Biographie·C'est mercredi, on lit avec les petits !·Essai / Document

« Les grandes vies – Frida Kahlo » d’Isabel Thomas et Marianna Madriz

Il n’y a pas d’âge pour s’intéresser à l’art et aux artistes. Vous connaissez mon admiration et ma passion pour Frida Kahlo, mais force est de constater que son œuvre n’est pas facile d’accès, pour les adultes et a fortiori pour les enfants.

Ce petit livre jeunesse très bien fait permet aux 8-13 ans d’entrer dans la vie de l’artiste à travers un récit simple (mais jamais simpliste), de comprendre son enfance, le poids du Mexique dans sa vie, le rôle de la peinture comme moyen d’expression.

Rien n’est caché de ses souffrances (la polio qu’elle a contractée enfant ; son accident de bus qui l’a laissée handicapée ; ses fausses couches ; la tromperie de Diego avec sa propre sœur). J’ai apprécié que les faits ne soient pas édulcorés (même si évidemment les mots sont choisis et le niveau de détail adapté à l’âge des lecteurs). J’aurais trouvé dommage de ne pas montrer toute la souffrance endurée par cette femme, icône de résilience.

L’autre excellente idée est d’avoir parsemé le texte de citations de Frida elle-même. Quant aux illustrations, elles reprennent les idées principales de ses tableaux – mon seul regret est qu’il ne figure qu’une seule petite photo de l’artiste, dans un médaillon sur la frise chronologique en fin de livre. Nul doute cependant que les jeunes lecteurs auront été suffisamment appâtés par ce livre très bien fait pour avoir envie de découvrir les tableaux originaux de Frida Kahlo.

Gallimard jeunesse, 64 pages, 11,90€

Essai / Document

« Schrödinger à la plage » de Charles Antoine

« La vulgarisation n’est pas vulgaire » m’a-t-on dit un jour, et je rêve toujours d’ouvrages scientifiques qui rendraient accessibles les concepts scientifiques les plus pointus. Je n’ai jamais rien compris à la physique quantique, et comme je déteste ne pas comprendre, j’étais curieuse de voir si ce livre allait m’éclairer (au moins un peu) sur le sujet.

Que le titre sympathique et l’introduction rassurante ne vous induisent pas en erreur, ce livre est loin d’être un ouvrage grand public, et il vous faudra de solides notions de physique et de mathématiques pour aborder cet ouvrage – et quand bien même vous auriez un vernis dans ces matières, il faudra vous accrocher.

De Schrödinger je ne connaissais que son expérience avec le chat, mais qui bizarrement n’est citée et expliquée que dans le dernier quart du livre. J’ai regretté aussi qu’il n’y ait pas plus d’éléments autobiographiques sur le scientifique (un peu plus d’1 page seulement, et assez anecdotique). Ce n’était certes pas l’objectif du livre, mais un peu de contexte ne fait jamais de mal.

On apprend quand même des petites choses, comme par exemple que la représentation (toujours largement enseignée) d’un atome comme une sorte de petit système solaire avec un noyau bien sphérique et et des électrons en orbite autour, est une représentation fausse ! Ou encore, que « l’effet tunnel » dont on entend largement parler en psychologie, n’a pas du tout le même sens en physique quantique…

Bilan de ma lecture : c’était éprouvant ! Et vraiment pas adapté à un public non initié. Je ne regrette néanmoins pas ma lecture, qui, paradoxalement, m’a rassurée : si jusqu’ici je n’avais rien compris à la physique quantique, c’est peut-être simplement parce que le sujet est incroyablement pointu et complexe.

Dunod, 240 pages, 15,90€

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« Les enquêtes de l’Avent », d’Arnaud Cebollada

Je suis souvent assez indulgente dans mes chroniques ; même quand je n’ai pas aimé un livre, je donne mon avis en respectant le travail éditorial ; c’est tellement subjectif, d’aimer un livre ou pas.

Mais là, vraiment, je vais avoir du mal à être positive !

Je me suis laissé tenter (*) cette année par un roman de l’Avent, construit sur le modèle de ceux qui existent pour les enfants : chaque jour une page à lire, et dans le cas ce celui-ci, chaque jour une énigme à résoudre.

Sauf que le premier défi de ce livre est de réussir à passer outre les innombrables fautes d’orthographe ! Dès l’introduction c’est insupportable et les yeux piquent. L’accord du participe passé semble être devenu optionnel. Les verbes sont mal utilisés (« avez » au lieu de « avait », c’est violent, quand même). Sans compter tous les substantifs mal orthographiés.

C’est à se demander si 1 seule personne a relu ce livre avant de l’envoyer à l’imprimeur. Même le correcteur de base du traitement de texte n’a pas dû être sollicité.

Quant aux énigmes, il faut parfois avoir une loupe pour trouver les indices, et certains jours les solutions font référence à des informations qui ne sont même pas dans le texte.

Alors j’ai fini par prendre ça à la rigolade, mais quand même, publier un livre avec un tel manque de soin, c’est se moquer des lecteurs.

(*) : pour les puristes et ceux qui auraient un doute, dans « je me suis laissé tenter », « laissé » ne s’accorde pas, même au féminin.

404 éditions, 224 pages, 14,95€

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« Les quatre points cardinaux » de Jerry Brotton

Avez-vous déjà observé une carte qui n’était pas orientée au Nord ? Ou une carte centrée sur l’Australie ? C’est déstabilisant, n’est-ce pas ? Dans cette « histoire insolite de l’orientation », l’auteur nous invite à nous interroger sur la représentation cartographique du monde. L’introduction, centrée sur la thématique de « l’orientation » est passionnante et se lit comme un récit ! Le… Lire la suite « Les quatre points cardinaux » de Jerry Brotton

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« Kolkhoze » d’Emmanuel Carrère


Il en faut du courage pour écrire un livre comme celui-ci. Pour raconter la vieillesse de ses parents, la fin de vie de sa mère. Pour écrire les événements avec sincérité, tout en sachant que les mots vont blesser. L’auteur n’en est pas à son coup d’essai, et rappelle d’ailleurs à quel point son « Roman russe » avait nui à sa relation avec sa mère – même si lui ressentait un besoin impérieux d’écrire sur les parts d’ombre de sa famille.


J’aime bien le style d’Emmanuel Carrère, sa façon de mêler l’intime et l’actualité mondiale, de partager avec le lecteur comment les événements du monde résonnent dans sa propre vie, sur ses propres choix. J’aime sa lucidité sur ses névroses, la fraîcheur avec laquelle il dit les choses. C’est bien écrit mais c’est simple, sans fioriture.

Ce livre est impossible à résumer, entre anecdotes et récits familiaux, géopolitique, généalogie… Et pourtant, l’ensemble fonctionne bien. Tout ne m’a pas intéressée dans le récit, et j’ai eu les plus grandes difficultés à situer les uns par rapport aux autres tous les membres de sa famille, maternelle, paternelle… Mais j’ai été émue par la tendresse d’un fils envers ses parents, malgré leurs différends, malgré les incompréhensions. C’est cette partie-là du récit qui m’a le plus touchée.

Le livre figure dans la première sélection pour le Goncourt 2025… rendez-vous le 4 novembre pour savoir ce qu’en a pensé la célèbre Académie !

P.O.L, 560 pages, 24€

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« Le gaslighting, ou l’art de faire taire les femmes » d’Hélène Frappat

Coup de cœur !

Après la grosse déception de ma lecture de « Mangeuses », j’avais un peu d’appréhension à commencer la lecture de ce livre édité en poche dans la même collection.

Inutile de faire durer le suspense, cette crainte a été levée dès les premières pages grâce au style très clair et très pédagogique de l’auteure. Ouf !

Elu « mot de l’année » en 2022 par le Merriam Webster, le « gaslighting » peut sembler un concept abstrait, et l’auteure l’explique de manière très claire et avec de nombreux exemples. Elle cite le dictionnaire états-unien en ligne : « manipulation psychologique d’une personne, généralement pendant une longue période, qui pousse la victime à remettre en cause la validité de ses propres pensées […] et conduit en général à un état de confusion, de perte de confiance et d’estime de soi ».

L’auteure s’appuie beaucoup sur le cinéma, en particulier via une analyse très poussée du film « Gaslight » de 1944 (et autant vous dire que j’ai très très envie de le voir). D’autres créations, films d’Hitchcock, pièces de théâtre classiques, ou sujets politiques (le Watergate et Martha Mitchell) sont aussi pris en exemple.

J’ai beaucoup appris dans ce livre. J’ai pris des notes. Je me suis documentée en parallèle. Voilà ce qui a rendu pour moi ce livre utile, précieux, et qui fait que j’en parle quasiment tous les jours autour de moi depuis que j’en avais commencé la lecture.

Je savais par exemple que (hélas) les femmes sont moins bien soignées que les hommes. J’ai appris que cela avait un nom, « le syndrome de Yentl » et j’ai découvert avec effroi comment et pourquoi les symptômes de certaines maladies sont moins bien étudiés chez les femmes (cf la partie effarante sur les crises cardiaques).

J’ai envie de voir le film qui a inspiré le titre de ce livre. J’ai envie de voir les autres films cités dans ce livre, de lire les textes complets dont j’ai découvert des extraits, d’approfondir les inégalités hommes-femmes dans la prise en charge médicale.

J’ai envie, tout simplement, de relire ce livre, plus tard, quand le sujet aura encore plus cheminé et mûri en moi (et quand j’aurai vu « Gaslight », évidemment).

Points, 256 pages, 8,40€

Essai / Document

« Mangeuses : histoire de celles qui dévorent, savourent, ou se privent à l’excès » de Lauren Malka

Je ne sais pas quoi penser de ce livre, et cela m’embête. J’aime bien cette collection de livres féministes chez Points, reconnaissables à leur couverture violette ; et l’idée de départ de ce livre-ci me semblait séduisante : analyser le rapport des femmes à la nourriture, et comment (dans le passé et aujourd’hui encore) elles ont été… Lire la suite « Mangeuses : histoire de celles qui dévorent, savourent, ou se privent à l’excès » de Lauren Malka

Biographie·Essai / Document

« Raconter son histoire » d’Anne-Laurence Coopman et Christophe Janssen

Capture d’écran 2025-07-11 185139Les récits de vie m’ont toujours intéressée. Qu’il s’agisse de biographies ou autobiographies de grands personnages historiques, ou de textes plus modestes d’anonymes, il se crée toujours à la lecture d’un récit de vie une empathie et le lecteur y gagne, me semble-t-il, un petit bout d’humanité en plus.

Cet essai sur les récits de vie, basé sur des exemples concrets (d’anonymes ou de célébrités) n’est pas un manuel à l’usage de ceux qui voudraient écrire leur vie. Les deux auteurs, psychologues cliniciens et habitués des recherches sur le sujet, partagent leur expérience et leurs analyses sur le sujet, dans un ouvrage accessible et documenté.

En s’appuyant sur des artistes connus du grand public (Annie Ernaux, Delphine de Vigan, Art Spiegelman…), ils posent tout d’abord les principes de la narration de soi, puis abordent le poids des secrets et des non-dits, les traumatismes, les récits croisés (dans les fratries, dans les couples) et les dispositifs individuels ou collectifs pour se raconter.

Ce livre peut d’adresser au plus grand nombre, mais y seront particulièrement sensibles ceux qui font l’effort de se poser sur leur vie, leur parcours, leur héritage psychologique, et cherchent à transcender les épreuves.

S 3-3Académia, 200 pages, 20€

Essai / Document

« Toutes les époques sont dégueulasses » de Laure Murat

Capture d’écran 2025-06-27 173649C’est le titre, d’abord, qui m’a interpellée en écoutant un podcast de France Culture où l’auteure était invitée (sans avoir noté au départ que j’avais déjà lu un autre livre de la même auteure…). Le titre est repris d’une citation d’Antonin Artaud de 1925 : « C’est en ce moment pour moi une sale époque, toutes les époques d’ailleurs sont dégueulasses dans l’état où je suis ». Laure Murat s’en inspire pour parler d’un phénomène de plus en plus courant qui consiste à vouloir récrire les classiques, changer un titre, retirer d’un roman une phrase qui dérange.

Quels sont les vrais enjeux qui se cachent derrière cette démarche ? Est-ce uniquement pour ne pas blesser, ou y a-t-il des raisons cachées ?

Dans un tout petit ouvrage de 75 pages, Laure Murat propose son analyse sur la base d’exemples connus du grand public (Hergé, Agatha Christie, Ian Fleming…). Elle redonne à chaque fois le contexte, explique la polémique, donne son point de vue. On comprend vite que l’auteure est opposée à ces nouvelles versions, et elle explique dans chaque cas ses arguments.

Souvent, dans les essais trop longs, je trouve le message délayé, une bonne idée de départ étant trop souvent étirée sur de longs chapitres qui finissent par atténuer le message à force de l’enrober. Ici le propos est clair, concis, on ne demande pas plus. L’auteure donne des clés d’analyse au lecteur, qui pourra se faire sa propre opinion.

S 3-3Verdier, 75 pages, 7,50€

Essai / Document

« Proust contre la déchéance » de Joseph Czapski

Capture d’écran 2025-06-01 143216Oui, je le reconnais, le seul nom de « Proust » dans un titre me fait m’arrêter pour feuilleter l’ouvrage en question. Mais dans le cas de ce petit roman, c’est autre chose qui m’a décidée à l’acheter : ce livre est un précieux témoignage. En effet, il regroupe une partie des conférences données par l’auteur lors de son internement dans un camp russe en 1940. Rendez-vous compte : cet homme a été capable de donner une série de conférences d’une impressionnante précision, avec une structure accessible au plus grand nombre, en citant les noms des personnages, les références, etc, de tête. Il n’avait accès ni à l’oeuvre ni à la moindre documentation, évidemment. Une note de début d’ouvrage attire l’attention du lecteur sur certaines approximations – mais ce n’est pas si approximatif que ça !

Si le texte est très accessible, il est préférable d’avoir déjà lu Proust, ou au moins d’avoir quelques repères sur l’œuvre pour se repérer dans les personnages. Nul doute que ceux qui ne sont pas familiers de « La Recherche… » auront envie d’en lire au moins quelques extraits !

Quelques notes des conférences sont reproduites en milieu de livre ; et même si je ne les ai pas comprises car elles ne sont pas traduites, j’ai trouvé émouvant d’avoir accès à ces documents – je me suis dit que c’était une chance, tout simplement.

S 3-3Libretto, 96 pages, 6,50€