Roman

« Port-des-vents » de Hortense Dufour

port des vents« Port-des-vents », c’est un lieu atypique, rude, qui malmène ses habitants par son climat changeant et son vent, son fameux vent, mais qui paradoxalement ancre à jamais ses habitants sur cette terre si liée à la mer.

Dans ce roman, Hortense Dufour fait entrer le lecteur dans la vie d’une famille portée par les femmes, une lignée qui naît, grandit et vieillit à Port-des-vents. Elle donne la parole successivement à plusieurs générations – je reconnais m’être parfois égarée entre les personnages, toutes des femmes de fort tempérament – et rend hommage à ces femmes souvent pudiques mais toujours fortes. On n’évite pas bien sûr quelques clichés sur les femmes, leurs défauts étant plus facilement tus que leur bravoure, mais peu importe. Les portraits sont agréables à lire, d’ailleurs le livre est porté par une belle écriture, proche parfois de la poésie. Cela n’a pas suffi à déclencher en moi le coup de cœur, l’histoire ayant mis à mon goût un peu trop de temps à démarrer. Cela n’enlève rien à la qualité du texte et aux jolis portraits de femmes, celles qui parlent du Vent avec une majuscule, comme elles parleraient de Dieu. Lire la suite

Roman

« Les nuits de laitue » de Vanessa Barbara

lesnuitsdelaitueplat1-l-572119A la mort de sa femme Ada, Otto se remémore le quotidien qu’il a passé avec elle pendant des décennies, dans cette maison jaune d’un quartier animé et que l’on imagine ensoleillé.

Leur vie, dont on ne saura pas grand-chose de plus que leur quotidien de retraités, s’est écoulée entre repas pris ensemble – ah, la recette du chou fleur à la milanaise… – et heures passées devant la télévision. Mais surtout, ils ont vécu entourés de voisins tous plus farfelus les uns que les autres : Nico le préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires des médicaments ; M. Taniguchi qui a mis des années à comprendre que la Seconde Guerre mondiale était terminée ; ou encore le facteur, la jeune épouse délaissée…

Le roman raconte les destins croisés de cette communauté atypique et amusante, qu’un événement inattendu va souder, pour le meilleur et pour le pire… Lire la suite

Roman

« Tu comprendras quand tu seras plus grande » de Virginie Grimaldi

tu comprendrasOubliez la couverture de bord de mer, qui n’illustre pas grand-chose de l’histoire.

Oubliez aussi le titre à rallonge – c’est la mode, décidément, mais nous n’y pouvons rien.

Voilà, nous pouvons maintenant parler de l’essentiel, c’est-à-dire du contenu de ce roman. Car, je le dis tout de suite, c’est un bon roman. Certes il s’adresse plutôt à un public en quête de bons sentiments et de happy end, mais les cinq cents pages sont réussies et ne manquent pas de contenu.

Julia est une jeune femme cabossée par la vie. La perte de son père, la rupture avec son petit ami, ont fini par épuiser son énergie. Pourtant Julia est psychologue : d’habitude c’est elle qui vient au secours de ceux qui sombrent. Mais là, elle doit bien l’avouer : Julia ne va pas bien. Lire la suite

Roman

« Le vicomte aux pieds nus » de Hervé Jaouen

vicomte1895. Coureur de jupons notoire, le jeune vicomte Gonzague mène une vie de plaisirs, sans contrainte et sans inquiétude quant à l’avenir. Si sa sœur ne supporte pas sa vie dissolue, sa mère ferme les yeux sur les frasques de son fils chéri.

Lorsque des déboires avec la justice et avec sa belle-famille « officielle » l’obligent à fuir aux Etats-Unis pour y commencer une nouvelle vie, c’est donc tout naturellement que sa mère, Hortense, accompagne Gonzague. Si Gonzague a un tempérament turbulent, il n’en est pas moins visionnaire et se lance dans la grande aventure du cinématographe. Apprenant la technique, enrichissant leur catalogue, s’introduisant dans tous les milieux, Gonzague et sa mère connaissent des hauts et des bas sans jamais renoncer. Lire la suite

Roman

« Les duellistes » de Pierre Chavagné

duellistesEn ce jour d’élection présidentielle, chroniquer un roman qui s’intitule « Les duellistes » pourrait vite se transformer en chronique politique. C’est bien loin d’être le cas, car ce roman se déroule à une toute autre époque, en l’occurrence le XVIIème siècle.

Deux hommes règnent sur le France. Le roi bien sûr, Louis XIII. Mais aussi le Cardinal Richelieu, qui œuvre dans les coulisses du pouvoir.

Bouteville est comte, il a été un soldat émérite, valeureux, mais aujourd’hui il joue sa vie d’une autre manière : en effet, Bouteville a une fâcheuse tendance à se battre en duel, bien que le Cardinale n’apprécie guère ces batailles vengeresses.. Pierre de Varages, le fidèle écuyer du comte de Bouteville, a l’habitude de l’accompagner dans ses duels. Il finit par se prendre lui aussi au jeu du combat à l’épée.

Si ce livre est un roman, il est avant tout un panorama historique et une fresque sur ces hommes à l’âme batailleuse. Le livre est quasi exclusivement centré sur les duels (le titre ne nous ment pas!), les combats, leurs enjeux et les risques encourus par les duellistes. Les personnages sont tous masculins, à l’exception de la femme adultère de Bouteville ! Je ne sais pas si la dénomination de « roman historique » est pertinente, le livre est presque un documentaire pris sous un angle très particulier de l’époque. Les amateurs de capes et d’épées y trouveront une lecture instructive, les autres risquent de s’ennuyer un peu… Lire la suite

Roman

« Un jeune homme prometteur » de Gautier Battistella

jeune homme prometteurLe narrateur, orphelin, grandit dans un village perdu au fond des montages pyrénéennes. Recueilli par Mémé, il est un enfant intelligent et travailleur. Mais certaines pulsions, entretenues par son diabolique frère Jeff, le poussent à des actes de cruauté. Le roman, d’ailleurs, commence par une extermination en règle de 143 limaces en un jour, brûlées pour avoir mangé les lentilles du potager de Mémé.

            Grâce à une voisine, une étrange princesse russe déchue, l’adolescent découvre le pouvoir des mots et se rêve écrivain. Il monte à Paris, déchante en découvrant le microcosme littéraire. A la fois sensible et révolté, curieux du monde et cruel, il trace peu à peu un chemin initiatique qui le conduira jusqu’en Thaïlande. Lire la suite

Roman

« Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse » de Michaël Uras

           nos souvenirs Il ne vous aura pas échappé que, depuis plusieurs années, la mode dans l’édition est aux titres (trop) longs. « Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse » n’échappe pas à cette règle, mais heureusement c’est le seul gros défaut de ce livre.

              Pour le reste – c’est-à-dire pour l’essentiel – l’écriture est vive et pleine de fraîcheur, et ce petit roman se lit avec grand plaisir. C’est une sorte de recueil de chroniques de la vie d’un homme, de son enfance à sa vie d’adulte ; défi ambitieux en si peu de pages. Si le narrateur juge ses souvenirs « poisseux », il n’y a rien de glauque dans le récit qu’il fait de son enfance, de sa vie familiale et de ses premières amours. Au contraire le récit est attachant, attendrissant aussi. Il n’y a pas d’intrigue en soi, pas de suspense, juste le plaisir d’une lecture rafraîchissante.

Mon conseil :

Si on allait découvrir les autres romans de cet auteur ?

S 3-3Le Livre de poche, 182 pages, 6,30€

Roman

« Le dernier chômeur » de D.J.F Audebert

dernier chômeurCampagne électorale oblige, mon œil citoyen a été attiré par ce roman au titre et au résumé surprenants : « Le dernier chômeur ». Dans un futur que l’on imagine proche, les politiques ont enfin vaincu ce fléau de notre époque professionnelle. Le chômage a enfin disparu. Si je parodiais « Astérix », je pourrais dire « Tous les chômeurs ont disparu. Tous ? Non. Car un irréductible gaulois résiste encore et toujours… » Lire la suite

Roman

« Le Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde

Portrait Dorian GrayTout comme le Monsieur Jourdain de Molière faisait de la prose sans le savoir, vous avez sans doute déjà cité Oscar Wilde sans le savoir. Plus particulièrement, vous connaissez sans doute des citations extraites du « Portrait de Dorian Gray » :

            « Ceux qui sont fidèles connaissent seulement le côté trivial de l’amour ; c’est la trahison qui en connaît les tragédies. »

            « Le seul moyen de se débarrasser d’une tentation est d’y céder. »

            « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; en vieillissant ils les jugent ; quelquefois ils les oublient. » (même si la traduction qui me semble juste est « […]  ils leur pardonnent », « forgive » étant le mot original)

            Ce livre, publié pour la première fois en 1891, conserve toute sa modernité et sa justesse. Dorian Gray, un beau jeune homme vaniteux, voit sa vie basculer après avoir souhaité que son portrait, réalisé par un peintre qui ne cesse de vanter sa beauté, vieillisse à sa place. Par une obscure force inexpliquée, le vœu de Dorian Gray est exaucé : tandis que son portrait accuse les marques du temps, lui conserve sa jeunesse et sa beauté.

            Profitant de cette jeunesse perpétuelle, Dorian prend l’habitude de ne rien redouter. Qu’importe ce qu’il fait, ou comment il se comporte avec les autres : son visage garde son angélique jeunesse. Il se perd dans toutes sortes d’histoires sordides dans lesquelles ses amis ne peuvent l’imaginer être tombé. Méprisant les autres, ne craignant rien de la vie, son existence n’est plus que débauches et bassesses.

            Bien sûr il y aura une morale à l’histoire, car si je parle de roman il faudrait en réalité classer ce livre parmi les contes. Dans notre monde basé sur les apparences, « Le Portrait de Dorian Gray » résonne encore comme un message à entendre. La vanité et la fugacité de la jeunesse restent des thèmes d’aujourd’hui.

            J’avais déjà lu ce roman il y a de nombreuses années, mais j’avais oublié le canevas de l’histoire et sa fin pourtant inévitable. J’ai pris plaisir à le relire dans cette très belle édition du Chêne, en grand format et avec des illustrations. Un coup de griffe quand même pour les nombreuses fautes d’orthographe qui gâchent la qualité de l’ouvrage (au moins une dizaine dans le roman, nombre devenu heureusement rarissime dans les publications).

 Mon conseil : 

A redécouvrir !

S 3-3Ed. du Chêne, 272 pages, 25€