Roman

« Le livre de ma mère », d’Albert Cohen

livre mèreQu’ils sont étranges et nombreux, les chemins qui mènent à la littérature ! C’est une chronique radio entendue d’une oreille, parlant d’une pièce de théâtre adaptée d’Albert Cohen, qui m’a donné envie de lire « Le livre de ma mère ».

D’Albert Cohen, je connaissais surtout « Belle du Seigneur » (tiens, d’ailleurs un jour je relirai ce livre).

« Le livre de ma mère », plus qu’un témoignage, est une déclaration d’amour d’un fils à sa mère aujourd’hui décédée. Il se souvient des moments passés ensemble, de ses petites manies, et de cet amour sans limite et sans faille qu’elle avait pour lui.

« Ô mon passé, ma petite enfance, ô chambrette, coussins brodés de petits chats rassurants, vertueuses chromos, conforts et confitures, tisanes, pâtes pectorales, arnica, papillon du gaz dans la cuisine, sirop d’orgeat, antiques dentelles, odeurs, naphtalines, veilleuses de porcelaines, petits baisers du soir […]. Ô mon enfance, gelée de coings, bougies roses, journaux illustrés du jeudi […], petites paix, petits bonheurs, gâteaux de Maman, sourires de Maman, ô tout ce que je n’aurai plus […] »

Au-delà de la touchante déclaration qu’il écrit à sa mère, c’est plus généralement un message que l’auteur adresse à tous les fils, les suppliant de profiter de leur mère pendant qu’elle est encore vivante. Le décès de la mère tant aimée est une prise de conscience de l’absurdité de la vie, et provoque de nombreuses interrogations sur « l’après » et sur Dieu.

« Quelle est cette farce ? Ma mère est née, elle est venue, elle s’est réjouie de son fils, elle s’est réjouie de ses robes, elle a ri, elle a tant espéré, elle s’est donné tant de peine […]. Et tout cela, tout cela, pourquoi ? Pour rien. Pour finir dans un trou. »

Le texte est très fort, très sensible, et chacun peut s’y reconnaître – dans le rôle du fils, ou celui de la mère aimante. Beaucoup de passages sont attendrissants, comme ces anecdotes du quotidien a priori insignifiantes mais qui créent les souvenirs d’une vie (le passage sur le rangement des factures est même assez drôle).

Je ne crois pas avoir lu avant ce livre une telle déclaration d’amour filial. Si le texte interroge chaque fils (ou disons chaque enfant en général) sur l’affection qu’il porte à sa mère, il surprend aussi par la démesure de la déclaration – à tel point que je me suis demandé plusieurs fois si les mères voulaient susciter après leur mort une telle passion filiale, et un tel désœuvrement fait de souvenirs et de regrets. Elles préfèreraient, peut-être, savoir que leurs fils vivent leur vie joyeusement et tournés vers l’avenir.

S 3-3Folio, 175 pages, 6€

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