Essai / Document

« Dérouler Guernica » d’Isabelle Limousin

27 m²

C’est la superficie de « Guernica », tableau aussi monumental que célèbre. Sa taille atypique aurait pu en faire une œuvre statique, conservée dans un musée sans jamais être déplacée. Mais dès le départ, Picasso a pensé son tableau comme un ambassadeur, et a souhaité en faire un messager à travers les pays. Peint à Paris, exposé en Angleterre ou en Norvège, il a finalement trouvé une résidence durable au MoMa de New-York. Depuis 1992, il est exposé de manière permanente à Madrid, où il continue à porter le message de paix imaginé par Picasso pour dénoncer la Guerre d’Espagne.


L’histoire des nombreux voyages du tableau est racontée dans un tout petit livre que j’ai eu la curiosité de
découvrir
lors du Festival du Livre de Paris. J’ai aimé le concept de cette collection de courts textes accessibles qui racontent, avec beaucoup de pédagogie et sans prétention, l’histoire d’une œuvre – et à travers elle, un morceau d’Histoire. C’est une jolie collection d’ouvrages à lire, à laisser traîner sur une table, et à feuilleter à loisir.

Ed Archivio, 56 pages, 12€

Essai / Document

« Les Égyptiens » d’Isaac Asimov

Ce livre est incroyable.

En 300 pages, l’auteur s’est donné pour ambition de raconter « toute » l’histoire des Égyptiens, de 5000 avant J.-C. jusqu’aux années 1960 où ce livre a été écrit.

L’auteur, vous le connaissez peut-être, mais dans un tout autre registre : il est l’un des auteurs majeurs de science fiction du 20e siècle, et c’est donc bien étonnant de le retrouver ici en brillant historien (d’autant plus que sa formation initiale avait fait de lui un docteur en biochimie !). Quand je dis qu’il est « brillant », c’est parce que ce livre est tout d’abord d’une grande érudition, parcourant l’histoire de l’Égypte avec comme point de départ la géographie de son fleuve nourricier, puis à travers les différentes dynasties qui ont régné sur le pays.

La première moitié du livre est passionnante, et l’auteur y est autant conteur qu’historien. Il sait raconter les événements avec simplicité, rendant accessible aux non spécialistes une histoire d’une grande richesse.

Le milieu du livre baisse en rythme, les exploits des souverains se succèdent en une sorte de litanie qui paraît incontournable pour répondre à l’ambition d’exhaustivité, mais qui perd en romanesque.

Le dernier tiers du livre, où l’on retrouve des figures bien connues du grand public (Cléopâtre, Jules César, Marc-Antoine…) redonne de l’élan à la lecture.

La conclusion m’a paru quelque peu accélérée, mais elle respecte le rythme des autres chapitres : il n’aurait sans doute pas été logique de consacrer au dernier siècle (celui que l’on connaît le mieux) une place trop importante au regard des 7000 ans précédents. Où comment se sentir tout petit à l’échelle de la grande Histoire…

Les Belles Lettres, 308 pages, 21€

BD

« Ulysse et Cyrano » d’Antoine Cristau, Xavier Dorison et Servain

Ulysse est l’héritier d’un empire industriel ; après le bac, son avenir dans une grande école est tout tracé, en attendant de reprendre les rênes de l’entreprise familiale. Envoyé en Bourgogne tandis qu’un scandale bouscule l’entreprise à Paris, il est censé réviser pour son examen. Mais il rencontre Cyrano, un cuistot talentueux et bourru qui lui… Lire la suite « Ulysse et Cyrano » d’Antoine Cristau, Xavier Dorison et Servain

Policier

« Une histoire qui finit mal » d’Evelyn Clarke

Vous avez aimé « Ils étaient dix » ? Vous allez aimer « Une histoire qui finit mal », car on y retrouve plein de clins d’oeil au roman de la grande Agatha Christie.

Six auteurs sont conviés à séjourner trois jours sur une île écossaise. Le propriétaire de l’île est un auteur célèbre, qui vient de mourir en laissant son ultime manuscrit inachevé. Son éditrice a donc eu l’idée de lancer un concours ouvert à six auteurs. Celui qui inventera la meilleure fin au roman inachevé sera récompensé d’un contrat d’édition en or.

J’ai adoré l’ambiance du roman, cette île mystérieuse qui accueille pendant quelques jours des écrivains concurrents. Chacun d’eux a sa spécialité (le thriller, le roman d’horreur, le young adult,…). Le texte est bien construit et donc on ne confond jamais les personnages, chacun ayant sa personnalité bien définie. Les premiers chapitres défilent et la tension monte. Evidemment je m’attendais à ce qu’un événement vienne bousculer ces journées trop prévisibles. Il y a plusieurs rebondissements, et je n’avais pas deviné la fin de l’histoire, qui est crédible.

Le tout forme un roman très efficace et plaisant à lire, jusqu’aux derniers chapitres qui clôturent proprement l’intrigue.

Quant au livre en tant qu’objet, je suis bien obligée de reconnaître que je l’ai d’abord acheté (au Festival du livre de Paris) pour le superbe jaspage qui a été choisi pour le premier tirage.

Verso, 512 pages, 21,90€

Roman

« L’amour et la fureur » de Martin Suter

Est-on plus heureux quand on vit dans le luxe, mais sans l’être aimé ? C’est en tout cas ce que croit Camilla. Elle est comptable (et exècre ce métier) et entretient Noah, son conjoint, un artiste peintre qui ne vend pas de toile. Pourquoi se sacrifierait-elle dans un métier qu’elle déteste, au profit d’un homme qui n’arrive pas à vivre de sa passion ? Alors même si elle l’aime encore, elle décide de le quitter.

Sauf que Noah, un soir de déprime, rencontre dans un bar une femme qui pourrait bien changer sa vie : veuve, elle promet à celui qui tuera l’ancien associé de son mari la moitié de l’héritage qu’elle a touché. Noah, pourtant bien loin d’être un tueur à gages, entrevoit une solution qui lui permettrait de reconquérir Camilla…

Je n’arrive pas à savoir si ce livre est très sérieux ou très décalé… sans doute un peu les deux ! Il est sérieux en cela qu’il décortique avec beaucoup de justesse des mécaniques parfois complexes qui régissent les couples – quand l’amour ne suffit pas, quand le manque d’argent épuise, quand l’autre devient plus agaçant qu’attendrissant. Mais il est aussi léger et décalé, car Camilla est parfois ridicule dans ses rêves de princesse entretenue, et Noah bien maladroit pour la reconquérir… Au final ils sont aussi attachants que pathétiques, on sourit, on soupire, finalement ils ont les défauts de tant de couples.

La bonne idée du roman est d’avoir une progression, dans leur histoire de couple et dans les liens avec les autres personnages. C’est rafraîchissant, amusant, et non dénué de réflexions sur les couples et leurs imperfections.

Phébus, 22,90€

Policier

« M comme meurtre ? » d’Anthony Horowitz

J’ai eu le plaisir de partager cette lecture lors d’une « reading party » place de la Concorde à Paris il y a quelques jours, et j’espère que mon pitch aura donné envie à quelques autres lecteurs de découvrir ce roman !

Une femme entre dans une enseigne de pompes funèbres pour préparer l’organisation de son enterrement. Le soir même, elle est retrouvée morte, assassinée. Etrange coïncidence, n’est-ce pas ?

Hawthorne, un ancien policier devenir consultant, est chargé de mener une enquête parallèle à l’enquête officielle. Mais cette fois-ci, il ne la mènera pas seul : il a convaincu un auteur de le suivre pour en faire un roman.

Le lecteur est donc aux premières loges pour suivre l’avancée de l’enquête, qui est très efficace. La quatrième de couverture m’avait laissé penser que le roman serait peut-être atypique, en rupture avec la forme des romans policiers habituels ; en réalité, la structure est assez classique pour le genre, mais fonctionne quand même très bien. Il y a pas mal de fausses pistes, et je n’avais pas vu arriver trop tôt le dénouement – c’est l’essentiel !

Sonatine, 432 pages, 23€

Cosy mystery

« Tante Dimity et le chantier maudit » (tome 3) de Nancy Atherton

J’ai toujours besoin d’avoir dans ma boîte de livres une lecture complètement « doudou », une lecture qui me serve de pause entre deux, qui me berce doucement quand j’en ai besoin, et la série des « Tante Dimity » coche toutes les cases. Présentée par l’éditeur comme étant « plus cosy que mystery », c’est vraiment une lecture d’ambiance.

Depuis que Lori s’est installée dans un petit village des Cotswolds avec son mari, les choses ont bien changé : il faut dire que la naissance de leurs jumeaux a quelque peu ébranlé le quotidien de Lori, qui est épuisée.

L’arrivée miraculeuse de Francesca, une nounou, redonne de l’oxygène au quotidien de Lori… qui peut donc se consacrer à une nouvelle « enquête ». Si je mets des guillemets, c’est que l’enquête en question n’a pas pour point de départ un meurtre sauvage dans la campagne anglaise, mais la disparition d’un document qui pourrait compromettre les conclusions de fouilles archéologiques en cours dans le village. Donc, non, on n’est pas sur le mystère du siècle, et ce n’est pas le suspense qui vous donnera envie de dévorer le chapitre suivant, mais tout simplement le plaisir de suivre les personnages dans leur quotidien (gentiment) bousculé.

Et Dimity dans tout ça ? Dimity, c’est le sympathique fantôme qui prodigue à Lori quelques conseils ; elle est assez peu présente au final, bien que donnant son nom à la série – donc ne vous arrêtez pas à ça pour renoncer à cette lecture, j’avais moi même quelques hésitations à lire un roman de fantômes, mais que j’ai vite balayées.

Quant aux illustrations des couvertures de cette série, elles suffiraient presque à elles-seules à me convaincre de continuer à intégrer les prochains tomes dans ma bibliothèque.

Verso, 408 pages, 14,90€

Roman

« La fille de l’Ourcq » d’Emmanuelle Veil

Souvenez-vous de la montagne de livres que j’ai rapportés du Festival du livre de Paris cette année… Comme d’habitude, j’ai laissé de côté les stands qui ne présentaient que les best-sellers du momentque l’ on trouve dans toutes les librairies et, à une exception près dont je vous parlerai une autre fois, je me suis… Lire la suite « La fille de l’Ourcq » d’Emmanuelle Veil

BD·Biographie

« Le secret de Miss Greene » de Nicolas Antona et Nina Jacqmin

Jusqu’en 1967, la « One Drop Rule », ou « Règle de la goutte unique », signifiait que toute personne ayant une « trace visuellement perceptible d’ascendance africaine » était « considérée comme noire », explique David Albert Hollinger, spécialiste de l’histoire ethno-raciale des Etats-Unis. C’est dans ce contexte que Belle Greene convainc sa mère et ses frères et sœurs de renier leurs origines… Lire la suite « Le secret de Miss Greene » de Nicolas Antona et Nina Jacqmin

Policier

« Les enquêtes du commissaire Dupin (tome 13) – Meurtres sur l’île d’Ouessant » de Jean-Luc Bannalec

« Qui voit Ouessant voit son sang » dit le dicton. Autant dire que l’île à la pointe du Finistère est une terre de mystères et de légendes… bien loin du pragmatisme du commissaire Dupin ! Le célèbre commissaire de Concarneau, qui œuvre ici pour un treizième tome sur un nouveau coin de Bretagne (après Guérande, Saint Malo,… Lire la suite « Les enquêtes du commissaire Dupin (tome 13) – Meurtres sur l’île d’Ouessant » de Jean-Luc Bannalec