Audio·Roman

« Les belles promesses » de Pierre Lemaitre

J’attends toujours avec impatience les nouveaux romans de Pierre Lemaitre, et cette impatience est démultipliée lorsque je sais qu’il en existera une version audio lue par l’auteur lui-même. Au-delà du talent incroyable d’écrivain qui est le sien, l’auteur a également un talent de lecteur – quel bonheur de l’entendre lire ses propres mots à sa manière, à son rythme, avec ses hésitations.

Dans ce quatrième tome du cycle des « Années glorieuses » (composé du « Grand Monde », du « Silence et la colère » et d’« Un Avenir radieux »), on retrouve la famille Pelletier.

Jean, dit Bouboule, est plus que jamais au centre de l’intrigue. Ses magasins de prêt-à-porter bon marché sont un succès ; il devient investisseur dans le projet de périphérique parisien (ce qui donne l’occasion à l’auteur d’aborder les grands travaux de l’époque, et d’envoyer quelques coups de griffes au capitalisme, incarné ici par un industriel du BTP), et surtout il devient un héros en sauvant un bébé d’un immeuble en flammes. Quant à sa femme, Geneviève, elle est toujours un bijou de vacherie, le genre de personnages qu’on n’oublie pas.

Il n’y a pas une seule intrigue dans ce roman ; il y en a peut-être une dizaine, et toutes ces histoires se croisent et forment une toile narrative passionnante.

En filigrane, on découvre Manuel, un personnage complètement en dehors du clan Pelletier – mais on comprend très vite que son chemin finira par croiser celui des autres personnages en conclusion du roman. La fin n’est peut-être pas la meilleure inventée par l’auteur (je l’ai trouvée un peu trop rocambolesque par rapport au reste du livre), mais elle n’enlève rien à la qualité globale du roman.

Et comment ne pas mentionner cette justesse des mots dans chacune des phrases, ces descriptions si humaines des personnages ? Il faut un sens aigu de l’observation pour restituer autant de justesse dans un roman.

Dans l’interview qu’il donne à la fin du livre audio, l’auteur indique qu’il a pensé la structure du roman pour que celui-ci puisse aussi être lu indépendamment des trois premiers tomes. Je ne sais pas si le plaisir de lecture (ou d’écoute) serait vraiment le même sans avoir la genèse des personnages. De toute façon je ne peux que vous inviter à lire (ou écouter) les précédents, dans l’ordre, pour profiter pleinement des détails de l’évolution des personnages.

Autre bonne nouvelle annoncée par l’auteur dans cette interview : il travaille déjà à son prochain roman, une nouvelle fresque romanesque où les principaux protagonistes seront la jeune génération Pelletier. Sans mauvais jeu de mots, voilà pour moi une belle promesse de nouvelles heures d’écoute passionnantes.

Audiolib, 12h28 d’écoute, 24,95 en format numérique, 27,90€ en CD

Audio·Roman

« On regrettera plus tard » d’Agnès Ledig

Je vous parle souvent des critères qui me font choisir une lecture plutôt qu’une autre. Souvent c’est le résumé qui me décide ; mais parfois je m’appuie sur le conseil d’autres lecteurs, parfois sur le nom de l’auteur, parfois simplement sur une jolie couverture qui attire mon regard… Dans le cas de ce livre, mes deux… Lire la suite « On regrettera plus tard » d’Agnès Ledig

Audio·Biographie

« Picasso, le sage et le fou » de Paule du Bouchet et Marie-Laure Bernadac


J’avais envie d’écouter un court livre audio, et j’ai trouvé celui-ci à la bibliothèque. Deux heures pour raconter la vie de Picasso, quel challenge ! Forcément le récit est assez succinct et va à l’essentiel. Mais il permet de retracer les grandes étapes de sa vie, de citer les personnes clés (femmes et amis) qui l’ont accompagné ou inspiré.

Comme dans toutes les biographies, j’aime comprendre ce qui a forgé une destinée, et je me suis intéressée en particulier à l’enfance et à la jeunesse de d’artiste. Dans le cas de Picasso, je connaissais déjà assez bien cette partie de sa vie, pour avoir eu la chance il y a quelques années de voir une exposition qui était consacrée à l’influence des maîtres de la peinture sur son œuvre.

Le texte est un peu ancien (2007), et il n’y est rien mentionné des polémiques qui se sont élevées depuis quelques années sur la relation de Picasso avec les femmes. Néanmoins, ses zones d’ombre, ses doutes, ses périodes de pause, ne sont pas niés. La lecture de François Dunoyer est impeccable, vivante et sans sur-jeu.

Ecoutez lire, env. 2h d’écoute, 11,99€ en format audio numérique

Audio·Roman

« Tout le monde aime Clara » de David Foenkinos

C’est l’histoire de Clara, une adolescente solaire, dont la vie bascule un soir de concert. Mais c’est aussi l’histoire de ses parents : Alexis, un banquier un peu terne qui s’est inscrit à un atelier d’écriture, et Marie, qui travaille dans le cinéma en attendant « le » film qui décrochera la Palme d’or. C’est aussi l’histoire d’Eric Ruprez, un écrivain oublié et aigri, qui dirige l’atelier d’écriture auquel participe Alexis.

Si je vous cite tous ces personnages en introduction, c’est parce que le titre du roman, et les très courtes lignes de la quatrième de couverture (que je vous conseille au passage de ne pas lire pour garder un peu de suspense) m’avaient laissé penser que le personnage principal du roman serait cette jeune fille, Clara, et que ma première surprise a été que le livre commence longuement par l’histoire de ses parents.

Passé cet étonnement, j’ai changé d’avis plusieurs fois au cours du roman (j’aime ? Je n’aime pas ?). Généralement j’aime plutôt bien les romans de David Foenkinos, et je lui reconnais une fois de plus le talent de savoir raconter les histoires de vie, de réussir à se placer successivement dans la peau de personnages qui ont des points de vue différents (l’histoire de Alexis et Marie est bien retranscrite par exemple). En revanche j’ai regretté que l’auteur ouvre trop de voies à explorer dans un seul roman : la vie d’un couple, le destin hors du commun d’une jeune fille, le monde de l’édition et le parcours d’un écrivain, une autre histoire d’amour… C’était un peu trop pour un roman assez court.

Point positif à noter : j’ai découvert ce texte en version audio. Cela faisait un petit moment que j’étais revenue à des lectures 100 % papier, et j’ai apprécié ce retour au livre audio. J’avais (presque) oublié à quel point c’est agréable de se laisser raconter une histoire. Je suis convaincue d’y retourner ponctuellement.

Ecoutez Lire pour la version audio ; lu par François Hatt ; 5h20 d’écoute, 18,90€ pour la version CD

Audio

« Le quai de Ouistreham » de Florence Aubenas

ouistreham2010. La journaliste Florence Aubenas décide de mener une enquête journalistique auprès de ceux qui vivent de plein de fouet les impacts de la crise économique. Elle s’inscrit au chômage, sous son vrai nom mais avec un CV très léger. Ce qu’on lui propose spontanément, ce sont des missions précaires de femme de ménage, quelques heures par ci, par là.

Ce livre raconte sa recherche d’emploi, les entretiens d’embauche, les formations, les heures supplémentaires non payées, la précarité de ceux qu’elle rencontre. Campings, bureaux, ou ferry vers l’Angleterre partant de Ouistreham : ce sont autant d’expériences et de rencontres.

Le récit, bien que marquant, ne tombe jamais dans le pathos ni dans la pitié. La patte de la journaliste y est toujours présente, avec un certain recul que l’on sent dans le récit – même si elle ne revient jamais au cours du récit sur sa démarche d’enquête. Cela m’a d’ailleurs un peu manqué, j’aurais aimé avoir quelques « pauses » dans le récit, où la journaliste aurait fait le point pour le lecteur sur son cheminement (a-t-elle toujours gardé du recul, jusqu’à quel point s’est-elle sentie blessée par les remontrances de ses chefs, s’est-elle identifiée aux femmes qu’elle a côtoyées…?). Heureusement dans la version audio la dernière plage d’écoute est consacrée à un entretien avec l’auteure, qui explique sa démarche, ses objectifs, ses limites. Cet entretien est utile et complète bien le récit cœur, il ajoute l’analyse et le recul qui m’avaient manqué.

S 3-3Audiolib, 6h25 d’écoute, 15,45€ en version numérique

Audio

« Les gardiens du phare » de Emma Stonex

Capture d'écran 2024-03-27 201508Les phares sont un décor intéressant pour une intrigue de roman : l’isolement, la promiscuité de ceux qui y vivent, les conditions météorologiques, sont des ressorts romanesques qui fonctionnement bien. C’est d’ailleurs pour ces raisons que j’ai eu envie de découvrir ce roman. Avoir choisi la version audio m’a permis d’entrer tout de suite dans une ambiance très particulière, cette atmosphère de huis-clos ressentie par des gardiens qui partagent leur quotidien dans ce phare.

En 1972, trois gardiens qui travaillaient dans le phare de Maiden Rock disparaissent mystérieusement. Ce qui s’est passé, nul ne le sait. L’entreprise qui les employait a étouffé les faits ; et les veuves des trois disparus n’ont jamais eu de réponses à leurs questions.

Des décennies plus tard, un écrivain contacte l’une des veuves pour enquêter sur le mystère et en faire un roman.

L’ambiance est fascinante et complètement immersive en ce qui concerne la version audio. J’avais parfois l’impression d’être moi aussi dans le phare ! En revanche j’ai trouvé l’intrigue compliquée, entre les allers-retours sur deux époques, les trois gardiens et leurs trois femmes (j’ai un peu mélangé les prénoms au début…). Il y avait un vrai terreau pour une enquête, pour lancer des fausses pistes à destination du lecteur… mais je me suis un peu emmêlée dans les informations, au point que j’ai eu l’impression à un moment donné d’avoir manqué des informations.

S 2-3Audiolib, 9h30 d’écoute, 23,45€ en version CD. Lu par Christine Braconnier et Guillaume Orsat

Audio·Roman

« Les petites reines » de Clémentine Beauvais

Capture d'écran 2024-02-27 205609On choisit parfois un livre sur le seul nom de son auteur. Et parfois, on choisit un livre audio sur le nom de son lecteur – en l’occurrence ici, une lectrice, l’excellente Rachel Arditi, que j’avais déjà entendue dans « Les dames de Marlow ».

J’avais aussi lu quelques chroniques très enthousiastes sur « Les petites reines », roman qui a aussi été adapté en bande dessinée.

Bref, j’avais deux bonnes raisons d’écouter ce livre audio !

Le bilan de mon écoute est très positif. L’histoire, d’abord, a un point de départ qui interpelle : Mireille, Hakima et Astrid ont été élues « boudins de l’année » par l’un de leur camarade. Avec la viralité des réseaux sociaux, il y a de quoi déprimer… Mais Mireille n’en est pas à sa première élection, et prend cela désormais avec beaucoup de recul. Elle rallie à sa défense les deux autres « boudins », et elles partent toutes les trois à vélo, destination Paris, pour y porter chacune une revendication qui lui tient à coeur.

C’est aussi drôle que sensible, aussi bouleversant que léger. Il y a de tout dans ce roman vif et intelligent. Le message est optimiste, montre que les insultes et le harcèlement ne doivent jamais être banalisés ; et aussi qu’il y a de la place pour la révolte et la résilience, que la honte peut changer de camp.

Quant à la lecture de Rachel Arditi, elle est juste parfaite : d’ailleurs c’est moins une lecture qu’une incarnation. La voix de l’actrice porte le texte avec une incroyable justesse, le juste rythme, le bon choix d’enthousiasme ou de silence.

Ce roman est publié comme un roman jeunesse, mais il peut être lu par des adultes autant que par des collégiens.

S 3-3Audiolib, lu par Rachel Arditi, 6h15 d’écoute, 19,20€ en version CD

Audio·Roman

« Des bleus à l’âme » de Françoise Sagan

Capture d'écran 2023-11-23 204513J’aime beaucoup les romans de Françoise Sagan. Je me souviens avoir emprunté il y a quelques années tous ses romans disponibles à la bibliothèque, avant d’acheter finalement la (quasi ?) intégrale de ses œuvres dans l’excellente collection Quarto de Gallimard.

J’étais curieuse de découvrir une version audio de l’un de ses textes, et par ailleurs je ne connaissais pas celui-ci… c’est donc une double découverte !

Et j’ai adoré !

Le texte en lui-même est très original, car c’est à la fois un roman (qui reprend les personnages de « Château en Suède », la pièce de théâtre de Sagan) mais avec tous les commentaires de l’auteur en plein milieu du roman – et pourquoi elle fait ce choix, et ce qu’elle pense de ses personnages, etc. Donc on situe très bien le moment où elle écrit ce texte (1972), où elle était (en Normandie), et plus globalement son état d’esprit en l’écrivant, ses contrariétés, les raisons de ses choix,… C’est comme si elle commentait par dessus mon épaule le roman que j’étais en train de lire !

La deuxième raison pour laquelle j’ai adoré cette version audio, c’est l’interprétation de Lola Naymark. Je pèse mes mots: ce n’est pas juste une lecture, c’est une interprétation. Car elle lit la partie roman d’une voix neutre, et la partie commentée avec une autre voix, dans une imitation juste et sans caricature de l’auteure (c’est bluffant!). Donc non seulement Sagan me commentait son roman, mais en plus j’entendais sa voix ! C’est une belle prouesse et c’est vraiment très très réussi.

Il y a des textes qui sont faits pour être écoutés plus encore que pour être lus, et celui-ci en fait clairement partie !

L’histoire d’Eléonore et Sébastien est finalement anecdotique (même si elle m’a donné envie de relire « Château en Suède »).

Un très bon livre, qui méritait d’être édité en version audio !

S 3-3Audiolib, 4h05 d’écoute, 21,90€ en version CD

Audio·Roman

« Une nuit particulière » de Grégoire Delacourt

Capture d'écran 2023-11-17 175407Il y a toujours dans les romans de Grégoire Delacourt un mélange de douceur et de gravité, et « Une nuit particulière » est construit avec ces mêmes ingrédients. Les deux personnages, Aurore et Simeone, se rencontrent une nuit de désarroi. Aurore vient d’être quittée par son mari, le grand amour de sa vie, et cherche du réconfort ; elle trouve Simeone sur son chemin, et ensemble ils vont vivre quelques heures inattendues, construites sur des douleurs et une quête de survie parmi les épreuves de la vie.

La bonne idée de cette version audio est de faire une lecture à deux voix (celle d’Aurore, celle de Simeone), parfois en duo, parfois dans des chapitres à une seule voix. La voix de Simeone contraste beaucoup avec celle d’Aurore, ce qui surprend un peu au début de leurs échanges, mais prend tout son sens dans la deuxième partie, dont il est le personnage principal.

C’est une lecture toute en douceur, avec un mélange de mélancolie, de profondeur et d’amour, qui s’écoute volontiers le soir dans la quasi-pénombre pour être complètement dans l’ambiance de cette nuit hors du temps.

S 3-3Audiolib, 3h46 d’écoute, 20,90€ pour la version CD

Audio·Roman

« Sido » et « Les vrilles de la vigne » de Colette

sidoMes souvenirs de lecture de Colette remontent à mes années scolaires. Je me souviens d’un extrait d’un roman de « Claudine », mais c’est à peu près tout.

J’ai toujours beaucoup de plaisir à redécouvrir des classiques sous forme audio. Je trouve que cela leur donne une nouvelle jeunesse ! Et pour moi, l’occasion de redécouvrir des textes, autrement.

« Sido » est évidemment un grand classique, mais qui se lit très bien grâce à l’écriture fluide et spontanée de Colette. La narratrice y raconte sa vie familiale, mais le livre est avant tout une grande déclaration d’amour à sa maman. C’est un joli texte autobiographique, basé sur les souvenirs d’enfance de l’auteure.

Dans la version Audiolib, ce texte est suivi des « Vrilles de la vigne ». C’est un recueil de nouvelles, très dynamique. On y retrouve l’écriture directe, simple, poétique de Colette, comme des petites vignettes de vie piochées ici et là. Chapeau bas à Elsa Lepoivre qui lit ces textes de manière très vivante, et en particulier le récit très rythmé de « Toby chien ». Il faut absolument écouter ce texte, pour l’exercice d’expression presque théâtrale qu’en fait la comédienne.

Une belle redécouverte !

Audiolib (partenariat), durée d’écoute 5h34, 22,90€ pour la version CD