Roman

« La maison aux livres » d’Enis Batur

Quand on aime autant les livres que moi, un roman qui s’intitule « La maison aux livres » ne peut qu’attirer l’attention, même quand on vient de côtoyer quelques milliers de livres dans un festival, et que le sac est déjà bien rempli de nouvelles lectures…

Problème : il y a une grande différence entre ce que j’avais compris de la quatrième de couverture, et ce que le roman raconte vraiment.

Le point de départ est pourtant clair : un homme, écrivain, éditeur, grand amoureux des livres et des bibliothèques, découvre qu’il hérite d’une maison remplie de livres, une incroyable collection ayant appartenu à un homme dont il ne sait rien. Va-t-il accepter cet héritage ? Et si oui, pour en faire quoi ?

Ce que j’avais compris en lisant la quatrième de couverture, c’est que le roman serait une sorte d’enquête littéraire sur l’identité du mystérieux propriétaire décédé : « Énigmatique, la bibliothèque vire bientôt à l’obsession. Le classement ingénieux des luxuriants rayonnages, les innombrables notes manuscrites semblent autant d’indices pour percer le mystère : mais qui est l’architecte génial de ce fabuleux trésor ? »

Mais ce que le roman est vraiment, c’est surtout un texte où le narrateur exprime sa passion des livres, ses doutes sur ce qu’il doit faire de cet héritage, et où il parle de la place des livres dans sa vie – beaucoup plus que de la mystérieuse bibliothèque en elle-même. Malgré quelques aphorismes que j’ai relevés, et qui parleront aux grands lecteurs, je n’ai pas été convaincue par ce roman dont j’attendais autre chose… même jusqu’aux dernières dernières pages, très énigmatiques, qui m’ont laissée sur un sentiment d’incompréhension.

Zulma, 192 pages, 9,95€

Roman

« La mezzanine » de Nicholson Baker


Peu d’auteurs sont capables de partir d’un tout petit événement du quotidien – en l’occurrence, un employé de bureau qui casse son lacet avant sa pause déjeuner – et d’en tirer tout un texte drôle, fin, limité dans le temps (la fameuse pause déjeuner), dans l’espace (les locaux où travaille le protagoniste et le quartier juste autour), les personnages (il croise furtivement quelques collègues, évoque aussi le souvenir de sa mère, mais c’est tout), et pourtant de réussir à ouvrir tout un monde au lecteur.


Environ la moitié du texte est consacrée à des notes de bas de page. C’est assez déroutant car cela coupe la lecture du texte principal plusieurs fois par chapitre ; mais surtout ne sacrifiez pas la lecture de ces notes, qui sont aussi truculentes que le texte principal.

S’il n’y a pas vraiment d’histoire, vous aurez malgré tout l’occasion de vous interroger sur la raison (scientifique) pour laquelle les pailles en plastique flottaient dans les sodas (c’est assez amusant d’ailleurs de lire cette partie où l’auteur regrette la fin des pailles en papier au profit des pailles en plastique, alors qu’on a connu le débat inverse quelques années plus tard) ; vous réfléchirez à la forme de votre bac à glaçons ; et vous pourrez vous faire un avis dans le débat entre essuie-mains papier ou souffleur d’air chaud dans les toilettes.

Tout cela a l’air anodin, banal ? Certes ! Mais le talent de l’auteur réside dans sa capacité à raconter tout cela avec un sens inouï de l’observation, qui m’a fait penser à plusieurs reprises « Je n’y avais jamais pensé mais c’est tout à fait exact ! ». C’est un peu du Perec dans l’esprit, mais en plus dynamique et en plus drôle.

On en sort amusé et avec le regard un peu plus aiguisé sur les objets du quotidien.

Les Belles lettres, 176 pages, 15€ (service de presse)

Roman

« Notre-Dame de Paris » de Victor Hugo

Quel chef-d’œuvre ! Et quel bonheur de lecture !

Ne sous-estimez pas la puissance ce ces livres qui traversent les siècles et deviennent des « classiques ». Je suis très à l’aise pour reconnaître quand je n’aime pas un livre que « tout le monde » aime, quand je m’ennuie devant un texte jugé « incontournable » par des générations de lecteurs. Mais là, sans conteste, j’ai adoré ce roman.

Cela faisait longtemps que je voulais lire « Notre-Dame de Paris », mais les quelques 700 pages avaient toujours reporté cette lecture.

J’ai été un peu surprise par le début du roman, et surtout par les chapitres courts mais pleins de parenthèses sur l’histoire principale (on comprend vite que ce ne sont pas des digressions, et que tout a un sens). Les personnages sont introduits avec tout leur passé, le décor est décrit dans ses détails historiques les plus précis (amoureux de Paris, vous serez comblés), et l’auteur ne se prive pas de donner son avis sur certains sujets qui lui tiennent à cœur.

Si vous n’avez de cette histoire que les références de Disney ou d’une comédie musicale, vous découvrirez que Quasimodo n’est pas si gentil, que « la » Esmeralda est proche de l’image qu’on s’en fait («  fraîche, pure, charmante, et si faible en même temps »), et que certaines paroles de chansons sont puisées directement dans les mots de Victor Hugo.

J’ai été happée par ce roman, impossible à lâcher ; j’y suis revenue avec empressement à chaque moment de temps libre.

Quelques mots sur l’histoire : en 1482, à Paris, gravitent autour de Notre-Dame des personnages hauts en couleur. Il y a Quasimodo, le sonneur de cloches, bossu, laid, méchant, sauvé de l’abandon par Frollo, un archidiacre aussi cultivé que redoutable, alchimiste dans l’âme ; « la » Esmeralda, bohémienne, qui fait tourner les têtes sans le vouloir ; et puis Phoebus le prétentieux capitaine, Gringoire le poète trouillard…

Tout a déjà été dit et commenté sur ce roman, retenez seulement que les mots sont d’une incroyable précision, Hugo d’une érudition impressionnante, et que ce roman peut encore captiver jusque tard dans la nuit un lecteur ou une lectrice de 2026.

Points, 704 pages, 10,80€

Roman

« Les mystères de la rue Ginnami » de Magi Inoue

Je déteste être déçue par un livre. Quand je commence une lecture, que je l’aie choisie ou qu’elle m’ait été conseillée, j’y place toujours beaucoup d’espoir, la croyance que je vais passer un moment inoubliable, que je vais découvrir un grand auteur, un texte puissant ou divertissant, peu importe. Mais dans tous les cas, j’y crois.

Alors quand les chapitres se succèdent et que je constate que mon enthousiasme diminue, c’est toujours avec regret que je reconnais que je n’ai pas fait le bon choix… ça arrive !

Pour « Les mystères de la rue Ginnami », le pitch était pourtant alléchant, avec la promesse de lire deux versions différentes d’une même histoire : d’un côté le récit des sœurs Uchiyama, de l’autre la version des frères Kogure. Et pour cela, il fallait retourner le livre et lire la deuxième partie avec un autre sens de lecture, comme un manga.

Première découverte (je n’avais pas compris), il n’y a pas 1 mais 3 histoires distinctes (3 enquêtes autour d’un accident de la route, d’un vol, et d’un kidnapping), et donc 3 allers-retours dans le sens de lecture. Jusque là, c’est plutôt amusant.

Dans les autres points positifs, j’ai beaucoup aimé l’ambiance du récit, qui m’a rappelé les manga animés de mon enfance. J’ai trouvé les sœurs Uchiyama plutôt sympathiques, les frères Kogure courageux (ils sont orphelins et se débrouillent seuls). Mais je n’ai pas compris les liens entre les deux versions. Je pensais que la version des garçons apporterait un éclairage différent à la situation décrite dans la version des filles – en fait il s’agit d’histoires complètement différentes, mais il m’a fallu lire plus de la moitié du livre pour en saisir la logique. Finalement, je suppose que l’auteure a voulu montrer qu’à partir d’un même fait, on pouvait construire deux histoires. Pourquoi pas, sauf que j’aurais préféré que le livre soit présenté comme tel dès le départ, et ne pas me perdre en questionnements pendant aussi longtemps.

J’ai lu, 512 pages, 24€

Cosy mystery·Roman

« Un meurtre absolument splendide » de Julia Seales


A Swampshire, au Royaume-Uni, les femmes vivent sous la contrainte de règles de bienséance très strictes. Les thèmes de discussion, les loisirs, les interactions avec les hommes, tout est fortement contraint. Mais dans ce petit monde très strict, Beatrice Steele s’ennuie dans les bals et rêve davantage d’enquêter sur des meurtres comme dans les articles qu’elle lit en volant le journal de son père.

Beatrice m’a fait penser à Jo March, par son côté irrévérencieux et indépendant. Les situations cocasses sont nombreuses, et l’auteure use d’un humour grinçant pour dénoncer une société fortement patriarcale – et toutes les absurdités qu’elle engendre.

L’enquête est un prétexte, le meurtre (qui n’a rien de « splendide », je trouve le titre étrange), n’arrive qu’au milieu du roman. La seconde partie du roman est consacrée aux interrogatoires des suspects, les pistes étant éliminées les unes après les autres avec beaucoup de méthode. Le roman est ponctué de très courts chapitres (parfois une seule page) avec des extraits de pièce de théâtre, de journal, de citations,… On se sent d’ailleurs comme dans une pièce de théâtre, j’imagine qu’une adaptation pourrait être faite du texte. Au final, c’est un roman agréable, léger et piquant à la fois.

Editions du Masque, 388 pages, 21,90€

Policier·Roman

« La fleuriste » d’Alicja Sinicka


J’avais lu tellement de bonnes critiques sur ce roman, que forcément j’en attendais beaucoup… et j’ai été un peu déçue. Pourtant tous les ingrédients d’un bon thriller psychologique étaient réunis, et j’aurais pu me laisser complètement porter par l’histoire jusqu’au dénouement des dernières pages. Malheureusement je me suis un peu ennuyée, dans une structure que j’ai trouvée classique et pas assez surprenante.

Helena est fleuriste. Depuis que Sonia lui a sauvé la vie après un accident de voiture, elle l’a embauchée dans son magasin et les deux femmes s’entendent bien. Mais un jour, Helena disparaît mystérieusement. Quelques indices dans sa boutique laissent penser que sa disparition n’a rien de volontaire. Une bagarre ? Un enlèvement ? Un meurtre ? On ne sait pas ce qui s’est passé, mais le sang et les dégâts matériels sur place ne laissent rien présager de bon.

Ni Sonia ni le mari de la disparue (qui portent en alternance la narration de ce roman) ne comprennent ce qui a pu se passer et ils se lancent ensemble dans leur propre enquête.

Je ne dois pas être trop sévère avec ce roman, qui comporte quand même quelques rebondissements bien trouvés (jusqu’à la fin) et qui est rythmé par des chapitres courts.

Un dernier agacement, quand même : dans le grand format, les coquilles et mauvais accords de participes passés ne passent pas inaperçus…

Mera Editions, 350 pages, 19,99€

Roman

« On l’appelait Bennie Diamond » de Michaël Dichter

Coup de coeur pour ce premier roman, qui m’a été conseillé lors de la « reading party » du 8 mai dernier, place de la Concorde à Paris.

Anvers, dans les années 1980. Bennie pourrait suivre les pas de son père et dédier sa vie à la religion juive. Mais il a dans le sang une passion héritée de son grand-père, l’intraitable Yéhuda qui règne sur la Bourse aux diamants. Par défi envers lui-même, et peut-être pour épater une fille qui n’est pas de son milieu, Bennie veut réussir par ses propres moyens, et exister dans le cercle fermé des diamantaires.


Bennie est un personnage comme on les adore : il est vif, déterminé, et même si la réussite n’est pas garantie, il tente sa chance pour vivre son rêve. J’ai adoré le voir gravir les échelons dans un milieu fermé, grâce à son ingéniosité et son bagou. J’ai espéré avec lui. J’ai déchanté avec lui. J’ai redouté avec lui les réactions de ses proches. En un mot, je me suis totalement immergée dans
le parcours initiatique de ce jeune garçon ambitieux et attachant. Pour un premier roman, c’est une belle réussite !

Editions Les Léonides, 400 pages, 21,90€

Roman

« L’amour et la fureur » de Martin Suter

Est-on plus heureux quand on vit dans le luxe, mais sans l’être aimé ? C’est en tout cas ce que croit Camilla. Elle est comptable (et exècre ce métier) et entretient Noah, son conjoint, un artiste peintre qui ne vend pas de toile. Pourquoi se sacrifierait-elle dans un métier qu’elle déteste, au profit d’un homme qui n’arrive pas à vivre de sa passion ? Alors même si elle l’aime encore, elle décide de le quitter.

Sauf que Noah, un soir de déprime, rencontre dans un bar une femme qui pourrait bien changer sa vie : veuve, elle promet à celui qui tuera l’ancien associé de son mari la moitié de l’héritage qu’elle a touché. Noah, pourtant bien loin d’être un tueur à gages, entrevoit une solution qui lui permettrait de reconquérir Camilla…

Je n’arrive pas à savoir si ce livre est très sérieux ou très décalé… sans doute un peu les deux ! Il est sérieux en cela qu’il décortique avec beaucoup de justesse des mécaniques parfois complexes qui régissent les couples – quand l’amour ne suffit pas, quand le manque d’argent épuise, quand l’autre devient plus agaçant qu’attendrissant. Mais il est aussi léger et décalé, car Camilla est parfois ridicule dans ses rêves de princesse entretenue, et Noah bien maladroit pour la reconquérir… Au final ils sont aussi attachants que pathétiques, on sourit, on soupire, finalement ils ont les défauts de tant de couples.

La bonne idée du roman est d’avoir une progression, dans leur histoire de couple et dans les liens avec les autres personnages. C’est rafraîchissant, amusant, et non dénué de réflexions sur les couples et leurs imperfections.

Phébus, 22,90€

Roman

« La fille de l’Ourcq » d’Emmanuelle Veil

Souvenez-vous de la montagne de livres que j’ai rapportés du Festival du livre de Paris cette année… Comme d’habitude, j’ai laissé de côté les stands qui ne présentaient que les best-sellers du momentque l’ on trouve dans toutes les librairies et, à une exception près dont je vous parlerai une autre fois, je me suis… Lire la suite « La fille de l’Ourcq » d’Emmanuelle Veil

Roman

« Expo 58 » de Jonathan Coe

Si vous cherchez conseil sur un roman dont l’histoire se déroule à Bruxelles, le titre qui revient le plus souvent (polars mis à part) est « Expo 58 », ce roman de l’Anglais Jonathan Coe. Thomas Foley est un fonctionnaire de l’administration anglaise, choisi pour superviser le pavillon britannique à l’Exposition universelle de 1958 à Bruxelles. Si… Lire la suite « Expo 58 » de Jonathan Coe