Roman

« Chère mamie » de Virginie Grimaldi

chère mamieCe livre est drôle.

Voilà la première phrase qui me vient à l’esprit pour débuter cette chronique. Et être drôle, pour un livre qui a pour objectif d’apporter du bonheur (tous les bénéfices liés à sa vente sont reversés à l’association Cékedubonheur qui améliore les conditions de vie des enfants hospitalisés), c’est dans l’ordre des choses.

Visuellement, ce livre se présente en série de doubles pages : à gauche, une photo instantanée qui saisit un moment de vie de l’auteur ; à droite une carte postale adressée à sa grand-mère.

Je connaissais déjà l’écriture de Virginie Grimaldi, pour avoir lu « Tu comprendras quand tu seras plus grande » et « Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie » (dont je garde un souvenir ému). Là, j’ai découvert qu’en plus cette femme est un peu barrée, car ses cartes postales sont loufoques à souhait, complètement décalées, parsemées d’anecdotes à peine croyables sur son quotidien. Je ne sais pas si toutes les anecdotes sont vraies, mais si c’est le cas, la loi de Murphy a été théorisée pour Virginie Grimaldi…. ! Ajoutez à cela un petit grain de folie, et beaucoup d’humour dans la narration (quand je pouffe de rire toute seule en lisant un livre, j’écris toujours dans ma chronique qu’il est plein d’humour). Et puis ce que j’adore, c’est cette capacité à transformer en un livre réussi les détails du quotidien (une sortie à la piscine, une visite chez le médecin, une journée de farniente…).

C’est un livre sans prétention mais qui fait passer un agréable moment, un livre qui fait doublement du bien (pour ses lecteurs et pour l’association à laquelle il est dédié). Achetez ce livre pour vous, offrez-le autour de vous, c’est du bonheur en pages.

S 3-3Le livre de poche / Fayard, 5€

Roman

« Les chemins de promesse » de Mireille Pluchard

cheminsLe mas de Castanhal est un coin à la fois paisible et rude des Cévennes. A la tête de la châtaigneraie familiale, Lazare Pradier n’est pas connu pour être causant ; tandis que sa femme, la douce Blanche, instruit en cachette ses deux enfants Adélie et Aubin pour leur donner les meilleures chances dans la vie.

Brisé par un chagrin d’amour, Aubin quitte son village natal. Commence alors un parcours initiatique, qui le fera débuter par un dur labeur sur la construction d’une ligne de chemin de fer, et l’entraînera vers des chemins qu’il n’avait pas imaginés…

L’histoire est rythmée par des chapitres dont les titres reflètent la progression d’Aubin : « Chemins de vie », « Chemins de résilience » et « Chemins de regain ». C’est un roman, bien sûr, mais qui se lit comme une biographie, ou comme le témoignage d’un parcours de vie. Aubin ne s’opposera jamais frontalement à son père, il ne se battra pas non plus pour défendre son amour pour la sulfureuse Valentine, il n’ira quasiment jamais à l’encontre de ses patrons même dans les situations les moins acceptables. C’est un personnage droit, solide comme les châtaigniers de son repaire familial. L’amour filial et l’amitié ont aussi une place toute particulière dans ce roman touchant et bien écrit.

S 3-3Presses de la cité, 400 pages, 20,90€

Roman

« Babylone » de Yasmina Reza

G00786_Babylone.inddA Deuil-l’Alouette, en banlieue parisienne, Elisabeth s’active pour organiser une « fête de printemps », une grande réception où elle a convié famille, amis, voisins. La soirée se passe bien, faite de mondanités et d’échanges divers. Chacun rentre chez soi. On croit la soirée terminée. Mais Jean-Lino, le voisin du dessus, qui a participé à la fête, revient sonner en pleine nuit : il a tué sa femme.

Dans un moment de folie, poussée par son amitié pour cet homme, Elisabeth décide de l’aider à organiser une mise en scène autour du décès de sa femme.

Le roman navigue entre des scènes très ordinaires de la vie de voisinage d’un immeuble, l’organisation d’une soirée (trouver assez de verres, aller chercher des chaises chez les voisins… le tout raconté avec une incroyable justesse dans les détails), et ce drame qu’est la mort de la voisine. Aussi horrible soit l’événement, les personnages réagissent avec une étonnante sérénité. Et pourtant, leurs vies viennent de basculer.

Bizarrement, il se dégage de ce livre une certaine quiétude, très en décalage avec le thème. Le personnage d’Elisabeth est particulièrement paradoxal, capable de faire des insomnies par crainte de ne pas avoir assez de verres pour ses invités, et réagissant avec sang-froid face à son voisin qui vient de tuer sa femme. Le récit est écrit au cordeau. J’aime ces écritures qui nous font voir les détails du quotidien sous un autre jour, et les rend soudain dignes de figurer dans un récit.

S 3-3Folio, 224 pages, 7,25€, Prix Renaudot 2016

Roman

« Les prénoms épicènes» d’Amélie Nothomb

épicènesLe titre, d’abord, vous interpelle sans doute. Et comme moi, vous vous demandez ce qu’il peut bien vouloir signifier. Alors commençons par une petite leçon linguistique, puisque de toute façon l’auteur elle-même le fait dès le début du livre. Un prénom « épicène » est un prénom qui ne permet pas de déterminer le genre de celui (ou celle!) qui le porte. Comme Claude, ou Dominique, les prénoms de ces deux personnages dont nous suivons ici la vie, depuis leur toute première rencontre.

Elle, Dominique, est une jeune femme transparente, timide et peu sûre d’elle, un peu complexée. Lui, Claude, est un entrepreneur plein de projets, qui la demande en mariage sans vraiment la connaître.

La suite, c’est un mariage peu heureux, la naissance d’une enfant qui va manquer d’amour de la part de son père. Et un rythme, toujours, celui d’Amélie Nothomb, qui va droit à l’essentiel, décrit le quotidien et les sentiments avec une plume acérée et vive. Ah, ne vous attendez pas à des tours et des détours sentimentaux : bien que toute l’histoire ne parle que d’amour, l’écriture est efficace, ne s’encombre pas de guimauve.

Je n’ai pas lu ce livre, je l’ai écouté ; et sa durée d’écoute (2h28) permet de s’immerger dans l’histoire dans une écoute continue – pour ma part, en une seule fois, comme pour rester dans cette dynamique presque cinématographique. Il faut du talent pour dessiner des personnages et leur donner chair, leur construire un quotidien, des sentiments, et les faire vivre, tout cela dans un texte resserré mais où rien n’est négligé.

S 3-3Audiolib, lu par Françoise Gillard, 2h28, 18,50€

Roman

« Rituels » de Ellison Cooper

rituelsJ’ai rejoint avec grand plaisir l’équipe de la #TeamThriller du Cherche-Midi, et le premier roman de la sélection est ce livre au titre inquiétant : « Rituels ». La quatrième de couverture plante le décor et fait frissonner le lecteur par avance : « Vous avez aimé le Silence des agneaux ? Vous allez adorer Rituels. ». Gloups.

Sayer Altair est agent spécial au FBI. Excellente professionnelle, elle mène de front des enquêtes et des recherches scientifiques sur les tueurs en série. Elle est appelée sur une affaire particulièrement glauque : une jeune fille a été retrouvée morte après avoir été emprisonnée dans une cage, dans le sous-sol d’une maison abandonnée. La mort a été particulièrement mise en scène, autour d’un rituel chamanique.

A partir de là, Sayer prend la tête d’une équipe d’enquêteurs. Les fausses pistes vont s’enchaîner, faisant passer le lecteur par toutes les phases du suspense, de l’inquiétude à l’envie d’en savoir plus.

L’histoire se révèle au final moins effrayante que passionnante. Quel incroyable page turner ! C’est un roman plein de suspense, de ceux que l’on s’impatiente de retrouver pour reprendre le fil de l’histoire.

Mon seul petit regret est d’avoir trouvé la clé de l’énigme aux deux tiers du roman… J’ai espéré jusqu’à la fin m’être trompée, et qu’un ultime rebondissement viendrait contredire mon intuition… mais non. Cela n’a heureusement pas gâché ma lecture de ce livre que j’ai dé-vo-ré !

S 3-3Cherche Midi, 432 pages, 21€

Roman

« Les filles au lion » de Jessie Burton

G01721_Les_filles_au_lion.inddAttention chef d’œuvre ! Et je pèse mes mots.

En lisant le résumé sur la quatrième de couverture, je n’imaginais pas à quel point cette histoire allait m’emporter. Mais il y a des romans, comme celui-là, où dès les premières pages je pressens que l’histoire et le style vont me captiver.

L’histoire commence en 1967. Odelle est vendeuse dans un magasin de chaussures ; c’est un job alimentaire, qu’elle quitte sans regret pour travailler dans une galerie d’art – un emploi plus proche de ses aspirations, elle qui adore écrire. Elle y rencontre Marjorie Quick, son étonnante patronne, à la fois mentor et complice. Lorsque le petit ami d’Odelle présente un jour un tableau à la galerie, Marjorie est bouleversée. Quel secret se cache derrière cette toile ?

Navigant avec aisance entre deux époques (1936, 1967) et deux pays (l’Espagne, l’Angleterre), l’auteur embarque le lecteur dans un périple artistique et humain d’une grande puissance, où l’art se mêle à la politique, à l’amour, et aux rêves de plusieurs jeunes femmes.

Le livre se dévore avec impatience comme un roman policier, et avec passion comme un roman dramatique.

S 3-3Folio, 528 pages, 8,90€

Roman

« La gouvernante suédoise » de Marie Sizun

gouvernanteLéonard est professeur en Suède, où il excelle lors de conférences littéraires qu’il anime. Il épouse en secondes noces la jeune Hulda, avec qui il fonde une famille. Ils engagent Livia pour seconder Hulda dans l’éducation des enfants. En Suède, puis en France, va se jouer un théâtre plein de faux semblants entre ce trio.

Si la triangle amoureux est un thème maintes fois traité en littérature, il l’est ici avec beaucoup de pudeur et même une certaine élégance. Nul n’est traître ou bafoué, la part de responsabilité de chacun n’est pas éludée dans ce drame en quasi huis-clos dans la maison familiale.

Construit comme un documentaire généalogique, le récit est un roman mais enveloppé du témoignage et de la perception d’une descendante de Léonard. Les Noëls blancs, la découverte de la banlieue parisienne (Meudon) au dix-neuvième siècle, sont autant de décors charmants qui créent une ambiance à la fois rêveuse et dramatique, en parfaite adéquation avec l’intrigue.

S 3-3Folio, 320 pages, 7,80€

Roman

« Madame Pylinska et le secret de Chopin » de Eric-Emmanuel Schmitt

pylinskaCertains livres sont faits pour être écoutés, et celui-ci en fait partie. Quelle bonne idée d’avoir associé la lecture du texte d’Eric-Emmanuel Schmitt (par lui-même) à des extraits de Chopin interprétés par Nicolas Stavy !

Je dis « extraits », mais il y a dans certains chapitres de longs moments d’écoute, ce qui est particulièrement agréable pour bien entrer dans l’ambiance.

Le jeune Eric-Emmanuel décide d’améliorer son jeu de pianiste, et prend des cours chez Madame Pylinska. Cette fantasque polonaise va lui faire découvrir Chopin en usant d’une méthode peu conventionnelle, privilégiant le ressenti au jeu, et éloignant son élève pendant plusieurs semaines d’un piano !

Je me suis rendu compte à l’écoute de ce livre que je connaissais très mal l’oeuvre de Chopin, et que je connaissais davantage sa vie vie à travers sa liaison avec George Sand (ce n’est pas pour rien que je tiens un blog littéraire et non musical). A ce propos, le passage où Madame Pylinska évoque George Sand est très drôle, sans être dénué d’une certaine profondeur sur l’amour entre les deux artistes.

J’ignore si Madame Pylinska a réellement existé, mais si c’est le cas elle a dû changer assez profondément le jeu de bien des pianistes en herbe.

S 3-3Audiolib, 2h22, 17,90€

Roman

«Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie » de Virginie Grimaldi

parfumEvacuons le sujet tout de suite : je n’aime pas cette mode des titres très longs, et je trouve bien réductrice la joyeuse couverture girly de ce livre.

Mais j’ai adoré le reste.

Deuxième livre de Virginie Grimaldi que je lis après « Tu comprendras quand tu seras plus grande » (que j’avais déjà bien aimé), « Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie » est encore plus profond, plus intime, plus émouvant. C’est un très bon livre, qui m’a étonnée. Je ne m’attendais pas à être autant touchée.

Pauline est mariée à Ben, et mère d’un petit Jules. Lorsque son mari la quitte, elle est loin d’être prête à renoncer à la vie avec lui. D’une histoire ordinaire, qui arrive tous les jours, Virginie Grimaldi tire un roman sensible et vrai. Tout sonne juste dans son texte, chaque détail drôle ou triste est choisi intelligemment et fera sans doute écho dans les souvenirs des lecteurs, comme dans les miens à maintes reprises.

Se remémorant des souvenirs de leur vie à deux, Pauline espère faire revenir Ben. Toute la question est là : reviendra ? reviendra pas ? Mais Virginie Grimaldi a bien d’autres cordes (sensibles) à son arc, et truffe son récit de rebondissements et revirements de situations. Comme dans la vie.

Le dernier tiers du livre s’oriente vers un registre plus grave, qui m’a bouleversée ; je n’ai pas pu retenir mes larmes.

Au-delà de l’émotion, Virginie Grimaldi est une auteur qui s’impose comme une grande, et je râle un peu de voir ses livres dans les rayons « chick litt » ou « feel good » des librairies. Elle joue sur un autre terrain, et si je peux vous donner un conseil : suivez cette auteur !

S 3-3Audiolib, 7h16 d’écoute, 21,90€

Roman

«Une vie sans fin » de Frédéric Beigbeger

vie sans finRépondant à une interrogation de sa fille, le narrateur (un double très proche de l’auteur), promet de ne jamais mourir. Et, se posant un peu, le voilà qui s’interroge sérieusement sur l’immortalité. Commence alors un long périple dans plusieurs pays, à la découverte des recherches les plus pointues et les plus innovantes sur l’immortalité.

Ce livre joue sur deux tableaux tout au long du récit :

D’un côté, j’ai découvert des recherches et des techniques incroyables, dont je ne soupçonnais pas l’existence, et qui montrent que la quête de l’immortalité donne lieu à des travaux scientifiques extrêmement poussés. Découvrant ces recherches, je me dis qu’on n’a pas fini de s’étonner dans les prochaines années des avancées de la science dans ce domaine ! Notons que toutes les explications données par l’auteur sont plutôt accessibles au grand public, et l’ensemble est intelligemment vulgarisé.

D’un autre côté, j’ai regretté que l’incontournable trio sexe-drogue-vulgarité déjà tant utilisé par l’auteur soit à nouveau présent dans ce livre. Cela n’apporte rien au récit, dont le propos est suffisamment bien mené par ailleurs pour que le lecteur ne s’ennuie pas.

Le récit navigue donc entre un propos assez sérieux et mené avec pertinence, et des vulgarités à intervalles réguliers. L’ensemble du livre a le mérite d’apporter un éclairage intéressant et un accessible sur un sujet complexe. J’aurais aimé, comme c’est le cas pour d’autres publications de chez Audiolib, terminer par l’écoute d’une interview de l’auteur, pour faire la part des choses et savoir ses motivations profondes et comment il en est arrivé à traiter d’un tel sujet. Sans rien vous dévoiler de la fin, le 32è chapitre (l’un des derniers) se révèle plein de tendresse et permet au lecteur de ne pas finir son écoute que sur des seules questions métaphysiques.

A noter, le texte chez Audiolib est lu par Jonathan Lambert, étonnant dans ce rôle de comédien lecteur que je ne lui connaissais pas.

S 2-3Audiolib, 7h06 d’écoute, 22,90€