Roman

« Ukumbusho» de Jackie Macri

Que j’aime ces livres qui ne ressemblent à aucun autre ! « Ukumbusho », c’est « la mémoire, ce feu allumé aux temps passés pour éclairer le futur », une mémoire que les anciens transmettent aux plus jeunes pendant les veillées. « L’aube ne passera pas la montagne » : alors qu’un volcan se réveille, un petit est secouru par la vieille Mandji.… Lire la suite « Ukumbusho» de Jackie Macri

Roman

« La gloire des maudits » de Nicolas d’Estienne d’Orves

A Paris, dans l’après Seconde Guerre mondiale. Gabrielle Valoria vit avec son frère depuis le décès de leur père, exécuté après la guerre pour complaisance avec l’ennemi. Pas vraiment un collabo, mais ses amitiés troubles ont fait de lui un homme qui devait expier des fautes dans une France d’après guerre souhaitant faire table rase… Lire la suite « La gloire des maudits » de Nicolas d’Estienne d’Orves

Roman

« L’appartement témoin » de Tatiana de Rosnay

appartement témoinIl y a quelques années, j’avais lu (comme sûrement beaucoup d’entre vous) le best-seller de Tatiana de Rosnay «Elle s’appelait Sarah ». J’avais été assez déçue par ce roman, que j’avais trouvé trop prévisible – et peut-être aussi parce qu’on m’en avait dit trop de bien.

Depuis je n’ai pas lu d’autre roman de Tatiana de Rosnay, et c’est peut-être la lecture de « L’appartement témoin » qui va me donner envie de revenir davantage vers cette auteure.

Après vingt ans de mariage, le héros du roman divorce. Il faut dire que ses infidélités ont fini par avoir raison de son couple. Il emménage dans un bel appartement parisien, un loft lumineux où il se sent un peu seul.

Mais à plusieurs reprises, il ressent une drôle de sensation dans l’appartement… jusqu’à comprendre qu’il a des visions d’une précédente habitante de son appartement. Va alors commencer une quête pour comprendre qui est la femme de sa vision.

Flirtant avec le surnaturel, l’auteure réussit à ancrer quand même ses personnages dans un quotidien très réel. Rien de ce qui se passe dans ce livre n’est vraiment crédible, et pourtant tout a l’air si « normal ». Dans sa recherche d’une mystérieuse inconnue, le héros en profite pour faire son introspection et passer en revue toute sa vie (son mariage, son divorce, sa fille…) et nous offre aux passages de belles déclarations d’amour d’un père à sa fille.

S 3-3Le livre de poche, 320 pages, 6,10€

Roman

« La tour abolie» de Gérard Mordillat

tour abolie« Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie »

Si le titre du roman de Gérard Mordillat s’inspire du poème de Gérard de Nerval, le roman en lui-même n’a rien de poétique – bien au contraire.

La tour Magister est l’une de ces tours qui flirtent avec le ciel dans le quartier d’affaires de La Défense. Symbole de la puissance de l’entreprise qui l’occupe, c’est une tour où se côtoient tous les échelons de la hiérarchie, du PDG au trente-huitième étage, jusqu’aux secrétaires, en passant par les cadres moyens. Mais dans les sous-sols s’est organisée une vie parallèle , où des marginaux vivent près de junkies, et où des travailleurs pauvres habitent dans des voitures, près de malades psychiatriques. Ces deux mondes s’ignorent, même si certains se nourrissent des poubelles des autres.

Ce roman est d’une extrême violence : la violence est omniprésente dans la vie souterraines, où les habitants ressemblent à des animaux sans limite, vivant dans les immondices, torturant, broyant de leur folie tout ce qui les entoure ; mais la violence est aussi présente chez les « cols blancs » des étages supérieurs. Et les stratagèmes de conquête du pouvoir ne sont rien à côté de la déchéance morale des dirigeants qui vivent dans la luxure et le vice.

Je suis très partagée sur ce roman. En le lisant, j’ai souvent eu des haut-le-cœur, tant l’auteur repousse loin les limites de ce qui peut être raconté dans un roman. J’ai éprouvé le même malaise qu’à la lecture d’  « American psycho » de Bret Easton Ellis, que j’avais interrompue avant la fin. Cette fois-ci je suis allée jusqu’au bout de la lecture, même si l’accumulation de violence est de moins en moins supportable au fil des pages.

Néanmoins je reconnais à l’auteur une capacité à faire évoluer ses personnages dans un univers tantôt lisse tantôt glauque. Sa tour Magister est un monde en soi. Je retournerai peut-être, plus tard, vers cet auteur, en espérant le découvrir dans un texte moins sombre. Il faudra, d’ici là, que j’aie réussi à digérer celui-là.

S 2-3Albin Michel, 512 pages, 22,90€

Roman

« L’or de Canfranc » de Santiago Mendieta

or canfranc1980. Canfranc est une gare près de la frontière franco-espagnole, abandonnée aux quatre vents depuis bien longtemps. Thomas Azumendi s’y rend par curiosité, sur les traces de son grand-père aujourd’hui décédé. Il est journaliste, et a pris une année sabbatique pour renouer avec son histoire familiale. Ce qu’il ne savait pas en partant à Canfranc, c’est qu’il allait ouvrir la boîte de Pandore. En effet, il découvre que cette gare où a travaillé son grand-père a vu passer pendant la Seconde Guerre mondiale des convois ferroviaires chargés d’or.

D’où venait cet or, et pourquoi une certaine quantité disparaissait à chaque convoi ? Qui était au courant ?

Ce livre est bien plus qu’un roman historique. En partant de ce mystère autour de l’or de Canfranc, c’est une vraie enquête journalistique, complète, précise. Je suis habituée à lire des romans historiques très « romancés » ; ici le roman se veut très précis historiquement, et sur le fond et sur la démarche. Cela m’a un peu déstabilisée car je connais très mal (euh… pas du tout?) l’histoire de l’Espagne, et les figures des différents opposants ou partisans de Franco. Ce n’est pas inintéressant d’avoir cette approche dans le roman, mais c’est très pointu donc plutôt adapté à des lecteurs qui ont déjà un vernis (assez épais) sur le sujet. Pour moi qui suis novice sur le sujet, j’ai apprécié de « souffler » entre deux parties très pointues historiquement, pour revenir au quotidien d’enquêteur journaliste de Thomas Azumendi.

S 2-3Editions Privat, 284 pages, 18,25€

Roman

« Umami» de Laïa Jufresa

Pourquoi choisit-on de lire un livre plutôt qu’un autre ? Parfois la réponse à cette question est un peu mystérieuse : pour « Umami », premier roman de Laïa Jufresa, c’est d’abord le titre qui a attiré mon attention. « Umami », c’est le cinquième goût. Je dois reconnaître que mes connaissances s’arrêtaient à quatre goûts (le sucré, le salé, l’amer… Lire la suite « Umami» de Laïa Jufresa

Roman

« Le facteur émotif » de Denis Thériault

facteur émotifSi cet été vous hésitez entre envoyer une carte postale ou un simple MMS, c’est que vous n’avez pas encore lu « Le facteur émotif », véritable ode au courrier postal.

Bilodo est facteur. Il vit seul, a peu d’amis, et sa principale distraction consiste à décacheter les lettres qu’il transporte. C’est ainsi qu’il intercepte la conversation épistolaire entre Grandpré et Ségolène. Celle-ci vit en Guadeloupe, et échange avec Grandpré des « haïkus », de courts poèmes japonais.

Lorsque Grandpré meurt brutalement, Bilodo ne peut se résoudre à voir cet échange s’interrompre ; alors il va prendre la place de Grandpré, sans mesurer les péripéties qui l’attendent. Lire la suite

Roman

« Les yeux couleur de pluie » de Sophie Tal Men

yeux couleur de pluieC’est un pur hasard, mais à quelques jours d’intervalle j’ai lu deux romans qui pourraient se ressembler : deux premiers romans, écrits par deux jeunes femmes, et qui racontent le quotidien de deux femmes au début de leur vie professionnelle. Autant je n’ai pas accroché au premier, autant le second, « Les yeux couleur de pluie » de Sophie Tal Men, m’a vraiment séduite.

Marie-Lou est interne en neurologie. Mal classée au concours de médecine, elle a dû renoncer à un poste dans sa natale Haute-Savoie, et se retrouve à Brest. D’abord dépaysée, l’accueil de sa fantasque colocataire va vite la réconforter – surtout que ladite colocataire a un cousin qui pourrait bien être aussi très réconfortant…

Tout en racontant le parcours de cette jeune femme de vingt-cinq ans, Sophie Tal Men (elle-même neurologue) nous fait découvrir les coulisses d’un hôpital vues par une interne. Hypocondriaques, ne vous inquiétez pas trop, le dosage est bien fait pour que les diagnostics et autres prescriptions ne prennent pas le dessus sur le contenu du livre.

Si le titre « Les yeux couleur de pluie » m’a fait penser à une chanson de Roch Voisine (pardon, on a les références qu’on peut – je ne sais pas si c’est volontaire mais l’auteur étant née en 1980 c’est plausible), l’extrait du « Barbara » de Jacques Prévert était incontournable pour commencer ce livre. D’ailleurs les bonnes références, culinaires ou musicales sont légion dans ce livre (petite pensée pour mon ami Yves, ceux qui ne connaissent pas encore Alexis HK vont le découvrir avec ce roman). Au final c’est un roman attachant, réussi, et prometteur pour la suite de la carrière littéraire de Sophie Tal Men.

S 3-3Le Livre de poche, 253 pages, 7,10€

Roman

« C’est où le Nord ? » de Sarah Maeght

C'est où le nordElla est professeur de français, et pleine de projets. Evidemment elle a encore ses idéaux sur l’éducation, et s’est donné comme objectif d’accompagner Basile, enfant Asperger, jusqu’au brevet des collèges. Quant à sa vie sentimentale, c’est un peu la cata, entre son petit ami pas encore sorti de l’adolescence, et son nouvel ami gay.

La jeune auteur, dont c’est le premier roman, a bénéficié d’une préface plus qu’élogieuse de la célèbre Katherine Pancol (« Les Yeux jaunes des crocodiles ») qui décrit ce livre comme « le portrait d’une génération » et dit avoir aimé « Beaucoup. Beaucoup ». Bon, désolée mais je n’ai malheureusement pas été aussi enthousiaste. Si le livre est globalement sympathique et se lit bien, certains passages sont « trop » (trop bizarres, trop peu crédibles), je n’ai pas réussi à y voir une chronique générationnelle, mais juste un livre sur une jeune prof entourée de personnages un peu loufoques. J’aurais bien aimé un fil conducteur un peu plus robuste pour l’histoire. De Dunkerque à Paris, du collège au premier appartement partagé, il y a pourtant de bons ingrédients pour raconter le quotidien de cette jeune prof. Je suis curieuse de voir comment Sarah Maeght abordera son prochain livre.

s-1-3Le Livre de poche, 288 pages, 7,30€

Roman

« Celle que vous croyez » de Camille Laurens

celle que vous croyezPour surveiller Jo, l’homme qu’elle aime, Claire se crée un faux profil sur Facebook. Elle entre en contact avec Chris, un ami de Jo, et de manière inattendue une relation virtuelle très forte se crée entre Chris et Claire. Mais Claire a créé un profil très éloigné d’elle : fausse photo, autre âge, et un quotidien qui ne ressemble en rien au sien.

Jouant avec tous les marqueurs des réseaux sociaux, Camille Laurens écrit un texte moderne et original. La personnalité complexe de Claire prend progressivement une autre dimension, car l’auteur brouille délibérément les pistes, allant même jusqu’à introduire un personnage d’écrivain intervenant dans l’histoire. Si la multiplication des points de vue a bousculé ma lecture en remettant sans cesse en cause ce que j’avais compris dans les précédents chapitres, j’ai quand même été conquise par l’originalité du roman, par la qualité de l’écriture, et par les références littéraires ou musicales qui sont citées – ah Patti Smith et « Because the night »…

Il y a aussi dans ce roman une analyste féministe avec des passages très forts ; et que l’on adhère complètement ou pas aux arguments de Camille Laurens, ils font écho à une réalité ressentie par bien des femmes :

« Ça me saute au visage, les sanglots s’étouffent dans ma poitrine avec le malheur d’être une femme. Vous pouvez bien me citer des contre-exemples […] Marie Curie, Marguerite Yourcenar, Catherine Deneuve […] on n’échappe pas à la réalité : c’est un malheur d’être une femme. Où qu’on soit. Toujours. Partout. »

«  Je voudrais tellement être un homme, parfois. Ça me reposerait. »

Le livre alterne ainsi entre considérations sociales et analyse du désir amoureux. Si la construction du texte déroute jusqu’à l’épilogue, les réflexions apportées par l’auteur sont autant de graines semées dans le jardin du lecteur.

S 3-3Folio, 224 pages, 6,49€