Roman

« Babylone » de Yasmina Reza

G00786_Babylone.inddA Deuil-l’Alouette, en banlieue parisienne, Elisabeth s’active pour organiser une « fête de printemps », une grande réception où elle a convié famille, amis, voisins. La soirée se passe bien, faite de mondanités et d’échanges divers. Chacun rentre chez soi. On croit la soirée terminée. Mais Jean-Lino, le voisin du dessus, qui a participé à la fête, revient sonner en pleine nuit : il a tué sa femme.

Dans un moment de folie, poussée par son amitié pour cet homme, Elisabeth décide de l’aider à organiser une mise en scène autour du décès de sa femme.

Le roman navigue entre des scènes très ordinaires de la vie de voisinage d’un immeuble, l’organisation d’une soirée (trouver assez de verres, aller chercher des chaises chez les voisins… le tout raconté avec une incroyable justesse dans les détails), et ce drame qu’est la mort de la voisine. Aussi horrible soit l’événement, les personnages réagissent avec une étonnante sérénité. Et pourtant, leurs vies viennent de basculer.

Bizarrement, il se dégage de ce livre une certaine quiétude, très en décalage avec le thème. Le personnage d’Elisabeth est particulièrement paradoxal, capable de faire des insomnies par crainte de ne pas avoir assez de verres pour ses invités, et réagissant avec sang-froid face à son voisin qui vient de tuer sa femme. Le récit est écrit au cordeau. J’aime ces écritures qui nous font voir les détails du quotidien sous un autre jour, et les rend soudain dignes de figurer dans un récit.

S 3-3Folio, 224 pages, 7,25€, Prix Renaudot 2016

Policier

« Si belle mais si morte» de Rosa Mogliasso

si belleUne femme est morte près d’un fleuve. Alors que plusieurs personnes passent près d’elle, aucune ne se décide à appeler la police. Se mêler d’un meurtre ? Cela génère du stress, c’est mauvais pour les rides, ou c’est prendre le risque que la police s’intéresse à un petit trafic de stupéfiant… Ou bien…ou bien… Chacun a une bonne excuse pour ne pas s’en mêler et pour laisser à d’autres le soin de prévenir la police.

Le roman est très court, 130 pages à peine. Habituellement, je lis d’une traite un si petit texte, moi qui ne rechigne pas devant des pavés parfois dix fois plus gros. Mais là, j’ai abordé ce livre en trois fois. Certes, j’aime l’humour noir, et le résumé de l’histoire m’avait plutôt donné envie de lire ce roman, mais j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire et à adhérer aux personnages.

Seule la fin du livre, que je vous laisse découvrir, a été une bonne surprise et relève l’ensemble, sinon un peu trop fade à mon goût.

s-1-3Points

Policier

« Rendez-vous avec le crime » de Julia Chapman

rdv avec le crimeJe suis une inconditionnelle de la série de romans policiers « Agatha Raisin ». Je surveille avec assiduité la sortie de chaque nouveau tome. Après avoir rempli mon panier de livres avec les derniers tomes traduits en français, j’ai choisi de prendre également le premier tome d’une autre série qui se veut aussi être du style « cosy mystery ».

« Rendez-vous avec le crime » est en effet le premier tome de la série « Les détectives du Yorkshire ». L’histoire se déroule dans un petit village. Delilah est une jeune entrepreneuse, pleine d’idées et robuste, mais qui croule sous les dettes. Pour s’en sortir, elle décide de louer une partie des locaux où est installée l’agence matrimoniale qu’elle a fondée.

Or son nouveau locataire, Samson, est un enfant du pays, de retour après des années d’absence. Et Samson n’est pas, mais pas du tout, le bienvenu dans le village où il a grandi. Mais bientôt, Delilah et Samson vont partager plus que des locaux : plusieurs clients de l’agence matrimoniale de Delilah sont retrouvés morts, et Samson est recruté comme détective privé pour enquêter.

L’histoire est très longue à démarrer, après des dizaines de pages sur la vie locale et les villageois (j’étais perdue dans tous ces personnages), sans que l’enquête ne commence. J’ai failli abandonner ma lecture… Heureusement après cette longue phase d’introduction, les personnages se révèlent sympathiques et l’enquête nous oriente sur des fausses pistes et des rebondissements. Les personnages principaux réservent encore quelques mystères pas complètement élucidés, qui donneront de la matière pour les prochains tomes (que s’est-il passé dans leur jeunesse ? Se rapprocheront-ils dans les prochains tomes ? ). A ce stade, je ne suis pas sûre de lire le prochain volet de la série. J’en attendais sans doute trop, d’où une petite déception ; après cette chronique en demi-teinte, vous aurez peut-être au contraire la bonne surprise d’être conquis par ce roman qui, malgré tout, se lit plutôt agréablement.

A noter que le titre anglais est un peu plus recherché, « Date with death » faisant mieux référence aux activités des deux personnages principaux (agence matrimoniale & détective privé) que ce simple « rendez-vous »…

S 2-3Robert Laffont, 408 pages, 14,90

Roman

« Les prénoms épicènes» d’Amélie Nothomb

épicènesLe titre, d’abord, vous interpelle sans doute. Et comme moi, vous vous demandez ce qu’il peut bien vouloir signifier. Alors commençons par une petite leçon linguistique, puisque de toute façon l’auteur elle-même le fait dès le début du livre. Un prénom « épicène » est un prénom qui ne permet pas de déterminer le genre de celui (ou celle!) qui le porte. Comme Claude, ou Dominique, les prénoms de ces deux personnages dont nous suivons ici la vie, depuis leur toute première rencontre.

Elle, Dominique, est une jeune femme transparente, timide et peu sûre d’elle, un peu complexée. Lui, Claude, est un entrepreneur plein de projets, qui la demande en mariage sans vraiment la connaître.

La suite, c’est un mariage peu heureux, la naissance d’une enfant qui va manquer d’amour de la part de son père. Et un rythme, toujours, celui d’Amélie Nothomb, qui va droit à l’essentiel, décrit le quotidien et les sentiments avec une plume acérée et vive. Ah, ne vous attendez pas à des tours et des détours sentimentaux : bien que toute l’histoire ne parle que d’amour, l’écriture est efficace, ne s’encombre pas de guimauve.

Je n’ai pas lu ce livre, je l’ai écouté ; et sa durée d’écoute (2h28) permet de s’immerger dans l’histoire dans une écoute continue – pour ma part, en une seule fois, comme pour rester dans cette dynamique presque cinématographique. Il faut du talent pour dessiner des personnages et leur donner chair, leur construire un quotidien, des sentiments, et les faire vivre, tout cela dans un texte resserré mais où rien n’est négligé.

S 3-3Audiolib, lu par Françoise Gillard, 2h28, 18,50€

Policier

« Hôtel du Grand cerf » de Franz Bartelt

hotel cerfIl y a des héros de roman que l’on adore détester… et ceux que, vraiment, même après avoir fini, on n’a pas envie d’aimer. Il faut dire que, dans « Hôtel du Grand cerf », le policier qui mène l’enquête accumule les raisons de se faire détester. Proche de la retraite, n’ayant rien à prouver et pas envie de faire le moindre effort, il est aussi désagréable que vulgaire.

Pour sa dernière enquête avant la retraite, il s’installe dans un hôtel des Ardennes, d’où est originaire une jeune fille qui a disparu. Ici tout le monde a l’air louche : la mère de la jeune fille, la grand-mère qui règne encore sur l’hôtel, le riche voisin d’un centre de motivation où sont testés des employés envoyés par leur entreprise…

Le livre oscille entre des moments intéressants, avec quelques rebondissements, et des passages plus lents, moins porteurs pour l’histoire. Le tout forme un roman pas désagréable mais assez inégal.

Points, 7,70€

Roman

« Rituels » de Ellison Cooper

rituelsJ’ai rejoint avec grand plaisir l’équipe de la #TeamThriller du Cherche-Midi, et le premier roman de la sélection est ce livre au titre inquiétant : « Rituels ». La quatrième de couverture plante le décor et fait frissonner le lecteur par avance : « Vous avez aimé le Silence des agneaux ? Vous allez adorer Rituels. ». Gloups.

Sayer Altair est agent spécial au FBI. Excellente professionnelle, elle mène de front des enquêtes et des recherches scientifiques sur les tueurs en série. Elle est appelée sur une affaire particulièrement glauque : une jeune fille a été retrouvée morte après avoir été emprisonnée dans une cage, dans le sous-sol d’une maison abandonnée. La mort a été particulièrement mise en scène, autour d’un rituel chamanique.

A partir de là, Sayer prend la tête d’une équipe d’enquêteurs. Les fausses pistes vont s’enchaîner, faisant passer le lecteur par toutes les phases du suspense, de l’inquiétude à l’envie d’en savoir plus.

L’histoire se révèle au final moins effrayante que passionnante. Quel incroyable page turner ! C’est un roman plein de suspense, de ceux que l’on s’impatiente de retrouver pour reprendre le fil de l’histoire.

Mon seul petit regret est d’avoir trouvé la clé de l’énigme aux deux tiers du roman… J’ai espéré jusqu’à la fin m’être trompée, et qu’un ultime rebondissement viendrait contredire mon intuition… mais non. Cela n’a heureusement pas gâché ma lecture de ce livre que j’ai dé-vo-ré !

S 3-3Cherche Midi, 432 pages, 21€

Roman

« Les filles au lion » de Jessie Burton

G01721_Les_filles_au_lion.inddAttention chef d’œuvre ! Et je pèse mes mots.

En lisant le résumé sur la quatrième de couverture, je n’imaginais pas à quel point cette histoire allait m’emporter. Mais il y a des romans, comme celui-là, où dès les premières pages je pressens que l’histoire et le style vont me captiver.

L’histoire commence en 1967. Odelle est vendeuse dans un magasin de chaussures ; c’est un job alimentaire, qu’elle quitte sans regret pour travailler dans une galerie d’art – un emploi plus proche de ses aspirations, elle qui adore écrire. Elle y rencontre Marjorie Quick, son étonnante patronne, à la fois mentor et complice. Lorsque le petit ami d’Odelle présente un jour un tableau à la galerie, Marjorie est bouleversée. Quel secret se cache derrière cette toile ?

Navigant avec aisance entre deux époques (1936, 1967) et deux pays (l’Espagne, l’Angleterre), l’auteur embarque le lecteur dans un périple artistique et humain d’une grande puissance, où l’art se mêle à la politique, à l’amour, et aux rêves de plusieurs jeunes femmes.

Le livre se dévore avec impatience comme un roman policier, et avec passion comme un roman dramatique.

S 3-3Folio, 528 pages, 8,90€

BD

« Meurtre au Mont-Saint-Michel » de Djian et Jaffredo

501 MEURTRES MT ST MICHEL[VO].inddAh, l’influence d’une couverture de livre pour se décider à le lire… On pourrait écrire inlassablement dessus. Et ce qui est vrai pour les romans l’est a fortiori encore plus pour les bandes dessinées. Si j’ai décidé de lire « Meurtre au Mont-Saint-Michel », c’est d’abord parce que le dessin de couverture m’a séduite. Et aussi, c’est vrai, parce que je lis pas mal de romans policiers en ce moment et que j’avais envie de lire une BD policière.

L’histoire se passe en 1936. Alors que l’Europe est en plein tourment, le Mont-Saint-Michel est encore préservé, vase clos que seules les nouvelles qui arrivent en lisant le journal viennent perturber. Ici tout le monde se connaît. Lorsque la petite Lucie disparaît mystérieusement, juste après le meurtre de la bonne du curé, ses parents sont fous d’inquiétude. Le maire prend la direction des recherches, et entraîne avec lui tous les habitants du Mont. On a vu un étranger vagabonder depuis plusieurs jours, il n’est sans doute pas innocent…

Tout au long de la BD, les dessins ont été à la hauteur de la promesse de la couverture. Quiconque a déjà eu le bonheur de se « perdre » dans les ruelles du Mont (je ne parle pas de la rue principale noyée sous les touristes et les boutiques de « souvenirs »), retrouvera dans cette BD le charme des ruelles, des escaliers interminables, et cette sensation d’être dans un monde à part.

Même si le format de la BD (une quarantaine de pages) est un peu juste pour avoir le temps d’installer des fausses pistes et des rebondissements, et creuser un peu plus la psychologie des personnages, le scenario tient la route et forme, avec les dessins, un ouvrage cohérent et plutôt plaisant à lire.

S 2-3Glénat, scénario : Jean-Blaise Djian, dessins : Marie Jaffredo

Roman

« La gouvernante suédoise » de Marie Sizun

gouvernanteLéonard est professeur en Suède, où il excelle lors de conférences littéraires qu’il anime. Il épouse en secondes noces la jeune Hulda, avec qui il fonde une famille. Ils engagent Livia pour seconder Hulda dans l’éducation des enfants. En Suède, puis en France, va se jouer un théâtre plein de faux semblants entre ce trio.

Si la triangle amoureux est un thème maintes fois traité en littérature, il l’est ici avec beaucoup de pudeur et même une certaine élégance. Nul n’est traître ou bafoué, la part de responsabilité de chacun n’est pas éludée dans ce drame en quasi huis-clos dans la maison familiale.

Construit comme un documentaire généalogique, le récit est un roman mais enveloppé du témoignage et de la perception d’une descendante de Léonard. Les Noëls blancs, la découverte de la banlieue parisienne (Meudon) au dix-neuvième siècle, sont autant de décors charmants qui créent une ambiance à la fois rêveuse et dramatique, en parfaite adéquation avec l’intrigue.

S 3-3Folio, 320 pages, 7,80€

Roman

« Madame Pylinska et le secret de Chopin » de Eric-Emmanuel Schmitt

pylinskaCertains livres sont faits pour être écoutés, et celui-ci en fait partie. Quelle bonne idée d’avoir associé la lecture du texte d’Eric-Emmanuel Schmitt (par lui-même) à des extraits de Chopin interprétés par Nicolas Stavy !

Je dis « extraits », mais il y a dans certains chapitres de longs moments d’écoute, ce qui est particulièrement agréable pour bien entrer dans l’ambiance.

Le jeune Eric-Emmanuel décide d’améliorer son jeu de pianiste, et prend des cours chez Madame Pylinska. Cette fantasque polonaise va lui faire découvrir Chopin en usant d’une méthode peu conventionnelle, privilégiant le ressenti au jeu, et éloignant son élève pendant plusieurs semaines d’un piano !

Je me suis rendu compte à l’écoute de ce livre que je connaissais très mal l’oeuvre de Chopin, et que je connaissais davantage sa vie vie à travers sa liaison avec George Sand (ce n’est pas pour rien que je tiens un blog littéraire et non musical). A ce propos, le passage où Madame Pylinska évoque George Sand est très drôle, sans être dénué d’une certaine profondeur sur l’amour entre les deux artistes.

J’ignore si Madame Pylinska a réellement existé, mais si c’est le cas elle a dû changer assez profondément le jeu de bien des pianistes en herbe.

S 3-3Audiolib, 2h22, 17,90€