Roman

« Celle que vous croyez » de Camille Laurens

celle que vous croyezPour surveiller Jo, l’homme qu’elle aime, Claire se crée un faux profil sur Facebook. Elle entre en contact avec Chris, un ami de Jo, et de manière inattendue une relation virtuelle très forte se crée entre Chris et Claire. Mais Claire a créé un profil très éloigné d’elle : fausse photo, autre âge, et un quotidien qui ne ressemble en rien au sien.

Jouant avec tous les marqueurs des réseaux sociaux, Camille Laurens écrit un texte moderne et original. La personnalité complexe de Claire prend progressivement une autre dimension, car l’auteur brouille délibérément les pistes, allant même jusqu’à introduire un personnage d’écrivain intervenant dans l’histoire. Si la multiplication des points de vue a bousculé ma lecture en remettant sans cesse en cause ce que j’avais compris dans les précédents chapitres, j’ai quand même été conquise par l’originalité du roman, par la qualité de l’écriture, et par les références littéraires ou musicales qui sont citées – ah Patti Smith et « Because the night »…

Il y a aussi dans ce roman une analyste féministe avec des passages très forts ; et que l’on adhère complètement ou pas aux arguments de Camille Laurens, ils font écho à une réalité ressentie par bien des femmes :

« Ça me saute au visage, les sanglots s’étouffent dans ma poitrine avec le malheur d’être une femme. Vous pouvez bien me citer des contre-exemples […] Marie Curie, Marguerite Yourcenar, Catherine Deneuve […] on n’échappe pas à la réalité : c’est un malheur d’être une femme. Où qu’on soit. Toujours. Partout. »

«  Je voudrais tellement être un homme, parfois. Ça me reposerait. »

Le livre alterne ainsi entre considérations sociales et analyse du désir amoureux. Si la construction du texte déroute jusqu’à l’épilogue, les réflexions apportées par l’auteur sont autant de graines semées dans le jardin du lecteur.

S 3-3Folio, 224 pages, 6,49€

Roman

« La vie en Rosalie » de Nicolas Barreau

rosalieRosalie habite à Paris ; elle y tient une charmante boutique où elle dessine et vend des cartes postales personnalisées. Un jour, un célèbre auteur de livres pour enfants lui propose d’illustrer son prochain livre. Mais l’arrivée inattendue d’un Américain en voyage à Paris va quelque peu perturber ce projet…

« La vie en Rosalie » est une sympathique histoire, et une déclaration d’amour de son auteur (allemand) à Paris. Le début du livre m’a fait replonger dans une ambiance parisienne proche de celle du « Fabuleux destin d’Amélie Poulain », mais je me suis vite ennuyée devant une telle accumulation de clichés sur Paris. L’auteur doit être très nostalgique d’un Paris germanopratin ; et bien sûr Rosalie habite un minuscule appartement avec une terrasse sur les toits, elle mange un croissant chaque matin, tient une mignonne papeterie, est joliment effrontée…C’est un peu trop poussif pour moi, d’autant plus que la fin du livre est prévisible.

Réduit de moitié, ce livre aurait pu faire une jolie nouvelle avec Paris pour décor ; car comme le dit l’un des personnages (c’est aussi la traduction littérale du titre originel : « Paris ist immer eine gute Idee ») : « Paris est toujours une bonne idée ».

S 1-3Le Livre de Poche, 352 pages, 7,30€. Traduit de l’allemand par Sabine Wyckaert-Fetick

Roman

« Roland est mort » de Nicolas Robin

rolandC’est un de ces livres qui apparaît décalé dès que l’on voit sa couverture.

« Roland est mort » est un titre à faire pleurer le lecteur… sauf quand la couverture du roman met en scène un caniche royal regardant amoureusement la photo d’un homme à l’air jovial – que l’on imagine donc être le fameux Roland.

Le livre est ainsi, navigant entre un humour noir assez incisif, et réflexions sur l’état de notre société individualiste. Car Roland est mort dans l’indifférence générale. Quand enfin son corps est découvert, qui plus est dans des conditions pas glorieuses – on l’a retrouvé la tête dans la gamelle du caniche – pas grand monde ne le pleure, et en particulier pas son voisin de palier. « Je n’avais rien contre lui mais ce n’était pas mon ami, on n’avait rien à se raconter », constate-t-il simplement. Il se se réjouirait presque de ne plus entendre les disques de Mireille Mathieu en boucle de l’autre côté de la cloison… Lire la suite

Roman

« Port-des-vents » de Hortense Dufour

port des vents« Port-des-vents », c’est un lieu atypique, rude, qui malmène ses habitants par son climat changeant et son vent, son fameux vent, mais qui paradoxalement ancre à jamais ses habitants sur cette terre si liée à la mer.

Dans ce roman, Hortense Dufour fait entrer le lecteur dans la vie d’une famille portée par les femmes, une lignée qui naît, grandit et vieillit à Port-des-vents. Elle donne la parole successivement à plusieurs générations – je reconnais m’être parfois égarée entre les personnages, toutes des femmes de fort tempérament – et rend hommage à ces femmes souvent pudiques mais toujours fortes. On n’évite pas bien sûr quelques clichés sur les femmes, leurs défauts étant plus facilement tus que leur bravoure, mais peu importe. Les portraits sont agréables à lire, d’ailleurs le livre est porté par une belle écriture, proche parfois de la poésie. Cela n’a pas suffi à déclencher en moi le coup de cœur, l’histoire ayant mis à mon goût un peu trop de temps à démarrer. Cela n’enlève rien à la qualité du texte et aux jolis portraits de femmes, celles qui parlent du Vent avec une majuscule, comme elles parleraient de Dieu. Lire la suite

Roman

« Les nuits de laitue » de Vanessa Barbara

lesnuitsdelaitueplat1-l-572119A la mort de sa femme Ada, Otto se remémore le quotidien qu’il a passé avec elle pendant des décennies, dans cette maison jaune d’un quartier animé et que l’on imagine ensoleillé.

Leur vie, dont on ne saura pas grand-chose de plus que leur quotidien de retraités, s’est écoulée entre repas pris ensemble – ah, la recette du chou fleur à la milanaise… – et heures passées devant la télévision. Mais surtout, ils ont vécu entourés de voisins tous plus farfelus les uns que les autres : Nico le préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires des médicaments ; M. Taniguchi qui a mis des années à comprendre que la Seconde Guerre mondiale était terminée ; ou encore le facteur, la jeune épouse délaissée…

Le roman raconte les destins croisés de cette communauté atypique et amusante, qu’un événement inattendu va souder, pour le meilleur et pour le pire… Lire la suite

Roman

« Tu comprendras quand tu seras plus grande » de Virginie Grimaldi

tu comprendrasOubliez la couverture de bord de mer, qui n’illustre pas grand-chose de l’histoire.

Oubliez aussi le titre à rallonge – c’est la mode, décidément, mais nous n’y pouvons rien.

Voilà, nous pouvons maintenant parler de l’essentiel, c’est-à-dire du contenu de ce roman. Car, je le dis tout de suite, c’est un bon roman. Certes il s’adresse plutôt à un public en quête de bons sentiments et de happy end, mais les cinq cents pages sont réussies et ne manquent pas de contenu.

Julia est une jeune femme cabossée par la vie. La perte de son père, la rupture avec son petit ami, ont fini par épuiser son énergie. Pourtant Julia est psychologue : d’habitude c’est elle qui vient au secours de ceux qui sombrent. Mais là, elle doit bien l’avouer : Julia ne va pas bien. Lire la suite

Roman

« Le vicomte aux pieds nus » de Hervé Jaouen

vicomte1895. Coureur de jupons notoire, le jeune vicomte Gonzague mène une vie de plaisirs, sans contrainte et sans inquiétude quant à l’avenir. Si sa sœur ne supporte pas sa vie dissolue, sa mère ferme les yeux sur les frasques de son fils chéri.

Lorsque des déboires avec la justice et avec sa belle-famille « officielle » l’obligent à fuir aux Etats-Unis pour y commencer une nouvelle vie, c’est donc tout naturellement que sa mère, Hortense, accompagne Gonzague. Si Gonzague a un tempérament turbulent, il n’en est pas moins visionnaire et se lance dans la grande aventure du cinématographe. Apprenant la technique, enrichissant leur catalogue, s’introduisant dans tous les milieux, Gonzague et sa mère connaissent des hauts et des bas sans jamais renoncer. Lire la suite

Roman

« Les duellistes » de Pierre Chavagné

duellistesEn ce jour d’élection présidentielle, chroniquer un roman qui s’intitule « Les duellistes » pourrait vite se transformer en chronique politique. C’est bien loin d’être le cas, car ce roman se déroule à une toute autre époque, en l’occurrence le XVIIème siècle.

Deux hommes règnent sur le France. Le roi bien sûr, Louis XIII. Mais aussi le Cardinal Richelieu, qui œuvre dans les coulisses du pouvoir.

Bouteville est comte, il a été un soldat émérite, valeureux, mais aujourd’hui il joue sa vie d’une autre manière : en effet, Bouteville a une fâcheuse tendance à se battre en duel, bien que le Cardinale n’apprécie guère ces batailles vengeresses.. Pierre de Varages, le fidèle écuyer du comte de Bouteville, a l’habitude de l’accompagner dans ses duels. Il finit par se prendre lui aussi au jeu du combat à l’épée.

Si ce livre est un roman, il est avant tout un panorama historique et une fresque sur ces hommes à l’âme batailleuse. Le livre est quasi exclusivement centré sur les duels (le titre ne nous ment pas!), les combats, leurs enjeux et les risques encourus par les duellistes. Les personnages sont tous masculins, à l’exception de la femme adultère de Bouteville ! Je ne sais pas si la dénomination de « roman historique » est pertinente, le livre est presque un documentaire pris sous un angle très particulier de l’époque. Les amateurs de capes et d’épées y trouveront une lecture instructive, les autres risquent de s’ennuyer un peu… Lire la suite

Roman

« Un jeune homme prometteur » de Gautier Battistella

jeune homme prometteurLe narrateur, orphelin, grandit dans un village perdu au fond des montages pyrénéennes. Recueilli par Mémé, il est un enfant intelligent et travailleur. Mais certaines pulsions, entretenues par son diabolique frère Jeff, le poussent à des actes de cruauté. Le roman, d’ailleurs, commence par une extermination en règle de 143 limaces en un jour, brûlées pour avoir mangé les lentilles du potager de Mémé.

            Grâce à une voisine, une étrange princesse russe déchue, l’adolescent découvre le pouvoir des mots et se rêve écrivain. Il monte à Paris, déchante en découvrant le microcosme littéraire. A la fois sensible et révolté, curieux du monde et cruel, il trace peu à peu un chemin initiatique qui le conduira jusqu’en Thaïlande. Lire la suite