Policier

« Une étude en rouge » de Conan Doyle

sherlockJ’adore la collection « Bouquins » des éditions Robert Laffont, en particulier les ouvrages qui regroupent plusieurs romans d’un même auteur. J’ai commencé cette collection avec une anthologie de Françoise Sagan (que je vous conseille, d’ailleurs).

Je n’avais pas lu de romans de Conan Doyle depuis longtemps. Très longtemps. C’est en voyant que la collection « Bouquins » proposait les premiers textes de Sherlock Holmes dans un même tome que j’ai eu la curiosité de le redécouvrir. Comme mes souvenirs de Sherlock Holmes étaient assez anciens, j’étais curieuse de renouer avec ce personnage, et de faire la part des choses entre les textes d’origine et la légende. Comment a-t-il rencontré Watson ? Disait-il réellement « élémentaire, mon cher Watson » ?

J’ai donc été très contente de reprendre cette lecture, en commençant par « Une étude en rouge », la première aventure de Sherlock Holmes, qui débute par la rencontre avec Watson. La première moitié du livre est consacrée à la genèse des deux personnages, et à une première enquête qui permet à Sherlock Holmes de montrer sa « méthode » à Watson. La seconde partie du livre est très déstabilisante : le lecteur change d’un coup, sans transition, d’époque, de lieu, sans saisir le lien avec la première partie de l’histoire. Mais le lecteur doit s’accrocher, car le lien avec le début de l’histoire finira par apparaître…

J’avais oublié que Sherlock Holmes était un scientifique avant tout, ce que m’ont rappelé les premières pages, lorsque Sherlock découvre comment déceler des traces de sang même infimes. « Les experts » avant l’heure ! Au final, la lecture de cette première aventure était assez agréable, je poursuivrai donc avec plaisir la lecture de ce recueil.

S 2-3Robert Laffont, Coll. Bouquins

Essai / Document

« Manifeste pour une cuisine responsable» de Chef Simon

manifeste cuisineAvant de commencer ce livre, je ne connaissais pas « Chef Simon ». J’avais surtout envie de lire ce livre car la notion de « cuisine responsable » m’interpellait. Qu’est-ce que la cuisine responsable ? J’imagine que ce n’est pas juste de la cuisine saine et bonne pour la santé, mais aussi respectueuse des hommes et de leur environnement en général. Bio, équitable, issue d’une culture durable, respectueuse de la santé humaine et des animaux…

Avant de parler du contenu du livre, je m’arrête un instant sur la préface de Michel Tanguy, car je ne peux qu’applaudir à la lecture de cette introduction, en particulier quand il écrit « faisons de nos achats des actes politiques ». Voilà une entrée en matière qui m’a mise en appétit, si je puis dire…

Le reste du livre alterne entre explications sur l’univers de l’alimentation au sens très large, coups de gueule de « Chef Simon » et recettes. Restaurateur, formateur, l’auteur prône une cuisine saine, s’insurge contre l’industrie agro alimentaire qui veut nous faire avaler n’importe quoi, et n’oublie pas au passage de tacler les autres « Chefs », qui en prennent plein leur grade.

L’ensemble est assez séduisant, surtout les premiers chapitres, en particulier pour les lecteurs attentifs à leur alimentation et soucieux de ne pas se laisser imposer tout et n’importe quoi dans leur assiette. Son « lexique des sectes alimentaires » est à la fois très tranché et assez drôle ! J’ai apprécié aussi un certain pragmatisme : dans un livre de cuisine « responsable », cela fait du bien de ne pas trop sentir le poids de la culpabilité et de lire que son auteur peut aussi céder à la facilité d’une pizza !

Ma curiosité une fois mise en éveil, j’aurais aimé que l’auteur, qui n’a visiblement pas sa langue dans sa poche, aille toutefois au bout de certaines de ces revendications. Ainsi quand il écrit que « un produit bio d’ici n’est pas un produit bio de là-bas », de quoi parle-t-il exactement ? Ici, c’est la France ou l’Europe ? Est-il préférable de manger un aliment issu de l’agriculture conventionnelle française, ou de l’agriculture bio étrangère ? J’aurais aimé avoir son avis sur ces questions sur lesquelles il ouvre lui-même un débat.

Côté recettes, j’ai aimé ses idées de « recyclage » alimentaire, qui m’ont rappelé mes « recettes du placard » (ou du frigo) et l’accommodation des restes telle que la pratiquaient nos grands-mères avec beaucoup de bon sens. Par contre, la plupart me paraissent hors de portée voire hors champ culinaire tout court pour moi (comme la viande fumée par exemple).

Au final, je reste un peu sur ma faim (hi hi) sur cet ouvrage mais je l’ai lu avec beaucoup d’intérêt et de curiosité. Il ouvre des réflexions et a le mérite d’interpeller le lecteur sur ses habitudes d’alimentation et plus généralement de consommation. C’est déjà un bon point.*

S 2-3Chêne, 248 pages, 29,90€

Roman

« Sainte Zélie de la palud» de Hervé Jaouen

zélieHervé Jaouen est un auteur dont je suis les publications depuis plusieurs années, et que j’apprécie tout particulièrement. Derrière des histoires régionales a priori simples, il sait mettre en scène des personnages très forts, souvent des ouvriers ou des paysans (ici des hommes de la mer), qui n’ont d’autre fortune que leurs bras pour travailler. Il sait transformer ces tempéraments en héros du quotidien, et leur tisser des destins incroyables mais qui sont des reflets de leur époqie.

C’est de ce bois-là qu’est construit le Grand Paulo, mareyeur breton. Né sans père, élevé par une mère aussi besogneuse au travail que prompte à vider les bouteilles, il a quitté l’école tôt pour travailler. Partant d’un parcours classique d’un gamin modeste, il va s’affirmer progressivement.

Le roman retrace la vie du Grand Paulo mais aussi une partie de celle de sa mère Zélie, et de sa fille Pauline, future banquière (mais pas que ça).

Comparé à de précédents romans du même auteur (il écrit toute une série familiale, mais dont les tomes peuvent se lire séparément) j’ai mis un peu plus de temps à adhérer à l’histoire, à laquelle j’ai trouvé quelques longueurs dans les premiers chapitres. En revanche, j’ai totalement retrouvé la capacité de l’auteur à croquer des portraits à la fois attachants et débordants de justesse.

S 2-3Presses de la cité, 400 pages, 20€

Audio·Roman

« Minute, papillon !» de Aurélie Valognes

minute papillonLe contexte de découverte d’un livre peut déterminer fortement l’appréciation que l’on en aura. Selon l’humeur du lecteur, ou plus largement l’ambiance ou le moment où l’on découvre le texte, celui-ci n’aura pas le même impact.

Pauvre Aurélie Valognes, son dernier roman « Minute, papillon », je l’ai écouté en livre audio quelques jours après avoir fini d’écouter « Couleurs de l’incendie », œuvre magistrale et flamboyante de Pierre Lemaitre. Je ne m’attendais pas à un livre de la même ampleur (Lemaitre est quand même Goncourt 2013 pour « Au-revoir là-haut »), j’espérais juste passer un bon moment d’écoute. Je gardais de « Mémé dans les orties » un souvenir pas désagréable.

Mais parlons déjà de l’histoire. Rose, trente-six ans, est mère d’un adolescent qu’elle élève seule. Elle peine à joindre les deux bouts, mais son fils ne manque de rien, et surtout pas d’amour bien qu’il ne connaisse pas son père. Nourrice chez un couple aisé, elle doit envisager une reconversion lorsque le déménagement de ceux-ci lui fait perdre son travail. Une opportunité s’offre à elle : devenir dame de compagnie. Le job est très bien payé, alors pourquoi pas ? Mais tout ne va pas se passer comme prévu…

L’idée est sympathique, le récit indéniablement contemporain et les problématiques actuelles. Oui mais voilà… il m’a manqué du relief, un contenu un peu plus consistant et moins caricatural (la mère célibataire, les riches employeurs, … pourquoi pas mais avec un peu plus de précautions dans le style).

Comme je le disais plus haut, je voulais juste passer un moment de lecture sans prétention, ce qui a été le cas ; nul doute que de nombreux lecteurs écouteront avec plaisir ce roman (en un peu plus de cinq heures). Mais tout juste sortie d’une superbe écoute, j’ai eu du mal à apprécier ce texte-là et suis restée sur ma faim.

S 1-3Audiolib, lu par Maia Baran, 5h03 d’écoute, 19,90€

Roman

« La Nuit d’après» de Yves Viollier

nuit aprèsJoseph est mort, et la nuit qui suit son enterrement, sa veuve Eglantine se souvient…

Soixante-dix ans de mariage, une vie faite de travail, et des enfants en héritage. Une longue vie, mais « une longue vie, c’est encore trop court ». Joseph et Eglantine se sont aimés, se sont soutenus, ont fait des projets ensemble : lui est devenu tonnelier puis ébéniste ; elle mère de cinq enfants et à la tête d’une épicerie. La vie n’a pas toujours été rose, mais l’amour a toujours été présent entre eux.

Ce roman plein de tendresse est une ode à la vie, et une jolie leçon d’humanité. Ces deux personnes humbles et travailleuses n’ont pas été épargnées, ont vécu des drames, mais ont suivi leur ligne de vie, avec droiture et justesse. Dans notre époque où un mariage sur trois s’achève par un divorce, je ne sais pas si l’avenir comptera encore beaucoup de couples comme celui-là, mais c’est à espérer !

Plusieurs fois ce texte m’a noué la gorge et mis les larmes au bord des cils, preuve que ce roman vrai et simple porte des messages profonds.

S 3-3Presses de la cité, 272 pages, 19€

Essai / Document

« Inventions expliquées » de Nicole Masson et Yann Caudal

inventionsDerrière le terme « d’inventions » se cache une multitude de nouveautés, innovations, ou idées, qui font désormais notre quotidien. Des dizaines d’entre elles sont répertoriées dans cet ouvrage, du baccalauréat au fer à repasser, du mp3 au camembert, de la clémentine à la brosse à dents.

L’ouvrage est sympathique et se parcourt avec plaisir, même si beaucoup d’explications sont déjà très connues du grand public : biscotte qui vient comme biscuit de « cuit deux fois », l’histoire comte Sandwich et celle du préfet Poubelle etc. Rien de très original pour un adulte, par contre je trouve que ce livre est une bonne idée de cadeaux pour de plus jeunes lecteurs, des enfants de dix-douze ans un peu curieux qui seront ravis de piocher des anecdotes dans ce livre.

S 2-3Chêne, 240 pages, 14,90€

Policier·Roman

« Sang famille » de Michel Bussi

sang familleQue l’on ne s’y trompe pas : bien que ce roman soit une réédition (revue) d’un livre sorti en 2009, on y retrouve bien tous les codes que les lecteurs qui aiment les romans de Michel Bussi (c’est mon cas) attendent.

Colin est en vacances sur l’île de Mornesey. Elevé par son oncle et sa tante, il aimerait en savoir plus sur son père, jeune archéologue mort quand Colin était petit. Mais l’île est agitée suite à l’évasion de deux prisonniers lors de leur transfert. Et Mornesey, dont l’histoire est fortement liée au bagne, aux trafics, et à l’illégalité, n’a pas fini de livrer ses secrets et de malmener les recherches de Colin.

Le roman est bien fait, efficace, et comme toujours avec Michel Bussi je n’avais qu’une envie : lire la page suivante, puis le chapitre suivant… J’ai même eu du mal à lâcher le livre le soir où il ne me restait plus que soixante pages à lire ! Quoique un peu moins surprenant que d’autres romans du même auteur (je continue de conseiller toujours « Nymphéas noirs » par exemple), celui-ci en conserve des thèmes chers à l’auteur : la mémoire, la famille, les secrets… Tous les ingrédients d’un roman policier que l’on a envie de lire l’été sont présents : une île (imaginaire) avec ses souterrains, son phare, son histoire ; des secrets de famille ; des adolescents en vacances, etc. A prendre dans vos valises pour vos prochaines vacances… ou à lire dès maintenant pour se dépayser.

S 2-3Presses de la cité, 420 pages, 21,90€

Essai / Document

« La littérature française en 100 romans » de Yves Stalloni

100 romansOn ne compte plus les anthologies et les recueils qui réunissent des résumés des meilleurs ouvrages de la littérature française. Difficile de faire une proposition novatrice dans ce contexte ! Mais l’ouvrage d’Yves Stalloni est plutôt bien réalisé. Dès l’avant-propos, l’auteur en fixe le cadre et l’objectif : « avant tout faire lire, donner envie de partir à la rencontre des maîtres de la fiction, de revenir à sa bibliothèque ou à celle de son voisin ou de sa commune, inviter à dépoussiérer les romans imposés par le collège et le lycée […] ». Il cite aussi Proust : « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c’est la littérature. »

Ensuite commence une liste de cent romans, classés par ordre chronologique, auxquels sont consacrées une ou deux pages. Raconter « Les Misérables » d’Hugo, son contexte et son engagement en une seule page, je dois dire que c’est assez surprenant ! Pourvu que cela suffise à donner envie à ceux qui ne l’on pas lu de découvrir ce monument de la littérature…

Petite originalité, des extraits de manuscrits et quelques jolis dessins parsèment le livre. Ils sont plutôt bienvenus pour éviter la monotonie, mais j’aurais aimé en voir davantage, histoire d’entrer différemment en contact avec certains impressionnants romans de notre belle littérature française.

S 2-3Chêne, 256 pages, 14,90€

Policier

« L’inconnu du pont Notre-Dame » de Jean-François Parot

inconnu pontDans les derniers tomes de la série des « Nicolas Le Floch », dont « L’inconnu du pont Notre-Dame » est le treizième volume, j’étais restée un peu décontenancée par ma lecture, et à vrai dire assez hésitante à poursuivre sur les tomes suivants. J’ai lu toute la série, et me suis attachée aux personnages, Nicolas le justicier séducteur, noble mais ami des plus humbles ; Bourdeau son fidèle lieutenant, avec qui il partage l’amour de la justice et de la bonne chère ; sans oublier Sartine et ses perruques, Noblecourt et sa goutte…

J’avais trouvé les derniers tomes particulièrement complexes, avec beaucoup de personnages et des intrigues si entremêlées qu’à la fin de ma lecture je n’étais pas sûre d’avoir tout compris, ce qui gâchait fortement mon plaisir de lectrice.

J’ai heureusement retrouvé dans ce roman une intrigue plus digeste, plus facile à suivre (même si les intrigues de cour reprennent le dessus à la fin du roman et redonnent de la complexité au dénouement). J’ai eu plaisir à retrouver les personnages et les « codes » de la série. Nicolas Le Floch est désormais en âge de marier son fils Louis ; Bourdeau continue à suivre les prémices de la Révolution françaises ; Noblecourt est vieillissant mais toujours bienveillant ; et Sartine toujours sournois et manipulateur.

Au-delà de l’intrigue, des révélations seront faites sur le passé de Nicolas, et la monarchie, toujours plus affaiblie, laisse entrevoir de prochains tomes encore pleins de rebondissements historiques…

S 3-310/18

Audio·Roman

« Couleurs de l’incendie » de Pierre Lemaitre

couleurs incendieDe Pierre Lemaitre, j’avais déjà lu plusieurs polars, et le désormais incontournable « Au-revoir là haut », couronné par le Prix Goncourt en 2013. « Couleurs de l’incendie » se veut une suite, et la deuxième partie d’une trilogie annoncée. Mais n’ayez crainte si vous n’avez pas lu le premier, celui-ci peut se lire totalement indépendamment.

Se lire… ou s’écouter. En ce qui me concerne, j’ai découvert « Couleurs de l’incendie » en version audio. Et quelle version ! Je redoutais au départ la longueur de l’écoute (plus de quatorze heures, quand même…), mais que ces moments d’écoute furent finalement agréables !

Tout y est. D’abord, le texte et son écriture d’orfèvre. Chaque mot est précis, juste, choisi par l’auteur comme un joaillier choisirait pierre après pierre les pièces qui vont constituer une pièce majestueuse et éblouissante. La langue est riche, mais jamais précieuse. Les phrases sont comme tissées, mais jamais emmêlées.

Quelques mots sur l’histoire. Dans l’entre deux-guerres, Madeleine Péricourt hérite de la banque familiale. Mais le jour de l’enterrement de son père, un drame survient : son fils Paul fait une chute par la fenêtre. Accident, tentative de suicide ?

Déboires financiers, jeux politiques, influence de la presse, mais aussi montée du nazisme en Allemagne, le livre est riche en décors et en rebondissements.

Je crois que je n’aurais pas autant apprécié cette élégance de l’écriture si je l’avais lu comme je lis tant d’autres romans. En écoutant le texte, j’ai pu déguster les mots, et ils étaient savoureux. Le roman est lu par l’auteur lui-même ; Pierre Lemaitre nous livre une lecture qui est une interprétation. Sans caricature, sans maquiller sa voix, il réussit à donner un ton à chaque personnage, qui fait que chacun des personnages, Madeleine, Paul, la nurse polonaise, le patron du journal… sont reconnaissables, même mieux que si plusieurs lecteurs se relayaient. J’ai trouvé génial que ce soit l’auteur qui lise lui-même son texte, parce qu’aucune autre personne mieux que l’auteur ne peut restituer le corps d’un personnage. C’est une écoute aussi délicieuse qu’une écoute d’enfant à qui on fait la lecture.

Le seul (tout petit) reproche que je peux faire à ce livre audio est d’avoir sacrifié certains temps de respiration dans la lecture – vous savez, ces coupures à l’intérieur des chapitres, qui permettent la pause nécessaire pour changer de situation ou de personnages (ça a sûrement un nom mais je l’ignore). Ce qui fait que j’ai parfois été surprise d’entendre parler d’un personnage qui n’était pas du tout cité depuis le début d’un chapitre.

A part ça, il n’y a rien à dire : sur le texte comme sur la lecture, ce livre audio est sublime.

S 3-3Audiolib, lu par l’auteur, avec la participation de Zygmunt Mioszewski pour les mots lus en polonais.