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«Le secret des Enfants-Rouges» de Claude Izner

enfants rougesQuatrième tome de la série, « Le secret des Enfants-Rouges » installe les personnages récurrents des sœurs Izner dans une évolution continue (et finalement assez rapide). Victor Legris, libraire, s’est installé avec Tasha, une peintre dont il est profondément amoureux ; sa demi-sœur Iris s’est installée avec Kenji, l’associé de Victor à la librairie ; et Joseph le commis roucoule d’amour devant Iris – et ce tome s’avère un tournant dans les liens entre ces différents personnages. Le microcosme qui gravite autour de la librairie parisienne de la rue des Saints-Pères gagne en épaisseur ; le lecteur connaît bien maintenant les personnages et leurs gentils défauts.

Cette fois-ci, c’est un cambriolage dans l’appartement de Kenji qui occupe nos limiers amateurs. Une mystérieuse coupe, dont Kenji venait d’hériter, a disparu. Kenki, Victor et Joseph vont unir leurs forces pour mener l’enquête, qui se révèle être une véritable épopée dans Paris. L’intrigue est plus complexe, moins fluide que dans les trois précédents tomes. Mais j’ai apprécié retrouvé dans ma lecture ces personnages charmants, que les auteurs font progresser de tome en tome.

S 2-310-18

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«Meurtres en majuscules» de Sophie Hannah

meurtres majusculesCurieuse de découvrir sous quelle forme Sophie Hannah avait redonné vie au détective héros d’Agatha Christie, le célèbre Hercule Poirot, j’ai lu récemment « La mort a ses raisons ». Il s’agissait de la deuxième aventure d’Hercule Poirot dans sa « nouvelle vie ». Le roman m’avait vraiment séduite, j’ai donc décidé de reprendre la lecture dans l’ordre avec « Meurtres en majuscules » qui est en fait la première aventure d’Hercule Poirot écrite par Sophie Hannah.

Ma première impression est que j’ai bien fait de ne pas commencer par cet opus-là, car je n’aurais sans doute pas continué avec d’autres tomes.

Le roman, pourtant, n’est pas si mauvais, et les fans d’Hercule Poirot retrouveront avec plaisir les petits travers de leur détective belge favori. Rien ne manque dans le portrait : son style tiré à quatre épingles, sa critique à peine voilée du tempérament anglais, sa manie pour l’ordre, son narcissisme…

Le déroulé de l’histoire est aussi digne d’une suite aux épisodes écrits par Agatha Christie elle-même : trois meurtres ont été commis à l’hôtel Bloxham, trois meurtres mis en scène avec une précision diabolique. Mais personne ne s’explique comment le meurtrier a agi, ni comment il a pu s’échapper incognito de l’hôtel. Hercule Poirot, qui profitait pourtant d’un repos bien mérité et nécessaire pour recharger ses petites cellules grises, se trouve rapidement embarqué dans l’histoire. Tout d’abord parce que l’enquêteur chargé de résoudre ces crimes n’est autres que Catchpool, qui habite la même pension que lui ; et ensuite parce qu’il a été interpellé dans un café par une jeune femme qui se sent en danger de mort – et Poirot, faisant appel à sa célèbre intuition, perçoit déjà un lien entre son appel à l’aide et les meurtres qui viennent d’être commis à l’hôtel.

Ce qui m’a gênée, ce sont les longs passages d’explications sur ce qui s’est passé. Poirot, naturellement, explore de multiples pistes en faisant tourner en bourrique le pauvre Catchpool dont les cellules grises ne fonctionnent pas aussi vite que celles du détective. Mais cette partie d’explication, indispensable au dénouement dans un « Hercule Poirot », commence presque dès la moitié du livre, avec des apports d’éléments totalement inconnus du lecteur. A de multiples reprises, Poirot « devine » plus qu’il ne « déduit », et j’ai trouvé cela assez frustrant pour le lecteur, ayant la sensation de ne pas avoir toutes les cartes en main pour jouer avec le détective !

Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de lire ces nouvelles aventures de Poirot, je vous conseille donc de commencer par « La mort a ses raisons », plus plaisant et moins poussif que celui-ci.

S 2-3Le Livre de poche, 408 pages, 7,90€

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«37 fois» de Christopher J. Yates

37 foisLa couverture, tout d’abord, intrigue : sombre et mettant en avant une corde qui va jusqu’à cacher partiellement le titre du livre – titre, qui, d’ailleurs, intrigue tout autant, bref et avec ce chiffre qui prend toute la place « 37 ».

Mais si le contenu à l’intérieur est sombre, il est surtout psychologique et mené de main de maître par un auteur qui sait étonner le lecteur.

L’histoire, donc. Patrick, Matthew et Hannah sont camarades, mais lors d’un après-midi pas comme les autres, leurs vies se retrouvent liées par un drame incompréhensible. Matthew a grièvement blessé Hannah, avec fureur, avec cruauté. Et Patrick, qui était à côté, n’est pas intervenu.

Pourtant quand on les retrouve une vingtaine d’année plus tard, Hannah et Patrick sont mariés. Elle, est devenue journaliste ; lui, au chômage, rêve d’ouvrir son restaurant et anime en attendant un blog culinaire à succès. Mais le passé finit toujours par remonter à la surface – surtout dans les romans noirs – et le quotidien bien ordonné de Patrick et Hannah ne va pas résister au séisme.

Aux premiers chapitres, je me demandais où l’auteur voulait en venir. Connaissant le drame et les coupables dès les premières pages, je me demandais ce qui allait bien pouvoir nourrir un roman de 400 pages. C’était sans compter le talent de l’auteur et son art de promener l’air de rien le lecteur tour à tour dans un quotidien banal ou dans les plus misérables tréfonds de l’âme humaine. C’est bien construit, plutôt malin, et vous n’aurez les clés de l’histoire qu’à la fin du roman. Voilà un polar qui fonctionne bien, jusqu’aux dernières pages.

S 3-3Cherche Midi, 416 pages, 22€

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«Un élément perturbateur» de Olivier Chantraine

élément perturbateurSerge est consultant dans une obscure compagnie financière. Il a, comme d’habitude, décroché ce job grâce à l’intervention de son frère, ministre de l’Economie. Car Serge, malgré la quarantaine et son brillant esprit d’analyste financier, est toujours resté un petit garçon sur certains aspects, et ne s’est pas totalement émancipé. Après la mort de ses parents, il est resté chez sa sœur, chez qui il vit encore, et qui lui prépare chaque matin son petit-déjeuner selon un rituel immuable. Il dort dans sa chambre d’enfant, avec le poster de Diego Maradona bien en évidence.

Mais depuis quelque temps, Serge souffre de troubles de la parole, et voilà qu’il fait échouer par une gaffe la signature d’un gros contrat japonais. Ses patrons sont furieux, mais son statut de « frère de » lui permet le sursis. Il va devoir se racheter, et pour cela est envoyé en mission avec la belle Laura, sa collègue dont il est fou amoureux. Laura, ambitieuse, navigue entre ses envies de brillante carrière et son quotidien, elle est l’archétype de la business woman pas totalement assumée. Son personnage montre toute la difficulté de certaines femmes ambitieuses à exister dans des univers masculins, machistes parfois, et ce tiraillement entre la réussite personnelle et professionnelle. Serge pourrait sembler être son opposé, mais sa conscience professionnelle en font un financier dangereux « malgré lui ».

Sous couvert d’un roman distrayant, drôle même, le roman interroge notre vision de la réussite, les conséquences de l’intégrité, et le choix d’une vie professionnelle en accord avec nos valeurs. On lit, on sourit… et on réfléchit.

S 3-3Folio, 320 pages, 7,90€

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«Le prince de Cochinchine» de Jean-François Parot

cochinchine1787. Nicolas Le Floch est maintenant grand-père. Alors que la rue gronde, que la rupture entre le peuple et la noblesse s’accroît de jour en jour, Nicolas a profité de la naissance de son petit-fils pour retourner sur ses terres familiales de Ranreuil. Mais il est mystérieusement pris pour cible à plusieurs reprises, et ne doit son salut qu’à l’intervention de Cholet, un inconnu avec qui il se lie d’amitié le temps d’un voyage retour vers Paris.

Or Cholet est retrouvé mort peu après, et Nicolas commence à trouver le contexte autour de lui particulièrement pesant. Pendant ce temps, un évêque ami de longue date de Nicolas, est de retour en France avec l’héritier de Cochinchine dans le cadre d’une négociation politique.

Après une période de froid dans les derniers tomes, Nicolas renoue avec Sartine son mentor : dans une période de tourmente, cela fait plaisir au lecteur de retrouver ce duo qui, certes, se chamaille, mais toujours se respecte. L’écart se creuse en revanche entre Nicolas et son fidèle ami Bourdeau : ce dernier est de plus en plus critique envers la noblesse ; et si Nicolas a toujours été sensible aux causes du peuple, il n’en oublie pas pour autant ses origines royales.

Est-ce parce que le décès de l’auteur Jean-François Parot fait de ce tome le dernier de la série qui aurait dû se poursuivre sur plusieurs tomes encore ? Toujours est-il que j’ai particulièrement apprécié ce roman, que j’ai lu à la fois avec émotion et une volonté assumée de le déguster… avant de dire adieu à ces personnages attachants dont on ne saura jamais où les vents la Révolution les auraient portés. Le récit est aussi moins complexe que de précédents tomes, les personnages et les intrigues de cour plus accessibles.

A noter, la préface de la rédaction d’Historia, parfaitement juste et qui reflète bien ce que nombre de lecteurs ressentiront à la lecture de ce roman.

S 3-310/18, 456 pages, 8,80€

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«La mort a ses raisons» de Sophie Hannah

mort raisonsSophie Hannah a été choisie par les héritiers d’Agatha Christie pour écrire de nouvelles aventures du célèbre détective Hercule Poirot. Quand on s’attaque à un tel mythe, il faut être à la hauteur… Je suis une grande admiratrice de la « reine du crime », j’ai lu quasiment tous ses romans policiers (ce qui représente quand même plusieurs dizaines de livres). Alors quand j’ai commencé la lecture de « La mort a ses raisons », j’étais curieuse mais je pensais que j’allais sans cesse comparer ce roman aux originaux.

Finalement… pas du tout.

Le livre s’ouvre sur le dessin d’un plan de maison, façon Cluedo. Ce n’est que le premier d’une liste d’ingrédients incontournables : un huis-clos pour l’ambiance, un groupe réuni dans une grande demeure, mélangeant famille / amis ou conjoints / domestiques, et au milieu, Hercule Poirot et l’inspecteur Catchpool. Ces deux derniers se demandent bien, d’ailleurs, pourquoi Athelinda Playford, maîtresse des lieux et romancière à succès, les a invités à passer quelques jours chez elle.

Lors du dîner, Athelinda annonce qu’elle déshérite ses enfants, au profit d’un homme… qui est lui-même mourant. Bien sûr cette révélation bouscule l’assemblée présente. Et comme par hasard, un crime est commis quelques heures après…

La construction du roman est assez classique, totalement dans la lignée de ce qu’Agatha Christie aurait pu écrire. Le dénouement se déroule sans surprise dans une scène réunissant tous les personnages autour de Poirot. Celui-ci, finalement, est assez peu présent, et j’ai remercié intérieurement l’auteur de ne pas avoir abusé des clichés sur ses moustaches, son crâne d’œuf et ses petites cellules grises. Poirot est présent sans être omniprésent, et c’est très bien comme ça.

Je n’avais pas envie d’interrompre ma lecture de ce roman efficace, qui se suffit à lui-même indépendamment de la « lignée » dans laquelle il s’inscrit, qui mérite d’être lu pour ce qu’il est : un bon « cosy mystery ». Je lirai avec plaisir les autres romans de cette saga.

S 3-3Le Livre de poche, 408 pages, 7,90€

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«  Derniers mètres jusqu’au cimetière » de Antti Tuamainen

derniers mètresJaakko va mourir. Il se sentait mal depuis plusieurs jours, et le diagnostic du médecin ne laisse aucun espoir : Jaakko a été empoisonnée à petit feu, et ses jours sont comptés.

Il pourrait s’isoler pour pleurer. Il pourrait vouloir vivre à 100 % les derniers jours qui lui restent. Mais il décide de chercher qui l’a empoisonné, pour se venger avant de mourir.

A la tête d’une entreprise spécialisée dans le champignon, il découvre que sa femme le trompe avec l’un de leurs employés ! Et par dessus le marché, des concurrents redoutables menacent la récolte de cette année…

Le titre annonce la couleur : ici il n’y aura pas de pathos sur la fin de vie, le personnage principal fera ses « derniers mètres jusqu’au cimetière » avec toute l’énergie que l’on peut mobiliser dans ses derniers instants pour finir sa vie en beauté. Bien sûr il y a de l’humour noir dans ce texte, le thème est évidemment décalé et traité en tant que tel. Certaines scènes sont cocasses dans la violence, un peu déroutantes dans la lecture, mais on se prend au jeu de suivre Jaako dans son ultime quête de vérité.

A la fois enquête, récit humoristique, parsemé de quelques scènes sanglantes, c’est un roman déroutant, mais dont le contenu est très cohérent avec ce que son titre annonce !

S 2-3Fleuve éditions

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«Le dernier hyver» de Fabrice Papillon

hyverLe titre, bien sûr, intrigue tout d’abord : qu’est-ce donc que cet « hyver » qui interpelle à la seule lecture de la couverture ? Si le titre vous interpelle, vous n’êtes pas au bout de vos surprises, car ce livre est à la fois construit avec intelligence et particulièrement étonnant.

L’histoire commence ainsi : Marie, brillante stagiaire tout juste arrivée au 36 quai des orfèvres, se trouve confrontée à un meurtre particulièrement atroce dans une boutique Hermès des beaux quartiers parisiens. Le corps a été mutilé selon un rite qui rappelle des coutumes ancestrales.

Le roman, d’abord, surprend par la qualité de la documentation et la précision avec laquelle l’auteur nous fait entrer dans les coulisses d’une institution de la police. Puis les liens avec l’Histoire se construisent au fil des pages, et là encore on plonge avec délice dans des parenthèses historiques passionnantes. A un moment de l’histoire, des phénomènes inexplicables bousculent la lecture, et toute la question sera alors de savoir si ce livre aura une fin plausible ou basculera totalement dans une monde parallèle – et je-ne-vous-dirai-rien !

Durant toute ma lecture, j’ai été tour à tour charmée et déroutée par la forme de ce roman. Marie, la jeune stagiaire, se retrouve confrontée à des situations incroyables : que ferait le lecteur à sa place, chercherait-il des explications rationnelles, ou bien chercherait-il une autre forme de physique ?

Amateurs d’alchimie, passionnés d’Histoire, curieux de philosophie ou de mathématiques sur les traces d’Hypathie d’Alexandrie, ce livre vous étonnera, vous séduira, et assurément ne vous laissera pas indifférents.

S 3-3Points

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«Agatha Raisin enquête (tome 13) : Chantage au presbytère» de M.C.Beaton

agatha t13 presbytèreÇa bouge dans la vie d’Agatha Raisin ! Son mari, James, qui s’était retiré dans un monastère, ne donne définitivement plus de nouvelles ; Charles Fraith, son ami intime, est aux abonnés absents ; reste John Armitage, son nouveau voisin, écrivain de son état, avec qui Agatha se demande s’il serait envisageable de se mettre en couple…

Le moral d’Agatha se regonfle lorsque Tristan Delon, le nouveau vicaire du village, lui fait les yeux doux. Agatha peut encore séduire ! A peine se méfie-t-elle lorsqu’au cours d’un dîner il lui propose de s’occuper pour elle de la gestion de ses économies.

Lorsque Tristan est retrouvé mort, les suspects ne manquent pas : est-ce le pasteur, jaloux de son aura ? Est-ce l’une des femmes à qui il a fait la cour ? Est-ce Agatha elle-même ?

Le nouveau duo Agatha / John mène l’enquête. Comme dans les bons opus de la saga, l’histoire avance bien, il y a des fausses pistes, et plein de diversions sur la vie d’Agatha, les amours de Bill Wong, l’organisation d’une « course aux canards » pour les bonnes œuvres de la paroisse… C’est charmant comme un week-end dans la campagne anglaise.

Si certains personnages piliers (Mrs Bloxbuy l’épouse du pasteur, Bill Wong l’ami policier…) font le lien avec les épisodes précédents, avoir mis d’autres personnages entre parenthèses (James, Charles, Roy…) donne un nouvel élan à la série. Nul doute que certains réapparaîtront dans de prochains tomes ; mais cela agrémente la lecture de voir Agatha dans un univers un peu différent, et plus sensible que jamais.

C’est un bon cru dans la série.

S 3-3Albin Michel, 306 pages, 14€

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«Agatha Raisin enquête : Le Noël d’Agatha » de M.C.Beaton

Agatha NoëlLes lecteurs de cette saga le savent : Agatha est pleine de paradoxes, tantôt aigrie, tantôt le cœur sur la main. Dans cette courte nouvelle d’une soixantaine de pages, qui se lit indépendamment du reste des tomes, Agatha est submergée par l’esprit de Noël. Elle, d’habitude si individualiste, a décidé d’organiser un repas de Noël pour les personnes seules du village des Cotswolds où elle habite.

Six convives se retrouvent donc autour d’elle et de son fidèle ami Roy venu spécialement de Londres. Piètre cuisinière, elle a confié la gestion du repas à un traiteur, mais a tenu à faire elle-même le pudding à servir en dessert.

La confection du traditionnel dessert s’avère savoureusement drôle, Agatha étant connue pour sa vision très « personnelle » de la cuisine…

Mais la bonne humeur s’arrête là, alors que l’un des convives meurt, justement à cause du pudding…

La nouvelle, très courte, oblige à des raccourcis et des résumés très très rapides du reste de la série. Si elle se lit indépendamment du reste des tomes, un lecteur qui ne connaît pas la série ne doit pas commencer par ce texte, car tous les personnages y apparaissent furtivement (James, Charles, Mrs Bloxby, Roy, Bill Wong…), il est donc préférable de les connaître, sous peine de ne pas profiter pleinement du charme du texte. L’enquête, forcément, n’est pas la plus poussée qu’ait menée Agatha, mais se lit surtout pour le plaisir de retrouver cette héroïne atypique en pleine période de Noël.

S 3-3Albin Michel. A noter, le livre ne s’achète pas, il est offert avec l’achat d’autres tomes de la série.