Roman

« Ma famille et autres animaux» de Gérald Durrell

corfoue t1J’ai un souvenir très plaisant d’une mini sérié télévisée inspirée de la « Trilogie de Corfou » de Gérald Durrell, et les trois tomes de cette histoire familiale un peu déjantée m’attendaient depuis plusieurs mois.

Confinement oblige, j’ai sorti de la pile de livres qui m’attendaient le premier tome de cette trilogie, et partir à Corfou a été un vrai dépaysement !

Le narrateur, Gerry (c’est l’auteur), est un petit garçon qui vit avec ses deux frères, sa sœur et leur mère, en Angleterre. Un jour d’hiver, alors qu’ils sont tous un peu malades et un peu déprimés par le climat, l’un des enfants propose de déménager à Corfou. Chose incroyable, leur mère accepte presque aussitôt, et les voilà en route pour l’île grecque qui les fait tant rêver.

Sur place, ils trouvent évidemment un climat plus favorable, mais aussi une galerie de personnages tous plus loufoques et attachants les uns que les autres, dont Spiro qui deviendra leur guide et ami, ou encore les précepteurs de Gerry qui sont aussi drôles que dérangés. Gerry, quant à lui, voue une passion sans faille aux animaux, ce qui l’incite à recueillir toutes sortes de bêtes à la maison, pour le plus grand désarroi du reste de la famille.

J’ai trouvé l’histoire plus lente, plus descriptive, que le souvenir que j’avais gardé de la série, donc j’ai été un peu déçue au départ. Mais ensuite j’ai aimé suivre les petites aventures de cette famille sympathique et originales, où les enfants ont des caractères bien trempés, et où la mère est la gardienne du temple tout en participant à sa manière à l’étrangeté de cette famille. Partir à Corfou, même par la lecture, a été également très dépaysant, ce qui n’est pas le moindre des compliments en cette période.

S 2-3La Table ronde, 400 pages, 14€

Roman

« Eleanor Oliphant va très bien » de Gail Honeyman

eleanorIl ne faut pas se fier aux titres des romans.

Eleanor Oliphant ne va pas si bien que ça.

Jeune femme solitaire, elle travaille comme comptable dans une entreprise où ses collègues lui prêtent peu attention – si ce n’est pour se moquer de ses bizarreries. Elle vit seule, dans un logement social qu’elle rejoint le week-end en s’enivrant à la vodka pour s’occuper jusqu’au lundi.

Ses contacts avec sa famille se limitent à un appel hebdomadaire à sa mère, qui est manipulatrice et entretient un climat de violence psychologique envers sa fille : « Maman me dit que je suis laide, effrayante, repoussante ». Vous voyez l’ambiance.

Jusqu’au jour où Eleanor s’entiche du chanteur d’un groupe de hard rock.

Et, puisqu’une nouveauté arrive rarement seule, elle accompagne un inconnu à l’hôpital, et soudain la voilà entourée de gens à qui parler, à qui rendre visite, et qui pourraient même devenir… des amis. Sa vie va être bousculée de manière étonnante.

Ce roman m’a d’abord surprise car je m’attendais à une histoire plus positive, un personnage plus amusant. Mais Eleanor est très touchante, on sent des blessures profondes chez elle et une grande capacité de résilience. D’abord très solitaire, peu intéressante, voire transparente, elle va progressivement s’ouvrir aux autres, malgré elle, portée par des événements inattendus. Certaines clés de l’histoire sont un peu prévisibles, mais cela n’enlève rien à la qualité de ce roman, l’histoire de cette jeune femme qui existait à peine et qu’un environnement plus bienveillant va inciter à prendre une place, une vraie place, dans la vie. L’air de rien, sous une écriture limpide et sans fioriture, c’est un roman profondément touchant.

S 3-310/18, 456 pages, 8,80€

Roman

« Les quatre filles du docteur Moreau » de Janine Boissard

quatre fillesC’était il y a bien longtemps, et pourtant je me souviens bien de ma lecture de « L’esprit de famille », la saga écrite par Janine Boissard. Je me souviens de cette famille charmante dont le père est médecin, et qui compte quatre filles si différentes et si complémentaires. J’empruntais ces livres à la bibliothèque de mon lycée, et je me souviens à quel point ces textes avaient « parlé » à l’adolescente que j’étais.

Leur auteur, Janine Boissard, raconte qu’on lui a souvent demandé d’écrire une suite. Mais cela n’aurait pas de sens aujourd’hui, plusieurs décennies après les romans d’origine. Alors elle a fait le choix de réécrire un tome, condensé des précédents, mais adapté à notre époque. Quelle serait la vie de Claire, mannequin, Béatrice, engagée pour la défense des arbres, Pauline la future écrivain (et narratrice du roman) et de leur petite sœur Cécile, la poison ?

Une chose est sûre : le pari de réécrire l’histoire et de la mettre au goût du jour est totalement gagné. J’ai retrouvé tout le charme de cette famille attachante, mais avec les « codes » d’aujourd’hui – le téléphone portable, les réseaux sociaux etc. C’est d’ailleurs très étonnant de voir comment Janine Boissard, 87 ans, réussit bien à écrire sur cette époque, sans toutefois tomber dans les clichés.

Il y a bien quelques détails qui m’ont étonnée : par exemple, je ne sais pas si les jeunes filles de 18 ans connaissent les chansons de Pierre Bachelet ; et je me suis moins enthousiasmée pour l’histoire d’amour de Pauline et Pierre (est-ce que j’ai vieilli ?? ou bien leur coup de foudre est-il traité un peu trop rapidement?). Mais à part ça les retrouvailles ont bien fonctionné pour moi avec la famille Moreau !

J’ai aimé retrouver cette famille idéale, dans sa maison idéale, où même les petits tracas ont un goût de bonheur pourvu qu’on les partage avec ceux qu’on aime.

J’ai passé un très joli moment de lecture, avec un peu de nostalgie mais aussi beaucoup de joie actuelle.

S 3-3Fayard, pour ma part lu en version numérique, 3,49€

Roman

« Les sœurs de Blackwater » de Alyson Hagy

blackwaterQui est donc cette femme, aussi crainte que respectée, qui a obtenu respect et protection grâce aux mots ?

On ne saura pas grand-chose de l’époque à laquelle elle vit, mais on sait une chose essentielle sur elle : elle a la maîtrise des mots et de l’écriture. On vient de loin pour la solliciter, pour lui demander d’écrire un texte ou une lettre qu’on ne peut pas écrire seul. On pourrait la croire écrivain public, mais elle est presque un peu sorcière. Autour d’elle, des groupes se sont fait la guerre, et la paix ne tient qu’à un fil.

Paradoxe de l’histoire, si cette femme utilise les mots à bon escient pour les autres, elle peine à bien les utiliser pour décrire les causes de la disparition de sa sœur, et leur relation complexe. L’arrivée d’un homme, qui a besoin de son don d’écriture, va achever de troubler le fragile équilibre de la vie de cette femme.

C’est un roman totalement atypique, très déboussolant, dont j’ai terminé la lecture plein de perplexité. Je ne sais pas si j’ai aimé cette histoire dont j’ai l’impression de ne pas avoir toutes les clés, mais en tout cas c’est un texte qui m’a marquée.

Différent.

Voilà, c’est le mot que je cherchais. C’est un texte différent.

Et dans la multitude de livres que je lis, c’est déjà un beau compliment.

S 3-3Zulma, 240 pages, 21,80€

Roman

« Dans la maison de l’autre » de Rhidian Brook

L’un de mes plus gros coups de cœur de l’année dernière a été « L’étrange histoire du collectionneur de papillons » de Rhidian Brook. J’ai donc naturellement eu envie de lire un autre roman de cet auteur, et c’est ainsi que j’ai découvert « Dans la maison de l’autre ». L’histoire se passe en 1946 à Hambourg, où des… Lire la suite « Dans la maison de l’autre » de Rhidian Brook

Roman

« Miroir de nos peines » de Pierre Lemaitre

Il y a des livres que l’on attend avec gourmandise, comme la promesse de passer un moment de littérature agréable, fort, émouvant, parfois drôle. Avec « Miroir de nos peines », dernier opus de la trilogie des « Enfants du désastre », Pierre Lemaitre signe à nouveau un roman réussi et qui réunit tous ces critères. J’ai choisi non… Lire la suite « Miroir de nos peines » de Pierre Lemaitre

Roman

« Les recettes de la vie » de Jacky Durand

recettes vieJulien est fils de cuisinier. Elevé près des fourneaux, il voue une admiration quasi sans borne à son père, surtout depuis que sa mère s’est volatilisée du jour au lendemain.

Le père de Julien voudrait le dissuader de suivre sa voie, dans ce métier dur et souvent ingrat :

« Se faire chier dans une cuisine quinze heures par jour pour des cons qui viennent bouffer et chier chez toi, t’appelles ça un métier ? »

Mais la cuisine, c’est aussi de la transmission, du sentiment, et une certaine forme de bonheur. Le récit des gestes du cuisinier, de son habileté à manier ses instruments, et son amour des produits, donnerait parfois à ce livre des airs de documentaires. Mais le cheminement de Julien, entre succession et émancipation, est aussi une réflexion plus large sur la filiation, et sur le rôle de l’éducation. Partagé entre plusieurs voies possibles – celle de la cuisine, l’héritage naturel, et celle d’une vie plus intellectuelle – le jeune Julien devra choisir sa voie et défendre ses choix.

S 2-3Folio, 224 pages, 7,50€

Roman

« L’espoir des Neshov» de Anne B. Ragde

Neshov 4Après le départ de Torunn de la ferme, la famille a repris son rythme de vie, chaque membre de son côté. Quatre années ont passé. Torunn vit avec l’éleveur de chiens (rencontré dans le tome précédent), dont elle n’attend rien pour l’avenir. Il la trompe, elle le sait, mais reste malgré tout avec lui. Déprimée, elle ne voit pas de projet susceptible de la faire revenir vers une vie heureuse. Erlend et Krumme sont devenus parents de trois bambins. Le grand-père s’est installé dans une maison de retraite, où il est heureux. Et Margido envisage de développer son entreprise.

La ferme, quant à elle, est à l’abandon.

Alors la grande question de ce livre est de savoir ce que va devenir cette ferme. Le titre, « L’espoir des Neshov », laisse bien supposer que la ferme doit revivre, d’une façon ou d’une autre, mais comment ? Et par qui ? Est-ce par le retour de Torunn, par les projets de Erlend d’habiter les silos, par Margido (qui prend une place inédite dans ce quatrième tome) ? Je vous laisse le découvrir.

Ce tome est, par comparaison aux trois précédents, plus triste, plus nostalgique. Jusqu’ici, chaque épreuve vécue par la famille avait donné lieu à un renouveau dans la ferme. La mort d’Anna avait vu le retour des trois fils et de la petite-fille ; la mort de Tor avait permis à Torunn d’hériter. Mais cette fois-ci, l’avenir semble bien sombre…

Je ne vous en dis pas plus, et vous laisse poursuivre la lecture de cette série norvégienne à côté de laquelle j’étais étonnamment passée pendant trop d’années !

S 3-310/18, 358 pages, 8,40€

Roman

« Le discours » de Fabrice Caro

discoursIl y a des jours où une humeur un peu chagrine donne envie d’aller vers des livres légers, amusants. J’ai commencé « Le discours » en espérant que la citation d’Olivia de Lamberterie sur la quatrième de couverture soit plus qu’une promesse : « Si vous n’éclatez pas de rire au premier chapitre, on ne peut rien pour vous ». En même temps, je me méfie toujours un peu de ces petites phrases qui vendent du rêve, et parfois ne font qu’accroître la déception.

Ne faisons pas durer le suspense plus longtemps, j’ai ri au premier chapitre. J’ai ri d’une sorte d’humour un peu potache, mais qui fait du bien.

Adrien vient de se faire plaquer par sa copine, Sonia, qui a « besoin d’une pause ». Lors d’un dîner familial, il se voit confier la mission de prononcer un discours au mariage de sa sœur. Mais Adrien n’a qu’une chose en tête : Sonia va-t-elle répondre au sms qu’il vient de lui envoyer ? Commence alors une soirée assez particulière pour lui, digne de celle d’un ado qui attend que son téléphone sonne. Entre attente proche de la névrose, et premiers essais de discours, le gigot cuisiné par sa mère aura cette fois-ci un goût particulier.

Tout le roman n’est pas hilarant, il y beaucoup de redites et de « running gags », mais certains passages sont vraiment très drôles (ah, les stylos pour le Bénin…). Lisez ce roman pour sa légèreté, et pour le sourire que, à coup sûr, il réussira à vous faire décrocher.

S 3-3Folio, 224 pages, 7,50€