Roman

« Madame Pylinska et le secret de Chopin » de Eric-Emmanuel Schmitt

pylinskaCertains livres sont faits pour être écoutés, et celui-ci en fait partie. Quelle bonne idée d’avoir associé la lecture du texte d’Eric-Emmanuel Schmitt (par lui-même) à des extraits de Chopin interprétés par Nicolas Stavy !

Je dis « extraits », mais il y a dans certains chapitres de longs moments d’écoute, ce qui est particulièrement agréable pour bien entrer dans l’ambiance.

Le jeune Eric-Emmanuel décide d’améliorer son jeu de pianiste, et prend des cours chez Madame Pylinska. Cette fantasque polonaise va lui faire découvrir Chopin en usant d’une méthode peu conventionnelle, privilégiant le ressenti au jeu, et éloignant son élève pendant plusieurs semaines d’un piano !

Je me suis rendu compte à l’écoute de ce livre que je connaissais très mal l’oeuvre de Chopin, et que je connaissais davantage sa vie vie à travers sa liaison avec George Sand (ce n’est pas pour rien que je tiens un blog littéraire et non musical). A ce propos, le passage où Madame Pylinska évoque George Sand est très drôle, sans être dénué d’une certaine profondeur sur l’amour entre les deux artistes.

J’ignore si Madame Pylinska a réellement existé, mais si c’est le cas elle a dû changer assez profondément le jeu de bien des pianistes en herbe.

S 3-3Audiolib, 2h22, 17,90€

Policier

«Agatha Raisin enquête (t10) : Panique au manoir » de M.C.Beaton

Agatha t10 paniqueBranle bas de combat chez Agatha Raisin : lasse d’attendre James, elle a décidé de quitter provisoirement son village de Carsely, pour s’installer à Fryfam. Fidèle à elle-même, elle s’est décidée sur un coup de tête, piquant une carte au hasard avec une aiguille…

Evidemment, comme d’habitude, là où Agatha passe, quelqu’un trépasse ! Alors qu’elle mène une petite révolte féministe pour permettre aux femmes de son village d’adoption de fréquenter le pub, elle se retrouve mêlée à un meurtre. Pour ne pas dire à ses nouveaux voisins qu’elle fuyait un chagrin d’amour, elle s’est inventé une vie d’écrivain et s’est lancée dans l’écriture d’un roman policier, « Panique au manoir ». Or justement, c’est le propriétaire du manoir local qui a été assassiné ! Voilà Agatha dans de beaux draps !

Bien que cette enquête se déroule hors du village d’origine d’Agatha, on y retrouve la vie de village, les commérages, les coutumes locales… et une Agatha fidèle à elle-même, râleuse, fumeuse, grossière… Ce n’est pas à proprement parler un personnage sympathique, mais elle est attachante ; on dirait une vieille copine un peu grognon mais on s’amuse de ses maladresses et de son franc-parler.

Je suis contente de voir que le succès de la série ne se dément pas ; les prochains tomes m’attendent déjà… et j’espère que les éditions Albin Michel publieront l’intégralité de cette saga truculente.

S 3-3Albin Michel 14€

Policier

«Agatha Raisin enquête (t9) : Sale temps pour les sorcières » de M.C.Beaton

Agatha t9 sorcièresSuite à la basse vengeance d’une coiffeuse, Agatha Raisin est devenue chauve. En attendant la repousse de ses cheveux, elle part s’isoler à Wyckhadden, et loge dans un hôtel occupé par des pensionnaires vieillissants, dont les journées s’achèvent inlassablement par une partie de Scrabble… Pour passer le temps, Agatha rend visite à Francie, la sorcière locale, à qui elle achète une lotion capillaire…et accessoirement un filtre d’amour.

Cela pourrait paraître amusant… jusqu’à ce que Francie soit retrouvée morte.

Et voilà notre Agatha Raisin à nouveau mêlée à une histoire de meurtre, cette fois-ci loin de son village, de James et de Bill.

C’est un tome de la série qui mérite d’être lu en automne ou en hiver pour l’ambiance pluvieuse et sombre. Mais peut importe le temps, la lecture est prenante et le lecteur est transporté sur les côtes britanniques. James ne quitte pas les pensées d’Agatha, mais une fois de plus il n’apparaît réellement qu’en pointillés dans l’histoire.

Ce tome est déjà le neuvième de la série, et je me réjouis de voir qu’Agatha fait de plus en plus parler d’elle en France… alors que mes premières chroniques sur la série datent déjà de novembre 2016. En tout cas, à ce stade je ne me lasse pas de ces « cosy mysteries » pleins de charme !

S 3-3Albin Michel, 14€

Policier

« Breaking news » de Frank Schätzing

breakingQuel pavé !

Voilà quelle a été ma première pensée devant ce livre de plus de 1200 pages. Soit le roman se lira comme une saga, soit ce sera une lecture proche de la punition.

Je n’irai pas jusqu’à dire que cette lecture a été une punition pour moi, mais elle a été indéniablement complexe, exigeante, et au final assez difficile.

Tom Hagen est reporter de guerre. Il est passionné par son métier, mais avec le temps il s’est beaucoup endurci face aux horreurs qu’il a vues. Lors d’un reportage en Afghanistan, une mauvaise évaluation d’une situation lui fait prendre des risques inconsidérés, et sa coéquipière meurt.

Des années plus tard, alors qu’il est devenu un journaliste de second niveau, il a une opportunité de révéler des scoops politiques en lien avec Israël. Mais rien ne va se passer comme prévu.

Si la géopolitique vous fait pousser des soupirs d’ennui, passez à côté de ce livre qui est un foisonnant pavé. Le conflit israëlo-palestinien y est traité à petite et grande échelle, avec des tentatives d’explications historiques d’une grande complexité. Chose rare, l’auteur le reconnaît dans ses remerciements, et évoque « une réalité toujours nouvelle, qui débouche chaque fois sur des situations embrouillées ». Combien de fois me suis-je perdue dans ce roman ? J’ai cessé de les compter. Pourtant le fil conducteur est passionnant, tant au niveau de l’histoire que de l’exercice journalistique.

Tom est un personnage complexe, une âme blessée qui porte en lui à la fois une fibre journalistique viscérale et une incapacité à être heureux.

« Voilà comment ça se passe : tu vois les choses les plus épouvantables, tu rentres chez toi et tu te dis, voilà, maintenant, c’est fini.Tu regardes un match, tu vas dîner avec ta copine […]. Tout ce foutoir ordinaire. Ce dont tu rêvais pendant que tout volait autour de toi […]Et toi, au contraire, tu te dis : Qu’est-ce que c’est que toute cette merde ? Qu’est-ce que c’est, ces foutaises, à côté de ce que j’ai vécu moi ? ».

Sur les conflits au Proche-Orient, l’auteur ne prend pas vraiment position, ou plutôt il essaie d’exposer différents points de vue, au niveau politique et au niveau des vies individuelles, ce qui contribue à faire de ce livre une chronique d’une complexité difficile à démêler.

« Que devient ma génération là-dedans ? Vous avez célébré les victoires, vous nous avez laissé la haine en héritage, et nous sommes censés nous débrouiller avec ça, maintenant ? »

S 1-3Points, 1272 pages, 10,90€

Roman

«Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie » de Virginie Grimaldi

parfumEvacuons le sujet tout de suite : je n’aime pas cette mode des titres très longs, et je trouve bien réductrice la joyeuse couverture girly de ce livre.

Mais j’ai adoré le reste.

Deuxième livre de Virginie Grimaldi que je lis après « Tu comprendras quand tu seras plus grande » (que j’avais déjà bien aimé), « Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie » est encore plus profond, plus intime, plus émouvant. C’est un très bon livre, qui m’a étonnée. Je ne m’attendais pas à être autant touchée.

Pauline est mariée à Ben, et mère d’un petit Jules. Lorsque son mari la quitte, elle est loin d’être prête à renoncer à la vie avec lui. D’une histoire ordinaire, qui arrive tous les jours, Virginie Grimaldi tire un roman sensible et vrai. Tout sonne juste dans son texte, chaque détail drôle ou triste est choisi intelligemment et fera sans doute écho dans les souvenirs des lecteurs, comme dans les miens à maintes reprises.

Se remémorant des souvenirs de leur vie à deux, Pauline espère faire revenir Ben. Toute la question est là : reviendra ? reviendra pas ? Mais Virginie Grimaldi a bien d’autres cordes (sensibles) à son arc, et truffe son récit de rebondissements et revirements de situations. Comme dans la vie.

Le dernier tiers du livre s’oriente vers un registre plus grave, qui m’a bouleversée ; je n’ai pas pu retenir mes larmes.

Au-delà de l’émotion, Virginie Grimaldi est une auteur qui s’impose comme une grande, et je râle un peu de voir ses livres dans les rayons « chick litt » ou « feel good » des librairies. Elle joue sur un autre terrain, et si je peux vous donner un conseil : suivez cette auteur !

S 3-3Audiolib, 7h16 d’écoute, 21,90€

BD

«Bidochon – Maison, sucrée maison » de Christian Binet

bidochon04_1034J’ai lu cette BD pour la première fois il y a bien des années, et je me souviens qu’elle m’avait déjà bien fait rigoler. En parcourant une bibliothèque cet été, je suis tombée par hasard dessus et je l’ai relue, avec autant de plaisir que la première fois (même si je me souvenais de certaines blagues), un peu comme on revoit un film comique devenu un classique.

Robert et Raymonde Bidochon sont décidés : fini l’appartement en HLM, ils vont faire construire leur maison. Après une escroquerie et des châteaux en Espagne, ils redescendent sur Terre pour un projet plus modeste. Mais la construction de leur maison ne va pas (du tout) se passer comme prévu : entrepreneurs, agents immobiliers, promoteurs, semblent tous se liguer contre les Bidochon ! Les rebondissements cocasses s’enchaînent jusqu’à la toute dernière page de cette BD qui sent le vécu. C’est culte !

S 3-3Fluide glacial

BD

«Les Cahiers d’Esther, histoires de mes 10 ans» de Riad Sattouf

estherEsther a neuf ans (oui, passons sur cet étrange décalage avec le titre), et sur la base de son quotidien, Riad Sattouf a écrit cette BD pleine de charme.

Esther va à l’école, a des copines, déteste les garçons (sauf son papa), part en vacances chez sa grand-mère, aime Kendji Girac et Black M. C’est une petite fille de son époque, plutôt bien dans sa peau… et qui rêve d’avoir un iPhone. Chroniques d’une pré-adolescente ordinaire, les « Cahiers d’Esther » peuvent plaire aussi bien aux jeunes lectrices qu’à leurs parents, et peut rappeler aux autres adultes leurs souvenirs de cour de récréation. Car si Esther est bien ancrée dans les années 2010, on pourrait la transposer assez facilement la transposer dans d’autres époques (il suffirait de changer les noms des chanteurs stars!).

Sans être une BD humoristique, c’est une lecture agréable et plutôt positive. Je ne connaissais Riad Sattouf que de nom, et cette première lecture me donne envie de découvrir d’autres titres du même auteur. J’ai d’ailleurs découvert qu’il existe deux autres tomes des « Cahiers d’Esther » : à découvrir !

S 3-3Allary Editions

Roman

«Une vie sans fin » de Frédéric Beigbeger

vie sans finRépondant à une interrogation de sa fille, le narrateur (un double très proche de l’auteur), promet de ne jamais mourir. Et, se posant un peu, le voilà qui s’interroge sérieusement sur l’immortalité. Commence alors un long périple dans plusieurs pays, à la découverte des recherches les plus pointues et les plus innovantes sur l’immortalité.

Ce livre joue sur deux tableaux tout au long du récit :

D’un côté, j’ai découvert des recherches et des techniques incroyables, dont je ne soupçonnais pas l’existence, et qui montrent que la quête de l’immortalité donne lieu à des travaux scientifiques extrêmement poussés. Découvrant ces recherches, je me dis qu’on n’a pas fini de s’étonner dans les prochaines années des avancées de la science dans ce domaine ! Notons que toutes les explications données par l’auteur sont plutôt accessibles au grand public, et l’ensemble est intelligemment vulgarisé.

D’un autre côté, j’ai regretté que l’incontournable trio sexe-drogue-vulgarité déjà tant utilisé par l’auteur soit à nouveau présent dans ce livre. Cela n’apporte rien au récit, dont le propos est suffisamment bien mené par ailleurs pour que le lecteur ne s’ennuie pas.

Le récit navigue donc entre un propos assez sérieux et mené avec pertinence, et des vulgarités à intervalles réguliers. L’ensemble du livre a le mérite d’apporter un éclairage intéressant et un accessible sur un sujet complexe. J’aurais aimé, comme c’est le cas pour d’autres publications de chez Audiolib, terminer par l’écoute d’une interview de l’auteur, pour faire la part des choses et savoir ses motivations profondes et comment il en est arrivé à traiter d’un tel sujet. Sans rien vous dévoiler de la fin, le 32è chapitre (l’un des derniers) se révèle plein de tendresse et permet au lecteur de ne pas finir son écoute que sur des seules questions métaphysiques.

A noter, le texte chez Audiolib est lu par Jonathan Lambert, étonnant dans ce rôle de comédien lecteur que je ne lui connaissais pas.

S 2-3Audiolib, 7h06 d’écoute, 22,90€

C'est mercredi, on lit avec les petits !

«Le Club des cinq et le coffre aux merveilles» de Enid Blyton

club cinq coffreFrançois, Mick et leur petite sœur Annie, forment avec leur cousine Claude et son chien Dagobert le « club des cinq ». Héros de mon enfance dans une saga de la bibliothèque rose qui a déjà quelques décennies, ces jeunes aventuriers bien élevés n’ont pas pris une ride. Quand bien même ils dorment dans des granges et s’éclairent encore avec une lampe torche et non un téléphone portable…

Dans cette aventure-ci, les Cinq passent quelques jours en pension dans la campagne normande, hébergés dans une ferme dont les propriétaires peinent à joindre les deux bouts. Séjournent aussi dans cette ferme un Américain et son fils, qui espèrent mettre la main sur le trésor d’un ancien château aujourd’hui disparu…

Derrière les valeurs incontournables de cette série (l’amitié, l’entraide, le courage, la politesse…) se cache aussi le petit frisson que les cinq aventuriers procurent depuis des générations aux jeunes lecteurs. C’est intelligent, positif, et c’est toujours aussi bien.

S 3-3Bibliothèque rose

Roman

«Rosa candida» de Audur Ava Olafsdottir

LaSolutionEsquimauAWCela faisait plusieurs mois que ce livre m’attendait sur une étagère, pas encore ouvert bien qu’acheté depuis mars au Salon du livre de Paris où il m’avait été conseillé sur le stand de l’éditeur Zulma pas un libraire enthousiaste.

Il fait partie de ces livres difficiles à résumer, ou plutôt, dont le résumé sera forcément réducteur. Non pas que l’histoire soit complexe ; mais elle est une poésie du quotidien.

Le narrateur a perdu sa mère dans un accident de voiture, et vit désormais dans le logis familial avec son père et son frère jumeau handicapé. De sa mère, il a hérité d’une passion pour les plantes, et plus particulièrement pour les roses. Il possède d’ailleurs une variété assez rare, qu’il part installer dans le jardin isolé d’un monastère.

Sorte de voyage initiatique plein de douceur, ce trajet jusqu’au monastère, et les semaines qui suivent, donnent l’occasion au narrateur de réfléchir à sa vie. Et l’on découvrira progressivement qu’il est le père d’une petite fille, et qu’il entretient avec la mère de celle-ci une étrange relation.

Rassurez-vous, je ne vous ai rien dévoilé de trop sur ce splendide roman plein de charme, où les interrogations d’un jeune homme, père, fils, frère, sur sa vie sont autant de fleurs d’espoir.

Chose assez rare, je lisais ce roman dans un lieu public et une dame m’a interpellée juste pour me dire : « C’est bien, hein ? Je l’ai lu ! » avec un sourire de connivence comme seuls peuvent en avoir deux lecteurs autour d’un texte plein de grâce.

Pour moi qui ai habituellement moins d’attirance pour la littérature étrangère que pour la littérature française, je dois souligner que les Editions Zulma ont le don de dénicher des textes étrangers qui me font changer d’avis.

S 3-3Zulma, 288 pages, 8,95€