Essai / Document

« En camping-car » de Ivan Jablonka

camping carDepuis quelques années, le mot « camping » est régulièrement associé au film de Franck Dubosc, que l’on soit un adepte du camping avec ses places réservées, ses soirées, ses rituels… ou que l’on déteste ça pour les mêmes précédentes raisons.

Ici l’histoire n’a rien à voir, le lecteur est prévenu dès la deuxième page : « Nous avons la chance de voyager, de découvrir des pays […]. Il y a des gosses qui passent les vacances chez eux ou dans un quelconque camping des Flots bleus ». Dont acte.

L’auteur retrace ses étés vagabonds dans le camping-car familial, le combi Volkswagen qui permettait de passer des vacances simples mais de se déplacer partout, y compris à l’étranger, dans ces années où le camping sauvage était encore facilement accessible. Ce mode de vie est bien sûr un rêve pour un gamin ; même si certaines journées sont moins drôles que d’autres, que parfois l’ennui se transforme en d’interminables journées de lecture, c’est un univers propice à la rêverie et au développement de l’imagination.

« Je nous imaginais, avec notre camping-car et quelques ustensiles, capables de déménager du jour au lendemain, de rouler pour ne plus nous arrêter, pour ne jamais nous enraciner ; car se poser c’est attendre, les envahisseurs et les tortionnaires ».

Avec le recul, le petit garçon devenu adulte garde un souvenir tendre et heureux de ces étés-là. Le point de départ du livre est assez classique ; je suppose que vous avez déjà lu des tas d’ouvrages sur des souvenirs d’enfance. Ce qui est intéressant, c’est de voir ce que l’auteur fait de ses souvenirs. Ici, il ne se contente pas de les raconter, il s’en sert pour faire une analyse presque sociologique, il cherche à lier des choix au départ familiaux aux modes de vie et aux influences d’une époque (ainsi le combi familial devient un objet de consommation). Après avoir fait plusieurs récits de voyages, qui ressemblent aux souvenirs que l’on se raconte autour d’un album-photo, l’auteur prolonge son récit par des interrogations, une analyse sur les vacances selon le milieu social, l’époque, et parle aussi de liberté et de l’évolution de l’Europe.

J’ai aimé deux choses en particulier dans ce livre :

D’abord, ce que l’auteur raconte de valeurs acquises au cours de ses vacances : le combi l’a fait devenir « un citoyen européen » grâce à ses voyages, et lui a aussi appris l’écologie (économiser l’eau, se passer d’électricité…).

Ensuite ses souvenirs de vacances sont racontés avec beaucoup de pudeur et de tendresse, notamment envers la figure paternelle, dont le portrait est dressé avec une bienveillance toute filiale.

Ce joli livre vient d’obtenir hier le Prix Essai 2018 des lecteurs de France Télévisions, et je suis fière d’y avoir (un petit peu) contribué !

S 3-3Seuil, Prix Essai 2018 des lecteurs de France Télévisions

Roman

« Nocturne pour Stanislas » de Annie Degroote

Stanislas est le Saint patron de la Pologne. C’est aussi le nom du grand-père que Hania n’a jamais connu. Petite fille de Polonais, elle vit dans le Nord et, si elle s’entend très mal avec sa mère, voue une passion sans faille à sa grand-mère. Débarquant à Lille, elle fait la connaissance d’une étrange vieille… Lire la suite « Nocturne pour Stanislas » de Annie Degroote

Policier

« On la trouvait plutôt jolie » de Michel Bussi

Dès que j’ai lu le titre, et même à chaque fois que j’ai repris la lecture de ce livre à la jolie couverture relief, j’avais en tête la chanson de Pierre Perret et l’envie de fredonner « On la trouvait plutôt jolie, Lily ». L’héroïne du roman s’appelle comme celle de la chanson, seule l’orthographe change. Leyli,… Lire la suite « On la trouvait plutôt jolie » de Michel Bussi

Roman

« Les Piliers de la Terre » de Ken Follett

Extraordinaire Ken Follett ! J’ai déjà lu plusieurs livres de cet auteur, dont la formidable trilogie du « Siècle ». Et pourtant, avant de commencer ce livre, j’ai douté et craint de ne pas apprécier cette lecture, un pavé de plus de mille pages, dont je savais seulement qu’il se déroulait au Moyen-Age et parlait de bâtisseurs de… Lire la suite « Les Piliers de la Terre » de Ken Follett

Roman

« En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut

Le premier intérêt de découvrir un livre en version audio, c’est de ne pas se tromper sur la prononciation du titre. Ainsi je prononce maintenant sans erreur le « Bojangles » du titre, qui fait référence à une chanson de Nina Simone. A part cela, j’ai adoré la lecture faite par Louis Arene de la Comédie Française.… Lire la suite « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut

Roman

« Ce feu qui me dévore », de Paul Couturiau

Bernard Bertin a passé plusieurs années de sa vie en prison. Jugé pour l’incendie criminel de la maison familiale, qui a tué sa mère et blessé grièvement son père, il n’a jamais vraiment cherché à se défendre. Après la prison, il est devenu un écrivain célèbre et reconnu ; c’est à l’occasion de son retour sur… Lire la suite « Ce feu qui me dévore », de Paul Couturiau

Roman

« The girls », d’Emma Cline

Fin des années 1960, dans une banlieue américaine aisée telle qu’on l’imagine : la pelouse est verdoyante, une belle voiture stationne dans l’allée, et les adolescents écoutent de la musique et font de petites bêtises pas bien méchantes. C’est ici qu’habite Evie. Elle rêve d’amitié, de garçons, passe ses journées avec sa meilleure amie. Elle n’est… Lire la suite « The girls », d’Emma Cline

Roman

« Et le ciel se refuse à pleurer… » de Gérard Glatt

Voilà un roman qui propose un joli cadre pour le lecteur : la Haute-Savoie. Nul besoin d’être très avancé dans la lecture des chapitres pour se retrouver au milieu des montagnes, près d’un torrent…et avec une terrible envie de reblochon, avec « sa croûte de couleur jaune, tirant parfois sur l’orange, et légèrement vitreuse en bordure. Sa mousse fine et blanche sur le dessus […], sa saveur délicatement parfumée à la noisette ». C’est bon, vous y êtes ?

C’est dans ce cadre que vieillit un improbable couple, Joseph et Germaine Tronchet. Elle, a tout d’une horrible mégère : mesquine, violente, et infidèle. Lui est un peu ivrogne mais avec un bon fond et un étonnant mais néanmoins immense amour pour sa femme.

Un jour, Germaine est retrouvée morte, écrasée sous un sapin. Son fils Antoine doit revenir pour les funérailles, ne sachant pas s’il doit pleurer cette mère méchante et que personne, à part Joseph, ne regrettera.

Si la mort de Germaine est une délivrance, elle éveille aussi des questions : pourquoi a-t-elle toujours été si méchante, pourquoi rejetait-elle son fils, que signifie le médaillon qu’elle ne quittait jamais ? Et surtout, l’arbre qui l’a tuée est-il vraiment tombé tout seul ?

Autant vous le dire : vous n’aurez peut-être pas toutes les réponses que vous attendez. Mais ce roman est fort plaisant à lire : pour le cadre, je l’ai déjà dit, mais aussi pour la chair donnée aux personnages, hommes et femmes complexes dans leurs sentiments mais simples dans leur quotidien. Passez sur le titre, à mon sens un peu plat, et qui ne reflète pas la profondeur du texte. Les personnages sont habités de sentiments forts (l’amour pudique entre Joseph et son fils, l’amitié fidèle d’un jeune voisin envers Antoine, et même la violence psychologique de Germaine). Il y a de l’amour dans ce livre, même si les personnages l’expriment de façons contradictoires et nagent entre culpabilité, fuite, et attachement.

S 3-3Presses de la Cité, 352 pages, 20€

Roman

« Le livre de ma mère », d’Albert Cohen

Qu’ils sont étranges et nombreux, les chemins qui mènent à la littérature ! C’est une chronique radio entendue d’une oreille, parlant d’une pièce de théâtre adaptée d’Albert Cohen, qui m’a donné envie de lire « Le livre de ma mère ». D’Albert Cohen, je connaissais surtout « Belle du Seigneur » (tiens, d’ailleurs un jour je relirai ce livre). « Le… Lire la suite « Le livre de ma mère », d’Albert Cohen

Policier

« La disparue de la cabine n°10 » de Ruth Ware

Lo Blacklock est envoyée faire un reportage sur un bateau de croisière réservé à quelques privilégiés. Pour la jeune journaliste, habituée à se voir confier de médiocres missions, c’est une formidable opportunité de carrière : elle va enfin pouvoir faire ses preuves et développer son réseau. Le bateau est splendide, les invités triés sur le volet.… Lire la suite « La disparue de la cabine n°10 » de Ruth Ware