Roman

« La mezzanine » de Nicholson Baker


Peu d’auteurs sont capables de partir d’un tout petit événement du quotidien – en l’occurrence, un employé de bureau qui casse son lacet avant sa pause déjeuner – et d’en tirer tout un texte drôle, fin, limité dans le temps (la fameuse pause déjeuner), dans l’espace (les locaux où travaille le protagoniste et le quartier juste autour), les personnages (il croise furtivement quelques collègues, évoque aussi le souvenir de sa mère, mais c’est tout), et pourtant de réussir à ouvrir tout un monde au lecteur.


Environ la moitié du texte est consacrée à des notes de bas de page. C’est assez déroutant car cela coupe la lecture du texte principal plusieurs fois par chapitre ; mais surtout ne sacrifiez pas la lecture de ces notes, qui sont aussi truculentes que le texte principal.

S’il n’y a pas vraiment d’histoire, vous aurez malgré tout l’occasion de vous interroger sur la raison (scientifique) pour laquelle les pailles en plastique flottaient dans les sodas (c’est assez amusant d’ailleurs de lire cette partie où l’auteur regrette la fin des pailles en papier au profit des pailles en plastique, alors qu’on a connu le débat inverse quelques années plus tard) ; vous réfléchirez à la forme de votre bac à glaçons ; et vous pourrez vous faire un avis dans le débat entre essuie-mains papier ou souffleur d’air chaud dans les toilettes.

Tout cela a l’air anodin, banal ? Certes ! Mais le talent de l’auteur réside dans sa capacité à raconter tout cela avec un sens inouï de l’observation, qui m’a fait penser à plusieurs reprises « Je n’y avais jamais pensé mais c’est tout à fait exact ! ». C’est un peu du Perec dans l’esprit, mais en plus dynamique et en plus drôle.

On en sort amusé et avec le regard un peu plus aiguisé sur les objets du quotidien.

Les Belles lettres, 176 pages, 15€ (service de presse)

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