Audio·Roman

«Félix et la source invisible» de Eric-Emmanuel Schmitt

félixFélix et sa maman Fatou habitent dans la plus belle ville du monde, Paris, dans le quartier de Belleville – même si son oncle s’amuse à l’appeler « Mocheville ». Fatou tient un café où se côtoient des personnalités sensibles et attachantes : Robert Larousse, ainsi surnommé car il s’attelle à apprendre le dictionnaire (dans l’ordre) ; Madame Simone, qui était « une pute et un homme », ou encore Madame Tran qui s’immisce doucement dans les conversations.

Mais Fatou déprime. Son tempérament s’est éteint. Félix, son oncle et son père, vont organiser pour elle un voyage qui doit la ramener vers la vie et la lumière.

Roman initiatique, poésie d’un petit garçon qui veut redonner le goût de vivre à sa mère, « Félix et la source invisible » est dans la parfaite continuité des précédents romans de Eric-Emmanuel Schmitt. N’y cherchez pas du suspense ni une intrigue qui vous tiendra éveillé jusqu’au bout de la nuit : l’écriture est douce, les chapitres se suivent au gré (d’abord) d’un quotidien sublimé par des personnages bien croqués et (ensuite) d’un voyage en Afrique qui se transforme en quête spirituelle.

Dans le café de Fatou étaient installés Robert Larousse, Madame Simone, Madame Tran… et moi, suivant leurs discussions de comptoirs. La vie, quoi.

S 2-3Audiolib, 18€, 3h51 d’écoute

Cosy mystery·Policier

«La mort a ses raisons» de Sophie Hannah

mort raisonsSophie Hannah a été choisie par les héritiers d’Agatha Christie pour écrire de nouvelles aventures du célèbre détective Hercule Poirot. Quand on s’attaque à un tel mythe, il faut être à la hauteur… Je suis une grande admiratrice de la « reine du crime », j’ai lu quasiment tous ses romans policiers (ce qui représente quand même plusieurs dizaines de livres). Alors quand j’ai commencé la lecture de « La mort a ses raisons », j’étais curieuse mais je pensais que j’allais sans cesse comparer ce roman aux originaux.

Finalement… pas du tout.

Le livre s’ouvre sur le dessin d’un plan de maison, façon Cluedo. Ce n’est que le premier d’une liste d’ingrédients incontournables : un huis-clos pour l’ambiance, un groupe réuni dans une grande demeure, mélangeant famille / amis ou conjoints / domestiques, et au milieu, Hercule Poirot et l’inspecteur Catchpool. Ces deux derniers se demandent bien, d’ailleurs, pourquoi Athelinda Playford, maîtresse des lieux et romancière à succès, les a invités à passer quelques jours chez elle.

Lors du dîner, Athelinda annonce qu’elle déshérite ses enfants, au profit d’un homme… qui est lui-même mourant. Bien sûr cette révélation bouscule l’assemblée présente. Et comme par hasard, un crime est commis quelques heures après…

La construction du roman est assez classique, totalement dans la lignée de ce qu’Agatha Christie aurait pu écrire. Le dénouement se déroule sans surprise dans une scène réunissant tous les personnages autour de Poirot. Celui-ci, finalement, est assez peu présent, et j’ai remercié intérieurement l’auteur de ne pas avoir abusé des clichés sur ses moustaches, son crâne d’œuf et ses petites cellules grises. Poirot est présent sans être omniprésent, et c’est très bien comme ça.

Je n’avais pas envie d’interrompre ma lecture de ce roman efficace, qui se suffit à lui-même indépendamment de la « lignée » dans laquelle il s’inscrit, qui mérite d’être lu pour ce qu’il est : un bon « cosy mystery ». Je lirai avec plaisir les autres romans de cette saga.

S 3-3Le Livre de poche, 408 pages, 7,90€

Roman

«Petit pays» de Gaël Faye

petit paysIl y a des livres comme ça, dont on a beaucoup entendu parler, que nous ont conseillés des amis, dont la couverture attire notre œil à chaque passage en librairie. Des livres qu’on a l’impression d’avoir trop vus avant même de les lire. Et pourtant, si j’avais ce sentiment avant de commencer la lecture de « Petit pays », j’ai très vite compris pourquoi ce livre avait tant marqué ses lecteurs.

Gabriel habite au Burundi avec ses parents et sa sœur. C’est un gamin attachant, bien élevé et joueur. Il entretient une correspondance avec une petite Française de son âge, et fait gentiment les quatre cents coups avec ses copains de quartier.

« Armand et moi chipions […] des mangues. […] Nos mains étaient poisseuses, nos ongles noirs, nos rires faciles et nos cœurs sucrés. »

Mais l’horreur de la guerre civile, des massacres, du génocide voisin, fait basculer Gabriel dans un autre monde, sans retour possible.

Le livre est assurément l’un de ceux qui marque, mélange de tendresse et de violence, de joies de l’enfance et d’horreurs de la guerre. Il percute le lecteur en plein cœur, dans la conscience de l’indicible. Et Gabriel, symbole de l’innocence brisée, tentera de trouver un ultime salut dans les livres, ces « génies endormis » et de se préserver le plus tard possible de son environnement. « J’ai tardé à t’écrire. J’étais trop occupé à rester un enfant », écrit-il à sa petite correspondante.

« Je voyais l’image […] de toutes les innocences de ce monde qui se débattaient à marcher au bord des gouffres. Et j’avais pitié pour elles, pour moi, pour la pureté gâchée par la peur dévorante qui transforme tout en méchanceté, en haine, en mort ».

S 3-3Le Livre de poche, 224 pages, 7,20€. Prix Goncourt des lycéens 2016

Roman

«Ma reine» de Jean-Baptiste Andrea

reineDans le sud de la France, un jeune garçon passe ses journées dans la station-service tenue par ses parents. Surnommé Shell, il est à la fois intelligent et un peu coupé du monde (on imagine une forme d’autisme même si aucun mot n’est précisément utilisé pour décrire son comportement). Sa sœur est partie de la maison familiale, et il ne va plus à l’école.

Lors d’une fugue, il fait la rencontre de Viviane, une fille de son âge dont il tombe amoureux et qui va devenir sa « reine », le menant à la baguette et construisant autour d’eux un monde imaginaire…

Roman tendre et sensible, ce récit à la première personne se lit comme le journal intime de Shell et permet au lecteur d’entrer dans la tête de ce garçon différent et attachant. J’ai plusieurs fois pensé à Pagnol et à une partie célèbre du « Château de ma mère », où le jeune Marcel est envoûté par une prétentieuse fillette qui se construit un univers doré là où tout n’est qu’illusion. Il y a dans le duo Shell-Viviane la même admiration enfantine que dans celui Marcel-Isabelle.

L’histoire commence dans un décor de station-service que j’imagine proche d’un « Bagdad café », en quasi autarcie, où ne passent que des clients de passage et quelques habitués. La fugue de Shell change le décor et le livre ouvre une nouvelle page. Sous le soleil du Sud, l’amitié entre Shell et Viviane connaîtra des rebondissements, jusqu’à la fin inattendue. Le récit est particulièrement touchant car il est raconté par Shell lui-même, avec sa sensibilité et sa gentillesse naturelle, lui que les autres trouvent « bizarre » sans qu’il comprenne pourquoi. Sa rencontre avec Viviane est pour lui un choc émotionnel :

« C’était ma meilleure amie. Rien que de pouvoir dire ça, ca me faisait gonfler de fierté. Autrefois à l’école tout le monde était meilleurs amis sauf moi. C’était comme une grande boule d’amitié autour de laquelle je tournais sans jamais pouvoir entrer. »

S 3-3Folio, 224 pages, 7,40€

Policier

«  Derniers mètres jusqu’au cimetière » de Antti Tuamainen

derniers mètresJaakko va mourir. Il se sentait mal depuis plusieurs jours, et le diagnostic du médecin ne laisse aucun espoir : Jaakko a été empoisonnée à petit feu, et ses jours sont comptés.

Il pourrait s’isoler pour pleurer. Il pourrait vouloir vivre à 100 % les derniers jours qui lui restent. Mais il décide de chercher qui l’a empoisonné, pour se venger avant de mourir.

A la tête d’une entreprise spécialisée dans le champignon, il découvre que sa femme le trompe avec l’un de leurs employés ! Et par dessus le marché, des concurrents redoutables menacent la récolte de cette année…

Le titre annonce la couleur : ici il n’y aura pas de pathos sur la fin de vie, le personnage principal fera ses « derniers mètres jusqu’au cimetière » avec toute l’énergie que l’on peut mobiliser dans ses derniers instants pour finir sa vie en beauté. Bien sûr il y a de l’humour noir dans ce texte, le thème est évidemment décalé et traité en tant que tel. Certaines scènes sont cocasses dans la violence, un peu déroutantes dans la lecture, mais on se prend au jeu de suivre Jaako dans son ultime quête de vérité.

A la fois enquête, récit humoristique, parsemé de quelques scènes sanglantes, c’est un roman déroutant, mais dont le contenu est très cohérent avec ce que son titre annonce !

S 2-3Fleuve éditions

Roman

«L’enfant des Soldanelles» de Gérard Glatt

soldanellesAvant de parler de l’histoire de ce livre, j’ai choisi de vous parler des lieux qui en sont le théâtre. Pour un décor, quel décor !

« Ainsi passent-ils le col de la Colombière pour aller jusqu’au Grand-Bornand et à La Clusaz, sur l’autre versant des Aravis. Visitent-ils la Chartreuse du Reposoir. Montent-ils jusqu’à Megève et son mont d’Arbois, en passant par Combloux. »

Il y a de quoi faire rêver plus d’un lecteur.

Il est donc très aisé de comprendre pourquoi Guillaume, petit garçon malade envoyé à la montagne pour soigner ses poumons, s’est émerveillé en découvrant une si belle nature. Bien vite, les noms des montagnes qui entourent son lieu de convalescence n’ont plus de secret pour lui. Et les six mois qu’il devait passer ici ne trouveront jamais de fin, car Guillaume reviendra toujours vers ses chères montagnes.

Lié d’amitié avec Augustin, du même âge que lui, et Julien, plus âgé qu’eux, un drame va venir briser leur innocence – et du même coup changer le cours de leurs destins, mais il faudra tout un livre pour comprendre pourquoi.

L’auteur fait la part belle aux sentiments : l’amour de Guillaume envers sa mère d’abord, puis après le séjour aux Soldanelles, l’amitié, et bientôt l’amour. Des sentiments très présents, et dont le lecteur comprend vite qu’ils seront la cause de bien des drames et des jalousies.

Si j’ai aimé la trame globale du roman, j’ai trouvé quelques longueurs dans la lecture, et la fin particulièrement prévisible. J’avais déjà lu du même auteur « Et le ciel se refuse à pleurer », où le lecteur retrouvera le cadre sublime de la Haute-Savoie et des personnages aux sentiments forts et parfois déroutants.

S 2-3Presses de la Cité, 464 pages, 21€

Policier

«Le dernier hyver» de Fabrice Papillon

hyverLe titre, bien sûr, intrigue tout d’abord : qu’est-ce donc que cet « hyver » qui interpelle à la seule lecture de la couverture ? Si le titre vous interpelle, vous n’êtes pas au bout de vos surprises, car ce livre est à la fois construit avec intelligence et particulièrement étonnant.

L’histoire commence ainsi : Marie, brillante stagiaire tout juste arrivée au 36 quai des orfèvres, se trouve confrontée à un meurtre particulièrement atroce dans une boutique Hermès des beaux quartiers parisiens. Le corps a été mutilé selon un rite qui rappelle des coutumes ancestrales.

Le roman, d’abord, surprend par la qualité de la documentation et la précision avec laquelle l’auteur nous fait entrer dans les coulisses d’une institution de la police. Puis les liens avec l’Histoire se construisent au fil des pages, et là encore on plonge avec délice dans des parenthèses historiques passionnantes. A un moment de l’histoire, des phénomènes inexplicables bousculent la lecture, et toute la question sera alors de savoir si ce livre aura une fin plausible ou basculera totalement dans une monde parallèle – et je-ne-vous-dirai-rien !

Durant toute ma lecture, j’ai été tour à tour charmée et déroutée par la forme de ce roman. Marie, la jeune stagiaire, se retrouve confrontée à des situations incroyables : que ferait le lecteur à sa place, chercherait-il des explications rationnelles, ou bien chercherait-il une autre forme de physique ?

Amateurs d’alchimie, passionnés d’Histoire, curieux de philosophie ou de mathématiques sur les traces d’Hypathie d’Alexandrie, ce livre vous étonnera, vous séduira, et assurément ne vous laissera pas indifférents.

S 3-3Points

Audio·Roman

«Sentinelle de la pluie » de Tatiana de Rosnay

sentinelle pluieLa crue parisienne de 1910 est un événement dont on reparle régulièrement. Chacun sait que Paris doit s’attendre un jour à une nouvelle crue centennale. Faire de cet événement le point de départ d’un roman est une idée originale. Que serait le quotidien, comment s’organiseraient les parisiens, les services publics, les hôpitaux, si la Seine débordait et menaçait des bâtiments, appartements, transports ?

La famille Malegarde se réunit pour un anniversaire. Autour des parents, Lauren et Paul, célèbre arboriste, les enfants, Linden célèbre photographe américain, rejoint sa sœur pour l’événement à Paris. Ils logent dans un bel hôtel, mais rien ne se déroule comme prévu. Paul fait un AVC, Lauren tombe malade, la Seine est en crue, et Linden revit dans les rues parisiennes des souvenirs de sa jeunesse qu’il préfèrerait oublier.

Comme si la crue de la Seine faisait remonter à la surface les secrets, la famille de Linden alterne entre souvenirs, ressentiments, et volonté de solder les souffrances. Adolescent complexé, incompris par ses parents, depuis toujours incapable de leur parler franchement, Linden est maintenant un artiste reconnu mais reste blessé par ses souvenirs de jeunesse.

L’idée de départ est originale, Paris sous les eaux est un décor atypique et la Seine devient un personnage à part entière du roman. J’aurais aimé plus de rythme dans le récit, moins d’allers-retours sentimentaux sur les histoires familiales surtout au milieu du livre, moins de descriptions. Mon enthousiasme initial s’est un peu érodé au fil des chapitres par manque de rebondissements même si le livre s’achève sur de nouveaux éléments qui permettent de clôturer proprement le roman.

S 2-3Audiolib, durée d’écoute : 9h23, 22,90€

Policier

« Le douzième chapitre» de Jérôme Loubry

douzieme chapJ’ai acheté ce livre il y a plusieurs mois, après avoir entendu une critique plus qu’élogieuse à la télé (oui, on parle encore de livres à la télé). Depuis, il m’attendait, parmi plein d’autres qui me font les yeux doux, achetés sur un coup de tête mais qui n’ont pas encore été choisis, pas encore été élus pour la lecture du moment.

L’histoire est celle de deux garçons, David et Samuel, amis d’enfance, devenus adultes : l’un est écrivain, l’autre son éditeur. Un été de leur enfance, ils se sont liés d’amitié avec la petite Julie. Mais elle est morte cet été là, dans des conditions pas très claires.

Or voilà que, adultes, ils reçoivent chacun une sorte de manuscrit qui relate cet été-là, et qui s’achève par un douzième chapitre qui est personnalisé pour chacun d’eux.

Pourquoi reçoivent-ils ce texte maintenant ? Qui en est l’expéditeur ? Et qui est la troisième personne à avoir reçu le même manuscrit qu’eux ?

L’histoire se lit plutôt bien, mais manque assez d’originalité, et surtout de rebondissements. Il y a bien quelques trouvailles bien amenées, et les deux enfants qui sont plutôt bien décrits, avec une vraie « chair » de personnages. Mais je m’attendais à un suspense plus marqué, plus haletant. J’ai donc été un peu déçue. La lecture reste agréable, mais le récit un peu trop classique à mon goût.

S 2-3Calmann-Levy, 360 pages, 19,50€

Cosy mystery·Policier

«Agatha Raisin enquête (tome 13) : Chantage au presbytère» de M.C.Beaton

agatha t13 presbytèreÇa bouge dans la vie d’Agatha Raisin ! Son mari, James, qui s’était retiré dans un monastère, ne donne définitivement plus de nouvelles ; Charles Fraith, son ami intime, est aux abonnés absents ; reste John Armitage, son nouveau voisin, écrivain de son état, avec qui Agatha se demande s’il serait envisageable de se mettre en couple…

Le moral d’Agatha se regonfle lorsque Tristan Delon, le nouveau vicaire du village, lui fait les yeux doux. Agatha peut encore séduire ! A peine se méfie-t-elle lorsqu’au cours d’un dîner il lui propose de s’occuper pour elle de la gestion de ses économies.

Lorsque Tristan est retrouvé mort, les suspects ne manquent pas : est-ce le pasteur, jaloux de son aura ? Est-ce l’une des femmes à qui il a fait la cour ? Est-ce Agatha elle-même ?

Le nouveau duo Agatha / John mène l’enquête. Comme dans les bons opus de la saga, l’histoire avance bien, il y a des fausses pistes, et plein de diversions sur la vie d’Agatha, les amours de Bill Wong, l’organisation d’une « course aux canards » pour les bonnes œuvres de la paroisse… C’est charmant comme un week-end dans la campagne anglaise.

Si certains personnages piliers (Mrs Bloxbuy l’épouse du pasteur, Bill Wong l’ami policier…) font le lien avec les épisodes précédents, avoir mis d’autres personnages entre parenthèses (James, Charles, Roy…) donne un nouvel élan à la série. Nul doute que certains réapparaîtront dans de prochains tomes ; mais cela agrémente la lecture de voir Agatha dans un univers un peu différent, et plus sensible que jamais.

C’est un bon cru dans la série.

S 3-3Albin Michel, 306 pages, 14€