BD

«Bidochon – Maison, sucrée maison » de Christian Binet

bidochon04_1034J’ai lu cette BD pour la première fois il y a bien des années, et je me souviens qu’elle m’avait déjà bien fait rigoler. En parcourant une bibliothèque cet été, je suis tombée par hasard dessus et je l’ai relue, avec autant de plaisir que la première fois (même si je me souvenais de certaines blagues), un peu comme on revoit un film comique devenu un classique.

Robert et Raymonde Bidochon sont décidés : fini l’appartement en HLM, ils vont faire construire leur maison. Après une escroquerie et des châteaux en Espagne, ils redescendent sur Terre pour un projet plus modeste. Mais la construction de leur maison ne va pas (du tout) se passer comme prévu : entrepreneurs, agents immobiliers, promoteurs, semblent tous se liguer contre les Bidochon ! Les rebondissements cocasses s’enchaînent jusqu’à la toute dernière page de cette BD qui sent le vécu. C’est culte !

S 3-3Fluide glacial

BD

«Les Cahiers d’Esther, histoires de mes 10 ans» de Riad Sattouf

estherEsther a neuf ans (oui, passons sur cet étrange décalage avec le titre), et sur la base de son quotidien, Riad Sattouf a écrit cette BD pleine de charme.

Esther va à l’école, a des copines, déteste les garçons (sauf son papa), part en vacances chez sa grand-mère, aime Kendji Girac et Black M. C’est une petite fille de son époque, plutôt bien dans sa peau… et qui rêve d’avoir un iPhone. Chroniques d’une pré-adolescente ordinaire, les « Cahiers d’Esther » peuvent plaire aussi bien aux jeunes lectrices qu’à leurs parents, et peut rappeler aux autres adultes leurs souvenirs de cour de récréation. Car si Esther est bien ancrée dans les années 2010, on pourrait la transposer assez facilement la transposer dans d’autres époques (il suffirait de changer les noms des chanteurs stars!).

Sans être une BD humoristique, c’est une lecture agréable et plutôt positive. Je ne connaissais Riad Sattouf que de nom, et cette première lecture me donne envie de découvrir d’autres titres du même auteur. J’ai d’ailleurs découvert qu’il existe deux autres tomes des « Cahiers d’Esther » : à découvrir !

S 3-3Allary Editions

Audio·Roman

«Une vie sans fin » de Frédéric Beigbeder

vie sans finRépondant à une interrogation de sa fille, le narrateur (un double très proche de l’auteur), promet de ne jamais mourir. Et, se posant un peu, le voilà qui s’interroge sérieusement sur l’immortalité. Commence alors un long périple dans plusieurs pays, à la découverte des recherches les plus pointues et les plus innovantes sur l’immortalité.

Ce livre joue sur deux tableaux tout au long du récit :

D’un côté, j’ai découvert des recherches et des techniques incroyables, dont je ne soupçonnais pas l’existence, et qui montrent que la quête de l’immortalité donne lieu à des travaux scientifiques extrêmement poussés. Découvrant ces recherches, je me dis qu’on n’a pas fini de s’étonner dans les prochaines années des avancées de la science dans ce domaine ! Notons que toutes les explications données par l’auteur sont plutôt accessibles au grand public, et l’ensemble est intelligemment vulgarisé.

D’un autre côté, j’ai regretté que l’incontournable trio sexe-drogue-vulgarité déjà tant utilisé par l’auteur soit à nouveau présent dans ce livre. Cela n’apporte rien au récit, dont le propos est suffisamment bien mené par ailleurs pour que le lecteur ne s’ennuie pas.

Le récit navigue donc entre un propos assez sérieux et mené avec pertinence, et des vulgarités à intervalles réguliers. L’ensemble du livre a le mérite d’apporter un éclairage intéressant et un accessible sur un sujet complexe. J’aurais aimé, comme c’est le cas pour d’autres publications de chez Audiolib, terminer par l’écoute d’une interview de l’auteur, pour faire la part des choses et savoir ses motivations profondes et comment il en est arrivé à traiter d’un tel sujet. Sans rien vous dévoiler de la fin, le 32è chapitre (l’un des derniers) se révèle plein de tendresse et permet au lecteur de ne pas finir son écoute que sur des seules questions métaphysiques.

A noter, le texte chez Audiolib est lu par Jonathan Lambert, étonnant dans ce rôle de comédien lecteur que je ne lui connaissais pas.

S 2-3Audiolib, 7h06 d’écoute, 22,90€

C'est mercredi, on lit avec les petits !

«Le Club des cinq et le coffre aux merveilles» de Enid Blyton

club cinq coffreFrançois, Mick et leur petite sœur Annie, forment avec leur cousine Claude et son chien Dagobert le « club des cinq ». Héros de mon enfance dans une saga de la bibliothèque rose qui a déjà quelques décennies, ces jeunes aventuriers bien élevés n’ont pas pris une ride. Quand bien même ils dorment dans des granges et s’éclairent encore avec une lampe torche et non un téléphone portable…

Dans cette aventure-ci, les Cinq passent quelques jours en pension dans la campagne normande, hébergés dans une ferme dont les propriétaires peinent à joindre les deux bouts. Séjournent aussi dans cette ferme un Américain et son fils, qui espèrent mettre la main sur le trésor d’un ancien château aujourd’hui disparu…

Derrière les valeurs incontournables de cette série (l’amitié, l’entraide, le courage, la politesse…) se cache aussi le petit frisson que les cinq aventuriers procurent depuis des générations aux jeunes lecteurs. C’est intelligent, positif, et c’est toujours aussi bien.

S 3-3Bibliothèque rose

Roman

«Rosa candida» de Audur Ava Olafsdottir

LaSolutionEsquimauAWCela faisait plusieurs mois que ce livre m’attendait sur une étagère, pas encore ouvert bien qu’acheté depuis mars au Salon du livre de Paris où il m’avait été conseillé sur le stand de l’éditeur Zulma pas un libraire enthousiaste.

Il fait partie de ces livres difficiles à résumer, ou plutôt, dont le résumé sera forcément réducteur. Non pas que l’histoire soit complexe ; mais elle est une poésie du quotidien.

Le narrateur a perdu sa mère dans un accident de voiture, et vit désormais dans le logis familial avec son père et son frère jumeau handicapé. De sa mère, il a hérité d’une passion pour les plantes, et plus particulièrement pour les roses. Il possède d’ailleurs une variété assez rare, qu’il part installer dans le jardin isolé d’un monastère.

Sorte de voyage initiatique plein de douceur, ce trajet jusqu’au monastère, et les semaines qui suivent, donnent l’occasion au narrateur de réfléchir à sa vie. Et l’on découvrira progressivement qu’il est le père d’une petite fille, et qu’il entretient avec la mère de celle-ci une étrange relation.

Rassurez-vous, je ne vous ai rien dévoilé de trop sur ce splendide roman plein de charme, où les interrogations d’un jeune homme, père, fils, frère, sur sa vie sont autant de fleurs d’espoir.

Chose assez rare, je lisais ce roman dans un lieu public et une dame m’a interpellée juste pour me dire : « C’est bien, hein ? Je l’ai lu ! » avec un sourire de connivence comme seuls peuvent en avoir deux lecteurs autour d’un texte plein de grâce.

Pour moi qui ai habituellement moins d’attirance pour la littérature étrangère que pour la littérature française, je dois souligner que les Editions Zulma ont le don de dénicher des textes étrangers qui me font changer d’avis.

S 3-3Zulma, 288 pages, 8,95€

Policier

«Evanouies» de Megan Miranda

evanouiesNic a quitté la petite ville de son enfance à l’entrée dans l’âge adulte. Elle a laissé derrière elle son père, son frère, et Tyler son amour de jeunesse. Depuis, elle a rencontré Everett, un brillant avocat qui vient de la demander en mariage.

Plusieurs années après être partie, Nic doit revenir pour s’occuper de son père malade et organiser la vente de la maison familiale. Mais voilà que la petite ville est secouée par la disparition d’une adolescente. Or, quand Nic était adolescente, une adolescente avait déjà disparu. La disparition de l’une réveille les souvenirs de cette disparition jamais élucidée. Y a-t-il un lien entre les deux disparitions ? Que savent vraiment Nic, sa famille et ses amis ?

J’ai été assez déstabilisée par le choix de l’auteur de mener le récit à l’envers, comme un compte à rebours. Je n’aime pas les flash back dans les romans, alors là c’était pire, puisque chaque chapitre remonte le temps d’une journée.

Et puis, à un moment donné de ma lecture, sans m’en rendre compte, je me suis aperçue que j’étais accrochée au roman, que j’avais envie de savoir la suite (enfin… l’avant). Bref, je me suis fait avoir ! Me voilà plus attentive au récit, et pressée d’avancer dans ma lecture.

La fin n’est pas totalement inattendue, mais il y a quelques rebondissements bien menés dans les précédents chapitres. Les personnages ne sont pas caricaturaux, ils ont de la consistance mais sans excès. L’auteur, sous couvert d’une trame policière, réussit à aborder des thèmes aussi variés que l’engagement, la fidélité à sa jeunesse, la dépendance des parents âgés… tout cela dans un seul roman.

S 3-3Ed. Points, 480 pages, 8€

Roman

« Origine » de Dan Brown

origineD’accord, ce livre est très grand public. D’accord Dan Brown est un auteur qui surfe depuis bien longtemps sur le succès de son « Da Vinci code » et reprend encore ses thèmes privilégiés (les codes, la religion, un duo chercheur-joli femme…)… mais comme ça fonctionne bien, encore une fois !

A peine le livre commencé, j’étais captivée, je voulais lire la suite !

Alors que le Parlement des religions du monde se réunit, Edmond Kirsch rencontre discrètement trois représentants religieux. Il s’apprête à révéler au monde entier les réponses à deux questions : « d’où venons-nous ? » et « où allons-nous ? ». Qu’a-t-il découvert ? Que va-t-il révéler lors d’une soirée énigmatique au musée espagnol Guggenheim ?

Robert Langdon – que le lecteur connaît depuis « Da Vinci code » – est un ami d’Edmond et participe à la soirée événement. Or cette soirée va se révéler pleine de rebondissements, et c’est Robert Langdon qui va devoir prendre la suite d’Edmond…

Il faut reconnaître à l’auteur un énorme talent pour captiver le lecteur, lui donner tout au long du roman l’envie de lire la ligne suivante, puis la page suivante, puis le chapitre suivant… Il nous promène aussi entre le musée Guggenheim et la Sagrada Familia, ce qui donne très envie de découvrir ces lieux.

Même si la fin est un peu décevante, cela ne suffit pas à me faire changer d’avis sur ce livre, dont j’ai apprécié la lecture et qui m’a fait passer un très bon moment.

S 3-3JC Lattès, 576 pages, 23€

Policier

« Abattez les grands arbres » de Christophe Guillaumot

abattezRenato est gardien de la paix à la brigade des stups. Malgré son physique de colosse, il est plutôt sympathique, et surtout il est intègre. Lors d’une perquisition, il découvre dans un appartement voisin un tuerie qui a laissés morts un homme et sa femme enceinte. Bien que l’affaire ne relève pas de son périmètre, Renato ne peut rester à l’écart et décide de mener sa propre enquête.

Rapidement, il comprend que ce massacre a un lien avec le génocide rwandais. Bourreaux et victimes, après la guerre, ont continué massacres et vengeances sur d’autres terres et par d’autres moyens. On finit par ne plus savoir qui sont les victimes, à la fin du roman j’étais un peu perdue.

Malgré cela, faire référence à l’Histoire contemporaine comme base d’un polar est plutôt une bonne idée. Certaines scènes sont particulièrement atroces ; je suis toujours un peu gênée dans ce type de lecture, ne sachant si ces zooms sur des scènes violentes sont vraiment indispensables pour faire prendre conscience au lecteur de l’horreur de certaines situations.

A noter, l’auteur est un « vrai » policier, et son héros Renato est inspiré de l’un de ses anciens collègues. A côté de la violence de l’histoire, il y a donc un peu d’humanité dans ce livre…

S 2-3Points, 312 pages, 7,50€

Policier

« Piégée » de Lilja Sigurdardottir

piégéeSonja est divorcée, mère d’un petit garçon dont elle n’a pas la garde. Elle s’est séparée de son mari quand il a découvert qu’elle le trompait avec une femme, Agla, une spécialiste de la finance en plein tourment judiciaire.

A la voir déambuler dans les aéroports, élégante, sûre d’elle, on la prendrait pour une femme d’affaires. Mais Sonja transporte de la drogue. Et son manège pourrait bien être découvert…

A mon sens ce n’est pas un polar au sens propre du terme, il n’y a pas d’enquête ; c’est avant tout un livre basé sur la psychologie. Jusqu’à quand Sonja tiendra-t-elle le coup ? Qu’est-ce qui pourrait la faire craquer ? Qui est ce douanier qui a l’âge de la retraite et ne veut pas quitter son uniforme ?

J’ai lu avec grand plaisir ce roman qui ne connaît pas de temps mort. J’avais sans doute mal compris l’enjeu du roman, j’attendais une révélation (qui n’est pas venue) sur les raisons profondes pour lesquelle Sonja est « piégée ». Quant à la fin de l’histoire, elle m’a laissé un goût d’inachevé, je l’ai trouvée un peu simple et à mon avis elle ne conclut pas l’histoire…mais j’ai découvert à la fin du livre que les aventures de Sonja continuent dans un deuxième roman. Pourquoi pas.

S 2-3Points, 384 pages, 7,80€

Biographie

« Madeleine project » de Clara Beaudoux

madeleineLorsque j’ai cherché ce livre dans une grande surface culturelle, le vendeur me l’a désigné vaguement, en me disant « si vous voulez vous charger… », à peu près du même ton qu’il aurait employé pour me dire que l’ouvrage était un peu trop épais pour caler une armoire bancale… Bonjour la rencontre avec Madeleine…

Il est vrai que ce livre est étonnant, un objet inattendu parmi les romans avec lesquels il est classé. Mais pauvre Clara qui en est l’auteur, on se fiche bien, malgré vos propres interrogations, de savoir si votre livre est de la littérature, ou si vous êtes bien légitime comme auteur. Toutes ces questions n’y changeront rien : vous avez eu une idée formidable, vous l’avez transformée en une quête intelligente et en avez fait un livre sensible et plein d’espoir. C’est une lecture qui fait du bien, qui rassure et qui émeut, et le seul critère de la littérature peut bien être celui de l’émotion, après tout.

Pour ceux qui ne connaissent pas « Madeleine Project », revenons sur son origine. Avant d’être un livre, c’est d’abord et avant tout une saga publiée sur Twitter. S’installant dans un nouvel appartement, Clara Beaudoux a découvert dans la cave un amoncellement d’objets ayant appartenu à une certaine Madeleine, dont elle se met en tête de retracer la vie. Au fil de ses recherches, elle publie ses découvertes et ses pensées sur Twitter avec le mot clé #MadeleineProject. Et aujourd’hui c’est devenu un (gros) livre !

La démarche n’est pas du tout voyeuriste, au contraire elle est très respectueuse de la manipulation des souvenirs de Madeleine, et tout ce qui est raconté est raconté avec bienveillance et pudeur.

« J’ai aimé utiliser cette forme ultramoderne pour raconter des vieilleries pleines de poussière. Décalage presque anachronique entre le fond et la forme. »

Au départ j’étais un peu perdue dans la chronologie, ne sachant situer via les dates des tweets à quel moment il avait été écrit, et s’il reprenait l’intégralité des tweets publiés (ce qui n’est a priori pas le cas). Mais très vite j’ai oublié ce détail, emportée avec Clara Beaudoux dans les recherches sur Madeleine. Il faut dire que Clara Beaudoux n’a pas ménagé sa peine pour retracer le passé de cette ancienne institutrice, passant des dizaines de coups de fil, se déplaçant, collant des affiches dans les rues…

Qu’aurais-je fait à sa place, face à des valises poussiéreuses et pleines de petites bêtes… Madeleine a bien de la chance d’être tombée sur Clara pour perpétuer sa mémoire. Et si elle n’a pas eu d’enfant, elle a la plus belle héritière dont elle aurait pu rêver, celle qui continue à faire vivre son souvenir.

S 3-3Le Livre de poche, 640 pages, 16,90€