Roman

« De l’infortune d’être un Anglais (en France) » de Marie Fitzgerald

infortuneC’est bien connu, Français et Anglais adorent se détester. Ils sont des « rosbifs », nous sommes des « froggies » ; ils ne disent pas ce qu’ils pensent, nous sommes braillards et revendicatifs, etc etc.

Ecrire un livre sur le sujet, c’est presque du pain bénit pour un auteur, tant sont nombreuses les images à utiliser, et faciles les situations à trouver pour tourner en dérision Français et Anglais. J’ai le souvenir d’un livre très drôle sur le sujet, auquel j’ai immédiatement pensé avant d’entamer la lecture de celui-ci : « Une année en provence », de (l’anglais) Peter Mayle.

Dans « De l’infortune d’être un Anglais… », deux clans s’affrontent dans un village du Sud de la France. De nombreux Anglais s’y installent pour leur retraite, et les habitants du coin n’accueillent pas très chaleureusement leurs nouveaux voisins. Pire, une série de meurtres a été commise contre des Anglais. Et le curé d’une paroisse voisine reçoit d’étranges confessions…

Non-dits et incompréhensions vont être de la partie tout au long du livre ; le curé est un personnage plutôt secondaire mais assez amusant. L’ensemble du roman est sympathique, même si j’ai été gênée au début par l’énumération de clichés auxquels je n’ai pas ri autant que je l’aurais voulu. Si le flegme britannique est bien mis en avant, j’aurais aimé que les situations poussent un peu plus loin l’humour anglais que j’aime tant chez Allan Bennett ou Will Wiles.

Derrière sa pétillante couverture jaune, ce livre pourra néanmoins vous faire passer un bon moment cet été… mais ne partez pas avec en Angleterre !

S 2-3Fleuve éditions, 304 pages, 18,90€

Roman

« La disparition de Joseph Mengele» de Olivier Guez

disaprition joseph mengeleAu cas où cela vous aurait échappé, non seulement j’aime lire, mais j’aime donner mon avis à ceux que cela intéresse. Inévitablement, on me demande aussi régulièrement mon avis sur des livres, pour orienter ou confirmer un choix, pour trouver une idée pour les vacances ou un cadeau…

Me voilà bien embêtée lorsque l’on m’a demandé, à propos de « La disparition de Joseph Mengele » si c’était un livre que j’avais aimé. Je suis incapable de répondre directement à cette question, car je ne crois pas que c’est un livre que l’on peut « aimer ». C’est un livre historique, intéressant, nécessaire, qui interpelle, ça oui. Mais est-ce un livre à « aimer » ? Ai-je passé un « bon » moment ? Non.

Il faut dire que le sujet du livre est particulièrement sombre, racontant comment Joseph Mengele, criminel nazi à l’origine d’atroces recherches génétiques dans les camps de concentration, a organisé sa fuite et sa vie cachée après la guerre.

Le livre ne traite pas directement de la guerre, mais de l’après, de la fuite de Mengele et de ses cachettes. Mais la mémoire de Mengele ramène régulièrement le lecteur dans l’horreur. Ce n’est pas une biographie, pas un roman non plus, je l’ai plutôt pris comme une sorte de documentaire traité par l’outil de la littérature.

J’ai découvert le texte en version audio, et l’enregistrement se termine par une interview fort intéressante de l’auteur. Il y revient notamment sur le choix de ce sujet lourd, et sur la façon dont il a vécu l’écriture sur un homme qu’on ne peut que détester et mépriser. Il y explique notamment comment derrière la cruauté du personnage se cache surtout une incroyable médiocrité. Cette interview mériterait même d’être écoutée avant la découverte du texte, car elle donne le contexte et évacue d’emblée des questions qui peuvent troubler le lecteur – à l’écoute de certains passages particulièrement horribles, je me demandais comment l’auteur avait fait pour gérer l’écriture d’un tel texte.

Si Mengele n’a jamais été jugé de son vivant, ce livre écrit de nos jours rétablit pour la postérité une autre forme de justice de mémoire.

S 2-3Audiolib, 5h48, 20€

Roman

« Le pays de la liberté » de Ken Follett

Pays de la libertéMack travaille dans une mine de charbon. Epris de liberté et révolté par les conditions de travail des mineurs, il se rebelle contre la famille qui l’emploie, les Jamisson.

En fuite, il refait sa vie à Londres. Mais une nouvelle fois il se révolte contre les injustices et organise la rébellion des dockers. Il est condamné aux travaux forcés. Sur le bateau qui le conduit en Virginie, il revoit Lizzie, l’épouse du cadet des Jamisson. Malgré leur différences de milieu, ils ont grandi sur les mêmes terres et partagent un certain esprit de liberté. Lizzie est belle et indépendante, curieuse de tout, et ne veut surtout pas qu’on lui refuse quelque chose qui serait accordé à un homme.

J’ai aimé retrouver dans ce roman tout ce que j’apprécie chez Ken Follett : des personnages hauts en couleur, une narration efficace et rythmée, une écriture qui sait planter un décor et contribue au dépaysement du lecteur.

J’ai moins aimé que le thème du roman sente un peu le déjà-vu. L’histoire n’est pas la plus originale écrite par l’auteur : le mineur qui se bat pour les droits des plus faibles, et la jeune femme de bonne famille, féministe et rebelle, c’est un duo qui fonctionne bien mais qui a un petit air de déjà vu.

Si ce n’est pas le meilleur roman de Ken Follett, il reste très plaisant à lire. On peut le lire et le reposer sans perdre le fil de sa lecture : parfait pour emporter dans votre valise cet été !

S 3-3Le livre de poche

Roman

« Mémoire de fille» de Annie Ernaux

G01344_Memoire_de_fille.inddIl y a plusieurs années de cela, j’ai lu « L’événement » d’Annie Ernaux. Malgré des centaines et des centaines de livres lus depuis, celui-ci reste l’un des plus bouleversants et des plus marquants de mes souvenirs de lecture.

J’étais donc curieuse de lire « Mémoire de fille », d’autant plus que la photo de couverture, celle d’une jeune femme en maillot de bain que l’on imagine dans les « années Bardot », doit rappeler des souvenirs à bien des femmes.

Ce livre est un récit de souvenirs d’une jeune fille basculant dans la vie de femme, découvrant le désir et ce qu’il implique. Monitrice dans une colonie de vacances, elle joue avec son désir sans savoir vraiment jusqu’où elle va, à la fois naïve et déterminée, sage et objet de rumeurs.

Si le récit peut s’avérer pesant dans l’impossible analyse a posteriori de sa jeunesse, des décennies après (comment analyser le désir, les gestes, interpréter des mots ou des situations si longtemps après?), il m’a intéressée en ce qu’il reflète la jeunesse de la fin des années 1950, et la façon dont l’amour, le sexe, et les liens entre garçons et filles étaient vécus.

« Déjà le souvenir de ce que j’écris s’efface. Je ne sais pas ce qu’est ce texte. Même ce que je poursuis en écrivant le livre s’est dissous. J’ai retrouvé dans mes papiers une sorte de note d’intention :

Explorer le gouffre entre l’effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive et l’étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé. »

S 2-3Folio, 176 pages, 6,60€

Roman

« Sainte Zélie de la palud» de Hervé Jaouen

zélieHervé Jaouen est un auteur dont je suis les publications depuis plusieurs années, et que j’apprécie tout particulièrement. Derrière des histoires régionales a priori simples, il sait mettre en scène des personnages très forts, souvent des ouvriers ou des paysans (ici des hommes de la mer), qui n’ont d’autre fortune que leurs bras pour travailler. Il sait transformer ces tempéraments en héros du quotidien, et leur tisser des destins incroyables mais qui sont des reflets de leur époqie.

C’est de ce bois-là qu’est construit le Grand Paulo, mareyeur breton. Né sans père, élevé par une mère aussi besogneuse au travail que prompte à vider les bouteilles, il a quitté l’école tôt pour travailler. Partant d’un parcours classique d’un gamin modeste, il va s’affirmer progressivement.

Le roman retrace la vie du Grand Paulo mais aussi une partie de celle de sa mère Zélie, et de sa fille Pauline, future banquière (mais pas que ça).

Comparé à de précédents romans du même auteur (il écrit toute une série familiale, mais dont les tomes peuvent se lire séparément) j’ai mis un peu plus de temps à adhérer à l’histoire, à laquelle j’ai trouvé quelques longueurs dans les premiers chapitres. En revanche, j’ai totalement retrouvé la capacité de l’auteur à croquer des portraits à la fois attachants et débordants de justesse.

S 2-3Presses de la cité, 400 pages, 20€

Roman

« Minute, papillon !» de Aurélie Valognes

minute papillonLe contexte de découverte d’un livre peut déterminer fortement l’appréciation que l’on en aura. Selon l’humeur du lecteur, ou plus largement l’ambiance ou le moment où l’on découvre le texte, celui-ci n’aura pas le même impact.

Pauvre Aurélie Valognes, son dernier roman « Minute, papillon », je l’ai écouté en livre audio quelques jours après avoir fini d’écouter « Couleurs de l’incendie », œuvre magistrale et flamboyante de Pierre Lemaitre. Je ne m’attendais pas à un livre de la même ampleur (Lemaitre est quand même Goncourt 2013 pour « Au-revoir là-haut »), j’espérais juste passer un bon moment d’écoute. Je gardais de « Mémé dans les orties » un souvenir pas désagréable.

Mais parlons déjà de l’histoire. Rose, trente-six ans, est mère d’un adolescent qu’elle élève seule. Elle peine à joindre les deux bouts, mais son fils ne manque de rien, et surtout pas d’amour bien qu’il ne connaisse pas son père. Nourrice chez un couple aisé, elle doit envisager une reconversion lorsque le déménagement de ceux-ci lui fait perdre son travail. Une opportunité s’offre à elle : devenir dame de compagnie. Le job est très bien payé, alors pourquoi pas ? Mais tout ne va pas se passer comme prévu…

L’idée est sympathique, le récit indéniablement contemporain et les problématiques actuelles. Oui mais voilà… il m’a manqué du relief, un contenu un peu plus consistant et moins caricatural (la mère célibataire, les riches employeurs, … pourquoi pas mais avec un peu plus de précautions dans le style).

Comme je le disais plus haut, je voulais juste passer un moment de lecture sans prétention, ce qui a été le cas ; nul doute que de nombreux lecteurs écouteront avec plaisir ce roman (en un peu plus de cinq heures). Mais tout juste sortie d’une superbe écoute, j’ai eu du mal à apprécier ce texte-là et suis restée sur ma faim.

S 1-3Audiolib, lu par Maia Baran, 5h03 d’écoute, 19,90€

Roman

« La Nuit d’après» de Yves Viollier

nuit aprèsJoseph est mort, et la nuit qui suit son enterrement, sa veuve Eglantine se souvient…

Soixante-dix ans de mariage, une vie faite de travail, et des enfants en héritage. Une longue vie, mais « une longue vie, c’est encore trop court ». Joseph et Eglantine se sont aimés, se sont soutenus, ont fait des projets ensemble : lui est devenu tonnelier puis ébéniste ; elle mère de cinq enfants et à la tête d’une épicerie. La vie n’a pas toujours été rose, mais l’amour a toujours été présent entre eux.

Ce roman plein de tendresse est une ode à la vie, et une jolie leçon d’humanité. Ces deux personnes humbles et travailleuses n’ont pas été épargnées, ont vécu des drames, mais ont suivi leur ligne de vie, avec droiture et justesse. Dans notre époque où un mariage sur trois s’achève par un divorce, je ne sais pas si l’avenir comptera encore beaucoup de couples comme celui-là, mais c’est à espérer !

Plusieurs fois ce texte m’a noué la gorge et mis les larmes au bord des cils, preuve que ce roman vrai et simple porte des messages profonds.

S 3-3Presses de la cité, 272 pages, 19€

Policier·Roman

« Sang famille » de Michel Bussi

sang familleQue l’on ne s’y trompe pas : bien que ce roman soit une réédition (revue) d’un livre sorti en 2009, on y retrouve bien tous les codes que les lecteurs qui aiment les romans de Michel Bussi (c’est mon cas) attendent.

Colin est en vacances sur l’île de Mornesey. Elevé par son oncle et sa tante, il aimerait en savoir plus sur son père, jeune archéologue mort quand Colin était petit. Mais l’île est agitée suite à l’évasion de deux prisonniers lors de leur transfert. Et Mornesey, dont l’histoire est fortement liée au bagne, aux trafics, et à l’illégalité, n’a pas fini de livrer ses secrets et de malmener les recherches de Colin.

Le roman est bien fait, efficace, et comme toujours avec Michel Bussi je n’avais qu’une envie : lire la page suivante, puis le chapitre suivant… J’ai même eu du mal à lâcher le livre le soir où il ne me restait plus que soixante pages à lire ! Quoique un peu moins surprenant que d’autres romans du même auteur (je continue de conseiller toujours « Nymphéas noirs » par exemple), celui-ci en conserve des thèmes chers à l’auteur : la mémoire, la famille, les secrets… Tous les ingrédients d’un roman policier que l’on a envie de lire l’été sont présents : une île (imaginaire) avec ses souterrains, son phare, son histoire ; des secrets de famille ; des adolescents en vacances, etc. A prendre dans vos valises pour vos prochaines vacances… ou à lire dès maintenant pour se dépayser.

S 2-3Presses de la cité, 420 pages, 21,90€

Roman

« Couleurs de l’incendie » de Pierre Lemaitre

De Pierre Lemaitre, j’avais déjà lu plusieurs polars, et le désormais incontournable « Au-revoir là haut », couronné par le Prix Goncourt en 2013. « Couleurs de l’incendie » se veut une suite, et la deuxième partie d’une trilogie annoncée. Mais n’ayez crainte si vous n’avez pas lu le premier, celui-ci peut se lire totalement indépendamment. Se lire… ou… Lire la suite « Couleurs de l’incendie » de Pierre Lemaitre

Roman

« Souvenirs de la marée basse » de Chantal Thomas

maréeRendre hommage à sa mère dans un texte de souvenirs est une démarche assez classique pour un auteur. La littérature ne compte plus le nombre d’œuvres qui y sont consacrées.

Le texte de Chantal Thomas a ceci de particulier qu’il axe le portrait d’une mère et le récit des souvenirs familiaux autour de l’eau et de la nage, et des villes balnéaires où la famille a résidé. L’auteur mêle des souvenirs d’enfances à la plage avec des camarades de son âge, et un portrait paradoxal de sa mère. Celle-ci est parfois décrite comme une force de la nature, capable de nager des heures durant, quelle que soit la saison ; et parfois comme une femme fragile, proche de la dépression.

D’Arcachon à Menton, le lecteur accoste avec plaisir dans ces villes de bord de mer. L’eau est très présente (l’Océan Atlantique, la Méditerranée, peu importe, l’essentiel est de nager). Le récit est à la fois sentimental et mélancolique, et parfois un peu amer vis-à-vis de cette mère avec qui l’auteur a du mal à communiquer. Il lui faudra attendre l’âge adulte et un départ pour les Etats-Unis pour trouver via l’envoi de cartes postales un moyen de recréer les fils fragiles de la communication mère-fille.

S 2-3Seuil