Policier

« Sacrifices » de Ellison Cooper

sacrificesRevoilà Sayer Altair, Agent spécial du FBI, spécialiste des psychopathes, qui nous a fait frissonner (c’est peu de le dire) dans « Rituels ». Après six mois de pause, elle reprend du service dans un contexte particulièrement tendu, puisqu’une enquête parlementaire est diligentée contre le service de Sayer.

Elle est appelée dans un parc national, où des ossements ont été retrouvés. Aidée par Dana, la légiste, et par Ezra, le fidèle génie informatique, elle découvre que les ossements proviennent de plusieurs corps, certains récents et d’autres beaucoup plus anciens. Y aurait-il plusieurs affaires ?

Tout ce qui a fait l’efficacité de « Rituels » se retrouve dans ce second volet : l’intrigue est bien ficelée, l’écriture incroyablement rythmée, sans temps mort. Il y a des chapitres très violents psychologiquement, mais heureusement ils sont plus courts que les autres chapitres ! J’ai seulement un peu regretté de retrouver des ficelles de l’intrigue déjà utilisées dans « Rituels » – je ne vous dirai pas lesquelles.

Malgré une couverture vers laquelle je ne serais pas allée spontanément, j’ai été captivée par ce roman, que j’ai dévoré très rapidement.

Si l’intrigue est bel et bien résolue à la fin de ce roman, le fil rouge tissé dès le premier volet n’est pas rompu, et j’imagine donc qu’il y aura une suite – que je lirai bien volontiers !

S 3-3Cherche Midi, 448 pages, 23€

Roman

«Les bois de Sawgamet» de Alexi Zentner

sawgametQu’ils sont froids, les bois de Sawgamet ! Dans ce village du Grand Nord canadien, les bois ont toujours eu une place à part, comme la rivière Sawgamet autour de laquelle des chercheurs d’or ont bâti le village.

La saison se prête bien à ce type de lecture, si vous aimez lire bien au chaud des romans où il fait froid, et entendre le vent dehors souffler en même temps que dans le roman. Soyez prévenus : ce roman est assez sombre, dur comme le bois et robuste comme les habitants du village. Le récit se construit alors que le narrateur, Stephen, est au chevet de sa mère mourante. Pendant toute la nuit, il va la veiller et se remémorer l’histoire de sa famille. Le récit est troublant, et transporte le lecteur dans un univers à la fois froid et humide (la rivière et les bois sont des personnages à part entière), peuplé de créatures dont on ne sait pas si elles existent réellement ou sont issues d’un imaginaire collectif perturbé par la rudesse du climat…

Assurément c’est un livre déroutant, qui reste en mémoire après l’avoir terminé.

S 2-3Le Livre de poche, 312 pages, 6,90€

Policier

«Agatha Raisin enquête (tome 17) : Cache-cache à l’hôtel » de M.C. Beaton

agatha t17 cache-cacheGros rebondissement dans la vie d’Agatha Raisin : alors que son ex-mari, James, joue avec ses sentiments depuis qu’ils se connaissent (c’est-à-dire dès les premiers tomes de la série), le voilà soudain doux comme un agneau et amoureux comme un adolescent ! C’est à peine croyable pour la lectrice que je suis – la ficelle est même un peu grosse en terme de renversement de situation, mais bon, passons.

James, donc, décide de prouver ses sentiments à Agatha en l’emmenant en vacances. Pauvre Agatha ! Elle qui s’attendait à partir au soleil, au bord d’une plage méditerranéenne, la voilà dans une sinistre station balnéaire où plus aucun touriste ne s’aventure depuis bien longtemps.

Mais si Agatha avait peur de s’ennuyer, le meurtre d’une cliente de l’hôtel vient secouer son séjour – d’autant plus que la victime a été étranglée par un foulard qui appartenait à Agatha !

L’ambiance de ce roman fait penser à celle de « Gare aux fantômes », le neuvième tome de la série, qui se déroule aussi dans un hôtel assez triste, sous la pluie. Pour le reste, et si l’on excepte l’invraisemblable retour de flamme de James, les codes habituels de la série sont présents, et Agatha est égale à elle-même. Depuis qu’elle dirige une équipe de détectives, de nouveaux personnages sont apparus et deviennent eux aussi des piliers de l’histoire – je pense à Harry notamment, sa plus jeune recrue, capable de passer en un éclair d’un look cuir/piercing à un costume/cravate. Il reste encore dix tomes dans la série, j’espère que les prochains continueront à apporter leur lot de nouveautés sans dénaturer l’esprit de cette série sympathique.

S 3-3Albin Michel, 319 pages, 14€

Roman

« Les adultes » de Caroline Hulse

adultesIl est bien connu que les festivités de Noël, au-delà de la convivialité de circonstance, peuvent aussi se transformer en règlements de comptes en famille ou en petites disputes entre amis. Mais si ces petits inconvénients liés sans doute à un excès de consommation de bûche sont parfois imprévisibles, certaines personnes ont l’art de les provoquer. C’est le cas de Matt et Claire, parents d’une petite Scarlett, et séparés depuis plusieurs années. Alors qu’ils ont refait leur vie chacun de leur côté, et sont en couple respectivement avec Alex et Patrick, ils décident de passer ensemble les vacances de Noël, et louent un chalet dans un complexe hôtelier au milieu de la forêt.

Ce qui est particulièrement réussi dans ce livre, c’est ce dosage bien équilibré entre la bienséance que chacun cherche à afficher et une tension inévitable qui monte progressivement au fil des pages. On comprend vite que le week-end ne va pas (du tout) se dérouler comme prévu, et l’auteure nous conduit avec détermination et élégance jusqu’au bout de ce séjour mouvementé.

Les personnages sont sympathiques, tous les quatre, en dépit de leurs défauts manifestes (Matt est un vrai gamin, Patrick un narcissique…). Je ne voudrais surtout pas passer les fêtes avec eux, mais j’ai adoré les regarder évoluer dans leur petit monde, voir leurs petits secrets révélés au grand jour, et leurs bassesses mises à nu devant le reste de la famille.

Loin des romances de Noël, ce livre caustique et assez amusant est une lecture parfaitement de saison ! On pourrait craindre les clichés sur la famille recomposée, mais l’histoire est menée intelligemment. Tout en jouant sur les festivités de fin d’année, il aborde l’air de rien des thèmes de société : famille recomposée, relation de couple, parentalité. Je vous le recommande !

S 3-3Fleuve éditions, 408 pages, 19,90

Roman

«Aimez-vous Brahms ? » de Françoise Sagan

sagan bouquinsOn revient toujours aux textes de Sagan.

Je me souviens, il y a dix ou quinze ans, avoir lu à la suite plusieurs romans d’elle, fascinée déjà par ces textes qui mêlent littérature et oralité. J’aime cet art du textes aux mots accessibles et pourtant toujours justes.

L’histoire d’ « Aimez-vous Brahms ? » est somme toute horriblement banale : Paule, bientôt quarante ans, est la maîtresse de Roger. S’ils se veulent un couple libre, dans les faits c’est surtout Roger qui profite de cette liberté, tandis que Paule l’attend. Jusqu’au jour où elle rencontre Simon, un jeune homme de vingt-cinq ans, qui tombe fou amoureux d’elle. Entre un homme qu’elle aime mais qui ne pense qu’à lui, et ce jeune homme qui l’adule et ne veut que son bonheur, Paule est partagée.

Roman court (environ 150 pages) de ces histoires croisées, « Aimez-vous Brahms ? » est un petit bijou de récit sur fond d’émancipation des femmes (le roman a été publié en 1959), avec pour décor le Paris éternel.

Lisez, relisez Sagan.

Et choisissez pourquoi pas comme moi la jolie collection « Bouquins » chez Robert Laffont, qui réunit plusieurs titres parmi les plus célèbres pour piocher vos lectures au fil de vos envies.

S 3-3Robert Laffont, collection « Bouquins » (9 romans et 1 pièces réunis), 1500 pages, 30€

Roman

«Les petites robes noires » de Madeleine St John

petites robes noiresC’est un simple post-it collé sur le livre dans une librairie qui m’a donné (très très) envie de découvrir ce roman. L’histoire des « Petites robes noires » se déroule dans les années 1950 à Sydney. L’auteure nous plonge dans les coulisses d’un grand magasin, et plus précisément au milieu des rayons dédiées aux robes de cocktail ou à la lingerie. Dans cet univers très féminin s’affairent des femmes de tous âges, conseillères et vendeuses.

On pourrait s’attendre à un récit façon « crêpage de chignon » (et pardon pour le cliché) mais l’histoire est loin de ça. Nulle animosité exacerbée entre les vendeuses, et assez peu de clichés contrairement à ce que l’on pourrait craindre dans un roman sur un tel sujet : juste le quotidien de plusieurs femmes, plus ou moins heureuses, qui se croisent dans ce magasin où il n’est pas question de vocation mais juste de travail. On suit notamment le quotidien de Lisa, une étudiante innocente et un peu rêveuse ; ou encore celui de Patty, malheureuse en couple.

J’ai pensé à « Au bonheur des dames » de Zola, par l’ambiance et le décor.

Le livre m’a plu, sans pourtant que l’histoire soit particulièrement originale ni qu’il y ait des rebondissements, mais simplement parce que le récit est bien mené, avec simplicité mais talent.

« Elle vivait pour la première fois ce coup de foudre qui frappe généralement les femmes bien plus tôt dans leur existence, mais que toutes connaissent tôt ou tard : la certitude soudaine qu’une robe particulière est non seulement jolie, qu’elle est non seulement seyante, mais qu’au-delà de ces attributs indispensables, elle répond à l’idée la plus intime que l’on a de soi. »

S 3-3Albin Michel, 288 pages, 19€

Roman

«Six ans à t’attendre» de Delphine Giraud

six ansRachel n’en revient pas : lors d’une visite à Paris, elle croise par hasard Vincent, l’homme qu’elle aime depuis toujours… et qu’elle croyait mort depuis six ans. C’est impossible, et pourtant Rachel est sûre de le reconnaître.

Qui va la croire parmi ses proches ? Sa sœur, son cousin, dont elle est si proche, ne vont-ils pas la prendre pour une folle ? Et, si Vincent est vraiment en vie, que s’est-il passé il y a six ans quand tout le monde l’a cru mort ?

Premier roman d’une auteure découverte d’abord sur Librinova avant d’être publiée de façon plus « traditionnelle », « Six ans à t’attendre » est un roman assez agréable à lire. Il a quelques défauts d’un premier roman, notamment quelques longueurs et phrases inutiles qui nuisent au rythme de l’histoire, et quelques maladresses dans l’écriture. Mais l’ensemble du roman reste plaisant : Rachel, sa sœur et leur cousin vont se transformer en enquêteurs amateurs et plonger dans le passé de Vincent. Les personnages sont sympathiques, assez marqués mais pas trop caricaturaux, et l’histoire réserve plusieurs rebondissements. Au final, malgré les longueurs (surtout à la fin), j’ai passé un bon moment de lecture et je suivrai avec intérêt les prochains romans de Delphine Giraud.

S 2-3Fleuve éditions, 360 pages, 17,90€

BD

«La fille de Vercingétorix» de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad

fille de verLa sortie d’un nouvel album d’Astérix est toujours un événement pour moi. Et tant pis si depuis bien longtemps ce sont de nouveaux auteur et dessinateur qui ont repris le flambeau à la suite d’Uderzo et de Goscinny. Si les nouvelles aventures des dernières années ont été plus ou moins réussies selon les années, je dois dire que « La fille de Vercingétorix » est plutôt un bon cru.

Tous les ingrédients sont réunis, évidemment : Astérix et Obélix en mission, Obélix qui râle un peu, le druide de bon conseil, les romains pas courageux… Et c’est ce qui fait que cela fonctionne, car après tout on continue à lire Astérix pour entretenir nos souvenirs d’enfance, non ? Alors quoi de plus plaisant que de retrouver tous les codes que l’on a aimés…

Cette fois-ci, les deux Gaulois les plus célèbres sont chargés de protéger la fille de Vercingétorix. Vercingétorix, comme l’Histoire s’en souvient, a perdu la bataille d’Alésia face à Jules César : autant dire que c’est un personnage dont le nom ne se prononce qu’à voix basse chez les irréductibles Gaulois (j’ai pensé à Harry Potter et à Voldemort Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom).

A part ça, je souligne le sympathique groupe d’adolescents, qui apporte beaucoup d’humour à cette aventure. Et, comme d’habitude, on cherche les clins d’oeil à l’actualité – celui à Charles Aznavour, décédé en octobre 2018, est plus qu’appuyé).

A vous de vous faire votre propre avis ; j’imagine que les inconditionnels des aventures originales trouveront de quoi redire, mais pour ma part j’ai aimé cette aventure assez simple mais plaisante.

S 3-3Editions Albert René, 9,99€

Roman

«Soif» d’Amélie Nothomb

soifS’il y a bien une année où il est difficile de dire si j’ai aimé ou pas « le » roman annuel que sort Amélie Nothomb à l’automne, c’est bien cette année. Car derrière la couverture qui ressemble invariablement aux autres couvertures de ses romans des dernières années (une photo de l’auteure en gros plan), le livre est un OVNI parmi tout ce qu’elle a écrit jusqu’ici. Et pour cause : le narrateur n’est autre que Jésus en personne. L’originalité ne s’arrête pas là, puisque l’auteure a décidé de lui donner la parole précisément pendant la crucifixion. Avouez que cela sort des sentiers battus de l’auteure, qui nous a habitués à toutes sortes de récits, mais loin de ce genre.

Le roman est assez court (environ 2h d’écoute dans la version audio), ce qui est bien car plus long aurait rendu le récit interminable vu le contexte – on parle quand même de souffrance et de mort.

Ensuite, sur le fond, j’ai du mal à me prononcer car je fais difficilement la part de ce qui relève des Évangiles, et de ce qui sort de l’imagination d’Amélie Nothomb. Jésus amoureux de Marie-Madeleine ? Pourquoi pas, après tout « Da Vinci code » avait déjà popularisé cette idée, en se basant sur des Évangiles apocryphes. Mais Jésus qui dit à Dieu qu’il ne connaît pas vraiment l’amour ni la souffrance car il n’a pas de corps, est-ce un choix de l’auteure ? Et ceux pour qui il a fait des miracles, l’ont-ils tous renié ? (la partie où les mariés des noces de Cana lui reprochent d’avoir servi du bon vin après du mauvais est assez surréaliste). Il est difficile de juger un tel roman, que j’imagine être un mélange d’interprétation de textes religieux et d’imagination de l’auteure.

Mais le roman a le mérite d’interpeller le lecteur, de le faire se questionner, pourquoi pas d’ouvrir des dialogues. Pour un livre, quel qu’il soit, c’est déjà une réussite.

S 2-3Audiolib, 2h30 d’écoute. Lu par Grégory Baquet

Roman

«Changer l’eau des fleurs» de Valérie Perrin

changer eauVivre dans un cimetière.

Expression paradoxale. Et pourtant c’est bien dans un cimetière que vit Violette Toussaint, qui y officie en tant que gardienne. Si vous vous souvenez de l’héroïne de « L’élégance du hérisson », Violette en est une cousine. Femme charmante qui se cache sous de sombres habits, ayant transformé son logement de gardienne en un cocon de douceur parfumé à la rose, Violette entretient avec amour les tombes de ceux qui sont enterrés dans son cimetière.

Elle qui a passé sa jeunesse comme garde-barrière auprès d’un homme fainéant et lâche, comment est-elle arrivée dans ce lieu où la tristesse côtoie la douceur, où les amitiés se créent entre professionnels de la mort, gardienne de cimetière, fossoyeurs, pompes funèbres, curé ?

Le ton est donné à chaque début de chapitre, qui s’ouvre invariablement sur un épitaphe, tantôt plein d’espoir, tantôt plein de regrets – comme ce livre qui tantôt fait du bien, tantôt fait pleurer. Âmes sensibles, soyez prévenues, vous ne pourrez pas retenir quelques larmes. Mais si le thème du roman ne se prête guère à la gaieté, il émane de Violette une certaine douceur de vivre qui fait du bien.

J’ignore si elles se connaissent, mais j’ai pensé parfois en lisant ce roman à l’écriture de Virginie Grimaldi, autre auteure qui sait susciter chez le lecteur un mélange de plaisir de lecture et de mélancolie, abordant des thèmes lourds mais avec toujours cette lueur d’espoir au bout du chemin.

Si la taille du roman peut faire peur (600 pages dans un cimetière, c’est un pari), je n’ai pas pu le lâcher avant de l’avoir terminé. A noter, le livre a reçu fin septembre le Prix des lecteurs du Livre de poche.

S 3-3Le livre de poche, 672 pages, 8,90€