Roman

«Vers la beauté» de David Foenkinos

vers beautéJ’ai d’abord été attirée par la couverture colorée de Soledad Bravi, et aussi bien sûr par ce titre prometteur : « Vers la beauté ».

Lorsqu’Antoine Duris débarque au Musée d’Orsay pour un entretien d’embauche comme gardien de salle, son CV étonne : pourquoi ce brillant professeur aux Beaux Arts de Lyon change-t-il ainsi de vie ? Le roman commence comme une énigme que le lecteur a hâte de résoudre pour comprendre la décision d’Antoine : une faute professionnelle ? un chagrin d’amour ?

Le récit bascule dans une histoire « parallèle » qui coupe le souffle et laisse le lecteur abasourdi. Je ne peux pas vous en dire plus ! Mais ce roman m’a étonnée, et même émue. D’un point de départ presque amusant, l’auteur construit finalement un récit sensible et profond. Qui va vers la beauté.

S 3-3Folio, 256 pages, 7,40€

Roman

«Un manoir en Cornouailles» de Eve Chase

cornouaillesVoilà un livre comme je les aime, une saga familiale ancrée dans une vieille maison pleine de secrets qui est un personnage à part entière.

En Cornouailles, Lorna et Jon visitent des demeures pour y célébrer leur mariage. Ils s’arrêtent à Pencraw, un vieux manoir en ruines où n’habitent qu’une vieille dame acariâtre et sa domestique qu’elle martyrise. Si le manoir déplaît à Jon, il enchante Lorna qui s’y installe pour quelques jours. Elle y découvre alors les souvenirs des Alton, heureuse famille londonienne de quatre enfants, qui a passé ici de très nombreux étés.

Le lecteur découvre, en parallèle des préparatifs de mariage de Lorna (qui ne sont qu’un prétexte au roman), comment était Pencraw à la fin des années 1960.

Mélangeant légèreté d’un récit d’enfance et drame familial, navigant (sans perdre le lecteur) entre passé et présent, le roman captive. Je l’ai lu comme un « page turner » psychologique. Ma lecture m’a immergée dans ce Pencraw des années 1960, dans cette famille Alton attachante et malmenée par la vie.

Si le bandeau qui recouvre actuellement le livre en librairie annonce « le livre de votre été », fiez-y vous : je n’aurais pas dit mieux, et je n’aurais pas pu vous donner meilleur conseil de lecture pour finir le mois d’août.

S 3-310/18, 432 pages, 8,40€

Roman

«La vie secrète des écrivains» de Guillaume Musso

vie secrète écrivainsQuand j’ai tenu entre mes mains ce livre audio, j’étais toute contente et pressée d’en débuter l’écoute. Je ne peux pas dire que je fais partie des lecteurs inconditionnels de Guillaume Musso. J’ai dû lire quelques uns de ses livres mais je n’en garde pas de souvenirs ; je trouve l’homme assez sympathique en interview ; et je respecte sa capacité à embarquer autant de lecteurs dans chacun de ses nouveaux livres.

Ce qui m’a surtout enthousiasmée, c’est que j’avais entendu beaucoup de bien de ce livre, y compris de chroniqueurs « sérieux » que je ne savais pas ouverts à cette littérature. Et puis le titre, cette idée qu’on allait parler littérature et écrivains, me plaisait.

Voilà, le contexte était donc très favorable pour débuter cette lecture !

L’histoire, en quelques mots : Nathan Fawles, un très célèbre écrivain, s’est retiré de la vie publique et a cessé d’écrire depuis plusieurs années. Il vit reclus sur l’île méditerranéenne de Beaumont, où il ne sort pas et ne parle à personne.

Deux personnes, qui ne se connaissent pas, vont décider presque au même moment de percer à jour le mystère de son retrait de la vie médiatique : Mathilde, une journaliste suisse, et Raphaël, un jeune écrivain en quête de conseils de la part de son idole.

Si le livre n’est pas un polar à proprement parler, il est construit avec beaucoup de suspense. Et ce suspense est bien mené, dans le sens où il n’y a pas de faux rebondissements ou de fausses attentes : l’histoire progresse bien, de manière continue, et on attend les chapitres suivants sans néanmoins ressentir la frustration que l’on a dans certains page turners où l’on se sent « promené » par l’auteur.

J’ai écouté avec plaisir les deux premiers tiers du roman, captivée par des rebondissements et par un assemblage progressif des pièces du puzzle. J’ai été tour à tour intéressée, surprise, impatiente… En revanche j’ai trouvé le dernier tiers du roman moins réussi : des explications qui apparaissent d’un coup et sans résonance particulière avec le début du livre ; quelques longueurs ; et un épilogue d’une vingtaine de minutes qui revient sur l’ensemble du roman sans rien apporter d’original.

A noter, comme d’habitude l’Audiolib se termine par une interview de l’auteur, et il est toujours intéressant de comprendre comme celui-ci travaille et comment il a construit son roman.

Malgré une fin un peu décevante pour moi, le roman reste très agréable à écouter, et la lecture de Rémi Bichet est plus proche de l’interprétation que de la simple lecture, ce qui apporte à la fois confort et plaisir d’écoute.

S 2-3Audiolib, 6h50 d’écoute, 22,90€

 

Essai / Document

«Quoi ? Toute seule !» de Éléonore Wenger

Quoi--Toute-seule-_7853Incroyable Éléonore ! Du Vietnam à la France, cette jeune trentenaire a parcouru seule plus de 18 000 kilomètres à vélo !

Dans ce livre sous forme de carnet de route, elle raconte son épopée de l’Asie à l’Europe : les aléas du voyage (mécaniques, physiques, topographiques…), mais surtout les belles rencontres faites et l’incroyable hospitalité dont elle a bénéficié durant son périple.

Sur son vélo affectueusement surnommé Bucéphale comme le cheval d’Alexandre le Grand, elle a suscité admiration et étonnement partout où elle est passée. Tout au long des pages de ce récit, qui se lit avec la même ferveur qu’un polar dont on est impatient de découvrir les prochains rebondissements, le lecteur ressent des émotions en montagnes russes, tantôt gagné par l’énergie de la globe-trotteuse, tantôt inquiet lorsqu’elle raconte ses mauvaises rencontres ou ses périodes de galère.

On traverse avec elle l’Asie et l’Europe, frissonnant avec elle sous la pluie, apaisés quand la route se fait plus clémente. Je me suis posé mille questions sur son quotidien, ses repas, le contenu de ses sacoches, bref la vie pratique lors d’un tel voyage. Pour le reste, à savoir les rencontres et les échanges avec les populations des différents pays traversés, la cyclo-baroudeuse nous raconte ses aventures avec beaucoup de sensibilité et d’ouverture sur les autres.

La dernière phrase du livre (ne la lisez pas avant la fin, petits curieux!), résume un état d’esprit mais aussi un certain doute que l’on sent en filigrane tout au long des pages. La question du départ (courage ou fuite?), ses raisons profondes, et une quête d’une vie moins standardisée et moins consumériste, laisse présager qu’Eléonore Wenger, consultante en informatique et diplômée d’une école de commerce, aura sans doute quelques hésitations à reprendre son ancienne vie.

Au final, on tremble et on sourit en lisant ce récit, véritable ode à la tolérance et manifeste pour une ouverture sur le reste du monde.

S 3-3Auto-édition, 350 pages, 18€. Vous pouvez suivre Eléonore sur https://hangtimebybike.wordpress.com/ et https://www.facebook.com/Hangtimebybike/

Roman

«Le Sillon» de Valérie Manteau

sillonJ’ai eu un coup de cœur pour ce livre audio, dont le premier chapitre, pourtant, ne m’avait pas convaincue.

Toute la difficulté est de résumer ce livre. Non pas que le récit soit complexe ; mais si je vous dis qu’il est le récit d’une Française sur la situation en Turquie de nos jours, certes je vous donnerai l’une des clés de lecture du livre, mais elle sera bien insuffisante.

En effet ce livre est avant tout le témoignage d’un immense amour d’une jeune femme pour Istanbul, et surtout pour une jeunesse moderne et non résignée qui y vit. Prenant prétexte d’un livre qu’elle écrit sur Hrant Dink, journaliste arménien assassiné en 2007, la narratrice donne sa perception de l’évolution récente de la Turquie et revient sur son histoire récente.

Le premier chapitre ne m’avait pas convaincue car je ne m’attendais pas à ce style, à la fois très oral et parfois imprécis quant aux personnages qui parlent. Passée cette première barrière, j’ai été finalement happée par cette histoire, à la fois proche et lointaine, ancrée dans le quotidien et dans l’Histoire.

A écouter absolument, jusqu’aux dernières minutes et la toujours très intéressante interview de l’auteur qui clôture la plupart des Audiolib.

S 3-3Audiolib, lu par l’auteure, 5h21 d’écoute, 19€. Prix Renaudot 2018

Roman

«Le meilleur coiffeur de Harare» de Tendai Huchu

harareAu Zimbabwe, Vimbai est la coiffeuse fétiche du salon de Mme Khumalo. Les clientes lui sont fidèles et lui confient leurs cheveux les yeux fermés.

Quand Mme Khumalo embauche le jeune et talentueux Dumisani, le statut de Vimbai change du jour au lendemain : désormais les clientes ne jurent plus que par les doigts magiques du nouvel employé. Si l’hostilité de Vimbai ne cesse de croître, Dumisani tente d’apaiser leurs relations.

Sympathique roman, le texte fait voyager le lecteur dans un Zimbabwe joyeux mais rongé par la pauvreté et la corruption organisée. Le salon de Mme Khumalo, décor central de l’histoire, pourrait faire craindre une histoire centrée sur des petites guerres de coiffeurs ; mais le texte se lit avec plaisir. Le personnage de Vimbai, fille-mère, indépendante et au fort tempérament, est un joli portrait de femme. La fin est totalement prévisible, j’ai donc été un peu déçue par le « faux suspense » parsemé en fin de chapitres (« il me fallait des réponses », « je n’apprendrais que bien plus tard […] de quoi il retournait », « ce que j’allais découvrir était pire que tout ce que j’avais pu imaginer » etc). La lecture reste agréable et l’écriture simple en fait un bon livre pour l’été.

S 2-3Zoe, 304 pages, 9,90€

Roman

«Un dieu dans la poitrine» de Philippe Krhajac

G01734_Un_dieu_dans_la_poitrine.inddPhérial est un enfant de l’assistance publique. Il est baladé de foyer en famille d’accueil, et s’il y reçoit parfois un peu d’amour, il gardera aussi des séquelles de maltraitance.

Roman d’une vie, d’un enfant abandonné, atypique, mais qui au début du livre n’a pas l’air « si malheureux » : joueur, gentiment bagarreur avec les copains, taquin… Si le roman débute façon petit Nicolas à l’orphelinat, il bascule – sans que je l’aie vu venir – dans la douleur. D’un récit qui commençait avec un peu de tendresse, au milieu des chamailleries de gamins, la lecture devient plus profonde, au point de couper le souffle et de rendre le texte pesant et triste. Une lecture à la fois pleine de vie et de ressentiment laisse un goût amer et un sentiment mitigé.

S 2-3Folio, 400 pages, 7,90€

Policier

«Ristretto» de Bertrand Puard

ristrettoSi vous avez l’habitude de siroter un petit café en lisant un roman, sachez que votre café aura un drôle de goût si vous le buvez en lisant ce roman-ci.

Le café, on ne le sait pas forcément, est côté en bourse comme d’autres matières premières (ou « commodities »). Lorsque plusieurs personnes, financiers ou politiques, meurent avec une cerise de café laissée près d’eux comme signature, le café devient le centre d’une menace qui pèse aussi bien sur le Président de la République que sur les dirigeants de la Premium, l’entreprise financière où il a fait ses débuts.

Pour dénouer la cause de ces morts, la Premium fait appel à Clara, qui a été l’une des meilleurs membres de la Premium, avant d’en partir suite à un burn out qui l’a menée jusqu’à la tentative de suicide.

Un peu étrange comme réflexe pour un dirigeant d’entreprise, que d’aller rechercher une ancienne employée qui a gardé une rancune profonde contre son entreprise ! Mais ce n’est là qu’une des étrangetés de cette histoire – la seconde étant que Clara accepte la mission !

Le reste du roman ferait un bon scenario de film d’action, Clara et l’homme de main du Président de la République traversant sans contrainte les mers et les océans, aux quatre coins du monde, pour savoir quelles « magouilles » financières ont abouti à ces meurtres.

Le point de départ – la spéculation autour du café – est particulièrement original, et les amateurs du noir breuvage liront avec plaisir les passages sur les différents cafés, leur culture, leurs arômes, et les anecdotes sur quelques célèbres amateurs de café. Le milieu de la finance est décrit assez précisément, même si cela n’apporte au final pas vraiment de plus-value au roman. Ce côté « récit réaliste » m’a même un peu gênée dans la lecture, de même que certains parallèles (trop) évidents avec des personnages réels.

À noter pour finir la couverture que je trouve très réussie et efficace, et qui donne envie – non pas d’un café mais – d’ouvrir le livre.

S 2-3Fleuve noir, 384 pages, 19,90€

Policier

«Pietr le Letton (Maigret t.1) » de Georges Simenon

maigret1J’ai commencé ce livre sans savoir à quoi m’attendre, sans savoir si j’allais « aimer ou pas ». Je dois dire que j’ai surtout été attirée au départ par la jolie couverture bleu nuit de cette anthologie.

Pour moi, Maigret c’est Bruno Cremer, dans des téléfilms lents devant lesquels les paupières deviennent lourdes. Je n’avais jamais lu aucun roman de Simenon avant celui-ci.

Ce que je retiens de cette lecture est avant tout une ambiance. Dès la première page, le décor est planté :

Le commissaire Maigret, de la première Brigade Mobile, leva la tête, eut l’impression que le ronflement du poêle de fonte planté au milieu de son bureau et relié au plafons par un gros tuyau noir faiblissait. Il repoussa le télégramme, se leva pesamment, régla la clef et jeta trois pelletées de charbon dans le foyer.

Le reste du roman est dans la même tonalité, comme si avant même l’intrigue l’auteur s’était attaché à donner un décor au personnage. Quant au personnage de Maigret lui-même il nous est décrit à plusieurs reprises, tantôt physiquement, tantôt dans sa gestuelle et ses postures.

  « Ça », c’était un homme qui ne se faisait pas habiller par un tailleur anglais, qui n’avait pas le temps de passer chaque matin chez la manucure et dont la femme, depuis trois jours, préparait en vain les repas, résignée, sans rien savoir.

« Ça », c’était un commissaire de première classe aux appointements de deux mille deux cents francs par mois qui, une affaire terminée, les assassins sous les verrous, devait s’attabler devant une feuille de papier, dresser la liste de ses frais, y épingler les reçus et pièces justificatives, puis se disputer avec le caissier !

L’auteur, aussi, semble s’amuser à semer quelques anecdotes biographiques sur Maigret. Ainsi on apprend par exemple qu’il a entamé « des études de médecine inachevées » – et je ne peux pas croire que l’auteur ne se servira pas de ce genre d’éléments plus tard, dans d’autres récits de sa série.

Enfin, je termine par l’intrigue (quand même). Je l’ai trouvée aussi insignifiante que laborieuse – avec pour point de départ un homme retrouvé mort dans un train. Heureusement il y avait le reste, ce décor parisien des années 1930, et ce personnage taiseux et inébranlable.

S 2-3Ed.Omnibus, Préface de Pierre Assouline, 28€ pour le tome 1 de l’anthologie regroupant 8 récits.

Policier

«Agatha Raisin enquête (t16) : Jamais deux sans trois» de M.C. Beaton

Agatha t16 jamais deuxAprès deux rendez-vous manqués, deux lectures décevantes de la série « Hamish MacBeth » nouvellement disponible dans une traduction française, je reviens à mon héroïne préférée de MC Beaton : Agatha Raisin.

Agatha est toujours à la tête de son agence de détectives. La création de cette agence donne un nouveau souffle à la série, car elle permet de renouveler très nettement les personnages de la série – même si les chouchous restent présents. Un photographe rejoint l’agence, Phil Witherspoon, un homme sympathique de soixante-seize ans.

L’enquête est plus sombre que d’habitude. Loin des histoires de mégères jalouses, cette fois-ci Agatha est confrontée au meurtre d’une adolescente. Le meurtre est violent, le drame terrible.

Heureusement Agatha continue à user de ses ruses, de son sixième sens, pour le plus grand bonheur du lecteur. Et puis d’autres histoires viennent parsemer le roman, adultères, recherche d’animaux disparus (par un jeune détective un brin décalé)… Le roman s’achève sur un rebondissement inattendu.

Alors, envie de continuer avec Agatha ?

S 3-3Albin Michel, 14€