quant à Spiro, le dévoué ami de la famille, il est plus drôle que jamais dans son anglais approximatif qui lui fait faire des contresens.

«  A cette époque, vivant à la campagne sans les avantages douteux de la radio ou de la télévision, nous devions nous en remettre aux formes primitives de divertissement qu’étaient les livres, les querelles, les fêtes et le rire de nos amis […] »

S 3-3La Table ronde, 304 pages, 14€