Roman

« Miroir de nos peines » de Pierre Lemaitre

Il y a des livres que l’on attend avec gourmandise, comme la promesse de passer un moment de littérature agréable, fort, émouvant, parfois drôle. Avec « Miroir de nos peines », dernier opus de la trilogie des « Enfants du désastre », Pierre Lemaitre signe à nouveau un roman réussi et qui réunit tous ces critères. J’ai choisi non… Lire la suite « Miroir de nos peines » de Pierre Lemaitre

Roman

« Les recettes de la vie » de Jacky Durand

recettes vieJulien est fils de cuisinier. Elevé près des fourneaux, il voue une admiration quasi sans borne à son père, surtout depuis que sa mère s’est volatilisée du jour au lendemain.

Le père de Julien voudrait le dissuader de suivre sa voie, dans ce métier dur et souvent ingrat :

« Se faire chier dans une cuisine quinze heures par jour pour des cons qui viennent bouffer et chier chez toi, t’appelles ça un métier ? »

Mais la cuisine, c’est aussi de la transmission, du sentiment, et une certaine forme de bonheur. Le récit des gestes du cuisinier, de son habileté à manier ses instruments, et son amour des produits, donnerait parfois à ce livre des airs de documentaires. Mais le cheminement de Julien, entre succession et émancipation, est aussi une réflexion plus large sur la filiation, et sur le rôle de l’éducation. Partagé entre plusieurs voies possibles – celle de la cuisine, l’héritage naturel, et celle d’une vie plus intellectuelle – le jeune Julien devra choisir sa voie et défendre ses choix.

S 2-3Folio, 224 pages, 7,50€

Roman

« L’espoir des Neshov» de Anne B. Ragde

Neshov 4Après le départ de Torunn de la ferme, la famille a repris son rythme de vie, chaque membre de son côté. Quatre années ont passé. Torunn vit avec l’éleveur de chiens (rencontré dans le tome précédent), dont elle n’attend rien pour l’avenir. Il la trompe, elle le sait, mais reste malgré tout avec lui. Déprimée, elle ne voit pas de projet susceptible de la faire revenir vers une vie heureuse. Erlend et Krumme sont devenus parents de trois bambins. Le grand-père s’est installé dans une maison de retraite, où il est heureux. Et Margido envisage de développer son entreprise.

La ferme, quant à elle, est à l’abandon.

Alors la grande question de ce livre est de savoir ce que va devenir cette ferme. Le titre, « L’espoir des Neshov », laisse bien supposer que la ferme doit revivre, d’une façon ou d’une autre, mais comment ? Et par qui ? Est-ce par le retour de Torunn, par les projets de Erlend d’habiter les silos, par Margido (qui prend une place inédite dans ce quatrième tome) ? Je vous laisse le découvrir.

Ce tome est, par comparaison aux trois précédents, plus triste, plus nostalgique. Jusqu’ici, chaque épreuve vécue par la famille avait donné lieu à un renouveau dans la ferme. La mort d’Anna avait vu le retour des trois fils et de la petite-fille ; la mort de Tor avait permis à Torunn d’hériter. Mais cette fois-ci, l’avenir semble bien sombre…

Je ne vous en dis pas plus, et vous laisse poursuivre la lecture de cette série norvégienne à côté de laquelle j’étais étonnamment passée pendant trop d’années !

S 3-310/18, 358 pages, 8,40€

Roman

« Le discours » de Fabrice Caro

discoursIl y a des jours où une humeur un peu chagrine donne envie d’aller vers des livres légers, amusants. J’ai commencé « Le discours » en espérant que la citation d’Olivia de Lamberterie sur la quatrième de couverture soit plus qu’une promesse : « Si vous n’éclatez pas de rire au premier chapitre, on ne peut rien pour vous ». En même temps, je me méfie toujours un peu de ces petites phrases qui vendent du rêve, et parfois ne font qu’accroître la déception.

Ne faisons pas durer le suspense plus longtemps, j’ai ri au premier chapitre. J’ai ri d’une sorte d’humour un peu potache, mais qui fait du bien.

Adrien vient de se faire plaquer par sa copine, Sonia, qui a « besoin d’une pause ». Lors d’un dîner familial, il se voit confier la mission de prononcer un discours au mariage de sa sœur. Mais Adrien n’a qu’une chose en tête : Sonia va-t-elle répondre au sms qu’il vient de lui envoyer ? Commence alors une soirée assez particulière pour lui, digne de celle d’un ado qui attend que son téléphone sonne. Entre attente proche de la névrose, et premiers essais de discours, le gigot cuisiné par sa mère aura cette fois-ci un goût particulier.

Tout le roman n’est pas hilarant, il y beaucoup de redites et de « running gags », mais certains passages sont vraiment très drôles (ah, les stylos pour le Bénin…). Lisez ce roman pour sa légèreté, et pour le sourire que, à coup sûr, il réussira à vous faire décrocher.

S 3-3Folio, 224 pages, 7,50€

Roman

« L’héritage impossible» de Anne B. Ragde

Neshov 3Il y a quelque chose de très addictif dans cette saga familiale des Neshov. Depuis que j’ai lu le premier tome, j’ai enchaîné avec la lecture du deuxième, et maintenant du troisième (et sans surprise, le quatrième m’attend déjà).

Ce troisième tome s’ouvre dans la continuité du précédent (comme le deuxième avec le premier).

Après le suicide de son père, Torunn se retrouve seule à la tête de la ferme familiale. Elle se sent profondément coupable d’avoir avoué à son père qu’elle ne voulait pas reprendre la ferme. Pourtant tout le reste de la famille souhaite qu’elle reprenne la ferme.

Et c’est là que commence le bal des hypocrites. Car chacun des oncles de Torunn voudrait la voir reprendre la ferme – comme son père avant eux – mais aucun n’est prêt à l’aider autrement qu’en envoyant un peu d’argent de temps en temps pour se donner bonne conscience.

Erlend et son compagnon Krumme vont bientôt devenir pères grâce à un couple d’amies ; Margido développe son entreprise de pompes funèbres et stocke désormais ses cercueils dans une grange inoccupée de Neshov.

Histoire classique d’un héritage dont personne ne veut, mais où chacun voudrait que la mémoire familiale soit entretenue par un(e) autre, ce troisième tome est plus triste que les précédents. A l’enthousiasme initial de Torunn pour les truies et leurs porcelets, a succédé ce sentiment d’agir par devoir mais sans envie et sans plaisir. Seul le lien qu’elle a tissé avec le grand-mère met de la tendresse dans sa vie, désormais dédiée à la ferme et à la porcherie.

C’est cruel et juste à la fois, réaliste et dépaysant, bref tous les ingrédients d’une saga réussie sont à nouveau réunis.

S 3-310/18, 336 pages, 8,40€

Roman

« La ferme des Neshov » de Anne B. Ragde

ferme Neshov t2Après avoir lu (dévoré) le premier tom de la saga des Neshov, j’ai aussitôt commencé la lecture du deuxième, « La ferme des Neshov ».

L’histoire commence dans l’immédiate continuité du premier tome. Tor est dévasté par la mort de sa mère, et se laisse de plus en plus aller – contrairement à son « père », à qui la présence de Torunn a donné un petit coup de fouet, et qui ne s’est jamais autant exprimé. Il devient évident que Tor ne pourra pas assurer l’avenir de la ferme. La question est de savoir si sa fille Torunn le pourra – et le voudra.

Magido, toujours à la tête de son entreprise de pompes funèbres, sort peu à peu de la léthargie de son quotidien.

Quant à Erlend, le dernier frère, personnage totalement à contre-courant de ses deux frères, il projette de devenir père avec l’aide d’un couple de lesbiennes amies. En attendant, il continue à décorer des vitrines, et assure discrètement un soutien financier indispensable à Torunn pour le quotidien de la ferme.

Rien de radicalement nouveau ni différent n’émerge dans ce deuxième opus, et si comme moi vous avez été happé par le premier tome, vous le serez tout autant par celui-ci. En racontant alternativement l’histoire du point de vue des quatre personnages principaux (les trois frères et Torunn), l’auteure lève le rideau sur les rôles, les enjeux, et les non-dits de cette famille. Et l’on se prend de passion pour l’avenir de cette ferme d’élevage porcin, dont le paradoxe est d’être au cœur de l’intrigue alors qu’elle n’a pas de valeur marchande et guère plus de valeur sentimentale.

Comme dans « La terre des mensonges », le rythme s’accélère curieusement dans les dernières pages, avec d’habiles nouvelles pistes lancées – et qui seront exploitées dans le troisième tome, que je vais m’empresser de commencer !

S 3-310/18, 360 pages, 8,40€

Roman

« Miss Islande» de Audur Ava Olafsdottir

miss islandeJe garde un excellent souvenir de ma lecture de « Rosa candida », à tel point d’ailleurs que je me souviens exactement où j’étais quand je l’ai lu (ce qui n’est pas toujours le cas vu la quantité de livres que je dévore). J’avais donc très envie de découvrir « Miss Islande » de la même auteure, dont j’avais entendu par ailleurs beaucoup de bien.

Au début des années 1960, la jeune Hekla s’installe à Reykjavik avec le projet de terminer l’écriture de son roman. Elle est repérée pour concourir à Miss Islande, proposition qu’elle rejette immédiatement. Elle est d’abord hébergée par sa meilleure amie, une jeune femme devenue mère de famille et qui a renoncé à tout autre projet qu’être une bonne mère et une bonne épouse. Elle revoit aussi Jon John, son ami homosexuel qui est un peu son alter ego et qui la retrouve entre deux séjours en mer en tant que marin.

J’ai retrouvé le plaisir de lecture d’un récit dans un pays surprenant (l’Islande), même si je n’ai pas toujours su distinguer dans les habitudes de vie ce qui relève particulièrement de la géographie ou de l’époque. Je n’ai pas retrouvé le même charme dans la lecture qu’avec « Rosa candida », mais « Miss Islande » garde ce fil conducteur de faire découvrir des personnages simples, pas du tout romanesques a priori, mais attachants justement dans leur simplicité. Le livre n’est ni joyeux ni triste, les personnages ne sont ni des héros ni des perdants, mais le récit de leurs vies en fait de la littérature – couronnée d’ailleurs par le Prix Médicis étranger 2019.

S 2-3Zulma, 288 pages, 20,50€

Roman

« La terre des mensonges » de Anne B. Radge

terre mensongesMagido dirige une entreprise de pompes funèbres en Norvège. Chaque jour il accueille des familles en deuil, prépare des corps, organise des cérémonies de funérailles.

Tor élève des porcs dans la vieille ferme familiale, qui périclite et où vivent encore ses parents. Son quotidien est entièrement dédié à ses animaux.

Erlend a quitté la Norvège depuis des années, et vit maintenant au Danemark avec son compagnon Krumme. Très créatif, il est chargé de la décoration des plus belles vitrines de Copenhague, et habite un très chic appartement qu’il partage avec Krumme.

Magido, Tor et Erlend sont frères. Ils ne se sont pas vus depuis des années, ne se sont pas donné de nouvelles. Mais alors que leur mère Anne Neshov est hospitalisée, et peut-être sur le point de mourir, les trois frères se retrouvent à la ferme familiale. Ils vont devoir cohabiter, ainsi qu’avec leur père et la fille de Tor, qu’aucun d’eux à part Tor ne connaissait jusqu’ici.

Premier tome de la saga des Neshov, « La terre des mensonges » m’a immédiatement fait entrer dans un univers captivant. Pourtant il ne s’agit pas d’un roman à suspense ; à la page 100 du livre, il ne s’était même pas passé beaucoup d’action. Mais les trois personnages centraux et leurs vies sont décrits avec un tel sens du détail, un tel soin dans la narration de ce que sont leurs vies, que j’ai été captivée. On comprend assez vite que ce premier tome en appelle d’autres, qu’il faudra bien toute une saga pour suivre la vie de cette famille. « La terre des mensonges » se concentre sur un épisode tragique mais hélas classique de la vie d’une famille : la fin de vie de la matriarche de la famille.

Le final du roman est inattendu et flamboyant, et confirme s’il était encore nécessaire l’urgence à lire le deuxième tome de la saga.

S 3-310/18, 352 pages, 8,40€

Roman

« La jeune fille et la nuit» de Guillaume Musso

jeune filleAprès avoir boudé pendant des années les romans de Guillaume Musso (j’avais un vague souvenir d’une lecture, mais je n’en gardais pas spécialement un souvenir enthousiaste), j’ai redécouvert cet auteur. Et j’ai appris à apprécier ses textes.

J’ai commencé « La jeune fille et la nuit » avec juste une crainte : que l’histoire qui se déroule sur deux époques (1992 et aujourd’hui) ne soit une succession difficile à suivre d’allers-retours temporels. Eh bien non ! Le roman est bien construit, bien structuré.

En 1992, une lycéenne disparaît mystérieusement. Elle entretenait une liaison avec l’un de ses professeurs, qui a disparu en même temps qu’elle. Pour tous ceux qui les connaissaient, il est évident qu’ils ont fui ensemble.

Sauf que plusieurs lycéens, désormais adultes, savent depuis toujours que cette version n’est pas viable. Et ils ont une bonne raison de ne pas y croire…

Cette plongée dans la vie d’un campus privé des années 1990, puis les retrouvailles vingt-cinq plus tard de lycéens devenus journalistes, écrivains, médecins… est assez plaisante. Ce n’est pas un huis-clos, mais néanmoins le lecteur se retrouve au milieu d’un microcosme, comme un énième lycéen parmi les autres. Et l’on se rend compte qu’aucun de ces anciens lycéens n’a oublié son passé, ni les surnoms des camarades, ni les choix qui ont bouleversé leurs vies.

La lecture est très plaisante, les chapitres s’enchaînent bien. Mais hélas, comme dans « La vie secrète des écrivains », roman que j’ai chroniqué il y a quelques mois, l’histoire s’essouffle dans le dernier tiers du roman. La fin est un peu tirée par les cheveux, plutôt décevante pour moi après une lecture qui m’avait tenue en haleine pendant plusieurs centaines des pages.

S 2-3Le Livre de poche, 544 pages, 8,40€

Roman

« Bienvenue à High Rising » de Angela Thirkell

high risingC’est la couverture enneigée qui a d’abord attiré mon regard vers ce livre, parmi les milliers qui me faisaient de l’œil dans l’incroyable librairie où je m’étais abritée un jour de grand froid (oui, je trouve toujours une bonne raison d’entrer dans une librairie…).

Le roman commence en hiver. Le premier trimestre scolaire achevé, Laura Morland vient chercher son fils au pensionnat, pour partir le temps des fêtes dans leur maison de High Rising. Ils y retrouvent leurs amis, un écrivain passionné d’histoire, qui vit avec son écervelée de fille et une secrétaire maladivement jalouse ; ou encore le médecin du village, la jeune Miss Todd qui est dévouée à sa mère vieillissante…

J’ai aimé ce livre, cette vie ordinaire d’un village anglais dans les années 1930, les petites joies et les petits tracas d’un voisinage sympathique. Côté ambiance, j’ai pensé à la série de romans de la Bibliothèque verte « Bennett » (aujourd’hui introuvables), par les petites blagues du fils de Laura, pensionnaire anglais gentiment taquin ; et aussi aux « Quatre filles du Docteur March », malgré évidemment le décalage de lieu et d’époque, mais pour cette joie sous-jacente dans les échanges entre voisins, ce rythme lent et doux de la vie qui s’écoule.

C’est un roman sans prétention, mais qui fait du bien, sans aucune niaiserie.

S 3-310/18, 288 pages, 7,50€