Roman

« L’Hôtel du cygne » de Zhang Yueran

LHôtelDuCygne-375x570Chine, de nos jours.

Yu Ling est nourrice dans une famille très aisée. Elle s’occupe du petit Dada, un garçon gentil mais gâté et sans ami. Avec son fiancé, Yu Ling a organisé un improbable kidnapping de l’enfant, pour obtenir de l’argent en rançon – mais sans faire le moindre mal à Dada, qu’au fond elle aime bien.

Or leur plan est contrarié par l’arrestation du père et du grand-père de Dada – la mère, quant à elle, est partie à Hong Kong, une histoire de botox sans doute…

Seule avec l’enfant, le personnage de Yu Ling évolue progressivement vers plus de tendresse maternelle, et on s’attache à ce duo.

Je ne connais pas la littérature chinoise contemporaine, et comme souvent c’est en faisant une confiance quasi aveugle à Zulma que ce livre avait retenu mon attention – j’adore cette maison d’édition, qui m’a déjà amenée vers d’étonnantes découvertes… et je ne parle même pas de leurs couvertures toujours très belles. En tout cas j’ai bien fait d’aller vers ce court roman, une lecture à la fois plaisante, instructive (sur la Chine aisée) et parsemée de tendresse. Dada, malgré son côté « enfant gâté », est un personnage attachant. Dans son « hôtel du cygne », une tente au milieu du salon, il reçoit toutes sortes d’amis qu’il se crée – jouets et animaux. Quant à Yu Ling, la complexité de son personnage transparaît avec parcimonie, sans cliché ni facilité. En 160 pages, c’est un résultat réussi !

S 3-3Zulma, 160 pages, 17,50€, traduit du chinois par Lucie Modde

Roman

« Le mystère Caravage » de Peter Dempf

9782749166148ORIC’est un gros pavé, près de 600 pages cachées sous une couverture rouge foncé qui met en lumière les détails d’un tableau. Du Caravage, je ne connaissais pas grand-chose, j’ai vu certains de ses tableaux mais il n’appartient pas aux courants artistiques auxquels je suis le plus sensible. Et pourtant, ce roman historique, inspiré de la vie du peintre mais avec une bonne dose de romanesque, m’a totalement conquise.

Le roman s’ouvre dans les premières années de 1600. Michelangelo Merisi, « Caravaggio », est déjà un peintre célèbre. Ses tableaux font régulièrement scandale, et sa dernière œuvre, où il s’est inspiré du cadavre d’une prostituée comme modèle pour la Vierge Marie, achève de déchaîner les passions autour de sa peinture.

Très vite apparait dans le roman une galerie de personnages passionnants : Nerina, sa jeune apprentie, qui veille sur le peintre et ses excès ; les Borghese, dont l’oncle ambitionne de devenir pape, tandis que le neveu défend la modernité du peintre ; Enrico, le précepteur du jeune Ferdinando Gonzaga, très ambigus au début du roman, et dont le rôle s’éclaircit au fil du roman. Car c’est tout le plaisir de cette lecture : Caravaggio suscite la controverse, et les personnages qui l’entourent sont souvent ambigus, parfois partagés eux-mêmes entre l’admiration pour le talent du peintre, et le rejet de ses provocations. La démarche du peintre, ses choix créatifs, sont très bien racontés dans le roman. C’est un roman historique, artistique, qui m’a transportée dans l’Italie de 1600. C’est passionnant, cela se lit comme un roman d’aventures car l’on suit les fuites successives de Caravaggio, persécuté par deux mystérieux personnages religieux, jusqu’au dénouement final qui réserve d’ultimes rebondissements.

Je vous conseille ce livre pour bien commencer l’année !

S 3-3Le Cherche Midi, 592 pages, 22€

Roman

« Les possibles » de Virginie Grimaldi

CaptureJ’ai mis du temps à écrire cette chronique, car j’étais assez partagée par ce roman, et un peu gênée comme si je devais chroniquer un livre d’une amie – ce qui n’est pas le cas, je ne connais pas du tout l’auteure, mais j’ai une tendresse particulière pour la sincérité qu’elle met dans ses livres.

J’aime beaucoup la sensibilité des romans de Virginie Grimaldi. Chacun de ses livres aborde un thème fondamental de la vie, la famille, les enfants… Le tout avec humour et un mélange de détachement et de profondeur. Tant pis si certains critiques littéraires n’ont pas encore compris pourquoi ses livres touchent autant les lecteurs.

Première bonne surprise de ce livre, l’auteure a abandonné les longs titres qui ne rendait pas hommage aux romans qu’ils représentaient.

Cette fois, l’auteure aborde le thème de la mémoire, ou plus précisément de la perte de mémoire. Le père de la narratrice souffre d’Alzheimer. Et cette maladie va à la fois rapprocher la famille et parfois la fâcher, se remémorer les souvenirs et s’inquiéter pour l’avenir.

Si j’ai trouvé le livre un peu trop long, et si j’ai été moins touchée que d’autres romans de l’auteure, il s’inscrit complètement dans l’exploration des sentiments que Virginie Grimaldi semble avoir entrepris. Elle alterne d’ailleurs romans autour de la maternité ou la vieillesse avec beaucoup d’aisance. La lecture de celui-ci m’a moins marquée, mais je mesure à quel point son écriture a été importante pour l’auteure – et sa lecture, ou son écoute, émouvante pour nombre de lecteurs.

S 1-3Audiolib, lu par Audrey Sourdive, durée d’écoute : 7h03, 21,90€ en version CD

Roman

« Les étoiles brillent plus fort en hiver » de Sophie Jomain

Les-etoiles-brillent-plus-fort-en-hiverIl y a quelques jours, je vous parlais d’un roman de Noël qui m’avait beaucoup déçue. Ce n’est pas le cas de celui-ci, bien au contraire ! J’ai passé un très bon moment de lecture !

Si vous aimez l’ambiance des grands magasins qui se parent de leurs plus beaux atours pour faire briller les yeux des petits et des grands devant des vitrines chaque année plus créatives, ce roman est fait pour vous !

Les Galeries Hartmann, à Lille, sont en pleine ébullition : c’est la dernière ligne droite avant de dévoiler aux clients les décorations de Noël… mais le nouveau patron, qui prend la relève après le décès de son père, en a décidé autrement. Rien ne lui plaît, il trouve les choix trop classiques, et demande à Agathe Murano, la décoratrice, de tout revoir…

Chabadabada…

Bien sûr à la clé il y aura une histoire d’amour entre ces deux-là, je ne vous spoile pas vraiment car que pourrait-on attendre d’autre ? La réussite du livre est de ne pas avoir fait tourner toute l’histoire autour de cette romance, mais d’y avoir ajouté plusieurs personnages secondaires très attachants, et une histoire « parallèle » puisqu’Agathe a la garde de son adolescente de nièce.

Le grand magasin en décor de l’histoire est aussi une bonne idée, un quasi huis-clos dans une fourmilière à quelques jours de Noël.

Ajoutez à la recette une petite touche de magie, apportée par le mystérieux chat du Père-Noël, et vous avez tout pour passer un bon moment. Et cerise sur le gâteau, je trouve la couverture plutôt jolie !

S 3-3Charleston poche, 368 pages, 8,50€

Roman

« Le petit jardin du bonheur » de Felicity Hayes McCoy

51nB6nOK4vL._SX195_Les romans de Noël, c’est un peu comme les bûches à la crème au beurre : soit la crème est légère et gourmande et on se régale, soit c’est une crème bas de gamme, limite tranchée, sucrée et écoeurante.

Côté roman de Noël, celui-ci tombe dans la catégorie des mauvaises bûches. A tel point que je me suis dit « mais pourquoi tu lis ça ? ». Les bons sentiments, les chocolats chauds et autres décorations scintillantes, j’aime bien. Mais là, que de longueurs… Après cinquante pages, j’étais perdue dans tous les personnages (avec cette manie qu’ont certains auteurs de donner un nom à tous leurs personnages, même ceux qu’on ne reverra jamais dans tout le reste du roman). L’histoire de base pouvait pourtant tenir la route pour cette catégorie de romans : une jeune femme en soif d’aventures et de découvertes, part pour les fêtes dans le village où habitent ses grands-parents qu’elle connaît à peine. Le grand-père est grognon, la grand-mère fait tout ce qu’elle peut pour rattraper le temps perdu et nouer des liens avec sa petite-fille.

Je me suis ennuyée, je me suis agacée tellement j’avais envie de supprimer la moitié des phrases.

Vite, passons à autre chose !

S 1-3Prisma, 416 pages, 19,95€ (existe aussi en format poche)

Roman

« Vous reprendrez bien un peu de magie pour Noël ? » de Carène Ponte

9782265155619ORILa saison des romans de Noël bat son plein ! J’ai une tendresse particulière pour ces lectures saisonnières, légères comme de la guimauve, sucrées à souhait, réconfortantes comme le chocolat chaud que l’on boit avec.

Victoria est une business woman redoutable. A la tête de sa propre agence de communication, elle mène son équipe d’une main de fer et ne s’autorise aucun temps mort. Victime d’un accident, elle tombe dans le coma. Deux elfes (oui, il faut accepter quelques bizarreries dans un roman de Noël) lui proposent un pacte : si elle veut sortir du coma, elle doit se réconcilier avec une personne qu’elle a blessée par le passé. Les elfes lui donnent donc une chance et lui fixent un ultimatum pour se rattraper.

Nouveau choix étrange : alors que le personnage de Victoria est suffisamment détestable pour trouver dans son entourage (famille, collègues) quelqu’un à qui faire du bien, son choix se porte sur une ancienne camarade de lycée qu’elle n’a pas revu depuis des années. Et voilà la business woman embarquée dans la vie de Dakota – qui n’a rien demandé – et qui se retrouve à garder une grand-mère atteinte d’Alzheimer.

Le personnage de Victoria est odieux, mais encore une fois il faut accepter un peu de bizarrerie et de caricature. J’ai bien aimé que ce roman ne soit pas de la pure romance, mais soit au départ une histoire de femmes (Victoria / Dakota / la grand-mère – et même la pauvre Lucienne que je vous laisse découvrir). Noël est un prétexte pour le décor, mais l’histoire est aussi celle d’une famille blessée par le passé, qui s’est reconstruite autour d’une adorable grand-mère, et qui va hélas devoir affronter une maladie sans retour arrière possible. C’est tendre et drôle, le livre se lit très vite, comme on dévore une petite gourmandise de Noël.

S 3-3Fleuve Editions, 17,90€

Roman

« Les derniers jours de nos pères » de Joël Dicker

derniers joursParfois je choisis de lire un livre juste pour son auteur, sans même lire le résumé. C’est clairement comme ça que j’ai choisi ce livre – je garde un bon souvenir de mes précédentes lectures de romans de Joël Dicker. Et je dois dire que ce n’est pas la quatrième de couverture qui m’aurait encouragée : au contraire, le récit du SOE créé par Churchill me semblait éloigné de ce que j’avais envie de lire à ce moment-là. Comme quoi, parfois, ce qui est censé vendre un livre ne lui rend pas forcément service !

Mais peu importe, puisqu’au final je l’ai lu, et j’ai trouvé que c’était un très bon livre, où les personnages sont beaux et attachants, courageux et faibles parfois, humains quoi. C’est d’ailleurs l’un des mots qui revient le plus dans ce livre : l’humain, les Hommes avec un grand H.

Paul-Emile, dit Pal, abandonne son père du jour au lendemain. Il part faire la guerre, engagé un peu malgré lui dans une section des services secrets britanniques. Là-bas, il va y rencontrer un groupe très hétérogène (Cul-Cul le curé, Gros le gentil, la belle Laura dont ils tombent tous un peu amoureux…), auprès de qui il va apprendre à combattre. Et toujours reviendra dans son esprit le souvenir de son père qu’il a laissé derrière lui (le personnage du père est particulièrement attachant).

Très beau roman sur l’amour filial et l’amitié, le sens des responsabilités, le nécessaire affranchissement des fils vis-à-vis de leur père. C’est beau, sensible (mais sans sensiblerie), et pour un premier roman, quelle réussite !

S 3-3Ed de Fallois (poche), 456 pages, 8,20€

Roman

« La huitième vie « de Nino Haratischwili

huitième vieJe suis très friande de sagas familiales, et j’avais hâte de démarrer la lecture de « La huitième vie ». Le fil rouge du roman est de retracer l’histoire d’une famille, à travers ses figures féminines emblématiques au fil des générations. L’histoire est racontée par une femme qui vit de nos jours et veut transmettre cette histoire familiale à sa nièce.

Je craignais un peu les allers-retours temporels, et donc de me perdre dans les personnages qui constituent l’arbre généalogique. Heureusement c’est assez bien fait pour que l’on arrive à suivre, génération après génération, la vie de cette famille. Par contre j’ai trouvé le livre trop dense sur la durée, j’ai été obligée de reposer le livre à plusieurs reprises car pour tenir 1200 pages d’un coup il m’a manqué plus de rebondissements, plus de « drames » qui donnent envie de passer au chapitre suivant.

S 1-3Folio, 1200 pages, 12,90€, traduit de l’allemand par Barbara Fontaine et Monique Rival

Roman

« Le serpent majuscule » de Pierre Lemaitre

9782226392084-jJ’adore les romans de Pierre Lemaitre. J’ai découvert cet auteur avec ses polars, bien avant son prix Goncourt pour « Au revoir là-haut ». Depuis « Couleurs de l’incendie », roman qui m’avait subjuguée, je dis souvent que c’est mon auteur préféré.

Alors je ne pouvais pas passer à côté de ce « nouveau » roman, qui est en fait la publication d’un livre écrit en 1985 et jusqu’ici jamais proposé à un éditeur. L’auteur, dans la préface, est assez lucide sur l’accueil qui peut être fait à un livre écrit il y a plus de trente-cinq ans : « il sera jugé avec sévérité par le lecteur intransigeant et avec bienveillance par le lecteur amical ».

Je dois dire que ce n’est pas, et de loin, mon roman préféré de l’auteur. Je n’en reconnais même pas le style, la précision du mot juste que j’aime tant habituellement, ni la construction qui donne envie de tourner les pages frénétiquement dans la plupart de ses autres romans.

L’histoire est celle de Mathilde, une veuve un peu grosse, un peu banale, qui cache bien son jeu. Car Mathilde est tueuse à gages. Par contrat, elle tue sans scrupule, et avec une efficacité redoutable. Mais le lecteur comprend vite que Mathilde a une faille : sa mémoire lui joue des tours…

Bien que quelques bonnes trouvailles parsèment le récit ici ou là, l’essentiel est assez lent, un peu redondant… bref j’ai été déçue. Donc si par hasard vous n’avez encore jamais lu de roman de Pierre Lemaitre, ne commencez pas par celui-ci, j’en ai de bien meilleurs à vous conseiller.

Malgré tout, je suis une lectrice « amicale », et je garde bien à l’esprit que c’était une œuvre de jeunesse.

S 1-3Albin Michel, 336 pages, 20,90€

Roman

« Le cerf-volant » de Laetitia Colombani

cerf-volantJe garde un souvenir très fort de l’écoute de « La Tresse » ; j’avais aussi lu « Les Victorieuses », de la même auteure. J’étais très curieuse d’écouter « Le cerf-volant ». Bien que le livre soit présenté dans une continuité avec « La Tresse », il n’en est pas une suite ; tout juste renvoie-t-il le lecteur dans une Inde paradoxale et profondément inégalitaire.

Léna a quitté la France pour partir se ressourcer en Inde. Marquée par un drame (que le lecteur découvrira un peu plus tard), elle n’est pas ici en touriste, mais pour se relever. Un jour, elle manque de se noyer et est sauvée grâce à l’intervention d’une petite fille. En cherchant comment la remercier, elle va découvrir la vie misérable et sans perspective de cette petite fille. Pour donner un avenir à cette enfant, et aux autres, elle décide de monter une école, et va pour cela se heurter aux traditions, à la pauvreté, et à tant d’épreuves inattendues.

Comme dans « La Tresse », le lecteur suit un trio féminin (Léna, la petite fille au cerf-volant, et une adolescente engagée et rebelle). L’écriture est fine, sensible, chaque mot bien choisi. Il m’a fallu seulement quelques sessions d’écoute pour ce livre-audio, que j’ai trouvé captivant et que j’avais beaucoup de mal à laisser de côté. C’est l’auteure elle-même qui lit son texte, avec beaucoup de délicatesse. Ne manquez pas l’écoute de son entretien sur la dernière piste, c’est toujours très intéressant pour compléter l’écoute.

S 3-3Audiolib, 5h01 d’écoute, 20,90€