
Si le titre ressemble à un bon jeu de mots pour attirer le regard du lecteur, c’est en réalité une expression qui a été maintes fois utilisée et analysée au fil des siècles. Il n’est pas nouveau que l’être humain, dont la durée de vie est par essence limitée, se pose la question de l’utilité de ce qu’il accomplit, et de ce qui mérite l’emploi de son temps.
Le manifeste recense justement une vingtaine d’écrivains qui se sont exprimés, dans leurs livres ou lors de conférences, sur cette notion d’utilité. La deuxième partie est un plaidoyer en faveur de l’enseignement – de l’université en particulier, souvent critiquée pour ses cours trop théoriques, et dont l’auteur rappelle le rôle de formation des esprits (formation de la capacité à réfléchir par soi-même, à cultiver un regard critique et une réflexion autonome).
Les arguments sont clairs et impactants. Le propos reste concis ; vous savez mon agacement quand les essais délayent une bonne idée pendant d’interminables chapitres, au point d’essorer une bonne trouvaille ad nauseam, et ce n’est pas du tout le cas ici ! La démonstration est bien faite, étayée par des exemples et des citations de diverses époques, de divers auteurs aux profils variés. L’aspect philosophique de la réflexion est traité brillamment et invite à la réflexion. Je vous mets au défi de ne pas réfléchir pendant cette lecture à ce qui est « utile » ou « inutile » dans vos vies !
Enfin, le manifeste est complété par un essai d’Abraham Flexner qui date de 1939 (mais reste d’actualité!), axé principalement sur les découvertes scientifiques qui ont d’abord été des recherches désintéressées de toute utilité, mais souvent faites pour la curiosité et le besoin de comprendre le monde.

Les Belles lettres, 194 pages, 15€ (livre offert par l’éditeur)