Roman

« Laisse tomber la neige » de Cécile Chomin

laisse tomberEn cette fin d’année, plusieurs chaînes de télévision diffusent quotidiennement des téléfilms de Noël. Ces bluettes, le plus souvent américaines, ont pour cadre un joli décor enneigé, dans lequel éclosent des histoires d’amour à la veille de Noël.

Dans le même esprit, j’ai eu envie cette année de tester la lecture de romances de Noël, pour voir si elles se rapprochent de ces téléfilms. Mon premier choix s’est porté sur « Laisse tomber la neige », en grande partie pour la couverture : des montagnes, des sapins, des flocons de neige, je trouvais que ça mettait le lecteur dans l’ambiance.

Résumons l’histoire : Claire est parisienne, elle a un « travail en or » de community manager… mais alors qu’elle s’apprêtait à épouser Hector, celui l’a abandonnée le jour même du mariage. Claire part se ressourcer quelques jours à la montagne, dans un gîte. Or la propriétaire du gîte vient de mourir, et c’est son fils qui assure l’intérim…

Nul besoin de vous en dire plus, car bien sûr il n’y a pas de suspense, et aucun doute que tout cela va bien finir (en même temps je ne cherchais pas un livre à rebondissements).

Ai-je trouvé cette lecture agréable ?

Encore une fois, j’ai choisi ce livre pour ce qu’il est, c’est-à-dire de la romance, et de ce point de vue là tous les ingrédients sont réunis : le décor parfait pour cette saison, les personnages que tout oppose mais qui finiront pas trouver un terrain d’entente (!), l’histoire d’amour… Finalement, j’ai surtout été gênée par les tournures de phrases, trop proches du langage parlé (écrire « lui dis-je » ne me semble pas trop élaboré au point d’être sacrifié au profit d’un « je lui dis ») et par plusieurs erreurs (des « s » sur des formes futures, « je m’apitoierais », « serais-je » etc) qui m’ont accroché le regard pendant la lecture.

Bien que les personnages soient assez sympathiques, à la fin j’avais hâte de finir ma lecture pour passer à autre chose.

S 1-3LJ, 320 pages, 12,90€

Roman

« Belgravia » de Julian Fellowes

selectriceSi le nom de Julian Fellowes ne vous dit rien, sachez qu’il est notamment le scénariste de la très réussie série britannique « Downtown Abbey ». Cela vous parle davantage ?

Dans « Belgravia », j’ai retrouvé tout ce que j’ai aimé dans « Downtown Abbey » : des familles nobles dont le faste de fêtes fait rêver ; des domestiques, acteurs indispensables au déroulé de l’intrigue – et des complots dans les deux camps.

Sophia, fille d’un intendant sans noblesse mais qui a très bien réussi professionnellement, est amoureuse de l’héritier Bellassis. Or la guerre de Waterloo prive Bellassis de la vie ; et Sophia meurt en couches. L’héritier du couple est un bâtard qu’il faut cacher, dans une famille éloignée. Mais quand, bien des années plus tard, celui-ci devient un agréable jeune homme à qui tout réussit, les cartes sont rebattues…

J’aime les intrigues de cour et les sagas familiales, les rebondissements sentimentaux et les récits de mondanités d’un autre temps. Je me suis donc régalée à la lecture de ce livre ! Et vais de ce pas me renseigner sur les autres romans du même auteur…

S 3-310/18, 528 pages, 8,80€

Policier

« Agatha Raisin enquête (t12) : Crime et déluge » de M.C. Beaton

agatha t12 crime et délugeCette fois-ci, Agatha a tourné la page sur James Lacey. Depuis que son ancien mari a décidé de devenir moine, Agatha déprime. Elle part quelque temps sur une île paradisiaque ; mais à son retour à Carsely, c’est la grisaille qui l’attend. Alors que des inondations font d’importants dégâts, Agatha découvre le corps noyé d’une jeune femme. La mise en scène autour de cette mort intrigue Agatha ; persuadée qu’il ne s’agit pas d’un décès accidentel, elle débute une enquête. Elle doit enquêter seule, puisque ses deux précédents acolytes ont changé de vie – James est entré au monastère, et Charles vient d’épouser une Française.

Ce qui est très habile dans la série des « Agatha Raisin », c’est la capacité de l’auteur à mélanger des thèmes récurrents au fil des tomes (la vie villageoise, le caractère d’Agatha, son passé entre enfance populaire et réussite londonienne…) et en même temps à faire progresser les relations entre les personnages. Exit James, qui a tant occupé les pensées d’Agatha dans les précédents romans ; exit aussi Charles, que j’avais pourtant imaginé en remplaçant pérenne de James ; et bienvenue à John, le nouveau voisin d’Agatha, un célèbre écrivain de… romans policiers !

Le personnage d’Agatha aussi progresse : plus torturée, mêlant toujours mauvais caractère et « bon fond », elle n’a rien de la « bonne copine » mais est indiscutablement un personnage que je retrouve à chaque fois avec curiosité. Mon plaisir à lire cette série ne s’est pas tari.

S 3-3Albin Michel, 14€

Roman

« Chère mamie » de Virginie Grimaldi

chère mamieCe livre est drôle.

Voilà la première phrase qui me vient à l’esprit pour débuter cette chronique. Et être drôle, pour un livre qui a pour objectif d’apporter du bonheur (tous les bénéfices liés à sa vente sont reversés à l’association Cékedubonheur qui améliore les conditions de vie des enfants hospitalisés), c’est dans l’ordre des choses.

Visuellement, ce livre se présente en série de doubles pages : à gauche, une photo instantanée qui saisit un moment de vie de l’auteur ; à droite une carte postale adressée à sa grand-mère.

Je connaissais déjà l’écriture de Virginie Grimaldi, pour avoir lu « Tu comprendras quand tu seras plus grande » et « Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie » (dont je garde un souvenir ému). Là, j’ai découvert qu’en plus cette femme est un peu barrée, car ses cartes postales sont loufoques à souhait, complètement décalées, parsemées d’anecdotes à peine croyables sur son quotidien. Je ne sais pas si toutes les anecdotes sont vraies, mais si c’est le cas, la loi de Murphy a été théorisée pour Virginie Grimaldi…. ! Ajoutez à cela un petit grain de folie, et beaucoup d’humour dans la narration (quand je pouffe de rire toute seule en lisant un livre, j’écris toujours dans ma chronique qu’il est plein d’humour). Et puis ce que j’adore, c’est cette capacité à transformer en un livre réussi les détails du quotidien (une sortie à la piscine, une visite chez le médecin, une journée de farniente…).

C’est un livre sans prétention mais qui fait passer un agréable moment, un livre qui fait doublement du bien (pour ses lecteurs et pour l’association à laquelle il est dédié). Achetez ce livre pour vous, offrez-le autour de vous, c’est du bonheur en pages.

S 3-3Le livre de poche / Fayard, 5€

Policier

« Agatha Raisin enquête (t11) : L’enfer de l’amour » de M.C. Beaton

Agatha t11 enferDécidément, Agatha et James forment un bien étrange couple ! Ils se sont mariés à la fin du précédent tome de la série… et les voilà déjà au bord de la rupture ! Si Agatha n’a pas un caractère facile – les lecteurs de la série le savent bien – James est carrément odieux, machiste… et infidèle.

Alors que leur couple vacille, James disparaît, laissant d’inquiétantes traces de sang derrière lui… et sa maîtresse morte. Agatha, aidée de son fidèle ami Charles, cherche à disculper son mari et enquête sur le passé de sa maîtresse.

J’adore cette série, vous le savez déjà si vous avez lu mes dix (dix!!) précédentes chroniques sur Agatha Raisin. Mais ce tome-là n’est pas le meilleur. L’enquête tourne un peu en rond, les personnages aussi (mais pourquoi Agatha s’obstine-t-elle à courir après James ? Je parierais bien sur une remontée en flèche de Charles dans le coeur d’Agatha prochainement, car je le trouve de plus en plus présent dans la série).

Malgré cette petite baisse de rythme et quelques choix presque grotesques de rebondissements (dont je ne peux rien vous révéler), la lecture reste sympathique et j’ai passé un bon moment. Preuve que je ne suis pas trop déçue, je suis prête pour la lecture du prochain tome.

S 2-3Albin Michel, 14€

Roman

« Les chemins de promesse » de Mireille Pluchard

cheminsLe mas de Castanhal est un coin à la fois paisible et rude des Cévennes. A la tête de la châtaigneraie familiale, Lazare Pradier n’est pas connu pour être causant ; tandis que sa femme, la douce Blanche, instruit en cachette ses deux enfants Adélie et Aubin pour leur donner les meilleures chances dans la vie.

Brisé par un chagrin d’amour, Aubin quitte son village natal. Commence alors un parcours initiatique, qui le fera débuter par un dur labeur sur la construction d’une ligne de chemin de fer, et l’entraînera vers des chemins qu’il n’avait pas imaginés…

L’histoire est rythmée par des chapitres dont les titres reflètent la progression d’Aubin : « Chemins de vie », « Chemins de résilience » et « Chemins de regain ». C’est un roman, bien sûr, mais qui se lit comme une biographie, ou comme le témoignage d’un parcours de vie. Aubin ne s’opposera jamais frontalement à son père, il ne se battra pas non plus pour défendre son amour pour la sulfureuse Valentine, il n’ira quasiment jamais à l’encontre de ses patrons même dans les situations les moins acceptables. C’est un personnage droit, solide comme les châtaigniers de son repaire familial. L’amour filial et l’amitié ont aussi une place toute particulière dans ce roman touchant et bien écrit.

S 3-3Presses de la cité, 400 pages, 20,90€

Roman

« Babylone » de Yasmina Reza

G00786_Babylone.inddA Deuil-l’Alouette, en banlieue parisienne, Elisabeth s’active pour organiser une « fête de printemps », une grande réception où elle a convié famille, amis, voisins. La soirée se passe bien, faite de mondanités et d’échanges divers. Chacun rentre chez soi. On croit la soirée terminée. Mais Jean-Lino, le voisin du dessus, qui a participé à la fête, revient sonner en pleine nuit : il a tué sa femme.

Dans un moment de folie, poussée par son amitié pour cet homme, Elisabeth décide de l’aider à organiser une mise en scène autour du décès de sa femme.

Le roman navigue entre des scènes très ordinaires de la vie de voisinage d’un immeuble, l’organisation d’une soirée (trouver assez de verres, aller chercher des chaises chez les voisins… le tout raconté avec une incroyable justesse dans les détails), et ce drame qu’est la mort de la voisine. Aussi horrible soit l’événement, les personnages réagissent avec une étonnante sérénité. Et pourtant, leurs vies viennent de basculer.

Bizarrement, il se dégage de ce livre une certaine quiétude, très en décalage avec le thème. Le personnage d’Elisabeth est particulièrement paradoxal, capable de faire des insomnies par crainte de ne pas avoir assez de verres pour ses invités, et réagissant avec sang-froid face à son voisin qui vient de tuer sa femme. Le récit est écrit au cordeau. J’aime ces écritures qui nous font voir les détails du quotidien sous un autre jour, et les rend soudain dignes de figurer dans un récit.

S 3-3Folio, 224 pages, 7,25€, Prix Renaudot 2016

Policier

« Si belle mais si morte» de Rosa Mogliasso

si belleUne femme est morte près d’un fleuve. Alors que plusieurs personnes passent près d’elle, aucune ne se décide à appeler la police. Se mêler d’un meurtre ? Cela génère du stress, c’est mauvais pour les rides, ou c’est prendre le risque que la police s’intéresse à un petit trafic de stupéfiant… Ou bien…ou bien… Chacun a une bonne excuse pour ne pas s’en mêler et pour laisser à d’autres le soin de prévenir la police.

Le roman est très court, 130 pages à peine. Habituellement, je lis d’une traite un si petit texte, moi qui ne rechigne pas devant des pavés parfois dix fois plus gros. Mais là, j’ai abordé ce livre en trois fois. Certes, j’aime l’humour noir, et le résumé de l’histoire m’avait plutôt donné envie de lire ce roman, mais j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire et à adhérer aux personnages.

Seule la fin du livre, que je vous laisse découvrir, a été une bonne surprise et relève l’ensemble, sinon un peu trop fade à mon goût.

s-1-3Points

Policier

« Rendez-vous avec le crime » de Julia Chapman

rdv avec le crimeJe suis une inconditionnelle de la série de romans policiers « Agatha Raisin ». Je surveille avec assiduité la sortie de chaque nouveau tome. Après avoir rempli mon panier de livres avec les derniers tomes traduits en français, j’ai choisi de prendre également le premier tome d’une autre série qui se veut aussi être du style « cosy mystery ».

« Rendez-vous avec le crime » est en effet le premier tome de la série « Les détectives du Yorkshire ». L’histoire se déroule dans un petit village. Delilah est une jeune entrepreneuse, pleine d’idées et robuste, mais qui croule sous les dettes. Pour s’en sortir, elle décide de louer une partie des locaux où est installée l’agence matrimoniale qu’elle a fondée.

Or son nouveau locataire, Samson, est un enfant du pays, de retour après des années d’absence. Et Samson n’est pas, mais pas du tout, le bienvenu dans le village où il a grandi. Mais bientôt, Delilah et Samson vont partager plus que des locaux : plusieurs clients de l’agence matrimoniale de Delilah sont retrouvés morts, et Samson est recruté comme détective privé pour enquêter.

L’histoire est très longue à démarrer, après des dizaines de pages sur la vie locale et les villageois (j’étais perdue dans tous ces personnages), sans que l’enquête ne commence. J’ai failli abandonner ma lecture… Heureusement après cette longue phase d’introduction, les personnages se révèlent sympathiques et l’enquête nous oriente sur des fausses pistes et des rebondissements. Les personnages principaux réservent encore quelques mystères pas complètement élucidés, qui donneront de la matière pour les prochains tomes (que s’est-il passé dans leur jeunesse ? Se rapprocheront-ils dans les prochains tomes ? ). A ce stade, je ne suis pas sûre de lire le prochain volet de la série. J’en attendais sans doute trop, d’où une petite déception ; après cette chronique en demi-teinte, vous aurez peut-être au contraire la bonne surprise d’être conquis par ce roman qui, malgré tout, se lit plutôt agréablement.

A noter que le titre anglais est un peu plus recherché, « Date with death » faisant mieux référence aux activités des deux personnages principaux (agence matrimoniale & détective privé) que ce simple « rendez-vous »…

S 2-3Robert Laffont, 408 pages, 14,90

Roman

« Les prénoms épicènes» d’Amélie Nothomb

épicènesLe titre, d’abord, vous interpelle sans doute. Et comme moi, vous vous demandez ce qu’il peut bien vouloir signifier. Alors commençons par une petite leçon linguistique, puisque de toute façon l’auteur elle-même le fait dès le début du livre. Un prénom « épicène » est un prénom qui ne permet pas de déterminer le genre de celui (ou celle!) qui le porte. Comme Claude, ou Dominique, les prénoms de ces deux personnages dont nous suivons ici la vie, depuis leur toute première rencontre.

Elle, Dominique, est une jeune femme transparente, timide et peu sûre d’elle, un peu complexée. Lui, Claude, est un entrepreneur plein de projets, qui la demande en mariage sans vraiment la connaître.

La suite, c’est un mariage peu heureux, la naissance d’une enfant qui va manquer d’amour de la part de son père. Et un rythme, toujours, celui d’Amélie Nothomb, qui va droit à l’essentiel, décrit le quotidien et les sentiments avec une plume acérée et vive. Ah, ne vous attendez pas à des tours et des détours sentimentaux : bien que toute l’histoire ne parle que d’amour, l’écriture est efficace, ne s’encombre pas de guimauve.

Je n’ai pas lu ce livre, je l’ai écouté ; et sa durée d’écoute (2h28) permet de s’immerger dans l’histoire dans une écoute continue – pour ma part, en une seule fois, comme pour rester dans cette dynamique presque cinématographique. Il faut du talent pour dessiner des personnages et leur donner chair, leur construire un quotidien, des sentiments, et les faire vivre, tout cela dans un texte resserré mais où rien n’est négligé.

S 3-3Audiolib, lu par Françoise Gillard, 2h28, 18,50€