Roman

«Les heures solaires» de Caroline Caugant

heures solairesA la mort de sa mère, Billie retourne dans son village natal dans le sud de la France. Les conditions de la mort de sa mère sont étranges, mais ce qui va affecter le plus Billie, c’est de revenir dans des lieux qui ont blessé sa jeunesse, et qu’elle avait laissés derrière elle depuis bien longtemps.

« Les heures solaires » est un roman de femmes : Billie, ses « yeux de chat », couleur de miel, qui revient malgré elle sur les terres familiales ; Louise, sa mère, belle et lunatique, qui à la fin de sa vie avait perdu la mémoire ; et Adèle, la grand-mère pieuse dont la présence est encore dans les mémoires. Les hommes, dans ce roman, ne sont que les acteurs malgré eux de tragédies, tantôt déclencheurs de drames, tantôt témoins impuissants.

Pour qu’il y ait de l’ombre, il faut du soleil, et ces « heures solaires » mettent en relief les moments sombres des vies de ces trois femmes, vies marquées par la mort, l’absence, les erreurs. Si Louise, la mère, est décrite comme solaire, elle est aussi le pivot des souffrances, le lien entre les générations.

Ce roman est d’une intensité émotionnelle très forte. J’ai eu du mal à retenir mes larmes à la lecture de certains passages.

On sait depuis le début que la rivière qui coule dans le village sera un personnage à part entière du roman, qu’elle est un élément déterminant des drames qui se jouent. L’eau, décidément, est un élément récurrent dans les romans de la talentueuse Caroline Caugant, qui en avait déjà fait un décor dans son premier roman, « Une baigneuse presque ordinaire ». Même si le lecteur connaît depuis le début l’existence d’un drame, il n’en découvre les détails qu’à la fin du livre, où tout s’accélère.

Traitant de la mémoire, de la transmission, mais aussi du rôle des femmes dans les familles, le roman insiste aussi sur l’impact puissant des lieux sur nos vies : la rivière, le village, la demeure familiale, et même cet appartement parisien où vit Billie, avec vue sur le cimetière du Père-Lachaise, comme un rappel permanent des morts qui l’entourent.

L’écriture est précise, l’émotion transperce dans chaque phrase. L’histoire est plutôt triste, remplie de drames, mais ce deuxième roman est très abouti : une belle réussite littéraire.

S 3-3Stock, 288 pages, 18€

Roman

« Sur ma liste» de Rosie Blake

listeCette année, j’ai décidé de tester pour la première fois des lectures de « romances de Noël ». Je sais que le genre est assez prisé, qu’il y a des auteurs connus des amateurs du genre, mais pour ma part j’ai choisi mes lectures sur ce que m’inspiraient les couvertures (j’ai quand même lu le résumé aussi). Après une première lecture qui m’a laissé un souvenir assez mitigé (voir par ici) , ma deuxième lecture, « Sur ma liste » a été une très agréable découverte.

Tout d’abord, ma première bonne surprise a été l’écriture. Contrairement à ma précédente lecture, j’ai trouvé celle-ci plutôt bien écrite, avec des mots bien choisis, et sans dialogue inutile.

Clara, d’origine danoise, s’installe temporairement dans un petit village anglais. Alors qu’elle lit tranquillement dans un pub, sa vie va basculer. Apprenant que l’une des dernières commerçantes quitte le village, elle propose de reprendre le magasin de jouets et de lui redonner vie. Ce qui ne va pas plaire du tout au fils de la propriétaire, un business man londonien…

Voilà un roman parfait pour la fin d’année, si vous aimez les ambiances bienveillantes, les lectures réconfortantes, et les bons sentiments. L’histoire est assez prévisible mais reste agréable à lire : à part l’installation de Clara comme repreneuse du magasin d’une illustre inconnue, le reste de l’histoire est plutôt crédible. J’ai passé un très bon moment de lecture, aussi positif que la couverture est jolie.

S 3-3LJ J’ai lu pour elle, 320 pages, 12,90€

Roman

« Mystère rue des Saints-Pères» de Claude Izner

victor legrisIl y a des livres, comme ça, qui me font de l’œil, qui traversent mes envies de lecture, dont je griffonne le titre ou l’auteur sur un bout de papier, au gré des conseils que je recueille. Ainsi, je connaissais de nom Claude Izner, pseudonyme derrière lequel se cachent deux sœurs, bouquinistes parisiennes. Lorsque je suis tombée par hasard en librairie sur un recueil regroupant les « Premières enquêtes de Victor Legris », je n’ai plus hésité. La couverture, jolie aquarelle parisienne, a sans doute déterminé mon choix ce jour-là. Voilà à quoi tiennent les choix de lecture, parfois…

L’histoire se déroule en 1889 à Paris. L’Exposition universelle bat son plein, mélangeant curiosité populaire et maladresses historiques. Victor Legris est libraire rue des Saints-Pères. Il partage la direction de sa librairie avec Kenji Mori, un japonais qui l’a recueilli à la mort de son père et l’a élevé comme son fils.

Alors que le Tout-Paris se presse pour découvrir la Tour Eiffel, symbole contesté de cette Exposition universelle, plusieurs morts mystérieuses sont attribuées à des piqûres d’abeilles. La coïncidence est étrange et Victor s’intéresse aux victimes et cherche un point commun entre elles.

Ce Victor Legris n’est pas du tout un enquêteur – en tout cas pas dans ce premier titre, peut-être que son personnage évoluera différemment – il est juste un libraire qui se retrouve entouré de morts étranges. Le roman, du coup, est moins intéressant pour l’enquête en elle-même que pour tout le reste. J’ai notamment adoré l’ambiance très rafraîchissante de cette fin du dix-neuvième siècle, cet engouement des Parisiens pour cette Exposition universelle qui leur fait découvrir des mondes inconnus et préfigure de bien des nouveautés qui s’épanouiront au vingtième siècle.

Je suis bien contente d’avoir acheté ce recueil des trois premières aventures de Victor Legris, car j’ai déjà envie de lire la suite, « La disparue du Père Lachaise » ! J’espère d’ailleurs que d’autres recueils suivront !

S 3-310/18, 864 pages, 14,90€ (le recueil de 3 titres)

Roman

« La femme brouillon » d’Amandine DHEE

G01003_La_femme_brouillon.inddQu’est-ce qu’être mère aujourd’hui ?

D’un côté, il y a les clichés sur la maternité, la pression sociale, l’envie d’être parfaite. De l’autre côté, il y a ce que chaque mère vit mais qui est toujours passé sous silence, les doutes, la réalité de l’accouchement. Et entre tout ça, la narratrice fait comme elle peut…

Le livre fourmille d’anecdotes qui parleront à toutes les mères (et aussi aux pères, sans doute). L’auteur oscille entre des réflexions profondes sur la maternité (« J’ai des attaques de réalité. Comme si cette naissance me liait définitivement au reste de l’humanité » écrit-elle par exemple pour raconter ce qu’elle ressent lorsqu’elle voit d’autres mères dans la souffrance), et des petites phrases drôles, issues du quotidien (« Ma vie va-t-elle ressembler à un album de Petit Ours Brun ? » s’interroge-t-elle). Intellectuelle, active, féministe, elle constate les changements survenus dans son quotidien suite à la naissance de son enfant. Et en même temps, elle est une mère à 100 %.

Le livre est hélas un peu trop court pour approfondir les sujets, alors qu’une multitude de pistes intéressantes sont ouvertes (sur la parentalité, sur la place des femmes dans la société, sur la vie intellectuelle et sociale d’une toute jeune mère etc).

Mais j’ai aimé la tendresse entre les lignes, ce sentiment maternel qui pousse la mère vers son enfant, et la rend épanouie, différemment, comme dans ce passage que je trouve très beau :

« Avec le bébé, ma voix n’est pas la même […]. Longtemps relégués dans un coin du cerveau, marionnettes, escargot et pirouette cacahuète font un retour triomphal […]. Je chante faux et le bébé est heureux. Il ne songe pas à se plaindre, ni à chercher une mère qui chanterait mieux, non, il affiche un aplomb sans faille. Il me ressemble quand je visitais des appartements pour la première fois, et que toute à mon enthousiasme, je ne voyais pas les fissures, la plomberie douteuse et les infiltrations d’eau sous la couche de peinture fraîche. Le bébé ferme les yeux sur nos fêlures. »

S 2-3Folio, 144 pages, 6€

Roman

« Laisse tomber la neige » de Cécile Chomin

laisse tomberEn cette fin d’année, plusieurs chaînes de télévision diffusent quotidiennement des téléfilms de Noël. Ces bluettes, le plus souvent américaines, ont pour cadre un joli décor enneigé, dans lequel éclosent des histoires d’amour à la veille de Noël.

Dans le même esprit, j’ai eu envie cette année de tester la lecture de romances de Noël, pour voir si elles se rapprochent de ces téléfilms. Mon premier choix s’est porté sur « Laisse tomber la neige », en grande partie pour la couverture : des montagnes, des sapins, des flocons de neige, je trouvais que ça mettait le lecteur dans l’ambiance.

Résumons l’histoire : Claire est parisienne, elle a un « travail en or » de community manager… mais alors qu’elle s’apprêtait à épouser Hector, celui l’a abandonnée le jour même du mariage. Claire part se ressourcer quelques jours à la montagne, dans un gîte. Or la propriétaire du gîte vient de mourir, et c’est son fils qui assure l’intérim…

Nul besoin de vous en dire plus, car bien sûr il n’y a pas de suspense, et aucun doute que tout cela va bien finir (en même temps je ne cherchais pas un livre à rebondissements).

Ai-je trouvé cette lecture agréable ?

Encore une fois, j’ai choisi ce livre pour ce qu’il est, c’est-à-dire de la romance, et de ce point de vue là tous les ingrédients sont réunis : le décor parfait pour cette saison, les personnages que tout oppose mais qui finiront pas trouver un terrain d’entente (!), l’histoire d’amour… Finalement, j’ai surtout été gênée par les tournures de phrases, trop proches du langage parlé (écrire « lui dis-je » ne me semble pas trop élaboré au point d’être sacrifié au profit d’un « je lui dis ») et par plusieurs erreurs (des « s » sur des formes futures, « je m’apitoierais », « serais-je » etc) qui m’ont accroché le regard pendant la lecture.

Bien que les personnages soient assez sympathiques, à la fin j’avais hâte de finir ma lecture pour passer à autre chose.

S 1-3LJ, 320 pages, 12,90€

Roman

« Belgravia » de Julian Fellowes

selectriceSi le nom de Julian Fellowes ne vous dit rien, sachez qu’il est notamment le scénariste de la très réussie série britannique « Downtown Abbey ». Cela vous parle davantage ?

Dans « Belgravia », j’ai retrouvé tout ce que j’ai aimé dans « Downtown Abbey » : des familles nobles dont le faste de fêtes fait rêver ; des domestiques, acteurs indispensables au déroulé de l’intrigue – et des complots dans les deux camps.

Sophia, fille d’un intendant sans noblesse mais qui a très bien réussi professionnellement, est amoureuse de l’héritier Bellassis. Or la guerre de Waterloo prive Bellassis de la vie ; et Sophia meurt en couches. L’héritier du couple est un bâtard qu’il faut cacher, dans une famille éloignée. Mais quand, bien des années plus tard, celui-ci devient un agréable jeune homme à qui tout réussit, les cartes sont rebattues…

J’aime les intrigues de cour et les sagas familiales, les rebondissements sentimentaux et les récits de mondanités d’un autre temps. Je me suis donc régalée à la lecture de ce livre ! Et vais de ce pas me renseigner sur les autres romans du même auteur…

S 3-310/18, 528 pages, 8,80€

Roman

« Chère mamie » de Virginie Grimaldi

chère mamieCe livre est drôle.

Voilà la première phrase qui me vient à l’esprit pour débuter cette chronique. Et être drôle, pour un livre qui a pour objectif d’apporter du bonheur (tous les bénéfices liés à sa vente sont reversés à l’association Cékedubonheur qui améliore les conditions de vie des enfants hospitalisés), c’est dans l’ordre des choses.

Visuellement, ce livre se présente en série de doubles pages : à gauche, une photo instantanée qui saisit un moment de vie de l’auteur ; à droite une carte postale adressée à sa grand-mère.

Je connaissais déjà l’écriture de Virginie Grimaldi, pour avoir lu « Tu comprendras quand tu seras plus grande » et « Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie » (dont je garde un souvenir ému). Là, j’ai découvert qu’en plus cette femme est un peu barrée, car ses cartes postales sont loufoques à souhait, complètement décalées, parsemées d’anecdotes à peine croyables sur son quotidien. Je ne sais pas si toutes les anecdotes sont vraies, mais si c’est le cas, la loi de Murphy a été théorisée pour Virginie Grimaldi…. ! Ajoutez à cela un petit grain de folie, et beaucoup d’humour dans la narration (quand je pouffe de rire toute seule en lisant un livre, j’écris toujours dans ma chronique qu’il est plein d’humour). Et puis ce que j’adore, c’est cette capacité à transformer en un livre réussi les détails du quotidien (une sortie à la piscine, une visite chez le médecin, une journée de farniente…).

C’est un livre sans prétention mais qui fait passer un agréable moment, un livre qui fait doublement du bien (pour ses lecteurs et pour l’association à laquelle il est dédié). Achetez ce livre pour vous, offrez-le autour de vous, c’est du bonheur en pages.

S 3-3Le livre de poche / Fayard, 5€

Roman

« Les chemins de promesse » de Mireille Pluchard

cheminsLe mas de Castanhal est un coin à la fois paisible et rude des Cévennes. A la tête de la châtaigneraie familiale, Lazare Pradier n’est pas connu pour être causant ; tandis que sa femme, la douce Blanche, instruit en cachette ses deux enfants Adélie et Aubin pour leur donner les meilleures chances dans la vie.

Brisé par un chagrin d’amour, Aubin quitte son village natal. Commence alors un parcours initiatique, qui le fera débuter par un dur labeur sur la construction d’une ligne de chemin de fer, et l’entraînera vers des chemins qu’il n’avait pas imaginés…

L’histoire est rythmée par des chapitres dont les titres reflètent la progression d’Aubin : « Chemins de vie », « Chemins de résilience » et « Chemins de regain ». C’est un roman, bien sûr, mais qui se lit comme une biographie, ou comme le témoignage d’un parcours de vie. Aubin ne s’opposera jamais frontalement à son père, il ne se battra pas non plus pour défendre son amour pour la sulfureuse Valentine, il n’ira quasiment jamais à l’encontre de ses patrons même dans les situations les moins acceptables. C’est un personnage droit, solide comme les châtaigniers de son repaire familial. L’amour filial et l’amitié ont aussi une place toute particulière dans ce roman touchant et bien écrit.

S 3-3Presses de la cité, 400 pages, 20,90€

Roman

« Babylone » de Yasmina Reza

G00786_Babylone.inddA Deuil-l’Alouette, en banlieue parisienne, Elisabeth s’active pour organiser une « fête de printemps », une grande réception où elle a convié famille, amis, voisins. La soirée se passe bien, faite de mondanités et d’échanges divers. Chacun rentre chez soi. On croit la soirée terminée. Mais Jean-Lino, le voisin du dessus, qui a participé à la fête, revient sonner en pleine nuit : il a tué sa femme.

Dans un moment de folie, poussée par son amitié pour cet homme, Elisabeth décide de l’aider à organiser une mise en scène autour du décès de sa femme.

Le roman navigue entre des scènes très ordinaires de la vie de voisinage d’un immeuble, l’organisation d’une soirée (trouver assez de verres, aller chercher des chaises chez les voisins… le tout raconté avec une incroyable justesse dans les détails), et ce drame qu’est la mort de la voisine. Aussi horrible soit l’événement, les personnages réagissent avec une étonnante sérénité. Et pourtant, leurs vies viennent de basculer.

Bizarrement, il se dégage de ce livre une certaine quiétude, très en décalage avec le thème. Le personnage d’Elisabeth est particulièrement paradoxal, capable de faire des insomnies par crainte de ne pas avoir assez de verres pour ses invités, et réagissant avec sang-froid face à son voisin qui vient de tuer sa femme. Le récit est écrit au cordeau. J’aime ces écritures qui nous font voir les détails du quotidien sous un autre jour, et les rend soudain dignes de figurer dans un récit.

S 3-3Folio, 224 pages, 7,25€, Prix Renaudot 2016

Roman

« Les prénoms épicènes» d’Amélie Nothomb

épicènesLe titre, d’abord, vous interpelle sans doute. Et comme moi, vous vous demandez ce qu’il peut bien vouloir signifier. Alors commençons par une petite leçon linguistique, puisque de toute façon l’auteur elle-même le fait dès le début du livre. Un prénom « épicène » est un prénom qui ne permet pas de déterminer le genre de celui (ou celle!) qui le porte. Comme Claude, ou Dominique, les prénoms de ces deux personnages dont nous suivons ici la vie, depuis leur toute première rencontre.

Elle, Dominique, est une jeune femme transparente, timide et peu sûre d’elle, un peu complexée. Lui, Claude, est un entrepreneur plein de projets, qui la demande en mariage sans vraiment la connaître.

La suite, c’est un mariage peu heureux, la naissance d’une enfant qui va manquer d’amour de la part de son père. Et un rythme, toujours, celui d’Amélie Nothomb, qui va droit à l’essentiel, décrit le quotidien et les sentiments avec une plume acérée et vive. Ah, ne vous attendez pas à des tours et des détours sentimentaux : bien que toute l’histoire ne parle que d’amour, l’écriture est efficace, ne s’encombre pas de guimauve.

Je n’ai pas lu ce livre, je l’ai écouté ; et sa durée d’écoute (2h28) permet de s’immerger dans l’histoire dans une écoute continue – pour ma part, en une seule fois, comme pour rester dans cette dynamique presque cinématographique. Il faut du talent pour dessiner des personnages et leur donner chair, leur construire un quotidien, des sentiments, et les faire vivre, tout cela dans un texte resserré mais où rien n’est négligé.

S 3-3Audiolib, lu par Françoise Gillard, 2h28, 18,50€